samedi 5 février 2011

WÉRÉBURGE DE CHESTER

Abbesse, Sainte
VII siècle

3 février

Sainte Wéréburge eut pour père Wulfère, roi de Mercie, et pour mère sainte Erménilde, fille d'Ercombert, roi de Kent, et de sainte Sexburge. On ne pouvait rien ajouter à l'éclat de sa naissance, puisqu'elle était issue du sang des principaux rois saxons. Elle eut le bonheur de ne point s'enorgueillir d'un avantage que le monde estime tant, parce qu'elle avait appris dès son enfance à mépriser les grandeurs humaines. Elle avait trois frères, Wulfade et Rufin, qui reçurent la couronne du martyre, et Kenred qui mourut à Rome en odeur de sainteté. Erménilde, leur vertueuse mère, n'avait rien négligé pour cultiver ces jeunes plantes que le Ciel lui avait confiées; aussi eut-elle la consolation de les voir croître en grâce et en sagesse devant Dieu et devant les hommes. Wéréburge surtout avait répondu à ses soins d'une manière particulière. Son humilité, son obéissance et sa douceur avaient quelque chose d'extraordinaire. Elle assistait régulièrement aux offices de l'église avec sa mère. La prière publique ne suffisant point à la ferveur de sa dévotion, clic en faisait dans sa chambre de particulières, qui duraient souvent plusieurs heures de suite. Elle avait une sainte avidité pour les exhortations et les discours de piété. Dans un âge où l'on n'a d'ardeur que pour les amusements et les vanités du siècle, ou remarquait en elle cette gravité, cette décence et cet esprit de mortification qui caractérisent les âmes parfaites. Toute autre joie que celle qui vient du témoignage d'une bonne conscience lui était insipide. Sa componction était si vive qu'elle ne cessait de déplorer ses misères et la malheureuse nécessité où elle était de vivre éloignée de son Dieu. Son amour pour la pureté s'alarmait à la vue du moindre danger ; elle conservait cette vertu par une vigilance exacte sur tous ses sens, par des jeûnes rigoureux, et par une prière fervente et continuelle.
Une rare beauté, jointe à de grandes qualités et à d'éminentes vertus, la fit rechercher en mariage par les plus considérables partis; mais elle resta inébranlable dans la résolution qu'elle avait prise de consacrer à Dieu sa virginité. Le prince des Saxons occidentaux ayant employé de riches présents pour la gagner, elle les refusa, ainsi que sa main, en disant qu'elle avait choisi pour époux le Seigneur Jésus, rédempteur des hommes. Elle triompha encore avec plus de gloire des desseins de Werbode, un des plus puissants seigneurs de la cour. Wulfère, qui aimait beaucoup ce seigneur à cause des services importants qu'il en avait reçus, lui promit sa fille en mariage, à condition toutefois qu'elle y consentirait. Cette promesse affligea sensiblement la reine et les deux princes Wulfade et Rufin. Ceux-ci, qui venaient d'embrasser la religion chrétienne, prétextèrent une partie de chasse, afin d'aller trouver saint Cbad, évêque de Litchfield, qui habitait un ermitage situé dans une forêt. Ce Saint, après avoir achevé de les instruire, les baptisa, et les renvoya ensuite. Werbode, qui les savait opposés à son mariage, résolut leur perte ; on du même qu'il se fit donner un ordre favorable à son dessein par le roi, qu'il anima contre ses enfants, en lui peignant, sous de noires couleurs, la visite qu'ils avaient rendue à saint Chad, et en subornant de faux témoins qui les chargèrent de crimes atroces. Ce ministre perfide pouvait tout sur l'esprit de Wulfère, et c'était lui qui l'avait engagé à favoriser l'idolâtrie, mais il ne tarda pas à subir le châtiment que méritaient ses détestables intrigues. Les princes n'eurent pas plus tôt été mis à mort, que le roi en conçut la plus vive douleur. Alarmé par les reproches de sa conscience, il rentra en lui-même, fit pénitence de son crime, et se conforma en tout aux conseils de la reine et de saint Chad. Il détruisit toutes les idoles, changea leurs temples en autant d'églises, fonda l'abbaye de Peterborough et le prieuré de Stonc où ses deux enfants furent enterrés, et étendit le culte du vrai Dieu par son zèle et par ses exemples.
Wéréburge, charmée d'une révolution si peu attendue, ne craignit plus de découvrir à son père l'ardent désir qu'elle avait d'embrasser l'état monastique. Le roi refusa d'abord son consentement; mais il fut enfin obligé de céder aux instances réitérées de sa fille. Il se mit donc au-dessus des mouvements de la nature, et fit généreusement à Dieu le sacrifice qu'il exigeait de sa tendresse. Il conduisit lui-même sa fille à Ely, étant accompagné de toute sa cour. Sainte Audry, abbesse du monastère, vint processionnellement, avec toutes ses religieuses, pour recevoir la princesse à la porte. Wéréburge demanda à genoux la grâce d'être reçue dans la communauté en qualité de pénitente, ce qui lui fut accordé. L'humilité et la patience avec laquelle elle soutint les épreuves ordinaires, prouvèrent évidemment que sa vocation venait de Dieu. Elle n'eut plus de volonté, ou plutôt elle n'agit plus que par l'impression de celle de sa supérieure. Son père assista à la cérémonie de sa profession avec plusieurs autres princes. Notre Sainte devint l'exemple de ses sœurs par sou exactitude à observer la règle, par son amour pour la prière, la contemplation et la pénitence. Elle quitta ensuite le monastère d'Ely à la sollicitation du roi Ethelred son oncle, qui la chargea de rétablir la discipline monastique chez toutes les religieuses de son royaume : ce prince lui fournit encore des fonds suffisants pour bâtir trois monastères. Wéréburge ne négligeait rien de tout ce qui pouvait contribuer à la sanctification des âmes confiées à ses soins. Sa conduite était une leçon continuelle de toutes les vertus. Indépendamment de l'office canonial, elle récitait chaque jour le psautier à genoux. Après matines elle restait à l'église et y priait jusqu'au lever de l'aurore, se tenant ou à genoux, ou le visage prosterné contre terre. Sa dévotion était si tendre qu'on lui voyait souvent les yeux baignés de larmes. Elle trouvait un plaisir incroyable à lire les vies des Pères du désert, et s'excitait de plus en plus à imiter leur zèle pour la perfection évangélique : de là cet amour de la mortification qu'on remarquait en elle. Sa nourriture n'avait rien que de très-commun; encore ne faisait-elle qu'un seul repas chaque jour. Dieu lui ayant fait connaître le moment de sa mort, elle le prédit à ses sœurs. Elle entreprit ensuite la visite de ses monastères pour y donner ses derniers ordres, et mourut à Trentham le 3 février, vers la fin du septième siècle. On l'enterra à Hambery, comme elle l'avait désiré.
Eu 708 son corps fut levé de terre en présence du roi Coèlred, de ses ministres et de plusieurs évêques. Comme on l'avait trouvé entier et sans aucune marque de corruption, on le mit dans une châsse fort riche le 21 juin. Il resta deux cents ans en cet état; mais il tomba en poussière durant les incursions des Danois. En 875 la châsse de notre Sainte fut portée à West-Chester, et déposée dans une magnifique église, qui devint ensuite cathédrale. Nous lisons dans Bradshaw le détail de plusieurs miracles opérés par l'intercession de sainte Wéréburge. Ces miracles sont des guérisons supérieures aux forces de la nature, la délivrance de Chester assiégé en 1380 par les Gallois, les Danois et les Écossais, et celle d'un horrible incendie qui s'éteignit tout-à-coup lorsqu'on fut sorti processionnellement avec la châsse de la Sainte.
SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… – Traduction : Jean-François Godescard.

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