samedi 19 mars 2011

LOUISE DE MARILLAC

Religieuse, Sainte
1591-1660

15 mars

Sainte Louise de Marillac, nièce du chancelier Michel de Marillac[1] et du maréchal Louis de Marillac[2], naquit le 12 août 1591, à Ferrières-en-Brie[3] où elle fut baptisée avant que son père dont elle était la fille naturelle[4], ne s'installât à Paris. Après que son père se fut remarié[5], avec Antoinette La Camus[6] (12 janvier 1595), elle fut mise quelques temps en pension chez les Dominicaines du monastère royal Saint-Louis de Poissy où Louis de Marillac avait une tante religieuse[7] (1602) ; elle fut ensuite confiée à un petit pensionnat, chez une bonne fille dévote, avec d’autres demoiselles, où elle fut initiée aux travaux ménagers et à la peinture. Une des premières Filles de la Charité rapporta que Louise de Marillac lui avait dit que : « La maîtresse étant pauvre, elle lui proposa de prendre de l’ouvrage des marchands, et travaillait pour elle, encourageant ses compagnes à en faire autant. Elle se chargeait même des bas ouvrages de la maison, comme serrer le bois et s’acquitter de tâches ménagères confiées d’ordinaire aux domestiques. »
Après la mort de son père (25 juillet 1604), Louise de Marillac avait songé à devenir capucine[8], mais elle fut refusée par le provincial des Capucins, Honoré de Champigny. Le 6 février 1613, on lui fit épouser, à la paroisse Saint-Gervais de Paris, un secrétaire des commandements de Marie de Médicis, Antoine Le Gras[9], écuyer, homme de bonne vie, fort craignant Dieu et exact à se rendre irréprochable, dont, le 18 octobre 1613, lui naîtra un fils, Pierre-Antoine, qu'elle élèvera, à partir de 1619, avec les sept enfants d'une de ses cousines défunte[10].
Mélancolique, inquiète et scrupuleuse, Louise de Marillac était sans cesse agitée par le doute sur elle-même que Jean-Pierre Camus, son directeur spirituel, même aidé de saint François de Sales qui la visita chez elle, avait beaucoup de mal à apaiser. Son angoisse grandit encore lorsque son mari tomba malade d’un mal que l’on jugeait incurable et dont elle se croyait la cause pour n’être pas entrée en religion. Le jour de la Pentecôte (4 juin 1623), elle était à la messe, à Saint-Nicolas-des-Champs, lorsque, en un instant, elle fut libérée de ses doutes : « Je fus avertie que je devais demeurer avec mon mari et qu’un temps viendrait où je serai en état de faire vœu de pauvreté, chasteté et obéissance, et que ce serait avec des personnes dont quelques-unes feraient le semblable. Je fus encore assurée que je devais demeurer en repos pour mon directeur, et que Dieu m’en donnerait un qu’il me fit voir alors, ce me semble, et je sentis répugnance de l’accepter. Nénmoins, j’acquiesçai, mais il me sembla que ce n’était pas pour devoir faire encore ce changement. Ma troisième peine me fut ôtée par l’assurance que je sentis en mon esprit que c’était Dieu qui m’enseignait ce que je venais de comprendre. puisqu’il y avait un Dieu, je ne devais pas douter du reste. » Jean-Pierre Camus était absent, il n’y avait guère d’apparence qu’il revînt de sitôt, il lui conseilla de passer sous la direction de Vincent de Paul, celui-là même que Dieu lui avait fait voir et pour qui elle sentait de la répugnance. Vers la fin de 1624, elle se mit sous la direction de saint Vincent de Paul qui s’était fait longtemps prier pour accepter[11]. Après la mort de son mari (21 décembre 1625), elle fit vœu de viduité et mena dans le monde une vie toute religieuse où elle conjuguait, avec un règlement très strict, la prière et le secours des pauvres, sans cesser d'être attentive à l'éducation de son fils. Elle s’installa rue Saint-Victor, tout près du collège des Bons-Enfants que Mme. de Gondi venait de donner à Vincent de Paul qui l’employait dans les Charités, ces groupements de dames et de filles pour l’assistance des malades dans les paroisses et les visites à domicile. En 1628, lorsque son fils fut entré au séminaire Saint-Nicolas-du-Chardonnet, elle disposa de davantage de temps pour se consacrer aux œuvres et Vincent de Paul la chargea de surveiller les Charités[12], de modifier leur règlement et de visiter celles des provinces. Elle n’eut aucun mal à persuader Vincent de Paul que les Dames associées ne pouvaient rendre aux malades les services pénibles qu’exigeait leur état, et qu’il fallait songer à réunir des personnes zélées pour se dévouer entièrement à l’œuvre sans autres devoirs et préoccupations au dehors. C’est ainsi que naquirent les Filles de la Charité.
Jusqu'à sa mort (15 mars 1660), elle gouverna les Filles de la Charité[13] pour qui elle rédigea trois règlements successifs. La cause de Louise de Marillac fut introduite sous Léon XIII (18 juin 1896) et l’héroïcité de ses vertus fut proclamée sous Pie X (1911) ; elle fut béatifiée par Benoît XV (9 mai 1920) et canonisée par Pie XI (11 mars 1934) ; Jean XXIII la proclama patronne de tous ceux qui s'adonnent aux œuvres sociales chrétiennes (1960).

[1] Frère de son père.
[2] Demi-frère de son père.
[3]Gobillon, premier biographe de Louise de Marillac, dit qu’el­le naquit à Paris, mais le curé de Ferrières-en-Brie, en dres­sant son acte de Baptême écrivit qu’elle naquit à Ferrières-en-Brie.
[4] Nul ne sait qui fut sa mère dont aucun acte ne donne le nom.
[5] Louis de Marillac, coseigneur de Ferrières-en-Brie, puis de Farinvilliers, enseigne d’une compagnie de gendarmes aux ordonnances du roi, avait épousé, en premières noces (1584), Marie de la Rozière qui mourut en 1588 ou 1589, sans lui avoir donné d’enfant.
[6] Le mariage fut célébré à l’église parisienne de Saint-Paul ; Antoinette Le Camus, veuve de Louis Thiboust, était mère de trois garçons et d’une fille ; elle était la tante du fameux Jean-Pierre Camus, futur évêque de Belley et ami de saint François de Sales dont il répandit les œuvres. Du mariage de Louis de Marillac et d’Antoinette Le Camus, naquit Innocente (17 décembre 1601).
[7] Cette cousine, aussi nommé Louise de Marillac, était une religieuse pieuse et cultivée qui avait traduit en vers français l’Office de la Sainte Vierge et les sept psaumes de la Pénitence ; elle vait aussi composé des méditations sur toutes les fêtes de l’année et un commentaire du Cantique des cantiques.
[8] Le 2 août 1606, la duchesse de Mercœur établit un cou­vent de Capucines au faubourg Saint-Honoré : les Filles de la Passion.
[9] Antoine Le Gras n’étant pas noble, Louise de Marillac ne portera pas le titre de Madame, mais, comme une bourgeoise de ces temps-là, sera toujours appelée Mademoiselle.
[10] Valence, sœur du maréchal de Marillac et demi-sœur du père de Louise de Marillac, avait épousé Octavien Doni d’Attichy, surintendant des Finances de Marie de Médicis, qui mourut en 1614. Valence mourut en 1617.
[11] Tâchez à vivre contente parmi vos sujets de mécontentement et honorez toujours le non-faire et l'état inconnu du Fils de Dieu. C'est là votre centre et ce qu'il demande de vous pour le présent et pour l'avenir, pour toujours. Si sa divine Majesté ne vous fait connaître, de la manière qui ne peut tromper, qu'il veut quelque autre chose de vous, ne pensez point et n'occupez point votre esprit en cette chose-là (Lettre de saint Vincent de Paul à Louise de Marillac). Au nom de Dieu, Mademoiselle, corrigez cette faute et apprenez une fois pour toutes que les pensées amères procèdent du démon, les douces et aimables de Notre-Seigneur là (Lettre de saint Vincent de Paul à Louise de Marillac).
[12] Fondées le 8 décembre 1617.
[13] Louise de Marillac réunit chez elle (au n° 21 de l’actuelle rue Monge) une douzaine de bonne filles de village (29 novembre 1633).

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