samedi 5 février 2011

PHILÉAS ET PHILOROME

Martyrs, Saints
entre les années 306 et 312

4 février

Dieu Pan, adoré à Thumis, en Égypte
Philéas naquit à Thmuis en Egypte[1], d'une famille qui alliait la noblesse à de grands biens. Il reçut une excellente éducation, et se rendit ensuite fort recommandable par son savoir et par son éloquence. S'étant converti a la religion chrétienne, il fut élu évêque de Thmuis même. On l'arrêta pour le conduire dans les prisons d'Alexandrie, sous les successeurs de l'Empereur Bioclétien. Ce bon pasteur, tout occupé du soin de son troupeau, lui adressa de sa prison une lettre pour le consoler et l'exhorter à la persévérance[2]. Il y décrivait les tourmens qu'on avait fait souffrir aux confesseurs qui étaient avec lui. « Chacun, disait-il, pouvait les insulter et les maltraiter impunément. C'était à qui les frapperait avec des verges, des cordes, des courrois, ou même avec de gros bâtons noueux Tantôt on en voyait un lié à un poteau, ayant aux pieds et aux mains des cordes, qui étant tirées avec violence par le moyen de quatre roues qu'on tournait avec rapidité, l'écartelaient misérablement; tantôt on déchirait à un autre le ventre, les côtés , les bras, les jambes et les joues, avec des peignes de fer.
On pendait celui-ci par un bras on attachait ceux-là à un pilier, en sorte néanmoins que leurs pieds ne touchaient point à terre, afin que les cordes serrées par la pesanteur du corps entrassent bien avant dans la chair. Ces tourments duraient quelquefois tout un jour. On en mettait plusieurs dans des ceps, les ,pieds écartés jusqu'au quatrième trou; mais la plupart étant ramenés en prison, y demeuraient couchés sur le dos, parce qu'ils étaient incapables de toute autre situation, à cause de la multitude de leurs contusions et de leurs plaies. Il y en avait qui expiraient entre les mains des bourreaux, etc. »
Le gouverneur Culcien [3], dans un long interrogatoire qu'il fit subir à notre Saint, lui demanda entre autres choses, si Jésus-Christ était Dieu. Philéas répondit affirmativement, et prouva la divinité de Jésus-Christ par les miracles qu'il avait opérés. Culcien lui ayant témoigné beaucoup d'estime, tant pour son mérite que pour sa qualité, ajouta : « Si vous étiez réduit à la dernière misère, et que, pour en être délivré, vous me demandassiez à mourir, je ne balancerais pas à vous l'accorder ; mais vous êtes riche, vous avez des revenus suffisants pour votre subsistance, pour celle de votre famille, vous pourriez même faire subsister presque toute une province. J'ai donc pitié de vous, et je mets tout en  usage pour vous sauver. » Ceux qui étaient avec le gouverneur, voulant absolument conserver la vie à Philéas, dirent : « Il a déjà immolé dans le Phrontistère[4]» Le Saint répondit : « Non, je n'ai point immolé ; mais dites simplement que j'ai sacrifié, et vous direz vrai. » Il donnait à entendre par-là, qu'il n'avait point immolé de victimes et d'animaux, mais qu'il avait offert à Dieu un sacrifice plus spirituel ; comme celui de la prière, ou même celui de l'Eucharistie.
Ses proches étaient présents, ainsi que plusieurs autres personnes de distinction. Le gouverneur, espérant qu'il se laisserait attendrir par les sentiments de la nature, lui dit : « Voyez le déplorable état où votre femme se trouve réduite. » Le martyr répondit : « Jésus-Christ, le sauveur des âmes, qui m'appelle à l'héritage de sa gloire, y peut aussi appeler ma femme, s'il le veut. » Les avocats, touchés de compassion, dirent à Culcien : « Philéas demande un délai. Le gouverneur dit, en s'adressant au Saint : Je vous l'accorde, afin que vous pensiez un peu à ce que vous avez à faire. J'y ai pensé, répliqua Philéas, et je persiste toujours dans la ferme résolution de mourir pour Jésus-Christ. » Alors les juges, le lieutenant de l'Empereur, qui était le premier magistrat de la ville, et tous les autres officiers de la justice, s'étant joints aux proches de Philéas, se jetèrent tous à ses pieds, et le conjurèrent d'avoir pitié d'une famille désolée, et de ne pas abandonner ses enfants dans un âge où sa vie leur était si nécessaire : mais le Saint, semblable à un rocher que la fureur des vagues ne peut ébranler, éleva son cœur à Dieu, et protesta qu'il ne reconnaissait pour ses parents que les apôtres et les martyrs. Il se trouva parmi les assistants un tribun qui était en même temps un trésorier général de l'Empereur à Alexandrie ; il avait dans la ville un tribunal particulier, où il jugeait les procès avec plusieurs personnes de grande considération. On le nommait Philorome. Pénétré d'admiration pour les réponses de Philéas, et indigné de l'acharnement de ses ennemis à le perdre, il s'écria : « Pourquoi vous opiniâtrer ainsi à vouloir vaincre la résistance de ce brave homme ? Pourquoi chercher à le rendre infidèle à son Dieu par une lâche complaisance ? Ne voyez-vous pas qu'il n'envisage que la gloire du ciel, et qu'il n'a que du mépris pour toutes les choses de la terre ? » Ces reproches irritèrent l'assemblée, qui demanda la mort de Philéas et de Philorome. Ils furent donc condamnés tous deux à perdre la tête.
Comme on les conduisait au supplice, le frère de Philéas, qui était du nombre des juges, dit : « Philéas désire qu'on lui accorde sa grâce ». Culcien l'ayant fait rappeler lui demanda si cela était vrai : « Moi, répondit le Saint, à Dieu ne plaise. Bien loin de souhaiter la révocation de la sentence qui me condamne à mort, je n'ai au contraire que des actions de grâces à rendre aux Empereurs et à vous, puisque je vais entrer aujourd'hui en possession d'un royaume que Jésus-Christ veut bien partager avec moi. » A peine eut-il achevé ces paroles, qu'on le reconduisit au lieu du supplice, où, après avoir exhorté les fidèles à la persévérance, il fut décapité avec Philorome. Son martyre arriva entre les années 306 et 312. On trouve le nom de ces deux Saints dans les anciens martyrologes.
SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… – Traduction : Jean-François Godescard.

[1] Thmuis était capitale du Nome ou district de Mendès. Strabon lui donne le nom de Mendès, qui, en égyptien, signifie un bouc, parce que Pan y était adoré sous la figure de cet animal.
[2] On trouve une partie de la lettre de saint Philéas dans l'histoire ecclésiastique d'Eusèbe, 1. 8, c. 10, p. 3o2.
[3] De gouverneur de la Thébaïde, il était devenu gouverneur de toute l'Egypte, sous le tyran Maximum Licinius le condamna à perdre la tête en 313.
[4] C'était une académie destinée aux exercices de l'esprit.

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