samedi 5 février 2011

ANNA MICHELOTTI

Religieuse, Fondatrice, Bienheureuse
1843-1888

1er février

“J'ai beaucoup prié, et il me semble que la volonté de Dieu soit celle-ci : il y a en moi un désir ardent de me consacrer totalement à Jésus, dans l'assistance des malades pauvres”. Cette pensée, une des rares que l'humilité d'Anne Michelotti nous ait transmises directement, nous fait voir une mission qui a vu le jour au milieu de mille difficultés, et qui, justement grâce à une volonté extraordinaire, est encore actuellement florissante et féconde au sein de l'Eglise.
Anne naquit en Haute-Savoie (un territoire qui à l'époque appartenait au Royaume de Sardaigne), et plus particulièrement à Annecy, le 29 août 1843. Son père, originaire de Almese (province de Turin), mourut encore jeune, laissant sa famille dans une misère totale. La maman, une femme très pieuse, transmit à ses deux enfants une foi intense : le jour de la première communion de la petite Anne, elle alla avec elle faire une visite à un malade pauvre, chez lui. Ce jour-là naquit un charisme.
La première fois que la famille se rendit à Almese, la jeune fille avait quatorze ans et ce fut l'oncle Michelotti, chanoine, qui les reçut. S'étant installée à Lyon quelques années après, Anne entra dans l'Institut des Sœurs de Saint-Charles, d'abord comme éducatrice, puis comme novice. Mais sa mission n'était pas dans l'enseignement.
Dans l'espace de quelques années, moururent et sa mère et son frère Antoine, qui était novice chez les Frères des Écoles Chrétiennes : elle se retrouvait donc seule au monde. Pour vivre, elle se fit institutrice des filles d'un architecte, mais elle était déjà en réalité "la demoiselle des malades pauvres", car dès qu'elle le pouvait, elle allait les dénicher et se mettait à leur service. A Annecy, elle rencontra une certaine Sœur Catherine, qui avait été novice dans l'Institut de Saint-Joseph, et qui nourrissait les mêmes sentiments : c'est ainsi qu'elles jetèrent les bases, à Lyon, d'une œuvre privée tournée vers l'assistance à domicile auprès des malades pauvres. Avec la permission de l'archevêque, elles se mirent un habit religieux et firent des vœux temporaires. Mais la congrégation naissante ne vécut pas très longtemps, à cause de la guerre entre la France et la Prusse ; en 1870, la Bienheureuse, en habit de religieuse, retourna à Annecy, puis à Almese, et enfin à Turin. Passée cette tornade, Sœur Catherine lui demanda de revenir à Lyon, l'obligeant à reprendre sa formation comme postulante. Anne accepta humblement, mais dut quitter l'Institut pour raisons de santé. Sur ces entrefaites, tandis qu'elle priait près de la tombe de saint François de Sales et de sainte Jeanne Françoise de Chantal, elle sentit que son œuvre devrait naître de l'autre côté des Alpes.
Revenue à Almese à dos de mulet, elle continua vers Turin (septembre 1871). Logée à Moncalieri, chez les Demoiselles Lupis, pendant un an, armée de son balai elle parcourut à pied la ville à la recherche de malades en difficulté, pour les servir. Puis elle loua une petite chambre, où elle confectionnait des gants, pour avoir de quoi vivre, tandis que quelques jeunes filles commentaient à l'aider dans son apostolat. Début 1874, l'archevêque, Mgr Gastaldi, leur permit de prendre l'habit religieux en l'église de Sainte Marie-sur-la-Place : c'était la naissance de l'Institut des Petites Servantes du Sacré-Cœur de Jésus, où l'on prévoyait, outre les trois vœux habituels, l'assistance gratuite à domicile auprès des malades pauvres. La fondatrice prenait le nom de Mère Jeanne-Françoise, en honneur des fondateurs de l'Ordre de la Visitation.
Les débuts furent très difficiles, marqués par une pauvreté extrême, par des abandons successifs et des décès de sœurs. Le supérieur ecclésiastique et le médecin de la communauté leur conseillaient de fermer l'institut, tandis que lere Félix Carpignano, oratorien de sainte mémoire, prodiga ses encouragements à la Mère. Plus d'une fois, dans l'appartement qu'elle louait Place de la Fête-Dieu, à deux pas de l'endroit où naquit l'œuvre de Cottolengo, on entendit celle-ci hurler avec des larmes : "Mon doux Seigneur, je suis toute disposée à recommencer ton œuvre jusqu'à cinquante fois, si c'est nécessaire, mais aide-moi !" Le Seigneur l'écouta. En 1879, une dame vint à savoir dans quelles conditions misérables vivaient les Petites Sœurs : c'était Antonia Sismonda, et elle les abrita dans une propriété de la colline turinoise. Par la suite, elles réussirent en 1882 à en acquérir une pour leur propre compte, à Valsalice.
La Mère Jeanne-Françoise était la Règle vivante. Femme de prière intense, elle mortifiait son corps en dormant sur la terre ou sur un sac de paille, et mettait de la cendre dans sa soupe. Dans sa congrégation, elle voulait des sœurs généreuses ; elle leur disait : "Si vous vous trompez, vous ne descendez que d'une marche ; si vous vous humiliez, vous en montez trois". Elle était un peu sévère en reprenant les religieuses, mais celles-ci l'aimaient bien parce que, même au milieu des difficultés, elle engendrait la confiance. Elle lisait avec elles la Sainte Écriture et la méditait, en leur recommandant d'“être prudentes, pleines de zèle et de charité”, cherchant Jésus-Christ dans les pauvres. Elles devaient les assister matériellement et spirituellement, en pensant surtout à les rapprocher des Sacrements, dans la mesure du possible. Avant de prendre une décision importante, elle demandait conseil aux confesseurs, parmi lesquels saint Jean Bosco. La Bienheureuse ne se refusa pas à aller demander l'aumône, en se rendant aux manifestations publiques, où parfois on l'insulta.
Elle aurait voulu fonder un groupe de sœurs adoratrices, mais comme le supérieur ne le lui permit pas, elle disposa que chaque sœur fît chaque jour une profonde adoration devant le Saint-Sacrement. Quand elle demandait une grâce particulière, elle priait les bras en croix, à genoux, et tendant les mains vers le tabernacle. Elle avait rapporté de France une petite statue de la Sainte Vierge, qu'elle fit bénir par Mgr Gastaldi. De temps en temps elle la prenait dans ses bras et partait en procession dans le jardin avec les sœurs, priant et chantant les litanies. Elle les encourageait à la prière du chapelet et à l'office de la Sainte Vierge. Elle leur transmit aussi une profonde dévotion à la Passion de Notre-Seigneur : le Vendredi Saint, elle mangeait debout ou à genoux, embrassait les pieds des religieuses, avant d'aller s'asseoir à table avec un morceau de pain.
Durant ses dernières années de vie, la Mère fut souvent contrainte de garder le lit à cause de son asthme. On la jugea inapte au gouvernement de l'Institut, qui se développait toujours plus surtout en Lombardie, mais surtout à cause d'un petit groupe de sœurs âgées qui n'appréciaient pas beaucoup ses façons un peu autoritaires, de sorte qu'on lui retira la charge de supérieure générale le 26 décembre 1887. Elle accepta cette humiliation, en se soumettant la première à la nouvelle supérieure, qu'elle avait elle-même proposée. A partir de ce jour-là, les douleurs augmentèrent, mais elle disait en souriant : “Pour Jésus, chaque sacrifice est peu de chose”, “Je vais mourir, mais ne craignez pas. Je vais continuer à aider et diriger les Petites Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus e des malades pauvres".
Anna Michelotti mourut le 1er février 1888, un jour après Don Bosco. Quelques heures avant de mourir, cédant aux instances répétées des sœurs, elle accepta de se faire photographier. Toute sa vie, elle s'était oubliée pour servir les plus faibles, et elle fut ensevelie, avec le cordon franciscain, dans un cercueil très simple, dans la terre détrempée par la pluie dans un petit cimetière. "Le grain de sénevé" était mort, mais une lumière d'amour devait continuer de briller à travers ses filles, qui sont actives aujourd'hui jusqu'en terre de mission.
Ses reliques sont vénérées à Turin, dans la maison-mère de Valsalice. Paul VI l'a béatifiée en la solennité de Tous les Saints, en 1975.

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