lundi 4 avril 2011

CATHERINE THOMAS

Religieuse, Vierge, Sainte
1531-1574

5 avril

Cette vierge est une gloire des Chanoinesses Régulières de l’Ordre de Saint Augustin.
Elle naquit le 1er mai 1531, à Valledemuza, dans l’île de Majorque, aux Baléares. Elle fut l’avant-dernière des sept enfants de Jacques, modeste travailleur.
À l’âge de trois ans, Catherine avait déjà appris à réciter le chapelet, ce qu’elle faisait régulièrement, cachée dans n’importe quel coin tranquille de la maison. Quand elle ne disposait pas du chapelet, elle comptait les Ave en se servant des feuilles d’une branche d’olivier. À quatre ans elle connaissait déjà tout le catéchisme et était très heureuse de se faire appeler par ses petites compagnes de jeu, de “petite vieille”.
L’enfance terminée, Catherine ressentit un grand attrait pour la pénitence. Par amour pour Jésus, elle portait un silice cranté, se flagellait et, pieds nus, marchait sur les ronces et autres épineux des champs. Et le Seigneur la récompensa lui accordant plusieurs visions du Paradis. La tradition rapporte que sainte Catherine, vierge et martyre, lui serait apparue à plusieurs reprises pour la consoler dans les peines et pour la défendre contre les insidieuses suggestions du démon qui, sous des formes horribles, la tentait à faire le mal et lui insufflait dans l’âme des sentiments de désespoir quant à son salut éternel.
Elle n’avait que sept ans quand elle devint orpheline : ses parents décédèrent à peu de temps d’intervalle.
Certains de ses oncles eurent compassion d’elle et l’accueillirent pendant onze années dans leur ferme de “Son Gallard”, lui confiant la tâche de faire paître leur troupeau. Et, comme l’église était loin de la ferme, elle a dû se contenter de ne la fréquenter qu’au moments des fêtes. En contrepartie, dans la solitude des champs, elle trouvait la manière de donner libre cours à sa piété, restant de longues heures en prière devant les petits autels qu’elle se construisait elle-même au pied des oliviers. Ce fut pendant cette période de sa vie qu’elle subit grand nombre d’épreuves et de terribles tentations. Bien qu’elle fuissent les bales et les vanités féminines, il y en eut qui s’évertuèrent à la faire changer et à la pousser à des actions malhonnêtes. Mais son envie et sa décision de conserver sa candeur baptismale prirent toujours le dessus. Elle répondit un jour, avec un accent mélangé de dédain et de piété, à l’un de ceux qui cherchait à l’en détourner : “Sais-tu que je préfèrent voir mon corps coupé en morceaux plutôt que de céder à tes propositions ?”
La rencontre avec le Père Antonio Castaneda fut pour Catherine providentielle.
Ce prêtre s’était installé dans le collège voisin de Miramar, après quarante-deux années de pénitence dans le couvent de la Très Sainte Trinité de Majorque.
Il venait de temps à autre mendier son pain dans la ferme “Son Gallard” et, lors des entretiens qu’il a pu avoir avec la fidèle bergère, il comprit qu’elle n’était pas faite pour rester toute sa vie dans le monde. Toutefois, lorque Catherine manifesta à sa famille son désir d’entrer dans un monastère, ils s’y opposèrent, lui rappelant qu’elle était analphabète et qu’elle n’avait pas les moyens pour se constituer une dote ; ils ont même tout fait pour lui trouver un mari. Mais elle leur dit avec fermeté : “J’appartiens à Dieu à qui rien n’est impossible. Même au prix de ma vie je maintiendrai la parole donnée”.
Le Père Castaneda se chargea d’aplanir toutes les difficultés. Il la plaça à Palma de Majorque, comme domestique, au sein de la noble famille de Matthieu Zaforteza, où elle apprit à lire, à écrire et à broder. Ses progrès dans la vertu et dans la pénitence furent continuels. Suites aux veilles régulières et au port d’un silice fait de la peau d’un porc-e-pique, et un carême entier à ne vivre que de pain et d’eau, elle finit par détériorer gravement sa santé. Lorsqu’elle en guérit, son directeur spirituel obtint qu’elle entre comme choriste (1533), bien que privée de dote, dans le Monastère de Sainte Marie-Madeleine, érigé à Palma sous le règle de saint Augustin, à la place de l’hospice construit à cet endroit, aussitôt après le départ des maures (1229), local appartenant alors à Jacques d’Aragon.
Nous ignorons pour quelle raison Catherine resta deux ans et sept mois au noviciat. Il n’est pas impossible que les religieuses se soient méfiés des phénomènes extraordinaires dont la jeune novice bénéficiait toujours. Il se peut également que ce soit à cause de ses jeûnes fréquents au pain et à l’eau, de l’utilisation des silices et des disciplines que celle-ci s’imposait et qui la mirent dans un état cadavérique. Pour se donner un peu de “couleur”, il lui arrivait de mâcher très lentement quelques poivrons très épicés. Il y avait, probablement, un peu de tout cela, mais elle dût se soumettre aux ordres de sa supérieure qui lui imposa l’obéissance : là encore elle fut extraordinaire, en obéissant scrupuleusement aux ordres qui lui étaient donnés.
La maîtresse des novices, la voyant souvent concentrée sur elle-même, l’envoyait tantôt à la roue, tantôt dans la cuisine, tantôt encore dans l’infirmerie, pour la distraire. Catherine obéit toujours prestement, car la voix de sa supérieure représentait pour elle la volonté même de Dieu.
Le démon naturellement fulminait et continuait de la tourmenter en suscitant dans sa pensée des imaginations impures, en faisant apparaître sur les murs de la cellule des figures obscènes, en lui apparaissant sous la forme d’un beau jeune homme, ou alors des animaux qui la frappaient et l’attachaient avec des chaines, la trainant par terre, ou encore en jetant pas terre la vaisselle, lorsqu’elle se trouvait dans la cuisine. Un jour, pour lui faire perdre patience, le démon lui vola la clé du four et la jeta dans le puits du monastère. Catherine sortit toujours triomphante de toutes ces attaques diaboliques, car elle demandait avec ferveur et foi la protection et l’aide de la Sainte Vierge. Un peu pour rassurer les autres sœurs, témoins de ces attaques diaboliques, elle disait : “Ne craignez rien, mes sœurettes, le Christ est avec nous !”
Sœur Catherine prononça ses trois vœux religieux le 24 août 1555. Elle put alors s’exclamer comme l’épouse du Cantique des Cantiques : “J’ai trouvé l’amour de mon âme ; je l’ai embrassé et plus jamais je ne le quitterai !” (Ct. 3, 4). À compter de ce jour-là le désir de sa propre sanctification grandit en elle encore davantage encore. Elle choisit pour elle la plus petite et la plus misérable que toutes les cellules et les vêtements que ses soeurs ne voulaient plus mettre. Jamais elle n’accepta de cadeaux car, comme sainte Thérèse d’Avila, elle était convaincue que “qui possède Dieu n’a besoin de rien d’autre”.
Elle ne s'exempta jamais des actes de communauté, même si pour aller dans le chœur ou au réfectoire où l'appelait la cloche, elle devait souvent s'appuyer, à cause de ses infirmités, à un bâton ou aux murs des couloirs. Son obéissance était sans faille, même lorsqu’elle se trouvait enlevée en extase. L'évêque de Majorque, Mgr. Jean-Baptiste Campegio, venait lui demander conseil lorsqu’il la savait dans cet état. Un jour il lui ordonna même de descendre avec lui au parloir tout en restant en extase, et elle lui obéit toujours.
Sœur Catherine éprouvait une grande répugnance envers la grille parce qu'elle craignait de perdre sa ferveur religieuse en la fréquentant. Toutefois elle s’y rendait sans la moindre hésitation chaque fois que l’obéissance le demandait, que l’urbanité l’exigeait ou la charité le conseillait. Ses paroles étaient comme des flèches enflammées d’amour qui atteignaient les cœurs tièdes et ceux des pécheurs pour lesquels elle priait et se mortifiait. Pendant ses ravissements, Dieu lui donnait souvent la connaissance des besoins spirituels de personnes vivant loin du monastère, afin qu’elle prie pour elles. Son confesseur, le Père Salvador Abrines, avait raison de dire du haut de sa chaire : “Vous, pécheurs, vous oubliez Dieu et piétinez avec mépris la sainte loi ; mais il y a une personne qui, quoiqu’innocente, pleure amèrement vos fautes et souffre par d’indicibles douleurs les peines que vous auriez dû souffrir à cause de vos péchés”.
Méditant la Passion du Seigneur, causée par l'iniquité des hommes, Sœur Catherine ne pouvait contenir ses pleurs. Un jour Jésus crucifié lui apparut tout ensanglanté et lui dit:  « Regarde, ma fille, ce que tu me coûtes. Ceci je l’ai supporté par amour pour toi ! » Depuis lors la sainte versant tant de larmes, que ce soit dans sa cellule, dans le chœur ou au réfectoire, que ses sœurs craignirent qu’elle ne devienne aveugle.
Elle nourrissait une très grande dévotion envers Jésus Eucharistique. Elle allait souvent le visiter, aussi souvent que lui permettait le règlement et l’obéissance scrupuleuse aux règles de son Ordre. Quant elle communiait, elle passait toute la journée en extase et priait pour tous les besoins des hommes, pour le triomphe de l’Église sur les Turcs et pour les erreurs des protestants, mais tout particulièrement pour le soulagement des âmes du purgatoire. C’est pourquoi, certainement, Dieu permit que plusieurs âmes lui apparaissent et lui demandent de prier pour elles ou de faire célébrer des Messes par leurs familles.
D'ordinaire soeur Catherine se mettait en communication avec les âmes des défunts pendant les extases. Dans les premiers temps de vie religieuse elles duraient jusqu'à trois jours, mais les années s’écoulant, elles devinrent de plus en plus longues et de plus en plus fréquentes. L’extase dont elle était favorisée chaque année lors de la fête de sa patronne, sainte Catherine, pouvait durer jusqu’à quinze jours.
Lors de certains ravissements Dieu lui montrait le triste sort des pécheurs et des damnés et alors elle gémissait douloureusement. D’autres fois Il la faisait participer aux joies éternelles et alors sa joie se manifestait par des soupirs amoureux.
Lorsque l’extase terminée, elle revenait à elle, Catherine embrassait les sœurs avec tendresse et les invitait à aimer chaque jour davantage le Seigneur des Miséricordes.
Elle aurait aimer cacher ces états mystiques, mais elle ne réussissait pas toujours à se réfugier à temps dans sa cellule.
Les extases ne l’empêchaient pas d’accomplir les tâches fixées par sa Supérieure, tels que broder ou coudre. Pendant ces mêmes extases Dieu lui montrait ce qui se passait dans le monastère, lui révélait les secrets des cœurs, lui permettait d’entendre les sermons que son confesseur prononçait dans la cathédrale et assister aux Messes qu’il célébrait.
La nouvelle des extases de Sœur Catherine ne resta pas longtemps enfermée entre les mure du monastère. Beaucoup sont venus pour la voir, pour se recommander à ses prières et pour lui demander des conseils. La sainte s'en alarma, et pour conjurer le danger qu'il menaçait son humilité, elle résolut de se montrer à tous un peu diminuée. Aux objections de ses sœurs elle répondait : « Je fais ainsi pour que tous me prennent pour ce que je suis : une idiote, une folle ». Elle ne souffrait pas de ne pas recevoir de la part des gens des signes de gratitude. De temps en temps elle disait : « Oh ! si vous pouviez comprendre combien est méprisable et mesquine la créature que vous voulez honorer ! » Elle croyait, en effet, avoir tous les défauts, et elle les mettait en-avant dans le but de faire croire que ses extases n’étaient qu’imaginaires.
Comme prix de cette vertu d’humilité Dieu lui accorda le don de prophétie et de faire des miracles. Deux fois on la trouva les habits complètement trempés. Interrogée sur les causes de cet état, elle répondit qu’elle venait de sauver l’architecte du monastère qui se noyait dans la mer. La deuxième fois elle avoua être allée secourir des matelots qui étaient en train de chavirer et qui l’avaient appelée à leur secours. Elle guérit instantanément plusieurs personnes.
Sœur Catherine considéra toujours sa vie terrestre comme une prison qui empêchait son âme de s’envoler au ciel. Souvent elle s’exclamait, en pleurant : « Oh, vie triste et affligée, quand finiras-tu ? Oh ! douloureuse captivité, combien dureras-tu encore ? Quand arrivera pour moi l'instant bienheureux et si anxieusement désiré dans lequel, les chaînes de la chair cassées, mon âme s’envolera vers l’éternelle mansion de mon divin époux ? » Le don des larmes chez elle dura jusqu'à la mort, mort dont elle fut informée bien longtemps à l’avance. Ses larmes creusèrent deux sillons bien visibles sur son visage.
Elle rendit sa belle âme à Dieu le 5 avril 1574, après avoir recommandé à ses sœurs d’être toujours très charitables. Quatre ans après sa mort son corps fut retrouvé intacte, exempt de toute corruption.
Pie VI la béatifia le 3 août 1792 et Pie Xi la canonisa le 22 juin 1930.
Sa dépouille est vénérée dans le monastère des Chanoinesses Régulières de saint Augustin à Palma de Majorque (Baléares).

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