mardi 23 janvier 2018

MARIE-ANNE BLONDIN
Religieuse - Fondatrice - Bienheureuse
 (1809-1890)
2 janvier
Troisième enfant d’une famille qui en comptera douze, Esther Blondin, plus connue sous son nom religieux, Sœur Marie-Anne, naquit à Terrebonne, dans le Québec, au Canada, le 18 avril 1809. Ses parents, pauvres et illettrés étaient des agriculteurs profondément chrétiens. La piété de sa mère était très orientée vers la Providence et l'Eucharistie; son père avait également une foi solide et mariale. Lorsqu’elle eut atteint neuf ans, la vie de la petite Esther prit une tournure particulière: sa joie et son exubérance ordinaires laissèrent place à une gravité et à une piété au-dessus de son âge, ce qui étonna beaucoup ses parents. Plus tard, elle confiera à son directeur qu’elle voyait partout autour d’elle des images de deuil, de tristesse et de trouble. Ces images la remplissaient de tristesse et d’ennui. Elle aurait voulu quitter cette misérable terre où tout est vanité.
Un jour, au cours de sa seizième année, elle constata qu’après chaque communion, elle retrouvait une paix qui durait quelques jours, mais elle fut vite effrayée par sa vie trop légère et elle devint en même temps très préoccupée par le salut des âmes pécheresses. Elle fut également saisie d’un vif désir de s’instruire, car elle comprenait à quel point l’ignorance était un obstacle au salut éternel. Esther et sa famille étaient en effet, et comme tant d'autres personnes, victimes de l'analphabétisme qui régnait dans les milieux canadiens-français du 19ème siècle. Pourtant, quoique analphabète, Esther désirait pouvoir enseigner un jour… Plus tard elle confia: "Il était difficile de trouver parmi les cultivateurs quelqu’un qui pût seulement signer son nom. Les enfants de la campagne qui se préparaient à la première communion, devaient faire quelquefois des demi-lieues pour trouver une personne qui sût lire et pût enseigner le catéchisme. Dieu s’est chargé de me faire comprendre à quels travaux Il me réservait. Cette grande leçon, je l’ai étudiée pendant plus de vingt ans." Mais, à l'époque, Esther ne dit rien à ses chers parents trop pauvres pour satisfaire ses désirs.
Quand elle eut dix-huit ans, Esther s'engagea comme aide-domestique chez un commerçant du village, puis elle offrit ses services aux sœurs de la Congrégation de Notre-Dame récemment ouverte dans le village. Et elle put, enfin, apprendre à lire et à écrire pendant ses temps libres. C'est alors qu'Esther prit conscience du problème qui affectait presque tous les gens de son pays: le manque d'instruction. Bientôt Esther entra au noviciat des Sœurs de Notre-Dame et prit le nom de Sœur Christine. Malheureusement, après plusieurs maladies successives elle dut quitter sa Congrégation et regagner la maison familiale où elle retrouva la santé en quelques semaines. Mais pour quoi faire?
Nous sommes en 1833. Avec une amie, Suzanne Pineault, Esther Blondin devint institutrice à Vaudreuil, village situé à environ 30km à l'ouest de Montréal. Là, Esther découvrit une des causes de l'analphabétisme ambiant: depuis que le Québec était passé sous domination anglaise et protestante, il n'y avait presque plus d'écoles francophones dans les campagnes. Et les jeunes ne recevaient plus aucune formation, car ils étaient pour la plupart, incapables de suivre le catéchisme pour faire leur première communion.
Ensemble, Esther et Suzanne travaillèrent avec zèle à l'éducation des enfants tout en s'impliquant dans les œuvres de la paroisse Saint-Michel. Puis Esther devint la directrice de l'école où elle forma également de futures institutrices. En 1848, avec la permission de son évêque, Mgr Ignace Bourget, elle constitua, avec quelques jeunes filles, ce qui deviendra le 8 septembre 1850, la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne, religieuses enseignantes. Esther prit alors le nom de Sœur Marie-Anne et devint la première supérieure du petit groupe d'enseignantes dont le nombre s'accrut rapidement. Esther et Suzanne travaillaient à l'éducation des enfants tout en s'impliquant dans les œuvres de la paroisse Saint-Michel. Au bout d'un certain temps, Esther devint la directrice de ce qu'on appela l'académie Blondin, car, en plus de l'éducation des enfants, elle formait aussi des institutrices et des sous-maîtresses. De nombreuses vocations arrivèrent, et bientôt il fallut déménager pour aller dans des locaux plus grands.
Durant l'été de 1853, Mgr Bourget transféra la Maison mère des Sœurs de Sainte Anne à Saint-Jacques-de-l'Achigan ou Saint-Jacques de Montcalm. Mère Marie-Anne et 27 de ses Sœurs y arrivèrent le 23 août 1853. Et c'est alors que les grandes épreuves de notre Bienheureuse vont commencer. Le nouvel aumônier, l'abbé Louis-Adolphe Maréchal, jeune curé du village, voulant gérer la vie de la communauté, des conflits naquirent entre le jeune curé et la supérieure. Compte tenu de ces difficultés, Mgr Bourget, le 18 août 1854, demanda à Mère Marie-Anne de se démettre de la direction de ses sœurs. Mère Marie-Anne obéit en tout à son évêque qu'elle considérait comme l'instrument de la Volonté de Dieu sur elle. Et nous savons qu'elle "bénit mille fois la divine Providence de la conduite toute maternelle qu'elle tenait à son égard, en la faisant passer par la voie des tribulations et des croix." Mère Marie-Anne fut alors nommée directrice au Couvent de Sainte-Geneviève. Et elle devint la cible privilégiée des nouvelles autorités de la Maison mère. On alla jusqu'à destituer Mère Marie-Anne de ses fonction de directrice.  On la ramena à la Maison mère en 1858, avec pour consigne épiscopale de "prendre les moyens pour qu'elle ne nuise à personne".
Désormais Mère Marie-Anne sera tenue à l'écart de toute responsabilité administrative, et cela dura jusqu'à sa mort. On l'écartera même des délibérations du conseil général de 1872 et de 1878 alors qu'elle avait été réélue par ses sœurs. Dorénavant Mère Marie-Anne sera affectée aux plus obscurs travaux de la buanderie. Pourtant son influence restera grande car, dans la buanderie et dans la salle de repassage de la maison-mère passaient beaucoup de novices qui recevaient donc, de la Fondatrice, l'exemple d'une vie d'obéissance, d'humilité et de charité héroïque. Et cela dura trente-deux ans…
Incontestablement l'humilité fut la grande vertu de Mère Marie-Anne. Un jour, à une novice qui lui demandait pourquoi elle, la Fondatrice, était maintenue dans de si modestes emplois, elle répondit: "Plus un arbre enfonce ses racines profondément dans le sol, plus il a de chances de grandir et de porter du fruit." Or "l'arbre aux racines solides portait déjà beaucoup de fruits", car, dès les années 1860, la congrégation gagna le reste du Canada. Puis, ce furent d'autres pays, comme le Cameroun, le Chili, les États-Unis et Haïti. En 1884, la règle des Sœurs de Sainte-Anne fut approuvée par Rome. À l'automne 1889, l'état de santé de Mère Marie-Anne se détériora rapidement. Atteinte d'une bronchite sévère, elle décéda le 2 janvier 1890, à Lachine où se trouvait alors la maison-mère. Elle avait 80 ans. Mère Marie-Anne fut béatifiée par le pape Jean-Paul II le 29 avril 2001. Jean-Paul II présenta Mère Marie-Anne Blondin comme "le modèle d'une vie fascinée par l'amour et traversée du mystère pascal".
Parlons maintenant de la spiritualité de la Bienheureuse Marie-Anne Blondin. Face aux injustices incroyables dont elle fut victime, nous découvrons tout ce que fut sa vie. Elle ne cherchait que la "Gloire de Dieu", et son but unique, était  de faire "connaître le Bon Dieu aux jeunes qui n'avaient pas le bonheur de le connaître." Lorsqu'elle fut dépouillée de ses droits les plus légitimes, elle accepta tout, sans résistance, sachant que Dieu, "dans sa Sagesse, saurait discerner le vrai du faux et récompenser chacun selon ses œuvres." Mère Marie-Anne accepta d'être crucifiée comme Jésus, pour que vive sa communauté. Elle s'offrit à Dieu "pour expier tout le mal qui se commettait dans sa communauté, et elle demandait tous les jours à sainte Anne, pour ses filles spirituelles, les vertus nécessaires aux éducatrices chrétiennes."
Mère Marie-Anne fut pendant longtemps persécutée, mais elle pardonnait toujours. Pressentant qu'elle allait bientôt mourir, elle légua à ses filles, en guise de testament spirituel, ces quelques mots qui résument bien toute sa vie: "Que l’Eucharistie et l’abandon à la volonté de Dieu soient votre ciel sur la terre". Profondément humiliée, elle se réfugiait toujours dans le silence, preuve de son humilité. En effet, malgré les agissements de ses supérieurs, elle ne renonça jamais à sa mission de mère spirituelle de sa Congrégation, s'offrant à Dieu "pour expier tout le mal qui s'était commis dans la communauté." Mère Marie-Anne vécut la persécution, en pardonnant sans restriction, car elle était convaincue qu'il y a "plus de bonheur à pardonner qu'à se venger." La Bienheureuse  Marie-Anne Blondin ne serait-elle destinée à devenir la grande Patronne du XXIe siècle?

Paulette Leblanc

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