mardi 29 mars 2011

SAINT MAMERTIN

Païen, puis Saint

30 mars

Saint Mamertin, qui fut d'abord païen, adorant une fois les idoles, perdit un mil et une de ses mains se sécha. Il crut avoir offensé les dieux, et alla au temple adorer les idoles, quand il rencontra un religieux nommé Savin qui lui demanda comment une si grande infirmité lui était survenue. Mamertin répondit : « J'ai offensé mes dieux, aussi vais-je les prier de me rendre dans leur bonté ce qu'ils  m’ont ravi dans leur colère. » Savin lui dit: « Tu te trompes, mon frère, tu te trompes, si tu prends des démons pour des dieux. Va plutôt trouver saint Germain, évêque d'Auxerre, et si tu acquiesces à ses conseils, tu seras guéri incontinent. » Mamertin se mit en route aussitôt et arriva au tombeau de saint Amateur, évêque et de plusieurs autres saints évêques. La pluie le força de se retirer la nuit dans une cellule sur la tombe de saint Concordien. Après s'être endormi, il eut une vision fort extraordinaire. Il vit venir à la porte de la cellule un homme qui appela saint Concordien et l’invita à une fête que célébraient saint Pérégrin et saint Amateur avec d'autres évêques. Saint Concordien lui répondit du fond de son tombeau : « Je ne puis y aller maintenant, car j'ai un hôte qu'il me faut garder de peur qu'il ne soit tué par les serpents qui habitent ici. » L'homme s'en alla rapporter la réponse qu'il avait entendue, puis il revint dire : « Saint Concordien, levez-vous, venez, et amenez avec vous le sous-diacre Vivien et l’acolyte Junien afin qu'ils exercent leur ordre. Alexandre gardera votre hôte. » Et il sembla à Mamertin que saint Concordien, après lui avoir pris la main, le conduisait avec lui, et que quand il fut arrivé à l’endroit où se trouvaient les évêques, saint Amateur lui dit: « Quel est l’homme qui est entré avec vous ? » « C'est mon hôte », répondit saint Concordien. Et saint Amateur dit : « Chassez-le car il est impur, et il ne peut être avec nous. » Comme on chassait Mamertin, il se prosterna devant les évêques et réclama la protection de saint Amateur. Celui-ci lui ordonna d'aller aussitôt chez saint Germain. Mamertin, à son réveil, vint trouver saint Germain, se prosterna à ses pieds et lui demanda pardon. Après avoir raconté ce qui lui était arrivé, ils allèrent tous deux au tombeau de saint Concordien et quand ils eurent écarté la pierre, ils virent plusieurs serpents de plus de dix pieds de long, qui s'échappèrent tous. Alors saint Germain leur commanda d'aller dans tel lieu où ils se gardassent à l’avenir de nuire à personne. Ce fut alors que Mamertin fut baptisé et justifié. Il se fit moine au monastère de saint Germain dont il fut abbé après saint Allodius.

De son temps, vécut, dans ce monastère, saint Marin dont saint Mamertin voulut mettre l’obéissance à l’épreuve. Il lui confia la charge la plus vile de la maison, celle de gardeur des vaches. En faisant paître librement son troupeau dans une forêt, il vivait dans une telle sainteté qu'il donnait à manger dans sa main aux oiseaux qui venaient le trouver. II délivra aussi des chiens un sanglier réfugié dans sa cabane, et le fit s'en aller. Des larrons vinrent, le dépouiller et emportèrent avec eux son habit, ne lui laissant qu'un tout petit manteau. Il se mit aussitôt à crier après eux en disant : « Revenez, mes seigneurs : voici un denier que j'ai trouvé cousu au milieu du manteau ; peut-être en avez-vous besoin. » Les voleurs accoururent, lui prirent le petit manteau avec le denier et le laissèrent tout nu. Mais comme ils se hâtaient de retourner dans leur repairé après avoir marché toute la nuit, ils se trouvèrent, vers le point du jour, à la cabane de Marin. Celui-ci les salua, les reçut avec bonté sous son toit, leur lava les pieds, et leur servit tout ce qui put leur être nécessaire. Ceux-ci stupéfaits, regrettèrent leurs procédés et chacun d'eux se convertit à la foi. — Un jour, quelques jeunes moines, restés avec lui, avaient tendu des pièges à une ourse qui guettait les brebis ; l’ourse se jeta dans le piège pendant la nuit et resta prise. Saint Marin, qui s'en douta, sortit du lit, la trouva et lui dit : « Que fais-tu, misérable ? Sauve-toi vite de peur que tu ne sois prise.» Alors il la dégagea et la laissa partir. — Lorsqu'il fut mort, on portait son corps à Auxerre, quand, arrivé à une maison de campagne, personne ne put l’enlever de là, jusqu'à ce qu'un prisonnier, dont les liens se brisèrent, accourût : et s'approchant du corps il le porta avec les autres jusqu'à Auxerre, où on l’ensevelit avec honneur dans l’église de Sainte Germain.

Jacques de Voragine
“La Légende dorée”

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