jeudi 24 mars 2011

MARGARET CLITHEROW

Laïque, Martyre, Sainte
1555-1586

25 mars

Margaret eut pour père M. Thomas Middleton, citoyen d'York et fabricant de chandelles, enterré à l'église Saint-Martin (Coney-Street) le 16 mai 1567. La mère de Margaret nous est mal connue. De ce ménage Margaret naquit en 1555 ; elle fut mise à mort en 1586.
Le biographe, John Mush, était un prêtre séculier, homme de mérite qui eut l'occasion de donner sa mesure en ramenant la paix parmi les fidèles emprisonnés pour la foi à Wisbech. Lui-même fut prisonnier et condamné à mort pour sa foi, mais il mourut dans son lit, en 1617, dans un âge très avancé.
Margaret était née de parents protestants. Le testament de son père, daté du 14 décembre 1560, nous apprend qu'elle était la dernière de quatre enfants, deux fils et deux filles. Après le second mariage de sa mère avec Henry May, la jeune fille habita chez celui-ci jusqu'au 1er juillet 1571, date à laquelle elle épousa John Clitherow, marchand boucher, établi à York, dans le quartier appelé The Shambles. Clitherow était protestant[1], assez riche et considéré par ses concitoyens qui le choisirent à différentes reprises pour remplir diverses charges : en 1673 il fut élu « chambellan de la cité ». Margaret, au moment de son mariage, était protestante, suivait à petit bruit les exercices de la religion officielle et paraissait surtout préoccupée du soin de son ménage. Ce fut deux ou trois ans après son mariage que Margaret se convertit au catholicisme[2]. La raison déterminante de cette conversion ne nous est pas bien connue. Le biographe, John Mush, laisse entendre que le spectacle des souffrances endurées par les catholiques frappa vivement Margaret ; il semble que l'influence du beau-frère William Clitherow aura dû contribuer à obtenir ce résultat.
Voici, maintenant quelques extraits du récit du martyre de Margueret :
« L'année de l'Incarnation de Notre-Seigneur 1587, la 28e du règne de la reine Élisabeth, le 10e jour de mars, après que la bienheureuse martyre fut restée pendant un an et demi environ dans sa propre maison en liberté sous caution, le lord Ewers, vice-président, M. Meares, M. Hurleston et M. Checke, membres du Conseil de la ville d'York, firent savoir à M. Clitherow qu'il eût à se présenter devant eux dans la matinée. Ils lui reprochèrent de ne s'être pas conformé à l'ordre qu'il avait reçu de s'y présenter dès la veille. Il répondit qu'il avait exécuté cet ordre ; mais les voyant très occupés d'autres affaires, il s'en était retourné non sans avoir attendu fort longtemps. Après quelques mots ils lui renouvelèrent l'ordre de venir les trouver après le dîner ; ce qu'il fit. A cette nouvelle, la martyre, qui connaissait leurs finesses par expérience, appréhenda tout, et après le départ de son mari s'en ouvrit au Père arrivé chez elle le matin même. Elle lui dit : “Le Conseil a convoqué de nouveau mon mari. Plaise à Dieu que ce ne soit pas une nouvelle perfidie de leur part et que, l'ayant entre leurs mains, ils n'en profitent pour faire perquisitionner dans la maison. Ils me cherchent noise et ne cesseront qu'ils ne m'aient en leur pouvoir. La volonté de Dieu soit faite !”
Depuis plus d'une année déjà Margaret, à l'insu de son mari, avait fait passer son fils aîné en France pour le faire profiter d'une instruction et d'une éducation vertueuses, avec l'espoir ardent de le voir élever un jour au sacerdoce. Le Conseil de la ville d'York avait eu connaissance du fait quelque temps après, et malgré la fureur qu'y provoqua cette nouvelle, on remit la vengeance à plus tard. M. Clitherow, qui connaissait la cruauté féroce des membres du Conseil, n'avait pas d'autre raison à la répugnance qu'il témoignait de les aller trouver.
La première fois qu'il fut mandé, il pensa que c'était pour rendre compte de cette démarche dont il serait disculpé aisément puisqu'elle avait été faite à son insu. Il eût fallu toutefois avoir affaire à des gens raisonnables au lieu qu'ils étaient emportés par la fureur de détruire sans raison tout ce qui se trouvait devant eux.
Le Conseil tint la conduite perfide que redoutait la martyre et envoya sur-le-champ le sheriff d'York avec des hérétiques fouiller la maison. Ils trouvèrent la martyre occupée aux soins du ménage ». (…)
« La martyre fut conduite devant le Conseil et le mit en fureur par la gaieté et la résolution qu'elle montra dans son attachement à la foi catholique ; spécialement par son entrain souriant et le dédain qu'elle avait pour leurs menaces et leurs railleries. Ils la retinrent ainsi que son mari, mais dans des locaux différents, jusqu'au soir. Vers sept heures la martyre fut écrouée au château ; une heure plus tard, ce fut au tour de son mari ». (…)
« La martyre arriva en prison tellement baignée de sueur qu'elle s'estima heureuse de pouvoir emprunter toute sorte d'effets afin de changer cette nuit-là ». (…)
« Pendant ce temps Margaret Clitherow vécut dans une sévère abstinence et une continuelle prière. Elle était si gaie et si joyeuse de ce qui lui arrivait qu'elle venait à dire qu'elle craignait d'offenser Dieu par là. Le bruit courut en ville que le jeune garçon avait accusé la martyre de fournir le vivre et le couvert à plusieurs prêtres, principalement à deux qu'on nommait : M. Francis Ingleby, de Reims, et M. John Mush, de Rome ». (…)
Et ensuite ce jugement inique :
« M. Rhodes dit : “Passerons-nous la journée entière à nous occuper de cette mégère entêtée? Dépêchons-lui son affaire.” — Le juge reprit encore : “Si vous ne voulez pas vous soumettre au jugement du jury, voici quelle sera votre sentence. Vous retournerez là d'où vous venez ; on vous mènera dans les souterrains de la prison et on vous mettra toute nue. Puis on vous couchera le dos sur le sol et on mettra sur vous la charge la plus lourde que vous pourrez supporter. Vous demeurerez trois jours dans cette torture sans boire ni manger qu'un peu de pain d'orge et de l'eau sale. Le troisième jour, les mains et les pieds attachés à des pieux, une pierre aiguë sous l'échine, on vous écrasera”. » (…)
« La martyre, levant les yeux au ciel, dit joyeusement : “Grâce à Dieu, tout ce que Dieu m'enverra sera bien venu. Je ne suis pas digne d'une aussi bonne mort que celle-ci. J'ai mérité la mort pour les péchés que j'ai commis contre Dieu, mais pour aucune des choses dont on m'accuse”. » (…)
« Après son jugement, la martyre se prépara par d'abondantes prières à la mort, craignant de n'être pas digne de subir une telle mort pour l'amour de Dieu. Ce fut alors qu'elle fit dire à son père spirituel de prier ardemment pour elle, car la plus lourde croix qu'elle dit jamais eue à porter était l'angoisse qu'elle éprouvait d'échapper à la mort. »
Le jour de l’exécution, « vers huit heures, les sheriffs se présentèrent ; elle était prête et les attendait, ayant relevé son abondante chevelure avec un pauvre ruban neuf et portant sur le bras sa nouvelle chemise de lin ainsi que des cordes qu'elle avait préparées pour qu'on lui liât les mains. Elle alla joyeusement à ses noces, suivant sa propre expression. Distribuant des aumônes dans la rue qui était si encombrée de monde qu'elle pouvait à grand’ peine avancer, elle alla, jambes et pieds nus, sa robe flottant autour d'elle. Faweet, le sheriff, se hâta et dit : “Venez, Mistress Clitherow.” La martyre répondit d'un ton jovial : “Mon bon Master sheriff, laissez-moi distribuer mes pauvres aumônes avant; que je m'en aille, car il ne me reste plus que peu de temps.” Tous s'émerveillèrent de sa joyeuse contenance.
Le lieu de l'exécution était le Tollbooth, séparé de la prison par six ou sept gardes. Se trouvaient présents au martyre : les deux sheriffs d'York, Faweet et Gibson, Frost, ministre, Fox, parent de Mr. Cheeke, avec plusieurs de ses hommes et quatre sergents qui avaient gagé quelques mendiants pour exécuter le meurtre, trois ou quatre hommes et quatre femmes.
La martyre, pénétrant dans le Tollbooth, s'agenouilla et pria à voix basse. Les bourreaux lui demandèrent de prier avec eux et ils voulurent prier avec elle. La martyre refusa et dit : “Je ne prierai pas avec vous et vous ne prierez pas avec moi. Je ne veux pas dire Amen à vos prières et je ne veux pas que vous le disiez aux miennes.”
Ils voulurent alors qu'elle priât pour la reine. La martyre commença dans cet ordre :
D'abord, de manière que tous pussent l'entendre, elle pria pour l'Eglise catholique, puis pour la sainteté du pape, les cardinaux et les autres pères qui ont charge d'âmes, et puis pour tous les princes chrétiens. A ce point les bourreaux l'interrompirent, ne voulant pas qu'elle logeât Sa Majesté parmi cette compagnie.
Cependant la martyre continua dans cet ordre : “et spécialement pour Elisabeth, reine d'Angleterre, afin que Dieu la convertisse à la foi catholique, et qu'après cette vie mortelle elle obtienne les joies bienheureuses du ciel. Car, dit-elle, je souhaite autant de bien à l'âme de Sa Majesté qu'à la mienne”. » (…)
Ensuite, « les femmes lui ôtèrent ses habits et lui passèrent la longue robe de lin. Alors elle se coucha très tranquillement par terre, le visage couvert d'un mouchoir, la robe de lin placée sur elle aussi loin qu'elle pouvait arriver ; tout le reste de son corps était nu. La porte fut mise sur elle ; elle joignit ses mains vers son visage. Alors le sheriff dit : “Non, il faut que vos mains soient liées.” La martyre étendit ses mains toujours jointes par-dessous la porte. Les deux sergents les séparèrent, et avec les cordes de fil qu'elle avait préparées dans ce but les lièrent à deux poteaux, de sorte que son corps et ses bras firent une croix parfaite. Alors ils voulurent de nouveau qu'elle demandât pardon à Sa Majesté et qu'elle priât pour elle. La martyre répondit qu'elle avait prié pour elle. Ils voulurent aussi qu'elle demandât pardon à son mari. La martyre dit : “Si jamais je l'ai offensé, sauf lorsqu'il s'agissait de ma conscience, je lui demande pardon.”
Après cela ils mirent des poids sur elle : dès qu'elle les sentit elle dit : “Jésus, Jésus, Jésus, ayez pitié de moi !” Ce furent les dernières paroles qu'on lui entendit dire.
Elle mit un quart d'heure à mourir. Une pierre aiguë aussi grande qu'un poing d'homme fut placée sous son dos ; sur elle on mit environ sept ou huit cents poids au moins.
Ce poids, brisant les côtes, les fit éclater à travers la peau. Ainsi cette gracieuse martyre triompha très victorieusement de tous ses ennemis, passant de cette vie mortelle avec un triomphe merveilleux à la cité paisible de Dieu, pour y recevoir une couronne méritée de joie et d'immortalité sans fin. »

[1] Un de ses frères était catholique, William Clitherow, ordonné sous-diacre à Reims, le 19 mai 1580 ; prêtre à Soissons, le 9 mai 1580.
[2] St Mary's Convent possède la seule relique existante de Margaret, la main de la martyre. Cf. John Morris, op. cit., t. III, p 52. Le corps, enterré pendant la nuit qui suivit l'exécution, fut retrouvé exempt de corruption, après six semaines, par un catholique. Celui-ci l'emporta et l'emmena dans un lieu inconnu, où il fut exhumé intact huit semaines après la mort.

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