lundi 21 mars 2011

BRONISLAS KOMOROWSKI

Prêtre polonais, Martyr, Bienheureux
1889-1940

22 mars

Bronislas (Bronislaw en polonais) Komorowski naquit en 1889 près de Skorcz non loin de Dantzig (Danzig en allemand, aujourd’hui Gdansk) qui faisait partie de la Poméranie appartenant à la Prusse occidentale rattachée à l’Empire allemand après avoir appartenu à l’Ordre teutonique.
Elle était autrefois le berceau des Goths sans doute de souche danoise ( Gotiskandza=Gdansk) et de populations prussiennes baltiques. Des Slaves poméraniens y cohabitaient le long des côtes et furent petit à petit  "polonisés. "
Une vraie " macédoine " de peuples que le christianisme allait tenter d’unifier...
Après son veuvage sa mère épousa en 1892 un patriote polonais de Poméranie Jean Fankidejski qui fit connaître au jeune garçon l’histoire de la Pologne. Il étudia au Collegium Marianum (créé au début du XIXème siècle) à Pelpin où il eut comme professeur Félix Bolt  (1860-1940) futur sénateur de la république polonaise. Le jeune homme appartenait à la société secrète des Philarètes qui réunissait des cercles d’études pour les jeunes patriotes polonais (physique-mathématiques, médecine, lettres, droit). Il poursuivit ses études à Chelmno (Culm en allemand) ancienne ville hanséatique créée par les Chevaliers teutoniques au XIIIème siècle et intégrée à la Prusse occidentale. Elle comprenait au recensement de 1905 : 5 131 Allemands (dont 285 Juifs) majoritairement protestants et 6 534 Polonais catholiques. Le patriotisme du jeune homme lui fit alors découvrir le chemin du séminaire. Il avait compris que le catholicisme devait être défendu dans le contexte du Kulturkampf mené par Berlin depuis  l’époque de Bismarck (1815-1898).
Il fut ordonné en 1914 et devint vicaire à Praust (aujourd’hui Pruszcz) dans les faubourgs de Dantzig. L’agglomération connaissait une industrialisation rapide et faisait venir de la main d' oeuvre de différentes nationalités dont des Polonais.
 La guerre allait faire combattre des Polonais dans différentes armées opposées (russe, autrichienne, allemande, et certains engagés dans les armées occidentales) ce qui fut une déchirure, mais aussi le moment historique d’une renaissance du pays plus au sud.
Il fut nommé à la paroisse Saint-Nicolas de Dantzig en 1915. Dantzig était alors majoritairement peuplée de Prussiens allemands avec une minorité polonaise. La ville libre hanséatique, puis  capitale de la Prusse occidentale avait été rattachée au Zollverein en 1867 et à l’Empire allemand en 1871. Elle était le symbole de l’économie prussienne. Dans cette paroisse d’expression polonaise il organisait des cours d’histoire de la Pologne, ce qui témoignait de la force de ses convictions alors qu’il se trouvait en plein coeur de la Prusse protestante, et en pleine guerre !
D' après le Traité de Versailles de 1919, la ville prussienne évacuée par les troupes allemandes en novembre 1918 et occupée par les forces de l' Entente acquit en 1920 le statut de ville libre et formait une région autonome, avec son propre sénat, mais économiquement rattachée à l' Allemagne.
Cependant des troupes anglaises et polonaises (comme les Français dans la Ruhr) tenaient la ville selon les résolutions de la Société des Nations. Les Polonais avaient investi la caserne de Westerplatte. En 1923 la ville et sa région ( Danziger Landkreis ) était à presque 96 %  allemande et 4% polonaise soit un peu moins de 350 000 Allemands, 12 000 Polonais, 2500 Russes et Ukrainiens, plus des Cachoubes ( minorité slave poméranienne ) et 600 Juifs.
Le ressentiment anti-polonais était fort chez les vaincus qui avaient perdu la nationalité allemande pour une ville prétendument libre représentée à l’étranger par la Pologne. Celle-ci avait fait renaître une jeune république polonaise à l’hiver 1919 au sud. Elle était sortie victorieuse de conflits contre la Russie bolchevique, et deux jeunes pays nouvellement apparus l’Ukraine (avant son absorption dans l’URSS) et la Lituanie. Les Polonais tenaient les douanes, la poste et les communications de la ville avec le reste de l’Allemagne. Dantzig était coupée par le fameux couloir de son poumon économique à l’Ouest, et avait aussi une frontière avec le reste de la Prusse à l’Est. Le Traité de Versailles portait en germe des raisons de multiples conflits et pas uniquement ici...
En 1924 il fut nommé à Langfuhr (aujourd’hui Wrzeszcz) faubourg populaire de Dantzig où il fit construire une église. L’école technique abritait une forte population d’étudiants polonais qui furent obligés de quitter Dantzig en 1939. En attendant l' abbé Komorowski s’occupait de leurs âmes...
En 1933-1934 il fut élu au Volkstag de Dantzig dans le parti polonais et prit la succession en 1935 d'un député qui prit la nationalité polonaise et s'établit en Pologne. A partir de 1935 il n' y eut plus d'élections.
Depuis la prise de pouvoir d'Hitler en 1933 la question de Dantzig était souvent soulevée. La ville après la crise de 1929 avait retrouvé une certaine aisance économique et souhaitait se réunir au reste du pays, tandis que la minorité polonaise se sentait attirée par la jeune république du sud jusqu' à y émigrer.
Mais des lois anti-catholiques furent prises à partir de 1936-1937.
L'évêque de Dantzig Mgr O'Rourke (ancien évêque de Riga) opposé aux nationaux-socialistes qui avaient de plus en plus d’influence (il était de lointaine ascendance irlandaise issu d’une famille émigrée en Russie anoblie par l'Empereur de Russie) créa pour lui en 1937 une paroisse personnelle comme celle de l'abbé Rogaczewski. Elle avait la charge des Polonais disséminés dans la ville libre et ses environs. Sous la pression des nationaux-socialistes, l’évêque fut obligé en 1938 de quitter Dantzig pour Rome.
Depuis 1934 le Comité Central des Catholiques Polonais dans lequel l' abbé Komorowski était actif tissait des liens sportifs, culturels et de formation religieuse entre les Polonais. Mais des actes terroristes sous l’influence d'Albert Forster membre du NSDAP menaçaient la vie quotidienne de ceux-ci.
Le 1er septembre 1939 jour de l’invasion de la Pologne par les Allemands, il y eut une opération de “ratissage” de la part des nationaux-socialistes de la ville qui arrêtèrent 1 500 personnes essentiellement dans l’élite religieuse et intellectuelle polonaise. La citadelle de Westerplatte fut bombardée par les Allemands : ce fut le prétexte de la seconde guerre mondiale... Le lendemain la ville votait son rattachement au Reich.
Emprisonné à la Viktoriaschule, il fut déporté à Sutthof où il mourut le 22 mars 1940.
Dantzig fut rasée à 90% à l’issue de la guerre et perdit 100 000 habitants soit près d’un tiers ! 90% des survivants soit la totalité des Allemands furent expulsés par l’Armée rouge. Elle fut rattachée à la Pologne en 1945.
Bronislas Komorowski fut béatifié le 13 juin 1999 par Jean-Paul II à Varsovie avec 107 autres martyrs de la seconde guerre mondiale dont l'abbé Marian Gorecki (1903-1940) apôtre de la jeunesse polonaise de Dantzig arrêté le même jour et mort le même jour à Stutthof.

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