samedi 19 mars 2011

PATRICK D'IRLANDE

Apôtre et Patron de ce pays, Évêque, Saint
† 464

17 mars

S'il est vrai que l'éclat de la vertu des enfants rejaillisse sur les pères, quelle gloire pour S. Patrice d'avoir été le fondateur d'une église qui fut, durant tant de siècles, si féconde eu héros chrétiens, qui peupla de saints un grand nombre de régions étrangères, et qui même dans ces derniers temps s'est montrée si ardente à conserver le dépôt de la foi, malgré toutes les persécutions que l'hérésie lui a suscitées !
Patrice naquit sur la fin du quatrième siècle, dans un village de la Grande-Bretagne, qu'il nomme dans sa confession Boiiaven Taberniœ". Il se donne lui-même les titres de Breton et de Romain, et dit que son père, nommé Calphurnius, était d'une bonne famille, et citoyen d'une ville voisine qui appartenait aux Romains. Sa mère, selon quelques auteurs, s'appelait Concesse, et était nièce de S. Martin de Tours. A l'âge de quinze ans, le jeune Patrice commit une faute qui ne paraît pourtant pas avoir été bien considérable. Il en conçut un si vif regret, qu'il la pleura tout le reste de sa vie. Il nous apprend qu'il ne connaissait point encore Dieu dans sa seizième année ; ce qui signifie, non pas qu'il était idolâtre, mais qu'il n'était point encore parvenu à cette ferveur de charité qui caractérise le vrai disciple de Jésus-Christ. Aussi ne pouvait-il retenir ses larmes dans la suite, quand il réfléchissait sur la manière dont il avait passe ses premières années.
Il n'était point encore sorti de sa seizième année, lorsqu'une troupe de barbares l'enlevèrent de son pays, avec plusieurs esclaves et plusieurs vassaux de son père. On le mena en Irlande, où il fut réduit à garder les troupeaux sur les montagnes et dans les forets. Tandis qu'il exerça cette profession, il eut beaucoup à souffrir de la faim, de la nudité, des pluies, des neiges et des glaces. Mais Dieu eut pitié de son âme ; il lui découvrit toute l'étendue de ses devoirs, et lui inspira la volonté de les remplir fidèlement. Patrice vit son état en chrétien, et ne chercha plus que les moyens clé s'y sanctifier. Depuis qu'il eut une fois goûté combien le joug du Seigneur est doux, il s'appliqua de plus en plus à allumer dans son cœur le feu sacré de l'amour divin. Il passait en prières nue grande partie du jour et de la nuit, et demandait surtout à Dieu cet esprit de religion qui fait supporter les épreuves avec patience et même avec joie.
Patrice resta six ans attaché au service du même maître. Son esclavage, que Dieu n'avait permis que pour sa sanctification, prit fin dans le temps qu'il y pensait le moins. Il fut averti en songe de retourner dans son pays, et une voix intérieure lui dit qu'un vaisseau était prêt à mettre à la voile. Le saint se trouvait fort éloigné de la côte; il n'y connaissait d'ailleurs personne. Ces obstacles ne l'arrêtèrent point, parce qu'il s'agissait d'accomplir la volonté du ciel. Enfin, après plusieurs jours de marche, il arriva au port d'où le vaisseau devait partir. Il demanda à être admis au nombre des passagers; mais on ne voulut point le recevoir. Ce refus venait apparemment de ce qu'il n'avait point de quoi payer son passage. Patrice, au lieu de murmurer de cet incident, reprit avec simplicité la route de sa cabane, priant Dieu de disposer de lui pour l'intérêt de sa gloire. Les maîtres du vaisseau, quoique païens, se laissèrent pourtant attendrir; ils rappelèrent le saint, et le reçurent parmi eux.
La navigation ayant été heureuse, on prit terre au bout de trois jours. Il paraît que ce fut au nord de l'Ecosse. Quoi qu'il en soit, le pays où l'on aborda était désert, et l'on erra vingt-sept jours, sans pouvoir trouver aucune sorte de provisions. Comme Patrice avait souvent entretenu ceux qui montaient le vaisseau, de la tonte-puissance du Dieu qu'il adorait, ils lui demandèrent pourquoi il ne le priait pas de s'intéresser en leur faveur. Animé d'une -vive confiance, il leur répondit que s'ils voulaient joindre leurs prières aux siennes, et les offrir de tout leur cœur au Dieu des Chrétiens, ils ressentiraient infailliblement les effets de sa protection. Ils le firent, et dès le jour même, ils rencontrèrent un troupeau de porcs, qui les nourrit jusqu'au moment où ils entrèrent dans un pays habité. La foi de notre saint fut tentée durant ce pénible cbemin. On lui présenta, pour apaiser sa faim, des viandes offertes aux idoles; mais il n'en voulut point manger. Un jour qu'il prenait un peu de repos, une grosse pierre détachée d'un rocher tomba, et était près de l'écraser. Il eut recours à l'intercession d'Elie, et il se trouva délivré du danger.
Ayant passé quelques années dans sa patrie, il perdit une seconde fois sa liberté ; mais il la recouvra au bout de deux mois. De retour dans la maison paternelle, Dieu lui fit connaître par plusieurs visions qu'il se servirait de lui pour la conversion de l'Irlande. Il lui sembla voir entre autres choses tous les enfants de ce pays, qui, du sein de leurs mères, lui tendaient les bras, et imploraient son secours avec des cris lamentables.
Quand il fut question de le sacrer évoque, il éprouva une grande opposition de la part de sa famille et du clergé de son pays, qui n'approuvaient pas le projet de sa mission. On tâcha de le retenir par les offres les plus avantageuses : on essaya de l'effrayer par la vue des dangers auxquels il serait exposé parmi de» peuples idolâtres, qui haïssaient d'ailleurs les Romains et les Bretons. Il y en eut qui allèrent plus loin, et qui prétendirent qu'il n'avait pas les qualités requises pour se charger d'une pareille entreprise. Patrice était dans une violente perplexité, et ne savait à quoi se déterminer. Il eut recours à Dieu, qui le consola par une vision, et l'affermit dans son premier dessein. Il ne balança donc plus; il abandonna généreusement sa famille, et vendit, comme il le dit lui-même, sa noblesse, pour servir une nation étrangère. Il consacra son âme à Dieu, pour aller porter le nom de Jésus-Christ jusqu'aux extrémités de la terre, résolu de tout souffrir pour suivre sa vocation, de recevoir avec le même esprit les biens et les maux, et de rendre également grâces à Dieu des uns et des autres, pourvu que son nom fût glorifié, et que sa volonté fût accomplie.
Animé de ces saintes dispositions, il passa en Irlande, pour travailler à l'extinction de l'idolâtrie, qui y régnait presque universellement. Brûlant de zèle pour la gloire de Dieu, il compta pour rien d'être regardé comme un étranger, d'être méprisé comme le dernier des hommes, de souffrir de la part des infidèles toutes sortes de persécutions, de sacrifier même sa propre vie, si l'effusion de son sang pouvait servir à la cause de Dieu. Il parcourut toute l'île, et pénétra jusqu'aux endroits les plus reculés, sans craindre les dangers auxquels il s'exposait.
Ses prédications, fortifiées par ses souffrances, produisirent des effets merveilleux. On vit une multitude innombrable de païens se convertir et demanderle baptême. Le saint leur administra ce sacrement après les avoir instruits des mystères de la foi. Il travailla ensuite à les affermir dans la religion qu'ils venaient d'embrasser. Il ordonna de pieux ministres pour le seconder dans ses travaux apostoliques ; il engagea plusieurs femmes à vivre dans la viduité et la continence. Il consacra des vierges à Jésus-Christ, et institua de saints moines qui pratiquaient les conseils de l'Evangile. Le nombre de ceux qui entrèrent dans les voies de la perfection fut très-considérable.
Les nouveaux fidèles voulurent faire part de leurs biens terrestres à celui qui les avait enrichis des biens du ciel; mais Patrice, montrant toujours le plus parfait désintéressement, ne se permit rien de tout ce qui aurait pu déshonorer son ministère. Au lieu
donc de recevoir ce qu'on lui offrait, il lui arrivait souvent de rendre les petits présens que quelques-uns mettaient sur l'autel. Il uimait mieux contrister les Chrétiens fervens, que de donner la moindre occasion de scandale à ceux qui étaient faibles, ou qui ne connaissaient pas encore Jésus-Christ. Il portait la générosité jusqu'à donner son propre bien aux fidèles et aux païens. Quand . il visitait les provinces, il distribuait aux pauvres des aumônes abondantes. Il faisait aussi des présens aux rois, afin de faciliter par là le progrès de l'Evangile. Plusieurs enfans trouvaient en lui un père plein de tendresse ; il se chargeait des frais de leur éducation , et du soin de les former au service des autels. Enfin sa libéralité ne connaissait point de bornes; et lorsqu'il n'avait plus de quoi donner, il se réjouissait de se voir pauvre avec Jésus-Christ, persuadé que la pauvreté et les afflictions lui étaient infiniment plus avantageuses que les délices et les richesses.
Ce ne fut qu'avec des peines incroyables qu'il amena les choses ace point. Il eut beaucoup de traverses et de persécutions à essuyer, surtout de la part d'un prince nommé Corotic, qui régnait, selon toutes les apparences, dans quelque canton du pays de Galles °. Ce Corotic était chrétien de profession ; mais sa conduite ne répondait point à sa religion, et S. Patrice lui donna même le titre odieux de tyran. Il fit une descente en Irlande, et pilla le canton où Patrice venait de donner le saint chrême, c'est-à-dire la confirmation, à un grand nombre de néophytes qui portaient encore l'habit blanc de leur baptême. Le respect dû à la religion, surtout dans cette circonstance, ne put ralentir sa fureur. Il massacra inhumainement tme partie de ces néophytes, et enleva les autres, qu'il vendit à des païens d'entre les Scots et les Pietés.
Le lendemain de ce massacre, arrivé probablement aux fêtes de Pâques ou de la Pentecôte, Patrice envoya une lettre à Corotic, par un saint prêtre qu'il avait élevé dès l'enfance. Il le priait de lui rendre les Chrétiens qu'il avait emmenés captifs, et une partie au moins de ce qu'il avait pillé, afin de ne pas réduire un peuple malheureux à périr de misère; mais cette lettre fut inutile. Corotic ne répondit aux prières du saint que par des railleries ; il se moqua et de Patrice, ot de ses Irlandais, comme si les Irlandais n'eussent pas pu avoir la même foi que les Bretons : disposition orgueilleuse, qui mettait les derniers au-dessous des premiers.
Le saint, pour prévenir le scandale que les nouveaux convertis pourraient prendre de la conduite de Corotic, qui se disait chrétien, écrivit de sa propre main une lettre circulaire qu'il rendit
publique. Il s'y donne le titre de pécheur et d'homme ignorant, par une suite de cette humilité qui n'est jamais plus grande dans les saints, que quand ils sont obligés de faire quelque acte d'autorité. Mais cette humilité ne les empêche pas de soutenir avec fermeté la cause de la justice. Patrice, après avoir parlé de son indignité personnelle, déclare que Dieu l'a établi évêqued'Irlande, et qu'en cette qualité il sépare de Jésus-Christ et de la communion Corotic, avec tous ceux qui ont été les complices de son crime; il défend de manger avec eux et de recevoir leurs aumônes, jusqu'à ce qu'ils aient satisfait à Dieu par les larmes d'une sincère pénitence, et rendu la liberté aux disciples de Jésus-Christ. On voit par cette lettre qu'il avait une tendresse extraordinaire pour son troupeau, et qu'il ressentait une vive douleur de la mort de ceux que Corotic avait massacrés. Il se réjouissait pourtant, disait-il, en considérant qu'ils régnaient dans le ciel avec les prophètes, les apôtres et les martyrs ". La lettre dont nous venons de donner une idée s'est heureusement conservée jusqu'à nous.
Patrice, étant dans un âge fort avancé, écrivit sa Confession *, pour ne laisser aucun doute sur la pureté des motifs qui l'avaient déterminé à entreprendre une mission en Irlande. Cet ouvrage, qui respire la piété la plus tendre, est plein de bon sens, d'esprit et même de feu. On y voit que .l'auteur avait une humilité profonde, qu'il soupirait ardemment après le martyre, et qu'il était parfaitement versé dans la connaissance de nos divines Ecritures. Partout S. Patrice y fait l'aveu de ses fautes c, et y loue la grande miséricorde du Seigneur, dont il avait si souvent éprouvé les effets, préférablement à plusieurs autres qui en auraient été moins indignes que lui. Il reconnaît qu'il avait eu plusieurs tentations, dont une des plus délicates avait été un grand désir de retourner dans son pays, et d'aller dans les Gaules visiter les saints qu'il y connaissait. Mais il ajoute qu'il surmonta cette tentation par la crainte de perdre le fruit de ses travaux en abandonnant son peuple, et parce que le Saint-Esprit lui déclara intérieurement que Dieu ne voulait pas qu'il sortît de l'Irlande. Il dit que, quelque temps avant d'écrire sa Confession, il fut arrêté avec ceux qui l'nccompagnaient ; qu'on lui enleva tout ce qu'il avait, et qu'on lo retint quatorze jours dans les fers, pour avoir baptisé le fils d'un
roi contre la volonté de son père. Chaque jour, continue-t-il, je m'attendais à de pareils traitemens, et même au martyre. Mais je ne redoutais aucun danger, parce que mon espérance était dans le ciel, et que je me jetais avec confiance dans les bras du ToutPuissant. Aussi ne craignit-il point d'augmenter le nombre de ses ennemis, en donnant le baptême à une jeune fille de qualité, trèsbelle et en âge d'être mariée. Quelques jours après, cette fille vint lui dire qu'un ange lui avait ordonné de faire le sacrifice de sa virginité, afin de devenir plus agréable aux yeux de Dieu. Il en rendit grâces au Seigneur, et reçut lui-même les vœux de cette épouse de Jésus-Christ, six jours seulement avant qu'il insérât ce fait dans sa Confession.
Notre saint missionnaire tint plusieurs conciles, pour établir une bonne discipline dans l'église dont il était le fondateur; et nous avons les Actes authentiques du premier a. Les canons qu'on y trouve ont pour objet divers réglemens pleins de sagesse, et qui concernent principalement la pénitence. On croit, d'après S. Bernard et la tradition du pays, que le saint fixa son siège primatial à Armagh. Il paraît par les Actes de son concile, et par d'autres anciens monumens, qu'il ordonna des évoques pour l'Irlande.
Nous omettons plusieurs particularités de sa vie, rapportées par ses historiens, ou parce qu'elles ne sont pas assez certaines, ou parce qu'elles sont peu essentielles. Nous ajoutons seulement les faits suivans. S. Patrice osa, la première année de sa mission, prêcher Jésus-Christ au milieu de l'assemblée générale des rois et des Etats de toute l'Irlande, qui se tenait tous les ans à Tarah ou Themoria, dans la province de l'East-Meath. C'était là que résidait le principal roi, appelé Monarque de toute l'île. La ville de Tarah était encore la principale demeure des druides, et comme le cheflieu de la religion du pays.
Le fils de Neill, qui était alors monarque, se déclara contre le saint et contre la doctrine qu'il annonçait; mais cela n'empêcha pas le fruit de ses discours. Plusieurs princes se convertirent, entre autres le père de S. Benen ou Bénigne, qui fut le successeur immédiat de S. Patrice sur le siège d'Armagh. Leur conversion fut
suivie de celle des rois de Dublin, de Munster, et des sept fils du roi de Gonnaught. Enfin le ciel répandit des bénédictions si abondantes sur les travaux de Patrice, qu'il eut, avant sa mort, la consolation de voir presque toute l'Irlande adorer le vrai Dieu.
Il fonda trois monastères, dont l'un était à Armagh ", et remplit l'Irlande d'églises et d'écoles où la piété et les bonnes études fleurirent longtemps. Ces écoles devinrent si célèbres, que les étrangers y accoururent de toutes parts durant plusieurs siècles; et l'Irlande, que les autres peuples avaient traitée de pays barbare, fut comme le rendez-vous général de tous ceux qui voulaient cultiver leur esprit par les sciences, et se former aux maximes d'une haute perfection.
S. Patrice mourut en paix vers l'an 464, et fut enterré à Down en Ultonie, dans une église qui depuis prit son nom.
SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… – Traduction : Jean-François Godescard.

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