dimanche 6 février 2011

JEAN DE BRITO - I

Jésuite portugais, Martyr, Saint
1647-1693

4 février

Il naît à Lisbonne

Le bienheureux Jean de Brito, à qui Dieu réservait la gloire de verser son sang pour Notre-Seigneur, naquit à Lisbonne le I4r de mars 1647. 11 était d'une noble et antique famille du Portugal. Son père s'appelait don Salvator de Brito, et sa mère dona Béatriz Brites Péreira. Tous deux appartenaient depuis longtemps à la cour de don Juan, duc de Bragance, et l'avaient suivi à Lisbonne, en 1640, lorsqu'il fut proclamé roi de Portugal et délivra son pays de la domination des Espagnols. Don Salvator de Brito mourut au Brésil, dont le roi son maître l'avait fait gouverneur, peu d'années après la naissance de son fils.
Don Jean de Brito était le dernier des trois enfants de don Salvator ; il était d'une complexion faible et délicate et l'on fut obligé de le baptiser presque aussitôt après sa naissance. On le nomma Jean Hector. Sa mère, dona Béatrix, l'aimait d'une tendresse infinie à cause de sa beauté et de son inclination pour la vertu. Cette pieuse femme éleva ses enfants dans un grand amour de Notre-Seigneur, mais don Jean surtout répondit à ses soins. Elle le plaça à la cour pour être page de don Pedro, lorsqu'il n'avait encore que neuf ans, lui recommandant d'éviter le péché et de conserver précieusement l'innocence de son baptême.
Le roi de Portugal avait laissé deux fils : don Alphonse qui lui succéda, mais que ses infirmités forcèrent plus tard à abandonner la couronne, et don Pedro, à qui il donna pour compagnons d'étude l'élite de la noblesse portugaise. Ces jeunes gens eurent peine à s'accoutumer à la réserve, aux mœurs pures et austères de don Jean de Brito. Quand il se retirait à sa chambre pour prier au lieu de se mêler à leurs bruyants plaisirs, ils le poursuivaient de leurs railleries, quelquefois même de leurs coups. Aussi l'appelaient-ils en riant le Martyr ; et quand il fut plus tard en effet martyr de Notre-Seigneur, le roi don Pedro dit en pleurant et en levant ses mains vers le ciel : « C'est le nom que nous lui avions donné quand il était à mon service, et il était bien digne par ses vertus d'une si glorieuse destinée. »

La maladie et la promesse

Vers l'an 1638 ou 1639, don Jean tomba si dangereusement malade que les médecins désespérèrent de le sauver. Sa mère désolée était à genoux au pied de son lit. Le saint jeune homme qui avait grande confiance au bienheureux apôtre des Indes, saint François-Xavier, se recommanda à lui, et sa mère fit vœu qu'il porterait pendant un an l'habit de la Compagnie de Jésus, s'il recouvrait la santé. Aussitôt le mal céda, et en peu de jours l'enfant fut guéri.
Il reparut donc à la cour avec sa petite soutane noire, son ceinturon et son rosaire, portant ce saint costume arec une modestie et une gravité qui charmaient tous ceux qui le voyaient. Quand il passait dans les rues de Lisbonne pour aller au collège des jésuites, dont il suivait les cours, le peuple sortait sur le pas de la porte et l'appelait le petit apôtre. Un jour que le roi suivait le très Saint-Sacrement, don Jean au lieu de rester derrière lui avec les pages courut se mêler aux novices de la Compagnie et prenant un flambeau, il laissait percer sur son angélique figure une si tendre dévotion pour Notre-Seigneur, que tous ceux qui le voyaient ne pouvaient retenir leurs larmes.
Quand l'année de son vœu fut accomplie, il quitta l'habit des jésuites, mais avec regret. Bientôt il demanda à sa mère la permission d'entrer dans la Compagnie. Cette pieuse femme n'osa point refuser son fils à Dieu qui l'appelait ; mais don Pedro, et le roi son frère, essayèrent de le retenir à leur service. Ces deux princes l'aimaient tendrement; ils lui promirent les plus hautes dignités, mais en vain ; ils cédèrent enfin à ses larmes, et se séparèrent de lui avec regret.

Il entre chez les jésuites

Don Jean entra au noviciat le 17 décembre 1662 ; il allait avoir seize ans. Le jour de Noël il reçut l'habit. Les novices avoient coutume d'écrire ce jour-là une lettre au divin enfant Jésus, et de lui demander quelque grâce pour étrennes. Don Jean demanda la faveur d'être missionnaire au Japon, d'y travailler longtemps pour la gloire de Dieu, et d'y couronner sa carrière par le martyre. Le bienheureux apôtre des Indes, saint François-Xavier, lui inspirait tous ces désirs et le préparait ainsi à marcher glorieusement un jour sur ses traces.
Pendant son noviciat le bienheureux aimait à visiter les hôpitaux. Il pansait les malades, les instruisait et les servait avec amour. Il ramena un vieillard par une patience admirable. A toutes ses injures il ne répondit longtemps que par de nouveaux soins plus tendres et plus délicats. Las enfin de le maltraiter, cet homme rentra à lui-même, revint à Dieu et dit hautement qu'il devait sa conversion à la douceur de ce jeune novice, qu'il ne connaissait pas, mais qui était certainement un saint.
Un jour qu'il servait un malade, vêtu comme les infirmiers, l'infant don Pedro le demanda. Il accourt sans changer d'habit. En l'apercevant sous cette livrée de la charité, le prince, ému de tant de vertu, ne put s'empêcher de lui dire : « Vous servez un maître qui vous récompensera plus magnifiquement que tous les rois du monde. »

Vœux e prêtrise

Le 18 décembre 1664, deux ans après son entrée au noviciat, le bienheureux fit ses vœux de religion, et fut envoyé au collège d'Évora pour y étudier la rhétorique et les belles-lettres. Il s'y appliqua avec tant de soin qu'il tomba malade. Ses supérieurs, espérant que le changement d'air le rétablirait, le firent passer à l'université de Coimbra, où il étudia la philosophie pendant quatre ans. Il devint un des plus brillants élèves de cette université fameuse. Voici la note que l'on retrouve sous son nom, dans les registres de l'année 1669 : Jean de Brito, âgé de vingt-deux ans, ayant six années de religion; esprit excellent, doué de jugement et de prudence; aptitude merveilleuse pour les sciences.
Cependant le désir des missions croissait de plus en plus dans son âme. Nous ne saurions mieux peindre les sentiments qu'il éprouvait à ce sujet qu'en transcrivant une de ses lettres au Père Oliva, général de la Compagnie. « Très révérend Père, lui disait-il, après avoir recouvré la santé par l'intercession de saint François-Xavier, j'ai été admis dans la Compagnie ; mais le saint ne s'est pas contenté de ce don, et il a voulu en compenser la petitesse par une faveur plus importante. Il me presse de me consacrer aux missions de l'Inde, et me reproche de ne point employer mes forces au service de celui qui me les a rendues. J'ai caché ces désirs pendant un temps, n'ayant pas encore commencé le cours de philosophie ; mais maintenant que je l'ai presque terminé, j'y ai profité assez peut-être pour ces pays barbares. Je viens donc conjurer votre paternité de me permettre de me rendre à l'appel du bienheureux Xavier. Après m'avoir redonné la vie du corps, ce saint bien-aimé veut m'ouvrir les voies de la vie éternelle. Par les plaies de Notre-Seigneur, par les mérites de saint François-Xavier, par la gloire de Dieu pour laquelle votre paternité a un zèle si ardent, je la supplie encore de m'accorder la grâce de me rendre aux missions de l'Inde. Craignant qu'on n'y mette ici quelque obstacle, veuillez m'adresser directement la permission que je sollicite, et m'accorder en même temps votre bénédiction que je demande du fond du cœur. A Coimbra, le 19 novembre 1668. De votre paternité, l'indigne fils en Jésus-Christ, Jean dé Brito. »
La réponse du général se faisant attendre, le bienheureux lui écrit de nouveau le 5 mars de l'an 1669. Enfla le général lui donne quelque espoir ; mais ses supérieurs le rappellent à Lisbonne, où il dut enseigner la grammaire pendant deux ans. Le bienheureux se résigne à la volonté de Dieu, croyant tout perdu. La seconde année de son professorat, un fameux missionnaire du Maduré, le Père de Costa, passe à Lisbonne venant chercher en Europe des ouvriers évangéliques pour la mission. Le bienheureux se recommande à lui si ardemment que des ordres pressants arrivent de Rome ; on le met à l'étude de la théologie, et il est ordonné prêtre un peu avant son départ, au commencement de 1674.

Désir missionnaire et amour maternel

Le Père de Brito était au comble de la joie ; mais il avait encore de rudes épreuves à traverser. Aussitôt que sa mère apprit son départ, elle s'en vint tout en larmes supplier le provincial de lui laisser son fils; mais les ordres du général étaient trop précis, et le provincial ne les pouvait changer. Alors cette mère désolée essaye d'ébranler la résolution de son fils. « Vous êtes tout mon soutien, lui disait-elle, et ma seule consolation dans mon veuvage. Comment pourrai-je vivre loin de vous, sans espoir de vous revoir jamais ? Vous allez me faire une blessure que rien ne saura guérir. Vous voulez donner votre vie pour Dieu, mais il faudra que vous lui donniez aussi la mienne, car je ne survivrai pas à votre départ. Vous serez le bourreau de votre mère. Pouvez-vous être si cruel envers moi qui vous ai tant aimé ? Manquez-vous ici d'occasions pour exercer votre zèle ? Ne vous devez vous pas d'abord à votre pays et à vos amis ? Ici la moisson est certaine ; mais dans les Indes qui vous répond du succès? Faible comme vous l'êtes, vous ne pourrez seulement pas supporter les fatigues d'un si long voyage. Mais si la vie ne vous est de rien, ayez au moins quelque souci de celle de votre mère. Serez-vous sans pitié pour elle, et aurez-vous. bien le courage d'empoisonner par une si barbare résolution les derniers jours de sa vieillesse ? »
Ce fut une cruelle épreuve pour le bienheureux ; mais Dieu lui donna la force de résister à des larmes qui lui étaient si chères, à ces plaintes qui lui déchiraient le cœur. La pauvre mère ne se découragea pas, et ne pouvant triompher de ce grand courage, elle alla se jeter aux pieds du nonce, qui était alors monseigneur François Ravizza. Le nonce, touché de sa douleur, commanda au provincial de révoquer les ordres qu'il avait donnés pour le départ du Père de Brito. Le provincial très embarrassé montra la lettre au Père. « Je crois maintenant, lui dit-il, que Dieu ne veut vraiment pas que vous alliez aux Indes : il faut vous résigner à sa volonté. Cependant j'abandonne tout à votre prudence; je ne puis vous donner ni ordre ni conseil ; faites ce que Dieu vous inspirera.
— Allons, s'il vous plaît trouver le nonce, répondit le Père de Brito. »
Ils y allèrent aussitôt.
« Monseigneur, lui dit le bienheureux, on a rapporté à votre seigneurie que mes supérieurs m'envoyaient aux missions de l'Inde; ceci n'est pas tout à fait exact. C'est Dieu lui-même qui m'y envoie, l'Orient est le seul chemin par lequel je puisse arriver au ciel, et si je n'y vais pas, je serai à jamais éloigné du salut éternel. Il me faudra rendre compte de toutes les âmes que j'aurais pu sauver et qui se seront perdues par ma faute, car je sais clairement que Dieu me destinait à la conversion des infidèles. C'est lui qui m'appelle, et si je ne réponds pas à sa voix, que de châtiments de sa terrible justice j'attirerai sur ma tête! Il faut que j'obéisse à la voix de Dieu : c'est mon devoir et j'y serai fidèle. Que si je ne puis le remplir, Dieu demandera compte à ceux qui m'en auront empêché de toutes les âmes qui seront restées dans l'ombre de la mort. Tant que je vivrai, je n'aurai qu'un vœu, je ne ferai qu'une priera, je ne me proposerai qu'un seul but : aller aux Indes où Dieu m'appelle. »
— « Allez donc, lui répondit le nonce, ému jusqu'aux larmes ; allez, et que Dieu vous accompagne en ce long voyage. Je le prie d'être votre soutien dans les fatigues et contre les périls qui vous attendent : puissiez-vous gagner beaucoup d'âmes et travailler longtemps pour la gloire de notre bon maître ! »
Après tant d'inutiles tentatives, dona Béatrix de Brito ne se rebuta pas. Le cœur d'une mère ne se lasse jamais. Elle avait perdu son mari ; elle venait de perdre son fils aîné, il ne lui restait plus que le bienheureux et un autre fils, don Fernand de Brito de qui nous tenons ces détails; elle ne pouvait se résoudre à perdre encore cette dernière moitié de tout ce qui lui était cher. Cette femme, d'ailleurs si pieuse et si courageuse, qui devait quelques années plus tard convier sa famille et ses amis à se réjouir avec elle du glorieux martyre de son enfant, se trouvait sans force pour se séparer de lui. Elle essaya de tous les moyens. Elle lui envoya les plus grands seigneurs de la cour pour tâcher de le détourner; elle fit parler le roi qui daigna lui-même se prêter à ses désirs et vint faire une dernière épreuve sur le cœur de son ancien ami. Le saint jeune homme fut inébranlable ; il triompha de tous les efforts de la chair et du sang, de la gloire et de la majesté royale, ou plutôt la grâce de Dieu qui le soutint dans ces combats, en triomphait avec lui.

Départ pour l’Inde

Il partit donc le 23 mars de l'an 1674. Pendant que ses compagnons étaient allés prendre congé du roi, et se rendaient au milieu d'une foule immense, attendrie de leur dévouement, au vaisseau qui les devait transporter, le Père de Brito, craignant encore quelque obstacle imprévu, vint seul, en cachette, et ne parut qu'après qu'on fut sorti du port. La navigation fut d'abord heureuse, mais au passage de la ligne ils furent surpris d'un calme plat qui les retint longtemps sous cette gêne brûlante. Les vivres devinrent rares; l'eau se corrompit, une sorte de maladie contagieuse se déclara parmi les passagers et les matelots. Tous les courages étaient abattus; les missionnaires eux-mêmes atteints de la maladie se trouvaient sans force. Le bienheureux resta presque seul parmi eux pour les soigner tous. Il se partageait entre ses confrères et les matelots, s'occupant à la fois des corps et des âmes. La maladie sévissait avec une si grande violence qu'il dut donner l'Extrême-onction à trente personnes en un seul jour. Le Père de Costa expira entre ses bras. Enfin tout espoir humain semblant perdu, le bienheureux eut recours à son protecteur habituel, saint François-Xavier. On fit une neuvaine en son honneur; dès les premiers jours le vent se leva et on put quitter ces funestes parages. La maladie disparut presque aussitôt.
Au cap de Bonne-Espérance, les vents et la tempête les mirent encore une fois en péril; mais à l'invocation de saint François-Xavier les vents s'adoucirent et leur livrèrent passage. Ils arrivèrent donc à Goa, après une navigation de six mois, et furent reçus avec une extrême joie par les Pères de la Compagnie.

Sur le tombeau de saint François-Xavier

La première visite du bienheureux fut pour son cher protecteur. Il se rendit tout d'abord au tombeau de saint François-Xavier ; il y resta longtemps prosterné, l'arrosant de ses larmes. Il se mit ensuite à l'élude de la théologie qu'il n'avait pas achevée en Europe. Son désir de vaincre ce dernier obstacle qui le séparait encore des missions fut si ardent, qu'en quelques mois il se mit en état de répondre sur toutes les questions de la Somme de saint Thomas.
Pendant ce temps, il vivait déjà en missionnaire, c'est-à-dire à la manière indienne, ne mangeant qu'un peu de riz et de légumes, jamais de viande ni de poisson; couchant sur une natte, marchant pieds nus sur des sables brûlants. Ses compagnons admiraient comment un corps si faible pouvait supporter une vie si pénible.
Il passa son examen avec tant de succès que ses supérieurs le voulaient retenir pour enseigner la philosophie dans leur université de Goa; mais il fallut céder à ses larmes. Il fut envoyé an collège d'Ambalacata dans le Malabar, et là on lui assigna pour résidence Colley, dans l'intérieur des Indes.
Il n'y parvint pas sans peine ; il eut à traverser de hautes montagnes, où les sentiers n'étaient même pas tracés, où les tigres le venaient assaillir la nuit et ne s'éloignaient qu'à la vue du feu. Dès son arrivée, Dieu lui réservait une rude épreuve. La peste désola ces pays. Le bienheureux commença sa mission en soignant les malades avec une charité si extraordinaire qu'elle lui gagna lo cœur de ces malheureux idolâtres. Il les évangélisa pendant dix années, et Dieu bénit son ministère par de nombreuses conversions. Il avait appris la langue populaire et celle des brahmes, et l'écrivait avec une rare élégance. Il disputait quelquefois contre eux. Un jour deux des plus savants de la contrée le provoquèrent à une discussion solennelle. Une foule nombreuse s'était assemblée pour jouir de ce curieux spectacle. Les brahmes lui parlèrent de la fatalité. « Tu es ignorant, lui dirent-ils, et tu ne sais pas que tout ce que nous pensons, disons et faisons a été décrété par Brahma. Tout cela est écrit dans notre tète, et c'est le point de notre doctrine — que nous appelons l'écriture de la tête.
— Votre Brahma peut-il mentir ? leur répondit le Fère.
— Non certes, dirent les brahmes. Il ne ment jamais.
— Cependant vous êtes divisés en deux sectes ; les uns affirment ceci, les autres le nient. Si Brahma écrit tout dans votre tête, il y écrit donc le pour et le contre, la vérité et l'erreur. Quand je vous dis que c'est un imposteur, est-ce lui qui écrit aussi cette proposition dans ma tête ? Si c'est lui, il avoue donc qu'il ment ; si ce n'est pas lui, c'est donc sa doctrine qui ment en affirmant qu'il écrit tout. »
Les pauvres brahmes le regardèrent tout ébahis, ne sachant que répondre à cet ignorant d'Europe. Ils s'en tirèrent en l'accablant d'injures, pendant que les chrétiens riaient de leur colère et de leur confusion.
Cette partie des Indes était alors sous la domination de plusieurs petits princes qui se faisaient une guerre cruelle. Plusieurs fois le bienheureux faillit tomber dans les mains des soldats. Dieu l'en sauva par une protection toute miraculeuse. Son bras l’accompagnait partout. Un jour qu'il ne savait comment traverser un fleuve rapide, un jeune homme se présenta sur la rive, qui le transporta tout d'un coup à l'autre bord et disparut. Dans ses maladies, dans ses voyages sur mer, dans les inondations, s'il invoquait le nom de saint François-Xavier, il était aussitôt secouru.
Cependant les idolâtres se convertissaient par milliers. Le bienheureux parcourait tous ces royaumes arrachant partout des âmes au joug du démon. Sa parole ardente, sa vie sainte, ses austérités, ses prières, ses miracles, tout servait à étendre le règne de Jésus-Christ.

Premières conversions

Une femme était possédée du démon. Elle appartenait à la classe des brahmes, et, malgré tous les sortilèges de leurs prêtres, on ne la put guérir. Elle entend parler du bienheureux, lui envoie un messager pour se recommander à ses prières. Le serviteur de Dieu lui fit porter des cendres bénites par un de ses catéchistes. Aussitôt qu'on les lui plaça sur la tête, elle recouvra la santé et se convertit.
Plus de vingt personnes furent également délivrées du malin esprit. Il guérissait les malades les plus désespérés en les aspergeant d'eau bénite, ou en invoquant sur eux le nom de saint François-Xavier, à qui il attribuait tous ses miracles.
Un homme puissant vomissait un jour mille blasphèmes contre la loi de Jésus-Christ. Le malheureux, dit le Père, avant une semaine il mourra, la langue et la bouche dévorées par les vers et par un cancer affreux. Ce qui arriva, au grand effroi de tout le pays.
Le démon, furieux des conquêtes que faisait le bienheureux, excita contre lui la rage des idolâtres. Un jour qu'il préparait deux cents catéchumènes au baptême dans les forêts du Maduré, il fut pris par des soldats qui l'épiaient, et mené enchaîné dans la prison des malfaiteurs. Deux fois les soldats entrèrent l'épée à la main pour lui couper la tête, que le Père tendait de lui même à ses bourreaux ; mais, soit qu'ils craignissent un soulèvement du peuple, soit qu'ils eussent peur d'outrepasser les ordres du prince, ils n'osèrent le tuer et le mirent enfin en liberté, après l’avoir tourmenté autant qu'ils pouvaient.

Supérieur des missions du Maduré

Cependant le bienheureux avait été fait supérieur des missions du Maduré ; il n'y avait vu qu'une nouvelle occasion d'exercer son zèle en lui donnant un plus large champ. Il partit pour le Maravà. Après un long et pénible voyage, il y arriva au printemps de 1686. En trois mois il baptisa plus de deux mille idolâtres. Le temps de la moisson semblait venu. Les âmes tombaient sous sa parole, comme les épis sous la faucille. Une grande multitude de catéchumènes l'appelait dans les provinces du nord. Il partit, mais, dans un petit village nommé Mangalam, il fut surpris par une bande de soldats qui le reconnurent et le conduisirent à Cumarà Pilley, leur général et premier ministre du roi de Maravà.
« Voilà donc le sorcier, dit Cumarà, qui trompe tout notre malheureux peuple. Adore nos dieux ou meurs.
— Je ne suis pas venu pour tromper, mais pour éclairer les âmes, répondit le Père. J'annonce aux hommes le Dieu tout-puissant, créateur du ciel et de la terre. Je n'en reconnaîtrai jamais d'autre.
— Eh bien ! je te ferai hacher en morceaux et j'arroserai ta chair de sel.
— Plût à Dieu, dit le Père, que je fusse digne d'une si heureuse mort ! »

… et les premières brimades

Alors un des parents du général le frappa à la joue ; mais la douce victime présenta encore l'autre joue. Il fut lié à un tronc d'arbre et abandonné aux outrages de la soldatesque.
Le lendemain on le conduisit sur le bord d'un fleuve , lui ayant attaché les pieds et les mains, on le plongea plusieurs fois, le tenant sous les eaux jusqu'à ce qu'il fût presque suffoqué. On le suspendit ensuite entre deux arbres par un pied et par une main, l'y laissant longtemps. Enfin il fut condamné à avoir lus pieds et les mains coupés, et à être attaché dans cet état à un poteau jusqu'à ce qu'il mourût.
Le serviteur de Dieu se réjouissait de verser ainsi tout son sang pour Notre-Seigneur, mais son heure n'était pas encore venue. On le tira de la prison, on l'étendit sur des pierres, les soldats le foulèrent aux pieds ou plutôt l'y broyèrent. Un de ses catéchistes souffrit le même tourment. Après avoir été broyé, un soldat le frappa à la figure d'un coup si violent, que l'œil sortit de son orbite et pendait sur le visage. — Si ce Père, dit en riant Cumarà, — peut rendre la vue à cet homme, je croirai que sa doctrine est sainte. — Cela ne dépend que de Dieu seul, répondit le catéchiste, mais je suis prêt à donner mon autre œil pour Jésus-Christ. On le reconduit dans la prison où était le bienheureux. Celui-ci prend cet œil qui pendait, le remet à sa place, et faisant sur lui le signe de la croix, lui rend la vue. Cumarà, instruit de ce miracle, fit venir aussitôt le catéchiste. C'était le soir ; on allume un flambeau ; on bande l'autre œil, et on donne au catéchiste un papier écrit ; il le lut parfaitement. Ne pouvant nier le fait, Cumarà l'attribua à la magie.
Quelques jours après, comme on menait le bienheureux au supplice, une révolte éclate dans la capitale du Maravà ; le général s'y rend à la hâte pour l'apaiser, et appelle auprès de lui son prisonnier. Le roi du pays le voulut voir, lui fit expliquer la doctrine des chrétiens, et satisfait de ses réponses, le rendit à la liberté. Il le bannit cependant de ses États, l'avertissant que s'il y rentrait jamais il lui ferait couper la tête.

Retour au pays

Le Père de Brito, après être resté quelque temps sur les confins du Maravà, alla se remettre de ses grandes fatigues au milieu de ses frères. Il passa avec eux plusieurs mois, et de là fut envoyé à son grand regret en Europe comme procureur des missions. Il y arriva le 8 septembre. Toute la ville de Lisbonne, qui savait ses travaux et les périls qu'il avait endurés pour la foi, accourut au-devant de lui. La maison des Pères de la Compagnie ne cessait de se remplir des plus grands seigneurs de la cour, la plupart ses anciens amis d'enfance, qui voulaient revoir celui qu'ils appelaient si prophétiquement le martyr. Le roi don Pedro le manda dans son palais, et ne pouvant surmonter l'impatience qu'il avait d'embrasser son ancien page, sortit de ses appartements, le serra tendrement dans ses bras en versant des larmes de joie, et le fit asseoir à côté de lui. Là il lui fit conter longuement tous les détails de ses voyages et de ses missions. Le Père portait encore le turban, la robe des brahmes et les sandales, de sorte qu'en l'entendant, il semblait au roi le voir exercer son zèle au milieu des peuples indiens.
La reine voulut aussi le voir et recevoir sa bénédiction. Elle le pria de dire une fois la messe dans son palais, afin qu'elle eût le bonheur de communier de sa main. Le premier ministre, qui était le marquis de Marialva, l'invita à dîner ; le nonce voulut également l'avoir à sa table ; mais chez l'un et chez l'autre le Père n'accepta qu'un peu de légumes et quelques fruits.
Il alla ensuite visiter les collèges de Coimbra, de Porto et de Braga, afin de recruter des ouvriers pour sa mission. A Coimbra, et partout, tous les Pères qui virent cet homme vénérable, embrasés du zèle du salut des âmes, demandèrent aux supérieurs la permission de l'accompagner. Il fallut retenir cet élan, de peur que les chaires des universités ne demeurassent veuves de leurs plus savants professeurs. Dans ce voyage, le bienheureux rencontra sa mère chez sa sœur dona Louisa de Brito, auprès du château de laquelle il passait. Quelle joie ce fut pour cette tendre mère de retrouver ainsi en ce monde cet enfant de tant de larmes qu'elle croyait à jamais perdu. Le bienheureux la vit encore une fois avant son départ pour les Indes à Portalegre où elle demeurait, ainsi que son frère le commandeur don Fernand de Brito qui habitait une villa dans le voisinage.

Il y rencontre son frère

Il ne vit ce dernier que par obéissance et en quelque sorte par la volonté divine. Il suivait avec un compagnon la route de Portalegre, lorsqu'ils furent surpris d'un orage épouvantable. Le bienheureux voulait continuer son chemin. — Mouillez-vous, si vous en avez envie, dit l'autre Père ; pour moi, je vais demander un abri à un de mes amis qui ne demeure qu'à un mille d'ici, le commandeur don Fernand de Brito. Le bienheureux sourit et se laissa conduire chez son frère.
Cependant le roi, qui l'aimait et le voulait conserver auprès de lui, mettait chaque jour de nouveaux obstacles à son retour aux Indes. Il le faisait souvent appeler à la cour, le consultait sur les missions, et cherchait à lui persuader qu'il serait bien plus utile aux Indiens en restant avec lui, par les renseignements qu'il donnerait sur leurs besoins, qu'en prêchant lui-même au milieu d'eux. Le roi avait un dessein qu'il n'osait déclarer tout d'abord. Il voulait donner le bienheureux à sou fils, le prince royal, pour gouverneur. Il lui en parla enfin, lui m entrant le bien qu'il ferait à tout le pays en y élevant ce jeune prince dans les profonds sentiments de religion qu'il savait inspirer. Cette parole fut un coup de foudre pour le Père. Toute sa longue espérance du martyre se trouvait anéantie. Il représenta au roi qu'il ne connaissait plus les usages de la cour; qu'il avait perdu l'idée des choses de l'Europe; et ne pouvant rien gagner par cette voie, il avoua qu'il avait fait vœu de se consacrer aux missions jusqu'à la mort.

Le roi le retient…

Le roi hésitait encore cependant, et voulait le faire délier de son vœu ; mais le Père sut mettre la reine dans ses intérêts, et elle gagna son mari. Alors, n'osant plus retirer sa parole, le roi voulut au moins le nommer archevêque de Cranganor. Le Père eut beaucoup de peine à le détourner de ce dessein. Il s'embarqua enfin le 14 mars 1690 ; mais le vent s'étant trouvé très contraire, il revint à terre. Le 8 avril, on l'avertit que le vent changeait. Comme il passait devant le palais pour se rendre à bord, il voulut remercier encore une fois le marquis de Marialva qui avait été si bon pour lui. Le marquis, charmé de cette attention, l'entraîna chez le roi. Le roi savait qu'on levait l'ancre en ce moment. Il retient le Père à force de questions et de caresses ; il envoie chercher la reine et son fils pour qu'ils reçoivent une dernière fois sa bénédiction et, pendant ce temps, il donne ordre de faire disparaître toutes les barques du port.
Le Père court enfin au rivage : tous les navires étaient partis. Il cherche une barque, il n'y en a point; il cherche encore et en trouve une à moitié ruinée; il s'y jette à la hâte pour rejoindre la flotte. Un des rameurs tombe à la mer; il le retire des eaux. Cependant on n'apercevait plus les vaisseaux qui avoient une grande avance. Le Père désolé fait un vœu à son cher protecteur saint François-Xavier.
En ce moment, don Manuel de Silva, surintendant de l'armée, revenait de conduire la flotte hors du Tage. Il aperçoit cette barque, se doute que c'est un passager attardé, et envoie à son secours une barque plus forte avec laquelle le Père rejoignit enfin ses compagnons de voyage qui n'espéraient plus le revoir.

De nouveau en Inde : Goa

Après sept mois d'une navigation pénible pendant laquelle le bienheureux faillit périr d'une maladie qui fit beaucoup de ravages à bord, on débarqua à Goa. Le Père y resta quelque temps et prêcha dans cette ville avec un succès extraordinaire; puis le temps étant devenu propice à la navigation, il retourna dans le Maduré et vint s'établir sur les confins du Maravà. Aussitôt que ces peuples surent son arrivée, ils accoururent en foule pour l'entendre et être instruits par lui dans la foi. L'église qu'il avait bâtie devint trop étroite, il lui fallut prêcher en plein air. Les idolâtres se convertissaient par milliers. En dix jours il en bap1isa douze mille de sa main. Son bras fatigué ne pouvait plus répandre l'eau purificatrice, et ses catéchistes étaieut obligés de le soutenir.
Le bruit de ses miracles attirait de toutes parts les malades. Un prince du Maravà, nommé Tariadevem, que les sorciers ni les médecins ne purent guérir, le fit prier de l'instruire dans sa loi et surtout de lui rendre la santé. Le Père lui envoya un catéchiste qui lui enseigna les principaux mystères de la foi ; il lui lut ensuite l'évangile de saint Jean, pendant que le prince récitait le Credo, et il fut guéri.

Une importante conversion… et ses conséquences

Le prince Tariadevem fit alors prier le Père de le venir baptiser. Le Père y vint : « Je veux bien, lui dit-il, vous donner le baptême ; mais vous avez cinq femmes, et vous ne pouvez en garder qu'une. »
— Qu'à cela ne tienne, répondit le prince ; et sans hésiter, il les fait venir devant lui, leur explique la nécessité où il était de se séparer des quatre dernières qu'il avait épousées, et leur propose de se retirer dans un palais où elles seraient traitées convenablement, si elles ne préféraient rentrer dans leurs familles. Ces femmes partirent toutes, furieuses contre le Père de Brito. L'une d'elles était nièce du roi de Maravà. Elle sut exciter la colère de son oncle contre une religion qui lui était cause d'un si grand affront. Les brahmes, de leur côté, voyant les progrès des chrétiens, et craignant qu'ils ne devinssent les plus forts, représentèrent au roi que les temples étaient déserts, les idoles abandonnées, et qu'il fallait arrêter le Père, si Ton ne voulait voir périr sous ses coups le vieux culte de leurs ancêtres.
Cependant le bienheureux, après avoir baptisé le prince Tariadevem et célébré à sa cour la fête de l'Épiphanie de l'an 1693, s'était retiré sur les confins du Maravà. Il avait fait bâtir dans les forêts voisines trois petites églises pour ses nouveaux chrétiens. Le 8 janvier, après avoir dit la messe, il avertit les assistants de se retirer en toute hâte, parce que les persécuteurs étaient proches. Tous s'éloignèrent, hors un brahme et deux jeunes gens qui ne voulurent point se séparer de lui. Quelques heures après, une troupe de soldats arriva; ils brûlèrent les églises, et l'ayant chargé de chaînes, le conduisirent au ministre du roi. Celui-ci qui espérait trouver des trésors dans les effets du Père, fut bien étonné de n'y voir qu'un crucifix : il le jeta à terre et le foula avec mépris. Le bienheureux s'élance aussitôt tout enchaîné qu'il était, et reprenant son crucifix, il le baisait en versant des larmes de tendresse pour réparer les outrages qu'avait reçus son Seigneur et son Dieu. De sa prison il écrivit aux Pères de la Compagnie de jeûner pendant trois jours et de réciter trois fois le saint rosaire pour que Dieu lui fît la grâce de persévérer dans la foi.

Le martyr

Le 28 janvier, le roi se fit amener le Père et lui reprocha d'être rentré dans ses États malgré ses ordres. — « A qui dois-je obéir, répondit le Père ? À tes ordres ou à ceux de Dieu, qui est Roi des rois et Seigneur des seigneurs ? » Un capitaine de la garde, l'entendant ainsi parler, le frappa à la joue en lui disant : « Est-ce qu'il y a un prince plus puissant que notre seigneur le roi du Maravà ? »
Le roi l'aurait fait tuer sur-le-champ s'il n'eût craint le prince Tariadevem, qui était venu courageusement à la cour confesser sa foi, et qui était très aimé du peuple. Le trône lui appartenait ; son cousin, le roi actuel, l'en avait dépossédé par trahison. D'ailleurs on avait trouvé la liste des personnes baptisées par le Père, et elles étaient si nombreuses que le roi craignait les suites d'un soulèvement. Il répandit donc parmi le peuple qu'il voulait seulement bannir le bienheureux, et sous ce prétexte il le fit conduire à Oriour, ville frontière de ses États, où commande son frère, le prince Urendéiavem.
Pendant le trajet, les chrétiens accouraient sur la route recevoir la dernière bénédiction de leur Père. Il les consolait, les encourageait. Arrivé à Oriour, le prince voulait le faire tuer sans délai : sur les instances de sa femme et de plusieurs chrétiens de sa cour, il consentit à ajourner l'exécution des ordres secrets qu'il avait reçus. Le 3 février, le Père écrivit avec un charbon, sur une feuille de palmier, ses derniers adieux à ses frères de la Compagnie. Le mercredi des cendres, qui était le lendemain 4 février 1693, il fut conduit au supplice, sur un petit monticule, auprès d'un fleuve, hors des portes de la ville. Il marchait d'un pas si rapide que les soldats étonnés disaient entre eux : On croirait que cet homme va à une fête. Le bourreau arriva. Le bienheureux se mit à genoux et pria longtemps. Le fils du prince accourut reprochant à Pérumal, c'était le nom du soldat, de n'avoir pas encore exécuté la sentence. Alors le bienheureux s'approcha de la rive du fleuve, embrassa le bourreau, et se mit à genoux, inclina la tête, et dit : Je suis prêt ; exécutez vos ordres.
Il portait quelques reliques suspendues à son cou. Le bourreau, craignant que ce ne fût un maléfice qui l'empêchât de mourir, le frappa d'abord sur l'épaule et la lui abattit presque, en coupant le cordon qui tenait les reliques; puis il lui trancha la tète, qui, contre l'ordinaire, tomba en arrière avec le corps. Pérumal lui coupa ensuite les pieds et les mains, et les ayant attachés avec la tête à la ceinture, il suspendit le tronc à un poteau. On y laissa des gardes pour que les chrétiens ne pussent s'en emparer ; mais une grande inondation étant venue, l'eau entraîna la tète; le corps tomba et fut dévoré en partie par les bêtes sauvages, comme le bienheureux l'avait prédit dans sa prison. Les chrétiens recueillirent ces restes, repêchèrent la tète, et ces précieuses reliques furent déposées à Goa auprès du tombeau de celui que le bienheureux avait tant aimé sur la terre, saint François Xavier.

… et les reliques…

Le cimeterre du bourreau fut donné au roi don Pedro, qui le reçut en pleurant, et obtint du roi de Maravà de faire bâtir une église sur le lien du martyre. Tous les mercredis une grande foule de peuple s'y rendait en pèlerinage. On y menait les malades qui étaient aussitôt guéris. Là les démons étaient chassés, les aveugles recouvraient la vue ; le bourreau Pérumal y fut délivré d'une obsession et demanda le baptême ; le peuple, témoin de tant de miracles, s'y convertissait par milliers. Un jésuite, qui vint six mois après le martyre, en baptisa quatorze mille. On estime à plus de trente mille le nombre de ceux que le bienheureux avait baptisés pendant sa vie; mais son sang fut une semence plus féconde encore que sa parole : Sanguis martijrum, semen christianorum.
Sa vieille mère vivait encore quand la nouvelle de sa glorieuse mort parvint en Portugal. Ce fut pour tous ceux qui l'avoient connu une joie sainte et comme un triomphe public, mais par-dessus tous, cette pieuse et vénérable femme se distingua dans l'ardeur de sa foi ; elle réunit sa famille et ses amis, leur donna un grand banquet, se réjouissant avec eux de l'honneur que Dieu faisait à sa famille, et de ce qu'il l'avait trouvée digne d'être la mère d'un martyr.
Ô foi admirable, et digne des premiers siècles ! 0 heureuse famille, plus illustrée par cette mort que par les lauriers d'un grand capitaine ! Le nom de Jean de Brito restera plus longtemps dans la mémoire des peuples que celui du conquérant qui donna les Indes à son pays.
Le 18 mai 1852, le glorieux martyr fut béatifié par Pie IX.
Pedro de Ribadeneyra : Les vies des saints et fêtes de toute l'année, Volume 2 ; traduction : Timoléon Vassel de Fautereau.

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