mercredi 13 avril 2011

GODEBERTE DE BOVES

Vierge, Sainte
† 695

11 avril

Godeberte naquit vers 640 près d'Amiens, à Boves, selon les uns, à la Neuville-aux-Bois, selon les autres, conformément à l'ancienne tradition locale conservée dans ce dernier village.
Ses parents, aussi illustres par leur piété que par leur noblesse, prirent un grand soin de son éducation et comme elle se portait d'elle-même à la pratique de la vertu, elle passa sa jeunesse, suivant l'étymologie de son nom, dans un zèle et un amour très fervents pour Dieu, car Godeberte signifie ferveur. Elle manifestait la plus grande confiance dans l'intercession des Saints et dans la puissance du signe de la croix.

Dès qu'elle fut en âge d'être mariée, elle ne manqua pas de partis avantageux. Ses parents, néanmoins, n'osèrent donner parole à personne, sans la permission du roi Clovis II, de la libéralité duquel ils tenaient leur domaine. Tandis que cette affaire se traitait devant le roi, et que chacun attendait sa volonté pour savoir à qui la jeune fille serait donnée, saint Éloi, évoque de Noyon, se présenta au milieu de la compagnie et, poussé d'un mouvement divin, donna son anneau d'or à la vierge Godeberte, la fiançant, par ce moyen, en présence du roi et de ses parents, à Notre-Seigneur Jésus-Christ, l'unique époux des vierges. On admira cette action du saint évêque, et chacun en parlait selon ses sentiments mais on vit bient6t qu'il avait été inspiré du Saint-Esprit; car, à la même heure, la jeune Godeberte se sentit embrasée d'une si vive flamme de l'amour divin, que, méprisant le monde, foulant aux pieds toutes ses vanités, et renonçant à tous les plaisirs du corps, elle supplia de tout son cœur le saint prélat de la consacrer à Dieu pour jamais, et de lui donner le voile des vierges ce qu'il lui accorda. Elle le choisit aussi pour son père spirituel, et s'abandonna entièrement à une si sage conduite.

Le roi de France, touché d'une si pieuse résolution, assista à la cérémonie, et céda le palais qu'il avait au faubourg de Noyon à sainte Godeberte, avec un oratoire de Saint-Georges, afin qu'elle s'y retirât, et y servît Dieu en la compagnie de douze autres filles, dont elle entreprit la direction, suivant l'ordre et la règle que leur prescrivit saint Éloi (656).

Sainte Godeberte vécut ainsi avec ses filles dans la solitude, ne conversant qu'avec Dieu, passant les nuits en prières, et mortifiant son corps par le jeûne, la discipline et les autres austérités religieuses. Sa vie tout entière était un perpétuel holocauste au Seigneur, qui la récompensa par la conversion des païens qui avaient jusque-là résisté aux lumières de la foi, et par la puissance des miracles qui ont rempli cette vie toute merveilleuse. Une horrible peste sévissait à Noyon riches et pauvres, enfants et vieillards, nobles et plébéiens, tous tombaient sous ses coups. Ceux qui pouvaient fuir laissaient leurs maisons abandonnées, et la contagion était si foudroyante qu'on n'osait point toucher aux cadavres pour leur rendre les suprêmes devoirs de la sépulture.

Godeberte, voyant la désolation qui régnait dans la ville, engagea le clergé à prescrire un jeûne de trois jours. A l'exemple de Judith exhortant les habitants de Béthune, elle exaltait l'efficacité de la pénitence, fleuve mystique dont les ondes salutaires lavent les souillures de l'iniquité. Elle rappelait l'histoire de David rentrant en grâce auprès du Seigneur, du reniement do saint Pierre pardonné, de la conversion du bon larron, de Marie-Madeleine noyant dans ses larmes les souvenirs du passé. On se rendit aux prières de Godeberte; les trois jours de jeûne ayant été rigoureusement observés, le fléau destructeur cessa ses ravages.

A quelque temps de là, probablement en 676, un violent incendie menaça d'embraser la cité tout entière. Godeberte, épuisée par les austérités, gisait sur son lit de douleurs mais son abattement physique n'altérait point la sérénité de son esprit ni l'ardeur de ses prières. Cependant l'incendie, propageant ses ravages, gagnait les abords de la basilique Sainte-Marie on ne comptait plus que sur Dieu pour assurer le salut de cet édifice construit par saint Médard, et chacun fuyait le théâtre effrayant du sinistre. Godeberte, oubliant alors ses souffrances, se fit transporter, sur une chaise, au foyer même de l'incendie, se signa du signe de la croix et arrêta soudain l'activité des flammes.

Ce fut également par un signe de croix, formé sur les yeux d'une aveugle nommée Transirique, que Godeberte rendit la vue à cette pauvre femme qui avait mis en elle tome sa confiance. L'aveugle fit ses vœux dans le monastère de Noyon, prouvant ainsi que la grâce avait illuminé son âme, en même temps que la lumière du jour avait éclairé ses yeux. Bien différente était Vulgude entrée dans ce même monastère pour y pratiquer la perfection, elle le scandalisait par l'aigreur de son caractère et par ses désobéissances. Un jour, elle alla même jusqu'à injurier grossièrement sa supérieure celle-ci, indignée, lui cracha au visage. L'incorrigible sœur devint soudain aveugle et resta dans ce misérable état jusqu'à la fin de ses jours. Le bon et naïf Le Vasseur, dit Monsieur l'abbé Laffineur, a trouvé jusqu'à dix raisons pour justifier cet acte de sainte Godeberte. Si cette sévérité de Godeberte paraissait étrange à quelques lecteurs, on pourrait, sans proposer à l'imitation cet acte extraordinaire, rappeler que les saints, inspirés de Dieu, ont des vues plus hautes que les nôtres que l'âme est plus précieuse que le corps avec ses organes que si un médecin sacrifie un membre pour sauver les autres, on comprend que sainte Godeberte, pour corriger une sœur opiniâtre, l'ait frappée d'aveuglement, afin de guérir son obstination et d'ouvrir son âme à une lumière plus nécessaire que celle des yeux. Nous rappellerons encore que saint Paul, au livre des Actes, a infligé pareil châtiment à Elymas, dont la malice entravait la prédication de l'Évangile).

La renommée de Godeberte s'étendit au loin et attira vers elle un grand nombre de malades qu'elle rendit à la santé mais le souvenir détaillé de ces miracles n'est point parvenu jusqu'à nous.

Godeberte était mûre pour le ciel. Dieu la ravit aux épreuves d'ici-bas pour la revêtir du vêtement incorruptible de la gloire. On sait qu'elle mourut le 11 avril, à la fin du VIIe siècle ou au commencement du VIIIe, sans qu'on en connaisse l'année précise.

Godeberte fut ensevelie, près de son monastère, dans l'oratoire de Saint-Georges, qui devait prendre plus tard le nom des saints Apôtres, et être ensuite remplacé par une église dédiée sous son invocation.
SOURCE : P. Giry : Les petits Bollandistes : vies des saints. T. I. Source : http://gallica.bnf.fr/ Bibliothèque nationale de France.

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