mardi 8 février 2011

ANSBERT DE ROUEN

Abbé, Évêque, Saint
+ 698

9 février

Ce Saint naquit à Chaussy, village du Vexin, situé sur la rivière d'Epte. Son père, nommé Siwin, qui était un-homme de qualité, le fit élever avec soin dans la connaissance des lettres divines et humaines. Ses progrès furent rapides, parce qu'il était doué d'une grande vivacité d'esprit. Dieu, qui avait des vues sur lui, le dégoûta de bonne heure de toutes les choses de la terre. Son père, alarmé des suites que pourrait avoir sa piété, mit tout en œuvre pour lui faire aimer le monde, et pensa à l'y fixer irrévocablement, par les liens du mariage ; mais l'alliance qu'il projetait ne put avoir lieu, par un de ces événements où les yeux de la foi découvrent une disposition particulière de la Providence. Angadrême, fille de Robert, chancelier de Clotaire III, qu'il devait épouser, se trouva tout-à-coup frappée de la lèpre; elle se fit depuis religieuse à Rouen, et fut ensuite chargée de la conduite du monastère d'Oroir, près de Beauvais. Pour Ansbert, il fut conduit à la cour de Clotaire, où son mérite le fit bientôt universellement estimer, et substituer à Robert, dans la dignité de chancelier. Il connaissait trop le néant des grandeurs humaines, pour s'y attacher. Les maximes de l'évangile étaient la seule, règle de toute sa conduite. Il alliait aux devoirs de son état l'exercice d'une prière fervente, et la méditation des choses divines. Il trouvait des motifs de s'élever à Dieu dans les objets mêmes qui paraissent n'être propres qu'à dissiper l'esprit et à flatter les sens.
Cependant le désir qu'il avait pour la vie solitaire augmentait de jour en jour. Il craignait qu'à force de différer, Dieu ne lui retirât ses grâces ; il résolut donc de quitter secrètement la cour, pour aller s'enfermer dans l'abbaye de Fontenelle. Après les épreuves ordinaires, saint Vandrille le reçut au nombre de ses religieux. Il devint bientôt un modèle accompli de toutes les vertus. On remarquait surtout en lui une humilité profonde, une obéissance sans réserve et une patience admirable. Son abbé lui ayant ordonné de se préparer à la réception du sacerdoce, il se rendit à Rouen, où il fut ordonné prêtre par saint Ouen ; il s'appliqua ensuite avec ardeur à l'étude des livres sacrés, sans se dispenser toutefois du travail des mains. Un jour qu'il travaillait à une vigne plantée à quelque distance du monastère, le prince Thierry, qui prenait de ce côté-là le divertissement de la chasse, s'avança pour avoir la satisfaction de le voir. Le Saint lui donna quelques avis, lui prédit qu'il régnerait, mais après avoir eu beaucoup à souffrir de la part de ses ennemis.
Ayant été élu abbé de Fontenelle, il marcha sur les traces de saint Vandrille et de saint Lambert, ses prédécesseurs. Pour s'exciter à remplir ses devoirs, il en considérait sans cesse l'étendue et la difficulté. Ses exemples ajoutaient une nouvelle force aux instructions qu'il donnait à ses disciples. Il avait pour les pauvres une charité singulière : il bâtit trois hôpitaux, où il en nourrissait un grand nombre. Son exactitude à maintenir la règle n'avait rien d'austère ni de dur, et sa grande maxime était qu'un supérieur doit moins chercher à se faire craindre qu'à se faire aimer. Les fidèles des environs venaient en foule le consulter sur l'affaire de leur salut ; il entendait la confession de leurs péchés, et leur prescrivait de sages réglements pour la conduite de leur vie.
Après la mort de saint Ouen, arrivée en 683, il fut élevé sur le siège épiscopal de Rouen, et sacré par saint Lambert à Clichy, où Thierry III avait convoqué les états du royaume. Son élection fut fort agréable au Roi, qui l'estimait singulièrement à cause de son éminente sainteté, et qui l'avait choisi pour son confesseur. Le nouvel évêque s'appliqua tout entier à la prédication de la parole de Dieu, au soulagement des pauvres et à la réparation des églises. Il faisait souvent la visite de son diocèse. Il transféra le corps de saint Ouen, qui avait été enterré dans l'église abbatiale de Saint-Pierre, et le plaça dans un lieu plus honorable. La cérémonie de cette translation se fit avec beaucoup de magnificence. Il permit aux religieux de Fontenelle d'élire un, d'entre eux pour abbé, et ce privilège fut confirmé dans un concile de plusieurs évêques, qui se tint à Rouen en 689. Saint Ansbert fut arraché de son église quelque temps après ; Pépin, maire du palais, aux yeux duquel la calomnie l'avait noirci, le relégua dans le monastère de Haumont en Hainaut. Le saint évêque édifia les religieux de cette maison par l'austérité de ses jeûnes, par sa ferveur et son assiduité à la prière. Sa mort, arrivée en 698, l'empêcha de profiter de la permission qu'on lui avait accordée de retourner dans son diocèse. Son corps fut transporté à l'abbaye de Fontenelle, où il avait choisi sa sépulture.
SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… – Traduction : Jean-François Godescard.

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