mercredi 13 avril 2011

FULBERT DE CHARTRES

Évêque, Saint
960-1030

10 avril

Parmi tous les grands hommes qui ont paru sur le trône épiscopal de l'église de Chartres, le saint Évêque dont nous allons raconter la vie, est un de ceux qui se sont rendus le plus recommandables. Ses historiens en parlent toujours en des termes très avantageux; ses écrits respirent la piété et l'érudition, et ses vertus héroïques confirment tout le bien que la postérité nous a dit de ce grand Saint. Il possédait les qualités de l'esprit les plus avantageuses; et il fut si fidèle à faire profiter les talents naturels dont Dieu l'avait favorisé, qu'il devint le prodige de son siècle. Il donna des preuves de sa grande capacité et de l'étendue de son esprit, avant même d'entrer dans les Ordres, et d'être admis au nombre des clercs. Il contribua beaucoup à faire refleurir, dans la France, l'étude des sciences, et spécialement de la philosophie à laquelle on ne pensait presque plus de son temps. Tout le monde remarquait en lui tant de doctrine et de sagesse, que l'on se glorifiait communément d'avoir, en la seule personne de Fulbert, un Socrate et un Platon. Le savant Trithème dit qu'il excellait sur toutes choses dans la dialectique; et plusieurs ouvrages qu'il a faits en vers, font aussi connaître qu'il ne négligeait pas la poésie.
Ce qui rendait cet homme digne d'une plus grande admiration, c'était de voir qu'il n'avait pas le jugement moins solide pour les affaires qui demandaient de la conduite, que l'esprit vif et pénétrant pour exceller dans les hautes sciences. Cependant il ne se prévalut jamais de l'avantage qu'il possédait au-dessus des autres, fuyant, au contraire, la vaine gloire, et évitant les vains applaudissements dans les assemblées. Il ne se servait de ses belles connaissances que pour mieux pénétrer les devoirs de la religion, et pour inspirer aux autres de l'estime et du respect pour la majesté souveraine de Dieu et pour toutes les choses qui pouvaient contribuer à sa gloire.

Sa patrie nous est absolument inconnue

vers le milieu du Xe siècle, et, comme il nous le dit lui-même, dans les rangs obscurs de la société, son éducation fut faite par l'Église, et il eut le bonheur de recevoir les leçons des plus grands maîtres de son temps.
L'école de Reims, le célèbre Gerbert, depuis pape sous le nom de Sylvestre II, enseignait les mathématiques et la philosophie, jouissait alors d'une juste renommée le jeune Fulbert y fut admis, et il se fit remarquer bientôt entre tous par son travail, son aptitude et ses brillants succès. Le coup d'œil sûr du savant Gerbert devina facilement tout ce que promettait un tel élève, et quand le docte professeur eut été placé sur le siège de saint Pierre, il se souvint de Fulbert, l'appela près de lui dans la Ville Éternelle, et se servit de ses talents pour le gouvernement de l'Église universelle.
Après la mort du souverain Pontife, Fulbert revint dans sa patrie, qui lui conféra des honneurs mérités. En 1003 un de ses amis, qu'il avait connu à Reims et qui était de Chartres, l'attira dans cette dernière ville il ne tarda pas à mériter la bienveillance de l'évêque Odon, qui lui donna un canonicat de son église avec le titre de chancelier. Bientôt après, ayant reconnu son aptitude aux choses de l'enseignement public, il lui confia la direction des écoles canonicales, déjà célèbres, et qui le devinrent bien plus dès que son éloquence et sa réputation y eurent attiré une foule de disciples. Au nombre des amis que lui firent les belles qualités de son esprit et de son cœur, on a retenu les noms d'Abbon, abbé de Fleury-sur-Loire, au diocèse d'Orléans, et de saint Odilon, qui gouvernait à Cluny l'une des plus florissantes abbayes de la Bourgogne. Ce dernier avait surtout les prédilections de Fulbert, qui respectait la pureté de ses vertus jusqu'à l'appeler archange des moines.
Notre Saint avait en effet une estime profonde pour la vie monastique, dont il savait l'importance et par laquelle il aimait à dire qu'on réparerait les blessures faites à l'Église de France par les troubles et les intrigues écrivains qui le font naître en France: mais nous devons avouer que nous n'avons rien trouvé de convainquant, et voici les raisons qui nous obligent à nous écarter de ces derniers temps. Il se montra donc toujours un zélé protecteur et l'ami sincère des religieux, et s'il ne fut pas moine, il fut assurément l'ami le plus sincère et le plus affectueux des moines.
Rodolphe, doyen du chapitre de Chartres, avait succédé à Odon sur le siège épiscopal de cette ville. Étant mort en 1007, le roi Robert, qui avait été le condisciple de notre Saint, se ressouvint de l'école de Reims et de son ancienne amitié pour Fulbert, et il contribua à lui faire conférer la dignité vacante. En vain l'humble professeur s'y refusa; il dut céder à l'insistance du chapitre, du prince lui-même et de ses amis; et l'Église, qui devint son épouse, put se glorifier d'un pasteur qui ne devait son élévation qu'à sa vaste science et à la sainteté de sa vie.

Sacré évêque

Il fut sacré évêque par les mains de Leuthéric, archevêque et métropolitain de Sens, comme saint Fulbert le déclare lui-même dans l'Épître XXIII qu'il écrit à ce prélat, en laquelle il dit qu'il lui doit toutes sortes de reconnaissance et une parfaite fidélité, ayant eu le bonheur de recevoir de ses mains la bénédiction et l'onction sacrée (1007). Fulbert ne fut pas plus tôt chargé du soin de son diocèse, qu'il commença à s'acquitter de ses devoirs avec une exactitude et une charité extraordinaires. Il savait unir les délices de la contemplation avec les pénibles travaux d'un vigilant pasteur; il nourrissait ses ouailles autant par son exemple que par ses paroles. Il ne se contenta pas d'instruire son peuple dans la piété; mais sachant que le salut des âmes dépend de la capacité de ceux qui le conduisent, il forma des écoles de théologie, auxquelles il présidait lui-même, et dans lesquelles on élevait des sujets capables de gouverner dignement les paroisses de la campagne, afin de dissiper les ténèbres épaisses de l'ignorance, qui est la source de tant de maux dans l'Église.
Beaucoup de personnes se firent une gloire et un plaisir de venir entendre la voix de cet aimable Pasteur, qui ne retentissait pas moins utilement dans les écoles de théologie, qu'il avait fondées, que dans la chaire épiscopale de son Église. Ses disciples étaient sans nombre; on accourait de tous côtés pour avoir part aux leçons de ce nouveau Salomon, dont toutes les sentences étaient regardées comme des oracles. Il mérita d'être appelé le premier docteur des Gaules. Les écrivains de son temps disent que c'était un trésor inépuisable de sagesse, un homme incomparable pour son érudition, et un serviteur de Dieu, dont la sainteté était digne de toutes louanges et de toute admiration.

Son érudition

Trithème assure qu'il surpassait tous ceux de son siècle dans la connaissance des saintes Écritures et des lettres humaines; mais ce qu'il y a de plus merveilleux, c'est de voir la profonde humilité que cet incomparable prélat a su conserver au milieu des grandeurs et des applaudissements de tous les peuples. Il se disait le très petit évêque d'une très grande église; et dans l'Épître LXVIII qu'il adresse à saint Odilon, abbé de Cluny, qu'il appelait son père et son intime ami, il lui demande les secours de ses prières en des termes qui font bien voir les humbles sentiments qu'il avait de lui-même. « Il est bien juste », dit-il à saint Odilon, « que vous procuriez quelques secours à celui qui se regarde comme un très petit serviteur, qui veut dépendre entièrement de vous, et qui conserve toujours un respect singulier, accompagné d'une parfaite confiance pour votre personne. Je suis un homme '), continue-t-il, « rempli de misères, qui, n'étant pas seulement capable de me conduire moi-même, ai néanmoins été mis, par je ne sais quel motif, dans une place où je dois répondre du salut des autres». C'était dans ce même esprit qu'il refusait d'être l'arbitre d'une inimité de causer qu'oïl voulait remettre à son jugement, se croyant incapable de donner des décisions assez justes pour terminer les grandes affaires qu'on lui proposait; il le faisait, néanmoins, quand elles regardaient sa juridiction, et il s'en acquittait avec tant de prudence et d'équité, que les parties avaient toujours sujet d'être contentes. Quand il rendait par écrit des réponses à ceux qui l'avaient consulté, il s'expliquait en ces termes « Vous avez bien voulu consulter notre petitesse; nous vous répondons, etc. » C'est ainsi que cette grande lumière tâchait de se cacher, et qu'un des plus grands hommes de son siècle s'en estimait le plus petit. Il ne faut qu'ouvrir le livre de ses Pitres, pour voir avec quels sentiments d'humilité il s'explique sur toutes choses.
Il ne faut pas néanmoins s'imaginer que ces humbles sentiments qu'il concevait de lui-même diminuassent rien de cette fermeté et de cette rigueur apostoliques, dont les vrais pasteurs, et spécialement les prélats, doivent être animés quand ils sont obligés de réprimer le vice, d'arrêter les dérèglements, et d'agir comme juges dans les causes qui le demandent; il était, à la vérité, un bon père à l'égard de ceux qui s'acquittaient fidèlement de leur devoir mais il devenait un juge sévère et inflexible envers ceux qui étaient rebelles aux lois de l'Église. Il faut lire ses lettres, pour imaginer le zèle avec lequel il s'opposait aux injustes prétentions des ambitieux et de tous ceux qui s'efforçaient de parvenir aux dignités ecclésiastiques par des voies illicites. On sait avec quelle générosité il refusa de sacrer évoque Théodoric, qu'il jugeait indigne de cette qualité l'autorité royale ne fut pas capable de vaincre sa fermeté dans cette occasion il est vrai qu'il s'en fallut peu qu'elle ne lui coûtât la vie mais ce grand cœur ne craignait pas de mourir en défendant les droits de l'Église. Lorsqu'il trouvait des rebelles qui s'opposaient à force ouverte aux règlements qu'il publiait, ou qui méprisaient les censures qu'il portait contre eux, alors, pour les contraindre de rentrer en leur devoir, il empruntait sagement l'autorité royale, selon l'usage de ces temps mais si les rois et les princes refusaient de le secourir, il disait qu'il ne croyait pas pouvoir mieux faire que de gémir alors en patience, et de servir Jésus-Christ dans le silence, avec plus de fidélité que jamais; c'est là le parti que prit ce saint homme, quand l'impie Geoffroy, qu'il avait retranché de l'Église pour ses désordres, alla, avec une compagnie de soldats, brûler toutes ses métairies. Ni la perte des biens, ni les menaces des grands, n'étaient capables de faire changer la résolution de ce grand Évêque, d'autant plus qu'il n'entreprenait jamais rien légèrement, et qu'il préparait toujours dans l'oraison, devant Jésus-Christ, le Souverain des juges, les sentences qu'il était contraint de prononcer contre les ennemis de l'Église. Le zèle de ce grand Prélat était soutenu de cette science dont l'Apôtre veut que les pasteurs accompagnent leurs corrections. Il n'était pas moins savant dans la connaissance du droit que dans la science des saintes Écritures; on peut voir, dans ses Épîtres, avec quelle justesse il cite les saints Canons, pour soutenir sa doctrine et sa conduite dans le règlement de son diocèse. Enfin, l'on peut assurer qu'il fut l'un des plus généreux défenseurs des libertés de l'Église, en lisant les Épîtres qu'il écrivit aux rois, aux prélats, aux souverains Pontifes, et à beaucoup d'autres, pour les engager à retirer des mains des laïques les biens ecclésiastiques, et à conserver les privilèges anciens qui avaient été accordés aux églises.
Ce vigilant pasteur, sans négliger le gouvernement de son peuple, trouvait du temps pour composer de pieux ouvrages qui pussent être utiles aux ecclésiastiques.
Outre ses Épîtres, dont nous avons déjà parlé, il a fait plusieurs sermons remplis de piété, parmi lesquels il s'en trouve de très beaux à la gloire de la Sainte Vierge, pour laquelle il avait une dévotion singulière. Il ne fut jamais plus éloquent en chaire que dans les homélies où il exhortait son peuple au culte et à l'amour de Marie. L'auguste Mère de Dieu se plut à récompenser cette piété touchante par d'insignes faveurs. On raconte que le saint Évêque était sérieusement menacé dans sa vie. Marie fit couler une liqueur céleste sur les lèvres du mourant, et le mal qui le rongeait disparut. Il a aussi composé un office de sa Nativité, et plusieurs autres ouvrages en son honneur. Il a laissé plusieurs savantes proses sur différents mystères et différents saints. Il a aussi écrit contre les Juifs mais les savants se feront surtout un plaisir de lire la belle Épître qu'il écrit à Adéodat, touchant le sacrement de l'Eucharistie, où il prouve, par de très puissantes raisons, la réalité du Corps et du Sang de Jésus-Christ, et le changement qui se fait de la substance du pain et du vin en la substance du Corps et du Sang de Notre-Seigneur en ce Sacrement.
Ce docte Prélat a été un si zélé défenseur de la vérité de ce grand mystère, qu'il a mérité, le premier, de découvrir et d'indiquer, avant qu'elle parût, la première hérésie qui ait nié ouvertement la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie.
Étant au lit de la mort et près de rendre son esprit à Dieu, il jeta les yeux sur tous ceux qui étaient présents dans sa chambre, et aperçut avec indignation Bérenger, qui était encore jeune et suivait ses leçons prévoyant l'infidélité de ce disciple, ou plutôt sentant déjà en lui un hérésiarque, il voulut qu'on le délivrât de sa présence, assurant qu'il voyait près de lui un affreux dragon dont les hypocrites persuasions et le souffle empoisonné pervertiraient bien des cœurs.

Il reconstruit sa cathédrale

Ce zélé Pasteur donna encore de grandes preuves de sa vigilance et de sa piété dans le soin qu'il fit toujours paraître pour la construction et l'ornement des temples. La divine Providence permit, quelque temps après qu'il eut été sacré évêque de Chartres, que l'église cathédrale, dédiée à la Sainte Vierge, fût entièrement brûlée par un incendie effroyable. Fulbert fit paraître, en cette occasion, son invincible patience, la grande étendue de son esprit et surtout ses libéralités, entreprenant de faire rebâtir, de fond en comble, à la place du premier, un temple magnifique, où on n'épargna ni la matière ni l'art. Le saint Évêque consacra l'or et l'argent qu'il possédait pour faire travailler à ce bel édifice, et tout le monde était si persuadé de ses droites intentions, de son désintéressement et de la pureté de son zèle, que non seulement les princes du royaume voulurent contribuer de leurs deniers à l'élévation du temple qu'il faisait bâtir en l'honneur de la Sainte Vierge mais le roi d'Angleterre, Canut, étant prévenu du mérite singulier de saint Fulbert, lui envoya de grosses sommes pour l'aider dans cette noble entreprise et en partager le mérite devant Dieu. On peut voir, dans l'Épître 97e, que le saint Prélat adresse à ce monarque, avec quels sentiments de reconnaissance il le remercie de sa libéralité, lui souhaitant toutes sortes de prospérités dans son royaume, et surtout une entière absolution de ses péchés, par les mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Mais ces royales largesses restèrent bien loin de celles qu'il reçut de Guillaume le Grand, comte de Poitiers, qui dès longtemps avait eu pour lui une tendre et respectueuse affection. Plusieurs des lettres du saint Prélat, dont le recueil est venu jusqu'à nous, sont des actions de grâces pour les générosités réitérées du prince, d'autant plus remarquables alors que, cette même année 1021, était dédiée la nouvelle cathédrale de Poitiers, relevée aussi de ses ruines après un incendie. Au reste, cet attachement était fondé sur une piété solide et un juste discernement des qualités et des vertus du docte Prélat. Le comte lui en avait donné un précieux et incontestable témoignage, lorsqu'en 1019, après la mort de Gérard, évêque de Limoges, pourvu de la trésorerie de Saint-Hilaire de Poitiers, il lui conféra la survivance de cette dignité, qui était la plus importante du Chapitre. Cette importance même, les grands revenus qui s'y rattachaient, les obligations qu'imposait ce poste honorable, intimidèrent l'humilité du pieux Évêque il refusa à plusieurs reprises et avec instances une sollicitude qu'il regardait comme incompatible avec celle de sa charge pastorale. Mais les amicales persécutions du comte l'emportèrent; et, en cédant, Fulbert se laissa consoler sans doute par la pensée que ses nouvelles richesses iraient se perdre du moins dans l'immense travail de 1 église qu'il réédifiait. Ce fut d'ailleurs un surcroît de veilles laborieuses qu'il s'imposa en acceptant. Fulbert ne pouvait s'acquitter que rarement par lui-même de la charge dont il était pourvu à Poitiers. Guillaume s'en plaignait avec douceur. Un aimable mandataire fut détaché de l'école de Chartres et envoyé, vers l'Église d'Hilaire c'était l'enfant chéri du pontife, celui dont ses condisciples parlaient avec jalousie Hildier ou Hildegaire était son nom. Que d'enseignements, que de charmes dans les correspondances du saint Évêque et de son délégué celui-ci s'affligeant d'être encore longtemps séparé de son maître et de sa Notre-Dame, et demandant des nouvelles de tous ses frères; celui-là lui adressant de savants conseils concernant le soin des choses ecclésiastiques et ne négligeant aucun détail liturgie, administration, culture même du jardin et du verger.
Un autre sujet de ses préoccupations habituelles, c'était sa vocation même à l'épiscopat. L'éminence de cette charge qui impose la responsabilité de tant d'âmes, les craintes qu'elle lui faisait concevoir de s'en mal acquitter, lui firent penser plus d'une fois à s'en démettre. Il s'en ouvrit à saint Odilon de Cluny, qui le maintint par ses conseils au poste que la divine Providence lui avait désigné. Ce fut aussi sur les instances du roi qu'il continua de se mêler aux affaires publiques et de se servir de la juste influence que son mérite lui avait donnée dans les conseils de la cour. Dans ce rôle, aussi important que délicat, il tendit toujours à la réforme des abus, au triomphe de la vérité, et donna ainsi à son souverain les plus sûres preuves de sa religieuse et inviolable fidélité.
Après que ce digne Prélat eut heureusement achevé le somptueux édifice de la cathédrale de Chartres, il pensa aux moyens d'y faire honorer et glorifier Dieu par un bel ordre qu'il introduisit dans le chant et dans la distribution des offices divins. Il joignit la mélodie et la douceur de la musique aux hymnes, aux antiennes, aux proses et aux autres offices, que nous avons déjà dit qu'il composa; et il avait un soin particulier de faire très exactement observer toutes les cérémonies ecclésiastiques. Il établit ou fit célébrer avec plus de pompe, dans cette église, la fête de la Nativité de la Sainte Vierge. Ces beaux effets de la piété de ce zélé pasteur ne procédaient que du parfait amour dont son cœur était embrasé intérieurement l'amour sacré qu'il avait pour son Dieu était le premier principe de sa conduite le mépris qu'il concevait des richesses et des honneurs de la terre, naissait de l'estime qu'il avait pour son Dieu, et, s'il négligeait de se trouver en la compagnie des princes et des rois, c'est qu'il se plaisait uniquement à communiquer avec le Créateur du ciel et de la terre dans la retraite.
Mais comme le précepte de l'amour de Dieu est le même que celui qui exige qu'on ait de la charité pour le prochain, il ne faut pas s'étonner si saint Fulbert a toujours fait paraître tant de douceur et tant de bienveillance, soit envers les pauvres, soit envers les clercs et les autres ecclésiastiques de son diocèse, soit envers les pécheurs ou même envers les prélats, ses confrères, dont les affaires venaient quelquefois à son tribunal il pourvoyait avec une prudence et une économie merveilleuses à tous les besoins des pauvres il supportait avec compassion, et sans lâcheté pourtant, les faiblesses et les imperfections de ses clercs il savait gagner les pécheurs par sa bénignité prévenante, et il ne punissait jamais le crime, dont il ne pouvait souffrir la laideur et l'impunité, qu'après avoir averti plusieurs fois charitablement qu'on eût à rentrer dans les voies de la justice. Il avait un talent spécial pour consoler les personnes qui étaient dans l'affliction et l'on peut dire enfin, après tous ceux qui en donnent de si beaux et de si authentiques témoignages, que c'était un homme universel dans les sciences, un chrétien parfait dans l'exercice de toutes les vertus, un évêque accompli, qui avait toutes les qualités marquées par l'apôtre saint Paul, et un père commun auquel tout le monde pouvait avoir recours, avec assurance de trouver du soulagement dans ses besoins.

Sa mort

Mais cette grande lumière, qui n'aurait jamais s'éteindre, fut obligée de disparaître de la terre, pour aller briller avec plus de gloire dans le ciel et ce digne pasteur, qui travailla infatigablement et avec tant de vigilance et de charité à la garde du troupeau que Jésus-Christ lui avait confié, quitta cette vie pleine d'ennuis et de misères, pour aller jouir de celle qui est remplie de délices et accompagnée d'un bonheur éternel. Il mourut le 10 ou le 11 avril de l'an 1028 ou 1030, après avoir gouverné, avec une sagesse admirable, l'église de Chartres, pendant l'espace de près de vingt-deux ans, comme on le peut voir dans la glorieuse épitaphe qu'on a composée en son honneur, et que ses historiens nous ont conservée avec ses ouvrages.
SOURCE : P. Giry : Les petits Bollandistes : vies des saints. T. I. Source : http://gallica.bnf.fr/ Bibliothèque nationale de France.

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