jeudi 10 février 2011

SEVERIN D'AGAUNE

Abbé, Saint
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11 février

Saint Séverin était issu d'illustres parents qui, le devant laisser successeur de grands biens, le firent, dès sa tendre jeunesse, soigneusement instruire, tant aux lettres qu'aux bonnes mœurs, ne visant qu'à le perfectionner selon le monde. Mais Dieu le destinait à de plus grandes choses, et à des perfections plus signalées. En effet, saint Séverin délibéra de quitter la terre pour le ciel, et de se retirer au monastère d'Agaune, qui est au diocèse de Sion, en Suisse, où repose le corps du victorieux martyr saint Maurice. Ce jeune homme qui était doué de singulières vertus, par jeûnes et par abstinences extraordinaires, par prières continuelles, et surtout par une charité très ardente, se rendit en peu de temps si accompli, qu'il en fut élu abbé du consentement de tous les religieux, qui désiraient marcher sous un tel enseigne. Après les avoir gouvernés quelque temps, sa vertu commença d'éclairer toute la contrée voisine, et puis par le nombre de ses miracles elle se porta jusqu'aux nations les plus éloignées.
En ce même temps, Clovis, premier chrétien entre les rois de France, fut saisi d'une fièvre, qui peu à peu le consumait : et ce prince, ayant été averti de la sainteté de ce bon personnage, envoya promptement vers lui, afin qu'il le vînt visiter. Ce fut à saint Séverin un extrême regret d'abandonner le doux repos de sa sainte solitude, pour s'en aller dans le bruit d'une cour; mais parce que Clovis était nouvellement converti à la foi, et que sa guérison l'y devait confirmer davantage, il préféra l'utilité publique à son contentement particulier, et prit congé de ses religieux, après les avoir exhortés à vivre dans l'union et dans la charité fraternelle, ajoutant qu'ils ne le verraient plus en ce monde : car Dieu lui avait révélé qu'il mourrait en France.
Et d'autant que c'était la coutume des prêtres, pour la révérence de leur état, de porter en chemin leurs vêtements sacerdotaux, saint Séverin se revêtit de sa chasuble, et vint à Nevers, où il apprit qu'Eulalius, évêque, était depuis un an perclus de tous ses membres, et qu'il ne pouvait ouïr ni parler : il monta à sa chambre, le prit par la main, et lui dit que le même jour il dirait la messe, et bénirait son peuple. L'évêque devint sain à la même heure, remercia Dieu, et célébra, suivant la promesse du saint, qui l'avertit de s'abstenir désormais de pécher, puisque sa maladie était venue de là.
Le lendemain il s'achemina à Paris, et guérit à la porte un lépreux en le baisant, et le frottant de sa salive. Il entra en une église pour faire ses prières, et puis il alla au palais, où, après avoir salué le roi fort humblement, il mit sa chasuble sur son corps et le guérit à l'instant. Toute la cour en retentit de joie. Les uns se recommandaient à la vertu du saint; les autres admiraient la force de notre religion, et chacun détestait le paganisme, renversant les idoles qu'ils adoraient auparavant. L'étendard de la croix s'arbora alors en tous les endroits du royaume, et l'idolâtrie en fut entièrement bannie. Le roi commanda qu'on fit une procession générale en action de grâces, et il délivra à l'instance du saint abbé tous les prisonniers de la ville.
Saint Séverin après avoir séjourné là quelque temps, sentant approcher l'heure de sa mort, ne voulut pas mourir à la cour, quoiqu'il y fit beaucoup de bien ; mais ayant pris congé du roi, il s'en alla en un oratoire près de Château-Landon en Gâtinois, qui était gouverné par deux prêtres, Pascal et Urcision, où étant arrivé, encore que l'on ne vît en lui aucun signe de mort, il s'y disposa et se munit des armes d'un chrétien. Il recommanda aux prêtres, Fauste, son compagnon, qui l'avait assisté l'espace de trente ans, avec Vital, son disciple ; puis comblé de grâces, et chargé des dépouilles du diable, il s'envola au ciel, pour cueillir les fruits de tant de pénibles travaux qu'il avait endurés.
Sa chambre fut à l'instant remplie d'une resplendissante clarté, qui montrait assez la grandeur et l'excellence de sa gloire. Les deux prêtres lavèrent son corps, et l'inhumèrent en cet oratoire, qui fut illustré de beaucoup de miracles que Dieu opérait par son intercession. Le roi Childebert augmenta cet oratoire et en fit une église magnifique, qu'il dota de riches revenus pour l'entretien du service divin.
La vie de saint Séverin a été écrite par Fauste, son compagnon, et réduite en épitomé par Surius. L'abbé Tritème, Pierre de Natalibus et Usuard, en font une honorable mention : comme aussi le Martyrologe romain le 11 de février, qui fut le jour de sa mort.
Pedro de Ribadeneyra : Les vies des saints et fêtes de toute l'année, Volume 2 ; traduction : Timoléon Vassel de Fautereau.

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