mardi 8 février 2011

JEAN DE MATHA - I

Fondateur de l’Ordre des Trinitaires, Saint
† 1213

8 février

Ce Saint naquit à Faucon, sur les frontières de la Provence, vers le milieu du douzième siècle, et reçut le nom de Jean à son baptême. Les parents qui lui donnèrent le jour étaient distingués par leur noblesse et par leur piété. Sa mère le consacra au Seigneur dès sa naissance par un vœu. Son père, nommé Euphémius, prit un soin particulier de son éducation, et l'envoya à Aix, afin qu'il y fît ses études, et qu'il y apprît tout ce que doit savoir un jeune homme de qualité. Jean s'appliquait à profiter des leçons de ses différents maîtres; mais il avait une toute autre ardeur pour se perfectionner dans la pratique des vertus chrétiennes. Il avait une charité extraordinaire pour les pauvres, et il employait au soulagement de leurs misères une partie considérable de l'argent qu'il recevait de sa famille, pour fournir à des plaisirs innocents. Il allait régulièrement tous les vendredis a l'hôpital; là, il servait les malades, pansait leurs plaies, et leur procurait tous les secours qui étaient en son pouvoir.
De retour dans la maison de son père, il lui demanda la permission de continuer ses pieux exercices ; et après l'avoir obtenue, il se retira dans un petit hermitage qui n'était pas éloigné de Faucon. Son dessein était d'y vivre séquestré du commerce du monde, pour ne converser plus qu'avec Dieu. Il n'y trouva pas cette solitude entière après laquelle il soupirait. Les fréquentes visites de ses amis lui donnant des distractions continuelles, il crut devoir quitter sa cellule ; il alla donc trouver son père, et le pria de l'envoyer à Paris, pour y étudier la théologie. Euphémius approuva le dessein de son fils, et lui permit volontiers de se rendre dans la capitale. Jean fit son cours avec le plus grand succès, prit les degrés ordinaires, et enfin le bonnet de docteur, quoique sa modestie lui inspirât de la répugnance pour cette sorte d'honneur. Ayant été ordonné prêtre quelque temps après, il célébra sa première messe dans la chapelle de l'évêché de Paris. Maurice de Sully, qui occupait alors le siège de la capitale, les abbés de Saint-Victor et de Sainte-Geneviève, et le recteur de l'université, voulurent y assister. Il leur fut facile de juger, à la ferveur angélique avec laquelle le Saint célébrait l'auguste Sacrifice, que l'Esprit de Dieu résidait en lui avec la plénitude de ses grâces.
Ce fut le jour même qu'il dit sa première messe, que notre Saint, par une inspiration particulière du ciel, forma la généreuse résolution de travailler à racheter ces chrétiens infortunés qui gémissaient dans l'esclavage chez les nations infidèles. Il envisageait deux choses dans cette bonne œuvre : la délivrance des corps, et le salut des âmes, qui courent les plus grands risques parmi des peuples barbares. Il ne voulut cependant rien entreprendre avant d'avoir consulté le Seigneur d'une manière spéciale. Ce fut ce qui le détermina à se retirer dans un lieu solitaire, afin d'attirer sur lui les lumières de l'Es- prit-Saint par une prière fervente et continuelle, et par tous les exercices de la pénitence. Il entendit parler du saint ermite nommé Félix de Valois, qui vivait dans une forêt près du bourg de Gandelu, au diocèse de Meaux. Il l'alla trouver aussitôt, et le pria de le recevoir dans son hermitage, et de l'instruire des voies de la perfection. Félix découvrit aisément qu'il n'avait point à faire à un homme novice dans la vie spirituelle ; aussi le regarda- t-il moins comme son disciple, que comme un compagnon que Dieu lui avait envoyé. Il serait impossible d'exprimer jusqu'où nos deux ermites portèrent l'esprit d'oraison, et avec quel zèle ils embrassèrent les plus rigoureuses austérités. Leurs veilles étaient longues, et leurs jeûnes presque continuels. Leur occupation la plus ordinaire était la contemplation ; et ils n'avaient d'autre but, dans tous leurs entretiens, que d'allumer de plus en plus dans leur cœur le feu sacré de l'amour divin.
Un jour qu'ils s'entretenaient ensemble sur le bord d'une fontaine, Jean s'ouvrit à Félix sur la pensée qui lui était venue le jour de sa première messe, de se consacrer à la délivrance des chrétiens captifs chez les mahométans. Il parla de la fin et de l'utilité de cette entreprise d'une manière si vive et si touchante, que Félix ne douta point qu'un tel projet ne vînt de Dieu ; il en loua l'exécution, et s'offrit même pour y concourir autant qu'il serait en lui. Les deux Saints n'étaient plus embarrassés que sur le choix des moyens qu'il fallait prendre pour effectuer le noble désir qui leur avait été inspiré par la charité. Ils se recommandèrent à Dieu, et redoublèrent leurs mortifications et leurs prières, afin d'obtenir de nouvelles lumières sur la conduite qu'ils avaient à tenir.
Quelques jours après, ils se mirent en chemin pour Rome. Ils partirent vers la fin de l'an 1197, sans pouvoir être retenus par les incommodités d'une saison rigoureuse. En arrivant à Rome, ils trouvèrent Innocent III sur la chaire de saint Pierre. Ce Souverain-Pontife ayant été instruit de leur sainteté et de leur pieux dessein, par des lettres de recommandation qui lui furent présentées de la part de l'évêque de Paris, les reçut comme deux anges envoyés du ciel, les fit loger dans son palais, et leur accorda plusieurs audiences particulières, afin qu'ils lui expliquassent dans le plus grand détail les rapports et la nature de leur projet. Il assembla ensuite les cardinaux et quelques évêques dans le palais de Saint-Jean de Latran, pour prendre leurs avis sur une affaire de cette importance. Après leurs délibérations, i\ indiqua un jeûne et des prières particulières, pour obtenir de Dieu qu'il manifestât sa volonté. Enfin ne pouvant douter que les deux ermites français ne fussent conduits par l'esprit de Dieu, et considérant l'utilité que l'Église retirerait de l'institut qu'ils avaient projeté, il le reçut, et en forma un nouvel ordre religieux, dont Jean fut déclaré le premier ministre général. L'évêque de Paris et l'abbé de Saint-Victor furent chargés d'en dresser la règle, et le Pape l'approuva par une bulle donnée en 1198. Le Souverain-Pontife voulut que les nouveaux religieux portassent l'habit blanc, avec une croix rouge et bleue sur la poitrine, et qu'ils prissent le nom de frères de l'ordre de la Sainte-Trinité. Il confirma le même institut quelque temps après, et lui accorda de nouveaux privilèges, par une bulle eu date de l'année 1209.
Lorsque les deux Saints eurent obtenu ce qu'ils désiraient, ils prirent congé de Sa Sainteté, et retournèrent en France. Le Roi Philippe-Auguste, devant lequel ils se présentèrent, et qu'ils informèrent de tout ce qui s'était passé, agréa l'établissement de leur ordre dans son royaume, et le favorisa même par ses libéralités. Gaucher III, seigneur de Châtillon, leur donna un lieu dans ses terres pour y bâtir un couvent; mais cette maison fut bientôt trop petite pour contenir tous ceux qui voulaient entrer dans le nouvel ordre. Ce fut ce qui engagea le seigneur de Châtillon, secondé en cela par le Roi, à donner à notre Saint le lieu appelé Cerfroid, qui était précisément celui où il avait concerté avec Félix de Valois le premier plan de son institut. Il y jeta les fondements d'un monastère qui a toujours passé pour le chef-lieu de l'ordre des Trinitaires (c). Jean et Félix bâtirent encore plusieurs autres monastères en France, tant on avait d'ardeur pour étendre une religion fondée sur la plus pure charité. Ils envoyèrent quelques-uns de leurs disciples aux comtes de Flandre et de Blois, et à d'autres seigneurs croisés qui allaient s'embarquer pour la Palestine. L'occupation de ces religieux devait être d'instruire les soldats, de prendre soin des malades, et de travailler à racheter les captifs. Le Pape écrivit à Miramolin, Roi de Maroc, pour les lui recommander. Cette lettre produisit un heureux effet ; car le Saint ayant envoyé deux de ses disciples dans le royaume de ce prince en 1201, ils rachetèrent cent quatre vingt-six esclaves chrétiens. L'année suivante, il alla lui-même à Tunis, où il en délivra plus de cent dix. Il se rendit ensuite en Provence, et y ramassa des sommes considérables, qui lui servirent à procurer la liberté à un grand nombre de malheureux qui gémissaient sous les fers des Maures d'Espagne. Tant de bonnes œuvres, opérées par le Saint et par ses disciples, attirèrent beaucoup de réputation au nouvel ordre, et inspirèrent depuis à saint Pierre Nolasque le désir d'en fonder un second à-peu- près sur le même plan.
Notre Saint fit un second voyage à Tunis en 1210. Il eut beaucoup à souffrir de la part des mahométans, irrités de l'ardeur avec laquelle il exhortait les captifs à supporter leurs maux avec patience, et à mourir plutôt que de renoncer à leur foi. Le trait suivant donnera une idée de la barbarie de ces infidèles. Lorsqu'ils virent le Saint s'embarquer avec les 120 esclaves qu'il avait rachetés, ils ôtèrent le gouvernail du vaisseau, et en déchirèrent les voiles, afin qu'il périt au milieu des flots. Jean, plein de confiance en Dieu, ne perdit point courage ; il pria le Ciel de prendre la conduite du vaisseau, puis ayant tendu les manteaux de ses compagnons en forme de voiles, il se mit à genoux sur le pont, le crucifix à la main, chantant des psaumes durant tout le trajet. L'événement prouva qu'une foi vive n'est jamais sans récompense. La navigation fut très heureuse, et le vaisseau aborda en fort peu de jours au port d’Ostie, en Italie. Comme la santé de notre Saint dépérissait sensiblement, et que ses forces l'abandonnaient chaque jour, il fut obligé de passer à Rome le peu de temps qui lui restait à vivre.
Quant au B. Félix de Valois, son collègue, il était toujours en France, où il travaillait avec un merveilleux succès à la propagation de son ordre. Ce fut vers ce temps-là qu'il lui procura un établissement à Paris. Le monastère fut bâti à l'endroit où était une chapelle dédiée sous l'invocation de saint Mathurin, et c'est de là qu'est venu le nom de Mathurins aux Trinitaires de France.
Jean de Matha vécut encore deux années à Rome, uniquement occupé à exercer les œuvres de miséricorde, et à prêcher la nécessité de la pénitence. Dieu donnait une telle efficacité à ses discours, que les pécheurs les plus endurcis rentraient en eux-mêmes, et prenaient une sincère résolution de satisfaire à la justice divine pour leurs iniquités. Il succomba enfin sous le poids de ses travaux et de ses austérités, et mourut le 21 Décembre 1213, à l'âge de soixante-un ans. Il fut enterré dans l'église de Saint-Thomas, où l'on voit encore son tombeau. Pour son corps, on l'a transporté en Espagne. Le Pape Innocent XI a fixé la fête de saint Jean de Matha au 8 de Février.
SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… – Traduction : Jean-François Godescard.

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