vendredi 24 avril 2015

MARIE DE L'INCARNATION GUYART

Veuve, Religieuse, Sainte
(1599-1672)
30 avril



Beaucoup de personnes se posent la question: mais qui était donc Marie de l'Incarnation pour que ses écrits aient passionné tant de savants, d'historiens et de biographes? Qui? Mais une simple ursuline, première missionnaire du Canada et fondatrice de l'Église de ce pays. Contemplative et active, cette religieuse cloîtrée, qui réussit à maîtriser quatre langues locales, savait apprivoiser les petites amérindiennes et gagner la confiance de leurs parents. En 1639, Marie de l'Incarnation et ses sœurs ursulines ouvrirent à Québec un monastère et une maison d'éducation. Cette œuvre résista à toutes les nombreuses épreuves qu'elle dut traverser, et grâce à la foi des religieuses, elle réussit à s'implanter dans d'autres régions du Québec, et ailleurs dans le monde: au Pérou et aux Philippines notamment.
Voyons maintenant ce que fut la vie de Marie de l'Incarnation. Marie Guyart naquit à Tours le 28 octobre 1599. Elle était la 4ème enfant d'une famille qui en comptera huit. Son père Florent Guyart et sa mère Jeanne Michelet originaire de la petite noblesse de Touraine, étaient des maîtres-boulangers. Notons ici que ce foyer catholique, désirait aussi que ses enfants s'instruisent. Marie avait environ sept ans quand elle fit un songe qui marqua toute sa vie. Elle vit le ciel s'ouvrir et Jésus venir à elle et l'embrasser. Puis Il lui demanda: "Veux-tu être à moi?" Marie répondit "Oui!" Dès lors, Marie recherchera toujours une vie de prière, d'union à Dieu et de charité envers les autres.
Marie Guyart avait environ 14 ans quand elle confia à sa mère son désir d'entrer au couvent. Madame Guyart ne répondit pas, mais trois ans plus tard, alors que sa fille Marie n'avait que 17 ans, elle la maria à Claude Martin, un professionnel de la soie. Bientôt Marie Guyart eut un fils, Claude, mais six mois plus tard son mari mourait, laissant sa jeune femme veuve à 19 ans, avec un enfant de six mois. De plus, Marie héritait d'une fabrique en faillite et de plusieurs procès en cours. Douée pour les affaires, Marie Guyart liquida le commerce familial et les procès. Puis, elle revint chez ses parents. Pendant environ un an, pour gagner sa vie et subvenir aux besoins de son fils, elle s'adonna à des travaux de broderie. Quand elle eut 21 ans, Marie Guyart, quoique toujours dans le monde, prononça des vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance, car elle se sentait toujours attirée vers la vie religieuse; mais, ayant compris que l'heure de Dieu n'était pas encore venue, elle la préparait.
Suivirent quelques années très difficiles. En effet, en 1621, pour rendre service à sa sœur et à son beau-frère, Paul Buisson, Marie alla vivre chez eux. Paul Buisson administrait un important commerce de transports fluviaux, et, conformément aux habitudes de l'époque, il hébergeait ses nombreux employés. Marie s'occupa d'abord de la cuisine et du soin des blessés et des malades. Ses talents pour le commerce et l'organisation furent exploités par son beau-frère, et Marie travaillait presque en permanence, à charger ou décharger des marchandises en compagnie des employés, dans l'écurie qui servait de magasin. Elle devait aussi s'occuper des soixante chevaux dont elle avait la charge. Pourtant, ses talents d’administratrice étaient reconnus et elle prenait parfois le rôle de gérante lorsque les deux "patrons" étaient absents. Mais la Vierge Marie veillait à ce que sa "fille", pourtant débordée par le travail, pût se rendre chaque jour à la messe et prendre le temps de prier. Un jour, le Seigneur fit comprendre à Marie Guyart, Madame Martin, qu'il étant temps pour elle, d'entrer dans la vie religieuse. Elle avait 31 ans et son fils douze ans.
Le 25 janvier 1631, Marie quitta son vieux père, et, malgré toute sa peine, elle confia son fils, aux soins de sa sœur. Ce fut l'un des actes les plus héroïques de la vie de Marie de l'Incarnation. Le cœur brisé, elle entra au noviciat des Ursulines de Tours. Durant l'octave de Noël 1634, Marie fit un second rêve surprenant: accompagnée d'une jeune dame, Marie avançait vers une place où un jeune homme leur indiqua le chemin qu'elles devaient prendre. Et Marie se retrouva dans un immense pays plein de brumes et de brouillards. Une petite église était la seule lumière qui éclairait les ténèbres. En haut de l'église, la Vierge Marie, assise, tenait l'Enfant Jésus dans ses bras et lui parlait. Madame Martin, notre Marie, sentit que leurs échanges de paroles la concernaient. Et bientôt le Seigneur lui dit: " Je veux que tu ailles au Canada construire une maison à Jésus et à Marie." Et cela se fit plusieurs années après, mais comment?
Curieusement, le 19 février 1639, une dame de la noblesse, Madame de la Peltrie se présenta au Monastère des Ursulines: elle désirait partir au Canada, et comme elle avait appris, nous ne savons pas comment, qu'une religieuse de Tours le désirait aussi, elle venait voir. Instantanément, Marie de l'Incarnation reconnut dans la visiteuse la jeune dame qui, dans son rêve de 1634, l'accompagnait. Grand émoi chez les Ursulines car jusqu'à présent les Ursulines ne partaient pas comme missionnaires. Et où trouver les ressources financières indispensables?
Pourtant, les uns après les autres, les obstacles s'éliminèrent et les problèmes financiers furent résolus grâce à la générosité de Madame de la Peltrie. Une jeune sœur ursuline de 22 ans, Sœur Marie de Saint Joseph fut désignée pour partir avec Sœur Marie de l'incarnation. Toutes les autorisations furent accordées, et le 28 février 1639, ce fut le départ pour Paris où Madame de la Peltrie put mettre une partie de sa fortune au service du futur Monastère des Ursulines de Québec et à l'ouverture d'une maison d'éducation. Enfin, le petit groupe des futures missionnaires put se rendre à Dieppe à destination du Canada… Et là, une nouvelle ursuline se joignit aux deux premières, Sœur Cécile de Sainte-Croix.
Le voyage à bord du bateau, le Saint-Joseph, dura trois mois. Le premier août 1639, ce fut l'arrivée à Québec. Québec! Un pays couvert de brouillards, un sentier abrupt et rocailleux et des forêts immenses: le rêve de 1634 revint à la mémoire de Marie de l'Incarnation. Les colons français accueillirent les trois Ursulines et Mme de la Peltrie avec tous les honneurs possibles, puis vinrent présenter leurs filles pour les faire instruire. Il fallut bientôt construire un Monastère et une école pour répondre à tous les besoins des colons de la Nouvelle France et des Ursulines. Marie de l'Incarnation obtint l'autorisation du Gouverneur pour faire construire un bâtiment au lieu qui lui semblait le plus à l'abri de la menace des Iroquois. L'Ursuline prépara les plans et les devis, embaucha des ouvriers, puis surveilla de près la construction jusqu'à monter elle-même sur les échafaudages. Puis, les Ursulines ayant désigné la Vierge Marie comme la première et principale Supérieure de la communauté, la Vierge favorisa Sœur Marie de l'Incarnation de sa fidèle et sensible présence du début à la fin de l'entreprise. Bientôt, le pensionnat déborda d'enfants et d'autres ursulines arriveront…
Malgré son âge: 40 ans, Sœur Marie de l'Incarnation étudia les langues indiennes extrêmement difficiles, et rédigea un dictionnaire algonquin-français, ainsi qu'un dictionnaire et un catéchisme iroquois. Son travail préféré était d'enseigner les petites Indiennes qu'elle appelait les "délices de son cœur" et "les plus beaux joyaux de sa couronne." Force est de constater que Marie de l'Incarnation, contemplative par sa vocation de religieuse cloîtrée consacrée à une vie de prière, sut être aussi très active et apôtre, quoique soumise aux contraintes de l'insécurité qui régnait à cette époque au Canada. Elle resta toujours une femme d'action douée d'un grand sens pratique.
En 1651, après un terrible incendie qui détruisit leur monastère, les Ursulines, furent accueillies dans une petite maison que Madame de la Peltrie s'était fait construire à proximité du monastère; elles purent, avec le secours des colons, reconstruire leur couvent et leur école. Et sous la direction de Marie de l'Incarnation, le monastère se releva des ruines.
Quelle intelligence chez Marie de l'Incarnation, qui assuma de  multiples responsabilités: supérieure, assistante, économe de la communauté et formatrice des novices! Elle réussit à maîtriser quatre langues autochtones, à composer des dictionnaires, à participer à l'éducation des enfants et des adultes tout en effectuant des tâches domestiques. Elle  entretenait également une correspondance d'affaires et d'amitié avec la France. Ses lettres constituent une mine d'informations sur l'histoire des premières décennies de la colonie. Elle commenta notamment  les guerres franco-iroquoises et la destruction de la Huronnie, territoire des Hurons.
Mère très aimante, Marie de l'Incarnation écrivait régulièrement à son fils Claude devenu moine bénédictin. Elle répondait toujours avec clarté à ses questions de moine théologien. En 1654, à la demande insistante de Claude, elle commença à écrire l'histoire des grâces de Dieu dans sa vie. Certes, un océan séparait la mère et le fils, mais l'amour du Seigneur les gardait intimement unis. Après la mort de sa mère, Claude, prieur de son abbaye bénédictine écrivit: "Dieu n'a pas voulu que l'amour seul ait séparé son âme de son corps; il y a voulu joindre la souffrance, afin qu'elle mourût, à l'imitation de son Époux, d'amour et de douleur tout ensemble."
Malade depuis déjà longtemps, Marie de l'Incarnation  reçut le sacrement des malades, demanda pardon à son entourage et remercia ses Sœurs de leur charité à son égard. Elle les encouragea à rester fidèles à leur vocation contemplative et missionnaire. Puis, le 30 avril 1672, elle rendit son âme à Dieu; elle avait 72 ans.
Marie de l'Incarnation, qui avait été surnommée la Thérèse de la Nouvelle-France, par Bossuet, fut béatifiée, le 22 juin 1980 pape le pape Jean-Paul II. Le pape François la canonisa le 3 avril 2014.
Nous devons ajouter que les ursulines et les Hospitalières, une  communauté voisine des Ursulines, surent ensemble soigner d'un même cœur aussi bien les Français que les amérindiens. Deux communautés de religieuses cloîtrées qui surent poser les fondations d'une Église et d'un pays tout neuf: le Canada.

Paulette Leblanc

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