mercredi 27 février 2013

AGNÈS DE PRAGUE


Princesse, Religieuse, Sainte
1205-1282


Fêtée le 2 mars

Agnès, était la fille du roi de Bohême Ottocar 1er, de la dynastie des Premysl. Elle naquit à Prague probablement en 1205 dans une famille  qui comptait déjà de nombreux saints. Quand elle eut atteint l'âge de trois ans, Agnès fut confiée au monastère cistercien de Trebnica près de Breslau où vivait sa tante sainte Edwige qui lui enseigna ses premières prières, lesquelles s'imprimèrent profondément dans son cœur. À huit ans on l'envoya chez les religieuses prémontrées de Doxane. Tout aurait pu bien se passer pour elle… Hélas! L'Empereur Frédéric II, devenu veuf avait décidé d'épouser cette fillette de neuf ans qui avait déjà été fiancée deux fois… Agnès fut donc amenée  à la cour de Vienne.

L'Empereur Frédéric Il voulait hâter le temps des fiançailles et du mariage. La petite Agnès, qui avait voué depuis longtemps sa virginité entre les mains de la Vierge Marie, alerta le Pape Grégoire IX, lequel fit intervenir son légat, et le projet tourna court. Agnès, qui avait déjà refusé trois mariages, avait entendu parler de Claire et de François d'Assise et elle voulait suivre leur exemple.

Petites précisions: À l'âge de huit ans, Agnès avait d'abord été fiancée à Henri, fils de l'empereur du saint empire romain, Frédéric II. Henry n'avait que dix ans et il venait d'être couronné roi des romains.… Selon la coutume Agnès devait passer la suite de son enfance à la cour de son futur mari afin qu'elle puisse apprendre la langue et la culture de son nouveau pays, et pour qu'une amitié puisse naître entre eux. Mais l'Empereur Frederick, également roi de Sicile avait sa court à Palerme, tandis  que son fils Henry, roi de Germanie, devait rester dans le palais de l'Archevêque Engelbert de Cologne. On décida donc d'envoyer Agnès à la cour du duc Leopold VI de Babenberg, d'Autriche. Mais Leopold, désirait marier le jeune Henry à sa propre fille Margaret. Ces manœuvres politiques durèrent six ans. Le père d'Agnès, Otakar chercha à marier Agnès à Henry III d'Angleterre, mais l'Empereur mit son veto car il désirait épouser Agnès. C'est alors que le pape intervint.

Revenons à Agnès. Elle avait eu l'occasion de connaître, grâce aux Frères mineurs qui étaient arrivés à Prague, l'expérience spirituelle de Claire d'Assise. Après l'intervention de Grégoire IX, Agnès renonça à ses richesses et aux honneurs de son rang et voulut suivre l'exemple de la pauvreté franciscaine: avec ses biens personnels, suivant l'exemple de sa cousine, Sainte Élizabeth de Thuringe, “consolatrice des indigents”, elle fonda à Prague l'hôpital de Saint François et un monastère pour les “Soeurs pauvres” ou “Damianites” où elle entra elle-même le jour de la Pentecôte 1234. Elle fut rapidement en relation avec sainte Claire d'Assise qui lui envoya cinq religieuses pour que la vie religieuse de ce couvent soit selon l'esprit des Pauvres Dames d'Assise. En effet, Agnès désirait aussi vivre la totale pauvreté suivant l'exemple du Christ pauvre. Sainte Claire envoya à Agnès une lettre chaleureuse dans laquelle elle la louait d'avoir préféré les épousailles avec le Christ à tous les honneurs du monde. “C'est ainsi que naquit entre les deux femmes l'une des plus belles amitiés qui fût jamais.” Agnès devint abbesse de son monastère vers 1237 ou 1238; elle le restera jusqu'à sa mort. Grâce à l'exemple d'Agnès, d'autres couvents de clarisses furent fondés dans son pays natal. De plus, Agnès fonda également à Prague un hôpital et une confraternité annexe pour le soin des malades, les “Porte-Croix de l'Étoile rouge".

Claire d'Assise écrivit plusieurs autres lettres à Agnès de Prague, pour l'exhorter à poursuivre l'itinéraire entrepris. Ces lettres reflètent l'affection et la sollicitude de la pauvre dame d'Assise pour Agnès, en même temps qu'elles sont un trésor de la spiritualité franciscaine. En voici un exemple:

Lettre de Sainte Claire
à sainte Agnès de Prague

... Ô bienheureuse pauvreté, qui prodigue des richesses éternelles à ceux qui l'aiment et la pratiquent! Ô sainte pauvreté, en échange de laquelle Dieu offre et promet formellement le royaume des cieux, la gloire éternelle et la vie bienheureuse! Ô chère pauvreté, que le Seigneur Jésus-Christ a daigné préférer à toute autre chose, lui qui, de toute éternité, régnait sur le ciel et sur la terre, lui qui a parlé et tout a été fait! Les renards, disait-il, ont une tanière, et les oiseaux du ciel leur nid, mais le Fils de l'Homme, c'est-à-dire le Christ, n'a pas trouvé où reposer sa tête; et quand il a laissé reposer sa tête, ce fut pour jamais, et il rendit l'esprit. Puisqu'un si grand et si glorieux Seigneur a voulu descendre dans le sein de la Vierge, puisqu'il a voulu apparaître au monde méprisé, nécessiteux et pauvre, afin que les hommes, indigents, nécessiteux et affamés de nourriture céleste, devinssent riches grâce à lui en prenant possession du royaume des cieux, exultez donc de joie, soyez épanouie d'un intense bonheur et d'allégresse spirituelle: en préférant le mépris aux honneurs de monde, et la pauvreté aux richesses matérielles, en ne confiant pas vos trésors à la terre mais au ciel, où ni la rouille ne les ronge, ni la moisissure ne les attaque, ni les voleurs ne s'en emparent, vous avez une ample récompense assurée dans le ciel, et vous avez bien mérité d'être appelée sœur, épouse et mère du Fils du Père très haut et de la Vierge glorieuse...

Sainte Agnès mourut à Prague, le 2 (ou 6) mars 1282 après 40 années de vie religieuse. Elle fut béatifiée en 1874 et canonisée à Rome, le 12 novembre 1989. Le jour de cette canonisation, le pape Jean-Paul II déclara: "La Bienheureuse Agnès de Bohême, même si elle a vécu à une époque très éloignée de la nôtre, reste aujourd'hui encore un exemple très lumineux de foi chrétienne et de charité héroïque, qui invite à la réflexion et à l'imitation." Le pape dit encore: "Agnès de Bohême, que nous avons la joie d'invoquer comme sainte aujourd'hui, même si elle a vécu plusieurs siècles avant nous, a joué un rôle notoire dans le développement civil et culturel de son pays et demeure notre contemporaine par sa foi chrétienne et sa charité: elle est un exemple de courage et d'aide spirituelle pour les jeunes qui se consacrent généreusement à la vie religieuse; elle est un idéal de sainteté pour tous ceux qui suivent le Christ; elle est une incitation à la charité, pratiquée dans un dévouement total envers tous, dépassant toute barrière de race, de peuple et de mentalité; elle est la protectrice céleste de notre difficile itinéraire quotidien. Nous pouvons donc nous adresser à elle avec confiance et espérance."

Paulette Leblanc

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