mardi 29 mars 2011

JEANNE DE MAILLÉ

Baronne de Sillé, Veuve, Tertiaire, Bienheureuse
(1331-1414)

28 mars

Voilà une enfant qui ne songe guère à devenir reine, disait une gouvernante découragée, de la petite Jeanne-Marie de Maillé”. Et c'était vrai ; malgré le noble sang des Maillé et des Montbazon qui coulait dans ses veine, Jeanne ne pensait à rien d'autre qu'à mettre en pratique les recommandations des saintes Écritures qui, chaque soir, étaient lues et commentées devant la famille par un Franciscain “probe et savant”. En ce temps-là une reine de France donnait l'exemple de la luxure et vendait le pays à l'ennemi, le schisme déchirait l'Église de Dieu et jetait dans les âmes le désarroi et leur offrant deux et même trois papes, la guerre de Cent Ans et la peste noire désolaient la moitié du monde ; c'est pourquoi Dieu suscitait en Touraine au cœur de la France et une de ses plus illustres familles une enfant à qui il demanderait la virginité dans le mariage, une sainte qui serait sa victime et qui apaiserait sa colère.

Jeanne grandissait en âge et en recueillement, la Sainte Vierge en personne lui avait fait prononcer le vœu de virginité ; près d'elle grandissait aussi un petit camarade de jeux, qu'elle avait, en une occasion, sauvé de la mort par sa prière enfantine, le jeune seigneur de Sillé, et ses parents un jour lui notifièrent qu'il devait être son époux. Le mariage se fit, en effet, mais les prières de Jeanne n'eurent pas de peine à persuader son jeune mari, car il était lui aussi digne d'elle par sa vertu, à garder la virginité dans le mariage. Le nouveau ménage ne fut qu'une union pour bonnes œuvres, et la seule joie que ces deux êtres purs voulussent se devoir et se donner l'un à l'autre, était la joie de s'entraider à faire le bien. Durant cette terrible guerre de Cent Ans qui accumula tant de ruines et sema tant de misères, le château de Sillé devint tout ensemble un orphelinat, un hospice pour les pauvres et une agence pour le rachat des prisonniers.
Malgré tout cela, Dieu voulait encore davantage car il destinait Jeanne à la plus haute sainteté. Son mari blessé grièvement à la bataille de Poitiers acheva de mourir dans une dure captivité ; son beau-frère l'expulsa de ses domaines et la sainte retourna à Maillé. “Monsieur Saint Yves”. le glorieux prêtre et tertiaire breton canonisé depuis 16 ans lui apparut et lui inspira sa soif de justice et son amour des pauvres ; sur sa demande elle se retira à Tours dans une petite maison près de la basilique de Saint-Martin et chaque jour elle priait longuement le protecteur de la France ; puis elle vendit tout son avoir, en donna le prix aux malheureux, revêtit l'habit du Tiers-Ordre et vécut des aumônes qu'elle recueillait, en tendant la main.

Chassée par le propriétaire du pauvre logis qu'elle habitait et qui craignait de ne plus être payé, elle vécut pendant quelque temps dans une écurie, mais fut rappelée ensuite dans sa demeure par le repentir de celui qui l'avait d'abord éconduite ; elle se fit alors la servante des pauvres de l'Hospice Saint-Martin, prenant son gîte tantôt auprès des oratoires isolés, parfois elle fut errante sur les routes sans savoir où reposer sa tête ; vers la fin de sa vie, elle avait alors 64 ans, elle fut recueillie comme une pauvresse dans une hôtellerie des frères Mineurs ; c'est là qu'elle acheva sa longue, crucifiante et sainte vie le 28 mars 1414, elle avait 82 ans.

Durant les 52 années que dura son veuvage, la Bienheureuse Jeanne de Maillé voulut être, pour l'amour de Dieu, une épave volontaire.

Elle eut une profonde vénération pour le Saint -Sacrement, elle passait en sa présence des nuits entières et quand elle communiait, son pauvre visage, pâle et amaigri par les austérités, reprenait ses vives couleurs. Là, elle puisait la force de s'adonner à toutes les oeuvres de miséricorde ; entre ses heures d'oraison elle se dévouait pour les pauvres, évangélisait les prisonniers, soignait les lépreux. Au moyen âge la lèpre, maladie aussi cruelle que répugnante, faisait en Europe d'affreux ravages. Les malheureux qui en étaient atteints étaient condamnés à une perpétuelle séquestration et provoquait l'horreur de la société ; mais ils fournissaient aussi un héroïque aliment au zèle de la charité chrétiennes ; les âmes généreuses appelées à une grande perfection aimaient à s'adonner au soin des lépreux et se formaient à la sainteté à cette école d'abnégation et de sacrifices ; on voyait aussi en eux dans ces âges de foi, Celui qui, dans les saintes Lettres, s'était comparé à eux et était devenu comme lépreux pour l'amour de nous, Jeanne de Maillé allait les soigner jusque dans leurs léproseries et leur prodiguait tous les services que lui suggérait sa charité de sainte.

Quant aux prisonniers, elle obtint de Charles VI la libération de ceux qui étaient détenus à Tours et Dieu, aux prières de la sainte, ratifia l'acte royal en faisant tomber miraculeusement leurs chaînes que des geôliers moqueurs et indociles voulaient, malgré sa demande, maintenir et resserrer. Devant la reine Isabeau, elle se dressa en réformatrice des mœurs, et la reine en avait grand besoin ; et même, en cette cour somptueuse et libertine, elle fit des conversions et on vit de grandes dames transformer leurs atours en ornements pour les églises. Ses contemplations mêmes étaient pour la Bienheureuse des sources nouvelles d'angoisse volontaire, car elle aimait par l'identification de tout son être à s'y substituer au Christ souffrant ou aux martyrs dans leurs supplices et à renouveler sur elle-même ses augustes douleurs. Il n'y eut pas jusqu'aux membres de sa famille qui ne rougissaient de sa pauvreté : Un jour que son frère Hardouin de Maillé passait en superbe équipage sur une plage publique de Tours, reconnaissant sa sœur dans une sordide passante qui venait d'acheter du raisin pour un pauvre malade de l'Hôpital, il se détourna plein de dégoût et révolté contre Dieu qui humiliait ainsi la noble famille de Maillé dans l'un de ses membres : on voulait bien servir le Christ dans l'illustre race, et même verser son sang pour sa cause puisqu'on était allé aux croisades, mais on voulait le servir dans la gloire. Pour Jeanne au contraire, il n'y eut pas de limites et consentit à le servir jusque dans la honte. Telles furent les étapes de vie qui, d'une grande dame, firent une grande sainte.
Tiré des Fleurs Franciscaines Vol.1. p. 160-164 – 29 Mars 1331-1414

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