vendredi 11 février 2011

NICOLAS DE LONGOBARDI

Religieux oblat minime, Bienheureux
1649-1709

12 février

Longobardi, lieu de la Calabre citérieure dans le royaume de Naples, fut la patrie du bienheureux Nicolas. Il y naquit le 6 janvier 1649, et eut pour parents Fulvio Saggio et Aurélie Pizzini, pauvres journaliers, remplis de crainte de Dieu. Il était l'aîné de trois garçons, et reçut au baptême le nom de Jean-Baptiste. Sou éducation fut entièrement négligée sous le rapport des sciences humaines, mais ses vertueux parents s'appliquèrent avec grand soin à lui inspirer les sentiments de foi et de piété, dont ils étaient eux-mêmes animés. Dieu bénit leurs efforts ; ils eurent la consolation de voir leur fils marcher, dès ses jeunes années, dans la voie qu'ils lui avaient tracée encore plus par leurs exemples que par leurs discours.
Quoique pauvre, Jean-Baptiste avait l'air distingué, un extérieur agréable et un caractère heureux qui le rendait aimable à tout le monde. Son attrait pour la prière se manifesta dès ses premières années. Il remplissait avec exactitude ses devoirs de religion, et assistait tous les jours à la messe. Aussitôt qu'il fut en âge de travailler, ses parents l'employèrent au labourage dont ils s'occupaient eux-mêmes. Doué d'une grande activité, il se levait le matin avant toute sa famille, était toujours le premier à l'ouvrage et le dernier à le quitter. Mais s'il montrait de l'ardeur pour le travail, il en avait encore davantage pour parvenir à la perfection. Sa coutume était d'approcher tous les dimanches du tribunal de la pénitence, et de passer dans les églises la majeure partie des jours où il ne travaillait pas. Il marchait ordinairement, k chapelet à la main, et son extérieur grave et modeste prouvait à tous combien il était éloigné de la légèreté de son âge.
Le vertueux jeune homme avait une inclination décidée pour la solitude et un grand désir de se donner entièrement à Dieu ; il prit le parti d'embrasser l'état religieux, et se décida pour l'ordre des Minimes. Ayant obtenu l'agrément de ses parents, qui le virent avec joie se consacrer au service du Seigneur, il alla se présenter au Père provincial de la Calabre, qui, ayant examiné les motifs de sa vocation, le reçut aussitôt, et l'envoya commencer son noviciat au couvent de Paule, lieu célèbre par la naissance du saint fondateur de l'ordre qu'il avait choisi. Ce temps d'épreuve ne fut pas pénible pour cette âme innocente, déjà accoutumée à la mortification des sens et au recueillement intérieur. Jean-Baptiste se forma facilement à toutes les pratiques de l'état religieux. On remarquait surtout en lui le soin qu'il avait de joindre aux travaux manuels l'esprit d'oraison et sa soumission parfaite à ses supérieurs, son amour pour la pénitence et la mortification, en un mot toutes les vertus qui font les Saints. Aussi devint-il l'objet de l'admiration de la communauté qui l'admit volontiers lorsqu'il fut proposé pour la profession.
Ce fut à l'âge de vingt-un ans que frère Nicolas, c'est le nom qu'il reçut alors, se lia au Seigneur par les vœux de religion. Il fit son sacrifice avec une grande joie et montra par la satisfaction qu'il témoigna, combien il s'estimait heureux d'avoir choisi le Seigneur pour son partage. Ce sacrifice ne paraissait pas sans doute considérable aux yeux du monde, qu'avait eu effet à quitter un pauvre paysan condamné depuis ses premières années au travail et à la fatigue. Mais Dieu, juste appréciateur du mérite de la valeur de chaque œuvre, vit avec quelle générosité ce vertueux jeune homme s'offrait à lui et renonçait à sa liberté ; aussi se plut-il à le récompenser dès cette vie, en le comblant de ses grâces les plus signalées. Frère Nicolas, nouveau profès, ne perdit rien de la ferveur de son noviciat. Envoyé au bout de deux ans au couvent de Saint-Marc, pour y remplir les offices de cuisinier et de jardinier, il s'acquitta de ces emplois avec la plus grande exactitude. Aucun des moments que ses travaux lui laissaient libres n'était perdu pour sa piété, car il se retirait alors dans un des endroits les moins fréquentés de la maison, ou dans un coin du jardin, pour s'y livrer avec plus de liberté à la prière et à la contemplation.
Mais quoique ce saint religieux eût un grand attrait pour la vie intérieure, il ne négligeait pas néanmoins les devoirs extérieurs qui lui étaient imposés. Plein de respect pour ses supérieurs, il s'empressait d'exécuter tous les ordres qu'il en recevait. Sa charité se manifestait surtout lorsqu'il était dans le cas de rendre quelques services aux prêtres, parce que leur caractère sacré lui inspirait pour eux une profonde vénération. Le bon esprit de ce vertueux frère, joint à sa capacité, déterminèrent les supérieurs à lui donner plusieurs emplois de confiance, qui avaient pour objet le temporel des couvents. Ces emplois l'obligeaient de s'occuper en même temps de plusieurs affaires différentes ; mais quelque multipliées qu'elles fussent, jamais elles ne lui causaient ni embarras, ni impatiences ; il conservait la paix de son âme comme s'il avait été entièrement libre de toute occupation.
Le désir de visiter les monuments de la foi que renferme Rome portait frère Nicolas vers la capitale du monde chrétien. Ses supérieurs répondirent à son vœu, et l'envoyèrent au couvent de Saint-François-de-Paule-du-Mont, occupé par les religieux minimes calabrais, et dont l'église est paroissiale. On le donna pour compagnon au Père qui était curé de cette paroisse. Ce fut dans cet emploi qu'il montra tout ce que peut faire une ardente charité. Il s'assura d'abord d'une manière exacte du nombre des pauvres du quartier, et s'appliqua ensuite à pourvoir à leurs besoins. Il savait, par sa pieuse industrie, créer des ressources pour les soulager. Il visitait les malades et les infirmes ; mais sa sollicitude ne se bornait pas à secourir les misères corporelles, elle s'étendait aux pécheurs qu'il aidait à sortir du bourbier des vices et à entrer dans le chemin de la vertu. Après quatre ans passés dans cet emploi, frère Nicolas devint portier du couvent à la place d'un vertueux religieux dont il s'efforça d'imiter la conduite. On était surtout édifié de son humilité, de sa douceur et de sa charité. Ce qui n'édifiait pas moins, c'était de voir que, malgré les sujets continuels de distraction que lui devaient donner des occupations aussi continuelles, il ne perdait rien du recueillement habituel dans lequel il vivait.
Ses supérieurs, qui n'avaient que des sujets de satisfaction d'une conduite si régulière, permirent volontiers au serviteur de Dieu de faire le voyage de Lorette. Il revint de ce célèbre sanctuaire animé d'une nouvelle ferveur. Aussi disait-on que si frère Nicolas était déjà un bon religieux en partant pour son pèlerinage, il paraissait être un Saint depuis qu'il en était de retour. Dirigé par un Père de son ordre très expérimenté dans la conduite des âmes, il fit de nouveaux progrès dans la voie de la perfection. Ses austérités devinrent plus rigoureuses, sou silence plus exact, sa dévotion plus remarquable. Il visitait chaque soir les sept églises patriarcales de Rome, sans néanmoins que ses devoirs en souffrissent d'aucune manière.
Une vertu si parfaite ne put rester longtemps ignorée, quelque soin que frère Nicolas prit de la cacher aux hommes. Le bruit de sa sainteté se répandit bientôt dans la ville de Rome, et l'on publiait hautement ses louanges. Le pape Innocent XII, qui régnait alors, se rappelant sans doute ce mot de saint Bernard, qui dit que l'humilité honorée est une vertu bien rare, craignit que tant de marques d'estime ne lui fussent nuisibles, et de concert avec les supérieurs des Minimes, il le fit retourner en Calabre, au bout de douze ans de séjour dans la capitale du inonde chrétien. On l'envoya au couvent de Longobardi, son pays natal, afin qu'il présidât à la construction d'une église qui manquait à cette maison. L'attente de ses supérieurs ne fut pas trompée ; le saint religieux, par les quêtes qu'il fit, les travaux auxquels il se livra, et les prodiges qu'il opéra, réussit à élever un nouveau temple au Seigneur.
Le serviteur de Dieu, ayant heureusement terminé la pieuse entreprise dont il était chargé, fut rappelé à Rome par ses supérieurs. Il y devint bientôt encore l'objet de la vénération générale. Les ecclésiastiques du plus haut rang, et les séculiers les plus distingués par leur naissance, venaient le voir et traiter avec lui des affaires de leur conscience. Il leur inspirait une confiance entière, parce qu'ils savaient qu'il était rempli de l'esprit de Dieu. En effet, cet humble frère parlait des choses divines d'une manière à étonner les professeurs de théologie eux-mêmes. Comblé des grâces les plus précieuses, on le trouvait souvent eu extase, malgré tout le soin qu'il prenait de cacher ces faveurs célestes ; mais ce n'étaient peut-être pas ces dons éclatants qu'on avait le plus à admirer eu lui, c'étaient les bas sentiments qu'il avait de sa personne ; à l'entendre, il ne faisait aucun bien, et n'était digne que de mépris ; cependant tous ses jours étaient consacrés au service de Dieu et du prochain. Il ne semblait vivre que pour les pauvres, tant sa tendresse pour eux était vive et agissante. Quelque pénitent que fût ce saint religieux, le Seigneur voulut, sans doute pour augmenter ses mérites, le visiter plusieurs fois par la maladie. H avait résisté à sept attaques de pleurésie ; mais la huitième fut le moyen dont Dieu se servit pour l'appeler à lui, afin de récompenser ses vertus. Dès qu'on sut dans Rome que frère Nicolas était en danger, plusieurs grands seigneurs accoururent le visiter, et le pape Clément XI lui envoya sa bénédiction apostolique. Absorbé en Dieu, le saint malade n'était nullement touché des marques d'estime qu'on lui donnait. Après avoir reçu les sacrements de l'Église ct invoqué avec une tendre dévotion les trois personnes de l'adorable Trinité, il termina sa vertueuse carrière, en s'écriant deux fois : Paradis ! Paradis ! Il mourut à l'âge de 60 ans, le 3 février 1709. Son corps demeura froid et flexible et ne répandit aucune mauvaise odeur. Le pape Pic VI mit Nicolas au nombre des bienheureux, le 12 septembre 1786.
SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… – Traduction : Jean-François Godescard.

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