dimanche 3 avril 2011

FRANCISCO MARTO

Voyant de Fatima, Bienheureux

1908-1919

4 avril


LES PREMIÈRES ANNÉES DES PETITS VOYANTS

Ils naissent à Aljustrel, hameau de la paroisse de Fatima dans le canton de Vila Nova de Ourém. La région dépendait du Patriarcat de Lisbonne, aujourd'hui diocèse de Leiria. Leur maman a eu deux enfants d'un premier mariage. De ses deuxièmes noces, avec Pedro Marto, elle a sept enfants. Francisco et Jacinta sont les deux derniers. Lui a presque 9 ans et elle 7 ans au début des apparitions. Leur famille est très chrétienne (comme tout le Portugal à cette époque, bien qu'il y ait à la tête du pays un gouvernement maçonnique et violemment anticlérical). On leur donne le culte de la vérité, jamais ils ne doivent mentir, même si cela leur cause des ennuis (on le verra au moment de l'interrogatoire). On a soin également de leur éviter tout ce qui pourrait ternir leur innocence. Ils ont toutefois, eux aussi, de petits défauts. Jacinthe, très vive et sensible, est parfois emportée ou susceptible. Quant à Francisco, “il devra dire beaucoup de chapelets” avant d'aller au ciel, mais la Sainte Vierge n'explicite pas le sens de cette parole mystérieuse. Comme leurs parents leur recommandent de dire le chapelet sur le lieu où ils gardent leurs troupeaux, ils ont trouvé un moyen de l'expédier pour aller plus vite jouer, disant seulement “Ave Maria” sur chaque grain au lieu de dire l'Ave tout entier. La Sainte Vierge le leur reprochera.

LES APPARITIONS DE L'ANGE

Un an avant les apparitions de Notre Dame, ils ont trois apparitions d'un Ange resplendissant de jeunesse et de beauté.

L'ange de la paix. La première fois, au printemps 1916, au creux du rocher la “Loca de Cabeço” il se présente ainsi : “Je suis l'Ange de la Paix”. A genoux, le front contre terre, il fait une prière que les enfants répètent dans la même position :

“Mon Dieu, je crois, j'adore, j'espère et je vous aime. Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n'adorent pas, qui n'espèrent pas et ne vous aiment pas”.

L'ange du Portugal. La deuxième fois, l'été 1916, il se présente comme “l'Ange du Portugal”. Tandis que les enfants jouent près d'un puits, dans le jardin de la maison de Lucie, il leur demande : “Que faites-vous ?” Et il ajoute immédiatement : “Priez beaucoup. Les cœurs de Jésus et de Marie ont sur vous des desseins de miséricorde. Offrez constamment au Très-Haut des prières et des sacrifices”. A partir de ce moment-là, les enfants commencent à offrir au Seigneur tout ce qui les mortifie.

L'Ange de l'Eucharistie. La troisième fois, à l'automne 1916, à “Loca de Cabeço”, il apparaît tenant un calice au-dessus duquel est suspendue une Hostie de laquelle tombent quelques gouttes de sang dans le calice. L'Ange de l'Eucharistie leur fait répéter trois fois cette prière :
“Très Sainte Trinité, Père, Fils, Saint-Esprit, je vous adore profondément, et vous offre les très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles de la terre, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences dont il est lui-même offensé, et, par les mérites infinis de son très Saint Cœur, et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs”.
Et il donne la communion aux enfants. Francisco sent bien que le Seigneur est en lui, mais n'ayant pas entendu les paroles de l'Ange, il se les fait répéter (il en sera ainsi au cours de toutes les apparitions), et il réalise ainsi avec joie qu'il a communié. Lucie dira plus tard que c'est Francisco qui a le mieux compris le message de l'Ange. Aussi, de toutes les apparitions, c'est celle qui l'a le plus marqué. Désormais, il n'aura plus qu'un unique désir : consoler et contenter Jésus. Sa vie en sera transformée: prière continuelle et intense, union mystique avec le Seigneur, purification progressive de l'esprit, renoncement à ce qu'il aime le plus, même les jeux innocents des enfants.

LES APPARITIONS DE NOTRE DAME

Le dimanche 13 mai 1917. Les trois bergers sont sur la colline de la “Cova da Iria”. Ils voient d'abord un éclair qui jaillit dans un ciel serein. Craignant un orage, ils redescendent la colline avec leurs brebis et tandis qu'ils sont en chemin, ils aperçoivent sur un petit chêne vert, “une Dame vêtue de blanc, plus brillante que le soleil”. Elle leur demande de venir le 13 de chaque mois, pendant six mois. “Voulez-vous, leur dit-elle, vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu'il voudra vous envoyer en acte de réparation pour la conversion des pécheurs ? – Oui, nous le voulons. – Vous aurez beaucoup à souffrir, mais la grâce de Dieu sera votre réconfort. (…) Récitez le chapelet tous les jours, afin d'obtenir la paix pour le monde et la fin de la guerre”.

Le 13 juin. “Jacinta et Francisco iront bientôt au ciel, dit la Dame, Lucie restera pour aider à répandre dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé”. Comme Lucie s'attriste de ne pas aller immédiatement au ciel et d'être séparé de ses cousins, la Dame lui dit : “Mon Cœur sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu'à Dieu”. Dans sa main droite apparaît alors un cœur couronné d'épines qui semblent s'enfoncer dans la paume, signe de la souffrance que lui causent les péchés, et les enfants se sentent portés à réparer ces offenses.

Le 13 juillet. “Qui êtes-vous ?” interrogent les enfants et ils demandent un miracle pour convaincre les incrédules. La Dame leur demande de continuer à réciter le chapelet tous les jours en l'honneur de Notre-Dame du Rosaire et pour obtenir la paix du monde et la fin de la guerre, “car elle seule pourra vous secourir”. “Sacrifiez-vous pour les pécheurs, leur dit-elle, et dites souvent : ‘O Jésus, c'est par amour pour vous, pour la conversion des pécheurs et en réparation des péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie’”. Alors dans le rayonnement de la lumière de sa main, la terre semble s'entrouvrir et, devant les enfants épouvantés, apparaît l'enfer avec les démons et les âmes en proie aux tourments. “Lorsque vous récitez le chapelet, leur dit-elle, dites après chaque mystère : ‘O mon Jésus, pardonnez-nous, préservez-nous du feu de l'enfer, attirez au Paradis toutes les âmes, surtout celles qui en ont le plus besoin’”. Vient alors le “secret de Fatima”. Les deux premières parties ont été communiquées par Lucie en 1929 à l'Évêque de Leiria ; elles parlent des châtiments de Dieu mérités par nos péchés et donnent les moyens proposés pour éviter ces châtiments : la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, avec la pratique des premiers samedis et la communion réparatrice, la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie. La troisième partie du secret, remise à l'Évêque de Leiria en 1944 et envoyée à Rome en 1957, restera cachée jusqu'à ce que Jean Paul II ordonne de la dévoiler à l'occasion de cette béatification des enfants et de l'Année Sainte. Elle concerne un attentat contre un “Évêque habillé de blanc” (le Pape), lequel s'avance avec d'autres au milieu d'une ville en ruine jonchée de cadavres (cf. les nombreux martyrs du XXe siècle) vers le sommet d'une colline dominée par une grande croix. La Congrégation de la Foi chargée par le Saint Père de donner un commentaire théologique du secret dit notamment ceci : Il ne faut pas chercher dans les visions prophétiques une chronologie historique stricte. Il ne faut pas être fataliste et attendre passivement que le malheur arrive. C'est plutôt un avertissement miséricordieux du ciel pour nous éviter d'y tomber. “Pénitence !” s'écrie un ange par trois fois. Donc en se convertissant et en priant, on peut changer le cours des événements. La preuve, c'est que dans la vision, l'Évêque habillé de blanc est mis à mort, alors que l'attentat du 13 mai 1981, une main a tiré, mais une main maternelle (celle de la Vierge) a dévié la balle mortelle.

Le 13 août. Trois ou quatre mille personnes sont sur place, mais la Dame n'apparaît pas, néanmoins les gens obtiendront quelques “signes” de consolation. En effet les enfants ont été emprisonnés par l'administrateur anticlérical de Vila Nova de Ourém qui tente d'arracher leur secret en brandissant des menaces de mort ; il fait préparer devant leurs yeux un bassin d'huile bouillante. Peine perdue. Fidèles à leur promesse, ceux-ci ne disent rien. Francisco même, croyant sa dernière heure arrivée, se réjouit d'être bientôt au ciel. Dans la prison où on les a mis, ils font prier les prisonniers. De guerre lasse, on doit les relâcher le 15 août, fête de l'Assomption. Et le dimanche suivant, 19 août, la Dame leur apparaît aux “Valinhos”. Avec un air triste elle leur dit : “Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup vont en enfer parce qu'il n'y a personne qui se sacrifie et prie pour elles”.

Le 13 septembre. Il y a plus de 25 000 personnes. “Dieu est satisfait de vos sacrifices” dit la Dame aux enfants en leur défendant de dormir avec la corde qu'ils utilisent comme instrument de pénitence ; ils doivent la porter le jour seulement. En effet la vision de l'enfer et la tristesse de la Dame à cause des pécheurs qui se perdent poussent les enfants à prier et à se sacrifier. La Dame annonce pour le mois d'octobre le miracle attendu.

Le 13 octobre. Foule de 70'000 personnes. La Dame demande une chapelle en son honneur (qui pourra être bâtie avec les dons que font déjà les pèlerins) et elle dit : “Je suis Notre-Dame du Rosaire”. Les enfants lui transmettent les multiples demandes des pauvres pèlerins. Certains seront exaucés, d'autres non : “il faut qu'ils se corrigent”, dit-elle, et avec un air triste : “que l'on n'offense pas davantage Dieu, Notre Seigneur, qui est déjà trop offensé”. Il pleut interminablement…, mais à un moment donné, Lucie demande : “Fermez les parapluies”. Alors, la lumière dans les mains de la Vierge se reflète sur le soleil et le miracle se produit : pendant dix minutes, le soleil tourne sur lui-même en projetant des faisceaux colorés, puis il semble se précipiter sur la foule terrorisée. Pendant ce temps là, les enfants voient d'abord Notre Dame et Saint Joseph avec l'Enfant Jésus qui paraissent bénir la foule, puis Notre-Dame des Sept-Douleurs, et Notre Seigneur bénissant la foule, enfin Notre-Dame du Mont Carmel. Après cette vision, les pèlerins sont surpris de constater qu'ils sont tout secs.

FRANCISCO

Francisco (François) Marto naît le 11 juin 1908. Enfant au caractère doux, il est pacifique, serviable et lorsqu'il y a contestation il ne cherche pas à faire valoir ses droits, prêt à donner ce qu'on lui réclame, même injustement. “Ça m'est égal, à moi” dit-il. IL aime la solitude et, comme son patron Saint François, il protège les oiseaux. Il aime aussi chanter et jouer du fifre. Lors des apparitions, il voit les personnes, mais n'entend pas les paroles. Alors avec la permission de la Dame, les deux petites voyantes lui rapportent tout. Marqué spécialement par la troisième apparition de l'Ange, lequel leur parle des offenses faites au Seigneur, Francisco veut être le consolateur de Jésus. Une nuit, son père l'entend sangloter dans son lit; il va le trouver et Francisco lui dit : “Je pense à Jésus qui est si triste à cause des péchés commis contre lui”. Désormais, il lui arrive souvent de quitter le jeu et la compagnie de sa sœur et de sa cousine pour aller prier à l'écart. Un jour elles le cherche partout et finissent par le trouver le soir, prosterné à terre. Absorbé, il n'avait pas entendu leurs appels. “J'ai commencé à dire la prière de l'Ange, dit-il, et ensuite je me suis mis à ‘penser’”. Chaque soir quand il revient à la maison, il réclame qu'on dise le chapelet en famille comme c'est la coutume et si sa mère, débordée par ses occupations, n'a pas le temps de prier, il lui dit qu'elle peut prier en marchant. Tombé malade, les gens aiment bien venir le voir dans sa chambre. “Je ne sait pas ce qu'a Francisco, on se sent bien ici”, disent-ils. Il désire vivement communier avant de mourir (il n'a communié que des mains de l'Ange). Quand sa cousine Lucie va communier à la messe, il lui fait ses commissions pour “Jésus caché”. Enfin il fait une dernière confession et le lendemain, veille de sa mort, il a la joie de communier dans sa chambre. Il dit à sa petite sœur Jacinthe : “Aujourd'hui je suis plus heureux que toi, parce que j'ai dans ma poitrine Jésus caché”. Le lendemain, au matin, il dit à sa mère : “Oh maman ! Quelle belle lumière près de la porte !” et il meurt en souriant. C'était le 4 avril 1919, à 10 heure. Parti pour le ciel avant Jacinthe, celle-ci désormais est souvent pensive et triste, et quand on l'interroge, ses yeux se remplissent de larmes et elle dit : “Je pense à Francisco. Comme j'aimerais le voir”. Telle était l'amitié pure et simple qui unissait les trois petits pâtres.

LA BÉATIFICATION

Le samedi 13 mai 2000, Jean Paul II a béatifié les deux petits voyants de Fatima, Francisco et Jacinta Marto, en présence de la troisième voyante encore vivante, leur cousine Lucia, âgée de 93 ans et carmélite à Coimbra, sous le nom de Sœur Marie du Cœur Immaculé. C'est la première fois que l'Église béatifie des confesseurs non-martyrs aussi jeunes, des enfants. Ils sont morts à presque 11 et 9 ans. (Saint Dominique Savio , le plus jeune jusqu'ici des saints non-martyrs, avait 15 ans). Cette solennelle béatification a rassemblé plus de 500'000 personnes à la Cova da Iria, sur le lieu des apparitions où se trouve maintenant la basilique et une immense esplanade. Devant l'autel, beaucoup d'enfants portaient les mêmes habits que les petits bergers de l'époque. Pour eux le Pape eut un mot spécial et spontané d'affectueuses félicitations et il les exhorta à prier, eux aussi, pour la conversion des pécheurs.

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