lundi 14 février 2011

FAUSTIN ET JOVITE

Martyrs, Saints
+ 202

15 février

Ces bienheureux chevaliers de Jésus-Christ étaient natifs de Brescia, ville de Lombardie, d'une grande famille ; et tous deux frères. Dès leur enfance ils étaient dociles, modestes, vertueux, et unis entre eux du lien d'une charité fraternelle. Apollone, évêque de Brescia, fit Faustin, qui était l'aîné, prêtre, et Jovite, diacre. Les saints frères commencèrent à exercer leurs charges au grand bien des bourgades, et à l'édification des fidèles: de sorte que plusieurs gentils par leurs prédications furent convertis à notre sainte foi, et les ténèbres de leur ignorance étant dissipées, ils reçurent la lumière du saint Évangile. Cela croissait tellement, que la religion chrétienne était en vogue, et celle des faux dieux s'en allait en fumée.
Mais le diable, qui voulait détourner cet heureux progrès, incita l’un de ses ministres, grand ennemi de Jésus-Christ et de son Église, nommé Italique, de persuader à l'empereur Adrien de poursuivre la persécution qui avait été commencée par Trajan, son prédécesseur, contre les chrétiens : entre autres qu'il fit mourir Faustin et Jovite, principaux prédicateurs de cette religion, s'il voulait avoir les dieux propices, et son empire bien assuré. L'empereur donna même à Italique une ample commission pour procéder contre ces deux frères, et tous les autres chrétiens.
Italique, étant de retour à Brescia, fit prendre Faustin et Jovite, leur proposa le commandement de l'empereur, les exhorta d'y obéir, leur faisant de belles promesses s'ils y acquiesçaient et de grandes menaces s'ils y résistaient : et les ayant trouvés fort constants dans la confession de leur foi, il ne voulut point passer outre, jusqu'à ce que l'empereur même qui allait en France, passa par Brescia, tant pour savoir sa volonté, qu'à cause que les saints étaient personnes illustres, et de grande naissance.
L'empereur y étant arrivé, fut averti de tout : et tâchant de les attirer à l'adoration de ses dieux, il les fit conduire au temple du Soleil, où il y avait une statue du soleil fort richement parée, laquelle avait à la tête plusieurs rayons de fin or, qui éclataient merveilleusement. Les saints prièrent Dieu; et aussitôt la statue devint toute couverte de suie, et les rayons de sa tète comme du charbon. L'empereur, qui était présent, s'épouvanta de cela, et commanda aux prêtres et aux ministres du temple de nettoyer promptement la statue du Soleil, et que l'on en ôtât cette suie : mais comme ils y pensèrent toucher, elle tomba et se réduisit eu poudre.
Cela mit l'empereur en telle furie, qu'il condamna les deux frères à être dévorés des bêles. On les exposa à quatre fiers lions, qui, rugissant si étrangement que les gentils en tremblotent, s'en vinrent vers les saints frères, et leur léchèrent doucement les pieds. On y mit après cela des léopards, des ours et d'autres bêtes sauvages; et pour les irriter contre eux, et les rendre plus furieuses, on leur brûlait les flancs avec des flambeaux ardents: mais elles étaient douces comme des moutons aux saints, et si acharnées contre les ministres de l'empereur, qu'elles les mirent tous en pièces.
Cependant comme les prêtres des temples voulaient attribuer ce miracle à Saturne, et s'approcher des saints avec sa statue, pour la leur faire adorer, les bêtes se ruèrent sur eux et les dévorèrent, et Italique avec eux, qui était le principal auteur de cette persécution, et qui excitait ces idolâtres. Les gentils épouvantés criaient: 0 dieu Saturne, aide à tes ministres; mais sa statue tomba à terre sous les pieds des bêtes, et toute trempée dans le sang de ses ministres.
Quand la femme d'Italique, nommée Afrane, sut la mort de son mari, elle accourut toute furieuse au théâtre où était l'empereur, et lui dit d'une voix courroucée et lamentable : « Quels dieux est-«e ici que vous adorez, ô empereur? des dieux qui ne sauraient garantir leurs sacrificateurs, ni eux-mêmes : et pour l'amour d'eux et de vous, je suis aujourd'hui veuve. » De sorte qu'elle se convertit à la foi avec plusieurs autres qui étaient là présents; et entre autres Calocère, l'un des premiers courtisans de l'empereur, avec la plupart de ses serviteurs et de ses officiers. Mais pour faire connaître que ces merveilles étaient des œuvres de Dieu, qui laissait user à ces bêtes de leur cruauté naturelle envers les païens, et les rendait douces et traitables à l'endroit des saints, ceux ci leur commandèrent de sortir de la ville, sans faire tort à personne : ce qu'elles firent, et se retirèrent au désert.
Après ces vains tourments, Adrien commanda que l'on retirât les saints de l'amphithéâtre où ils louaient avec grande joie Notre-Seigneur et chantaient des hymnes. On les ramena de là en prison, où l'on donna ordre que personne ne parlât à eux, et qu'on ne leur donnât à boire ni à manger, afin de les faire mourir de faim et de soif. Mais qui peut résister à Dieu? Les anges vinrent encourager les braves soldats de Notre-Seigneur, éclairèrent de la lumière céleste ces cachots ténébreux, et consolèrent ceux qui de soi étaient fort contents, parce qu'ils enduraient pour Notre-Seigneur.
L'empereur voyant la confiance des martyrs, le nombre de ceux qui s'étaient convertis à Jésus-Christ par leur exemple, et l'autorité qu'ils avoient dans la ville, craignant quelque sédition, fit assassiner ceux qui s'étaient convertis avec Calocère, et mena Faustin et Jovite avec Calocère, enchaînés à Milan, où il allait. On leur fit endurer là de nouveaux tourments : on les attacha tous trois à terre, la bouche tournée en haut : et on leur versait avec des entonnoirs du plomb fondu dans la bouche pour leur faire perdre l'haleine et la vie: mais le plomb, comme s'il eût eu du sentiment, brûlait les bourreaux, sans faire tort aux martyrs.
Ils les mirent à la torture, et leur appliquèrent des lames ardentes aux côtés. Calocère sentant une très grande douleur du feu, qui lui pénétrait les entrailles, dit alors à Faustin et à Jovite : Priez Dieu pour moi, ô saints martyrs, car ce feu me travaille fort. Ils lui répondirent : Bon courage, Calocère, cela ne durera guère, et la grâce de Jésus-Christ sera avec toi. Ce qui arriva, et Calocère se sentit incontinent tellement allégé, qu'il leur dit qu'alors il ne sentait aucune douleur. Quoiqu'ils jetassent des étoupes, de la poix et de l'huile, et qu'ils eussent fait un grand feu autour des saints, ce feu perdait toute sa force, et ne les empêcha point d'être fort contents, et de louer Notre Seigneur: ce qui fut cause que plusieurs des assistants qui étaient étonnés de ce qu'ils voyaient, et que cela ne pouvait être des œuvres de notre faible nature, reconnurent l'auteur de ces grands miracles, et se convertirent.
L'empereur ne sachant plus que faire, et tenant pour un grand affront d'être vaincu par ces saints martyrs, livra Calocère à un des gouverneurs, nommé Antioche, pour le martyriser; et s'en retournant à Rome, il fit amener après lui Faustin et Jovite, où ils furent de nouveau cruellement tourmentés. Le souverain pontife les fut visiter, et les consoler. De là on les mena à Naples, où l'on redoubla leurs tourments, puis on les jeta dans la mer. Mais l'ange de Notre-Seigneur les en délivra, par la vertu de Celui qui combattait en eux, et ils en sortirent victorieux, et plus reluisants des tourments que l'or du creuset.
Enfin on les ramena en leur ville de Brescia, afin que ceux qui avoient été convertis par leur vie et par leur confiance à la foi de Jésus-Christ, fussent intimidés et détournés parleur mort. C'était l'intention des tyrans; mais Dieu prétendait par ce moyen honorer et défendre cette ville, dont ils étaient natifs, par leur sang, leur intercession et leurs mérites. On leur trancha la tête hors la porte qui va à Crémone, étant à genoux et recommandant leur esprit à Notre-Seigneur qui leur avait donné des forces pour combattre vaillamment en tant de rudes batailles, et qui maintenant les rendait dignes de lui, leur donnant la couronne du martyre le quinzième de février l’an 202, selon Baronius. L'Église célèbre leur fête le même jour.
Le Martyrologe romain porte qu'ils furent martyrisés par l'empereur Adrien, et le Bréviaire romain dit que ce fut en la persécution de Trajan. Les tourments de ces saints furent si divers, et en si grand nombre, et durèrent un si long espace de temps, que Trajan les put commencer, et Adrien les achever: encore qu'il soit plus vraisemblable que le tout se passa du temps d'Adrien, qui n'émut point de particulière persécution contre l'Église, mais qui ne fit que continuer celle que Trajan, son prédécesseur, avait commencée, et ainsi on la peut appeler persécution de Trajan, lui donnant le nom de son auteur.
Pedro de Ribadeneyra : Les vies des saints et fêtes de toute l'année, Volume 2 ; traduction : Timoléon Vassel de Fautereau.

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