samedi 19 mars 2011

CYRILLE DE JERUSALEM

Archevêque, Docteur de l’Église, Saint
315-386

18 mars

Cyrille naquit vers l'an 315 à Jérusalem, ou du moins dans les environs de cette ville. Il s'appliqua de bonne heure à l'étude des divines Écritures, et il se les rendit si familières, que la plupart de ses discours, ceux même qu'il faisait sans préparation, ne sont qu'un tissu de passages ou d'allusions à divers endroits des livres saints. Il puisa une connaissance parfaite de la doctrine de l'Église dans les écrits des Pères qui l'avaient précédé. Il lut aussi les écrits des philosophes païens , persuadé qu'il y trouverait des ormes pour combattre l'idolâtrie avec succès.
Maxime, évêque de Jérusalem , l'ordonna prêtre vers l'an 345, et le chargea peu de temps après du soin d'annoncer la parole de Dieu. Le saint nous apprend lui-même qu'il prêchait tous les dimanches dans l'assemblée des fidèles. Il fut aussi chargé de l'instruction des catéchumènes , ou de ceux que l'on disposait à recevoir le baptême. On sait que ce sacrement ne leur était administré qu'au bout de deux ans d'épreuves. Cyrille exerça plusieurs années l'importante fonction de catéchiste, et il le fit avec beaucoup de zèle et de réputation. Il succéda à Maxime sur le siège de Jérusalem, vers la fin de l'an 35o.
Le commencement de son épiscopat est célèbre dans l'histoire , par un miracle que Dieu opéra pour honorer l'instrument de notre salut. Comme le fait est intéressant et appuyé sur des autorités incontestables, nous allons le rapporter ici". S. Cyrille, qui en avait été témoin oculaire , écrivit aussitôt à l'empereur Constance pour lui en faire part. Voici ses propres paroles : « Le jour des nones (le 7 ) de mai, vers la troisième heure (vers les neuf heures du matin), il parut dans le ciel une grande lumière en forme de croix, qui s'étendait depuis la montagne du Calvaire jusqu'à celle des Olives. Elle fut aperçue, non par une ou deux personnes, mais par toute la ville. Ce n'était pas un de ces phénomènes passagers qui se dissipent sur-le-champ. Cette lumière brilla à nos yeux durant plusieurs heures, et avec tant d'éclat, que le soleil même ne pouvait l'effacer. Les spectateurs, pénétrés en même temps de crainte et de joie, coururent en foule à l'église ; les vieillards et les jeunes gens, les fidèles et les idolâtres, les citoyens et les étrangers, tous n'eurent qu'une voix pour louer notre Seigneur Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, dont la puissance opérait ce prodige ; et ils reconnurent tous ensemble la divinité d'une religion a laquelle les cieux rendaient témoignage »[1]. S. Cyrille terminait sa lettre en faisant des vœux pour que l'empereur pût glorifier à jamais la sainte et consubstantielle Trinité.
Quelque temps après cet événement, il s'éleva une dispute assez vive entre S. Cyrille et Acace, archevêque de Césarée. On sait que ce dernier, qui soutint d'abord les erreurs des Semi-Ariens, devint ensuite un des plus fougueux partisans de l'arianisme. Il ne s'agissait d'abord entre les deux prélats que de quelques points de juridiction, l'archevêque de Jérusalem refusant de reconnaître des droits que celui de Césarée prétendait injustement appartenir à sa qualité de métropolitain. Cette première contestation en produisit d'autres, qui furent entretenues par la diversité de doctrine sur la consubstantialité du Verbe, que notre saint défendit toujours avec le plus grand zèle0. Cet attachement à la foi de Nicée mit le comble à la haine qu'Acace portait à Cyrille. Aussi résolut-il d'employer tous les moyens possibles pour le perdre. Il le cita clone à un concile composé d'évêques ariens, auquel il présidait, sous prétexte de l'obliger à se purger de plusieurs accusations intentées contre lui. Deux ans s'étant écoulés sans que Cyrille comparût devant ce tribunal, dont il ne voulait pas reconnaître la compétence, on prononça contre lui une sentence de déposition. Un des prétendus crimes qu'on lui reprochait, était d'avoir dissipé les biens de l'Église, et d'avoir fait un usage profane des ornements sacrés. Cette accusation était fondée sur ce que le saint, durant une grande famine dont le territoire de Jérusalem fut affligé, avait vendu une partie des meubles et des ornements de l'église, pour fournir aux besoins d'une foule de pauvres qui périssaient de misère. Une telle conduite, loin d'être regardée comme criminelle, devait au contraire mériter les plus beaux éloges.
S. Cyrille appela de la sentence prononcée contre lui à un tribunal supérieur. Mais, cette démarche n'ayant produit aucun effet, il fut obligé de céder à la violence. Il se retira d'abord à Antioche, puis à Tarse en Cilicie. Sylvain, évêque de cette dernière ville, le reçut avec honneur, et lui permit même d'exercer toutes ses fonctions, regardant comme nulle la sentence portée par Acace et par les évêques de son parti. Il fut rétabli dans le concile tenu à Séleucie en 35g; mais les Ariens vinrent à bout, par leurs calomnies, de le faire déposer une seconde fois l'année suivante dans un concile de Constantinople.
Les liaisons qu'il avait eues avec Sylvain, Eustathe de Sébaste, Basile d'Ancyre, et plusieurs autres évêques qui se mirent ensuite à la tête de la faction des Semi-Ariens, firent que quelques personnes soupçonnèrent sa foi. Mais il est certain qu'il n'épousa jamais les sentiments des ennemis de la consubstantialité du Verbe. Il avait reçu en 349, de concert avec Maxime, son prédécesseur, les décrets du concile de Sardique, et conséquemment la doctrine des Pères de Nicée. On a vu dans sa lettre à l'empereur Constance qu'il faisait une profession expresse de croire la consubstantielle Trinité. On peut ajouter que dans le concile tenu à Constantinople en 381, il condamna, avec les autres évêques, les erreurs des semi-ariens et des Macédoniens. Les évêques orthodoxes assemblés l'année suivante dans la même ville rendirent à sa foi le témoignage le plus éclatant. Ils déclarèrent, dans leur lettre au pape Damase et aux Occidentaux, « que le très révérend Cyrille, évêque de Jérusalem, avait été élu canoniquement par les évêques de la province, et avait souffert plusieurs persécutions pour la foi. »
Julien, surnommé l'Apostat, ayant pris les rênes de l'Empire après la mort de Constance, arrivée en 36i, rappela tous les évêques exilés, et leur permit de retourner dans leurs diocèses. Son dessein était de rendre odieuse l'intolérance de son prédécesseur, de tenir en quelque sorte la balance égale entre les orthodoxes et les hérétiques, et d'entretenir la division entre les uns et les autres, dans l'espérance de décréditer par là le christianisme. Ce fut ainsi que Dieu se servit de la politique de l'empereur pour rendre le saint à son église. Peu de temps après son retour, Cyrille fut témoin oculaire d'un des plus éclatants prodiges qui aient jamais été opérés en faveur de la religion de Jésus-Christ. Nous allons rapporter le fait avec une juste étendue. Il intéressera la piété des vrais fidèles ; il est d'ailleurs appuyé sur les autorités les plus incontestables.
Dès la naissance du christianisme, l'idolâtrie s'arma de tout son pouvoir, afin d'en empêcher l'établissement. On condamna ceux qui en faisaient profession à des tortures dont le seul souvenir glace encore d'effroi. Mais leur sang répandu était comme une semence féconde qui multipliait de jour en jour le nombre des disciples de Jésus-Christ. Julien, instruit, par l'expérience, de l'inutilité des persécutions, employa de nouvelles armes pour anéantir le nom chrétien. Il affecta de montrer à l'extérieur une grande modération, et de tenir des discours qui donnaient à en tendre qu'il improuvait la conduite des persécuteurs. A la faveur de l'hypocrisie et de la dissimulation, il se flattait de venir plus facilement à bout de ses fins. Il entreprit, pour saper le christianisme par ses fondements, de convaincre de faux Jésus-Christ, qui avait prédit que le temple de Jérusalem serait détruit, et que jamais on ne le relèverait de ses ruines. Si ce projet eût réussi, il était prouvé que l'auteur de notre religion n'était point Dieu, ni l'objet des écritures de l'Ancien Testament, où l'on trouvait aussi des prophéties qui annonçaient la destruction du temple de Jérusalem. C'en était donc fait de la révélation judaïque et chrétienne; le paganisme en triomphait de la manière la plus éclatante.
Julien écrivit à toute la nation des Juifs une lettre très-flatteuse. Il les y déchargeait de toutes sortes de tributs, et leur demandait le secours de leurs prières pour la prospérité de son Empire. « Faites des vœux, leur disait-il, pour que je revienne victorieux de la guerre de Perse; je rebâtirai Jérusalem, cette ville sainte, après le rétablissement de laquelle vous soupirez depuis tant d'années, afin de l'habiter avec vous, et d'y rendre gloire au Tout-Puissant. » Ce langage était plein d'hypocrisie ; car Julien en toute rencontre parle avec le dernier mépris de la religion judaïque.
Il assembla ensuite les principaux d'entre les Juifs, et leur demanda pourquoi ils n'offraient plus de sacrifices, conformément à ce qui était prescrit par leur loi. Ceux-ci lui ayant répondu qu'ils ne pouvaient sacrifier hors du temple de Jérusalem, qui n'était plus qu'un amas de ruines, il leur ordonna de retourner dans leur patrie, pour rebâtir ce temple, et pour remettre la loi en vigueur. Il leur promit en même temps de les aider de tout son pouvoir, et de faciliter l'exécution de leur entreprise. A cette nouvelle, les Juifs accourent de toutes parts à Jérusalem. Fiers de la protection de l'empereur, ils insultent les Chrétiens, et les menacent de leur faire éprouver les plus rigoureux traitements. Ils eurent bientôt amassé des sommes considérables. Les femmes juives donnaient leurs bijoux et leurs pierreries pour contribuer aux frais de l'entreprise. Julien, dans l'intention de les encourager encore, leur déclara qu'en étudiant leurs livres sacrés, il avait découvert que la fin de leur captivité était arrivée, et qu'ils touchaient au temps où il leur serait permis de sacrifier dans le temple. Il chargea ses trésoriers de leur fournir l'argent nécessaire pour la construction du temple, qui devait coûter des sommes immenses ; il leur envoya d'habiles architectes des différentes provinces de l'Empire ; il confia la conduite de l'ouvrage à des personnes de la première qualité, et en donna la surintendance à Alypius, son ami intime, qu'il envoya sur les lieux, pour en presser l'exécution.
Tout étant ainsi disposé, on assembla une quantité prodigieuse de matériaux. On travaillait nuit et jour avec une ardeur incroyable à nettoyer l'emplacement de l'ancien temple, et à démolir les vieux fondements. Quelques Juifs avaient fait faire pour ce travail des boyaux, des pelles, et des hottes d'argent. Les femmes les plus délicates mettaient la main à l'œuvre, et emportaient les décombres dans leurs robes les plus précieuses.
S. Cyrille, qui voyait tous ces préparatifs, ne montrait pas la moindre inquiétude ; il soutenait toujours que les oracles divins auraient leur entier accomplissement. Il assurait même que les efforts des Juifs ne serviraient qu'à vérifier plus parfaitement la prophétie du Sauveur, qui avait dit, en parlant du temple de Jérusalem, qu'il n'y resterait pas pierre sur pierre.
Cependant la démolition avançait, et l'on se préparait à placer les nouveaux fondements. Mais c'était là que Dieu attendait ses' ennemis pour les confondre. Écoutons un auteur dont on ne peut suspecter le témoignage : c'est Ammien-Marcellin, qui était païen de religion, et qui a fait de Julien le héros de son histoire. « Pendant que le comte Alypius, assisté du gouverneur de la province, pressait vivement les travaux, d'effroyables tourbillons de flammes s'élancèrent des endroits contigus aux fondements, brûlèrent les ouvriers, et leur rendirent la place inaccessible. Enfin, cet élément persistant toujours avec une espèce d'opiniâtreté à repousser les ouvriers, on fut obligé d'abandonner l'entreprise. » Voilà de quelle manière s'exprime un historien qui adorait les idoles du paganisme, et qui était admirateur de Julien.
II n'y a que la force de la vérité qui ait pu lui arracher un pareil aveu.
Les écrivains ecclésiastiques entrent dans un détail plus circonstancié de cet événement. Nous apprenons d'eux, qu'outre les éruptions de feu, il y eut encore des tremblements de terre et des ouragans ; que la foudre tomba ; qu'on vit des croix imprimées sur les corps et sur les habits de ceux qui étaient présents, et qu'il parut une lumière dans le ciel, sous la forme d'une croix renfermée dans un cercle. Plusieurs, poursuivis par les flamines, voulurent se sauver dans une église voisine ; mais ils ne purent j entrer, soit qu'une main invisible les repoussât, soit que la Providence permît qu'ils s'embarrassassent les uns les autres. « Quoi qu'il en soit, dit S. Grégoire de Nazianze, une circonstance universellement reçue, et dont tout le monde convient, c'est que lorsqu'ils voulurent éviter, par la fuite, le danger qui les menaçait, un feu sorti des fondements du temple les atteignit bientôt, consuma les uns, mutila les autres ; leur laissant à tous les marques les plus visibles de la colère du ciel. » Ces éruptions recommencèrent toutes les fois qu'on voulut renouveler les travaux, et ne cessèrent que quand on les eut entièrement abandonnés.
Cet événement miraculeux est rapporté avec toutes ses circonstances par une foule d'auteurs qui vivaient dans le siècle de Julien. S. Grégoire de Nazianze en parlait un an après qu'il fut arrivé. S. Chrysostôme en fait mention en plusieurs endroits de ses ouvrages, comme d'un fait qui s'était passé, il y avait environ vingt ans, sous les yeux de plusieurs de ceux qui l'écoutaient. On en trouve le récit dans S. Ambroise, dans Rufin, qui avait longtemps vécu sur les lieux ; dans Théodoret, qui passa la plus grande partie de sa vie dans le voisinage de la Palestine ; dans les Histoires de Socrate, de Sozomène, de Philostorge, etc. Tous ces auteurs s'accordent quant au fond, et ne diffèrent entre eux que par rapport à quelques circonstances. Mais cette diversité ajoute un nouveau poids à leur témoignage, puisqu'elle prouve qu'ils ne se sont pas copiés les uns les autres. Nous avons vu le même prodige attesté par Ammien-Marcellin. Libanius, païen comme lui, et tout dévoué à l'empereur Julien, parle aussi de tremblements de terre arrivés en Palestine. Il est vrai qu'il use de réserve ; mais par cela même il sert la cause du christianisme. En s'exprimant autrement, il eût dévoilé la honte de son héros, et trahi sa religion. Il n'y a pas jusqu'à Julien qui n'ait rendu hommage à la vérité. Cet hommage étant forcé, il n'est pas étonnant qu'il ait employé des expressions captieuses et étudiées. Les Juifs, enfin, qu'on ne soupçonnera pas d'avoir copié les auteurs chrétiens, racontent le fait en question d'après la tradition de leurs synagogues, et presque avec autant d'unanimité que les auteurs chrétiens.
Le miracle dont nous venons de parler est donc incontestable. On ne peut le révoquer en doute sans tomber dans le pyrrhonisme le plus extravagant *. Aussi lisons-nous dans Socrate que les Juifs s'écrièrent d'abord que Jésus-Christ était Dieu. Plusieurs païens se convertirent en cette occasion, au rapport de S. Grégoire de Nazianze, de Sozomène et de Théodoret. Quant aux Juifs, il n'est pas surprenant qu'ils soient restés dans leur aveuglement : ils vérifient les prophéties où leur opiniâtreté à rejeter la lumière est si clairement prédite.
A la vue d'un triomphe aussi glorieux pour le christianisme, S. Cyrille "adora la toute-puissance de Dieu, et continua de travailler avec zèle au salut de son troupeau. Son attachement inviolable à la foi de Jésus-Christ le rendit extrêmement odieux à Julien; et il avait résolu, dit Orose, de le sacrifier à sa haine après son retour de la guerre de Perse. Mais la mort le prévint, et l'empêcha d'exécuter son détestable projet.
S. Cyrille fut encore exilé, en 367, par l'empereur Valens, infecté de l'arianisme. Il ne revint dans son diocèse qu'en 378, lorsque Gratien, étant parvenu à l'Empire, ordonna que les églises fussent restituées à ceux qui étaient unis de communion avec le pape Damase. Ayant trouvé son troupeau divisé par le schisme et l'hérésie, il travailla de toutes ses forces à y rétablir la-paix et l'unité de doctrine. Il assista, en 381, au concile général de Constantinople, et souscrivit à la condamnation des Semi-Ariens et des Macédoniens, dont il avait toujours réprouvé les erreurs. Enfin il passa de cette vie à la glorieuse éternité en 386. Il était dans la soixante-dixième année de son âge.

SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… – Traduction : Jean-François Godescard.

[1] L'Église grecque honore le 7 de mai la mémoire de l'apparition miraculeuse de la croix dont nous venons de parler.

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