dimanche 6 février 2011

AGATHE DE SATANE

Vierge, Martyre, Sainte
+ 251

5 février

Les villes de Palerme et de Catane en Sicile se disputent l'honneur d'avoir donné au monde une Sainte aussi célèbre : mais cette dispute n'intéresse guère ceux qui, en imitant ses vertus et en implorant sa protection, travaillent à devenir un jour ses concitoyens dans le ciel. Tout le monde s'accorde à dire qu'elle reçut la couronne du martyre à Catane, en 251, durant la persécution de Dèce, ce prince étant consul pour la troisième fois. Quoiqu’issue d'une maison noble et illustre, elle s'était consacrée à Dieu dès ses tendres années, et avait généreusement triomphé de tous les assauts qui furent livrés à sa chasteté. Quintien, homme consulaire, instruit de la beauté et des immenses richesses d'Agathe, se flatta qu'il pourrait satisfaire son impudicité et son avarice par le moyen des édits que l'Empereur avait portés contre les Chrétiens ; il ordonna donc qu'on se saisît de sa personne, et qu'on la conduisît devant son tribunal à Catane. La jeune vierge se voyant livrée aux persécuteurs, fit cette prière : « Jésus-Christ, souverain Seigneur de toutes choses, vous voyez, mon cœur, vous savez quel est mon désir ; soyez le seul possesseur de tout ce que je suis. Vous êtes mon pasteur, ô mon Dieu ! et je suis votre brebis ; rendez-moi digne de vaincre le démon. » Elle ne cessa le long du chemin de demander, avec la plus vive instance, le courage dont elle avait besoin pour confesser sa foi. Lorsqu'elle fut arrivée, Quintien la fit remettre entre les mains d'une méchante femme nommée Aphrodisie, qui vivait, ainsi que ses filles, dans un libertinage public. Il est aisé de juger des épreuves que la vertu de notre Sainte eut à souffrir ; mille morts lui auraient paru plus supportables que la situation terrible où elle se trouvait. Cependant elle ne perdait point courage ; elle se confiait en la bonté de Dieu, qu'elle implorait continuellement avec des torrents de larmes. Sa prière fut exaucée; sa chasteté ne reçut aucune atteinte durant le mois qu'elle passa dans la maison d'Aphrodisie.
Quintien, informé de la constance d'Agathe, la fit amener devant lui. Toute la réponse qu'il put tirer d'elle dans le premier interrogatoire, fut que la vraie noblesse et la vraie liberté consistaient à servir Jésus-Christ. Le juge, irrité de sa fermeté, ordonna qu'on la reconduisît en prison, après qu'on lui eût meurtri le visage de soufflets. Elle y entra avec joie, en recommandant à Dieu le succès du combat qu'elle était sur le point de soutenir pour sa gloire. On la ramena le lendemain devant le juge, qui trouvant en elle le même courage, la fit étendre sur le chevalet, où elle souffrit la plus horrible question. Quintien furieux de se voir vaincu par la patience héroïque de la Sainte, commanda qu'on la tourmentât longtemps aux mamelles, et puis qu'on les lui coupât. Une cruauté aussi inouïe lui attira ce juste reproche de la part d'Agathe : « Cruel tyran, ne devrais tu pas rougir de me faire cette injure, toi qui as sucé les mamelles de ta mère ? » Le juge la renvoya ensuite en prison, avec défense de panser ses plaies, et de lui donner aucune nourriture : mais le Seigneur se joue des pensées des hommes ; il daigna lui-même être son médecin. Saint Pierre lui étant apparu dans une vision, la consola, guérit ses plaies, et remplit le cachot d'une lumière éclatante.
Quatre jours après, Quintien l'envoya chercher ; et sans être touché d'une guérison si miraculeuse, il la fit rouler toute nue sur des morceaux de pots cassés, mêlés avec des charbons ardents. Quand elle eut souffert ce supplice, il ordonna qu'elle fût remise en prison. Agathe y étant arrivée, adressa cette prière au Dieu des martyrs et à l'époux des vierges : « Seigneur mon Dieu, vous m'avez toujours protégée dès le berceau. C'est vous qui avez déraciné de mon cœur l'amour du monde, et qui m'avez donné la patience nécessaire pour souffrir ; recevez maintenant mon esprit. » Elle expira en finissant cette prière. Son nom, qui a été inséré dans le canon de la messe, se trouve dans le calendrier de Carthage, qui est de l'an 530, et dans tous les martyrologes des Grecs et des Latins. Vers l'an 500, le Pape Summaque fit bâtir une église de son nom sur la voie Aurélienne, près de Rome. Saint Grégoire-le-Grand enrichit de ses reliques une église de Rome qu'il avait purgée de l'impiété arienne ; cette église avait été rebâtie, en 460, par Ricimer, général de l'empire d'Occident. En 726, Grégoire II en fit élever une nouvelle sous l'invocation de la même Sainte. Clément VIII la donna à la congrégation de la doctrine chrétienne. Saint Grégoire-le-Grand mit des reliques de sainte Agathe dans l'église du monastère de saint Etienne ; mais la plus grande partie de ce précieux trésor resta à Catane jusque vers l'an 1040, qu'il fut transféré à Constantinople. On l'a depuis rapporté à Catane, comme nous l'apprenons de Maurice, évêque de cette ville, lequel a écrit l'histoire de cette translation arrivée de son temps. Les éruptions du mont Etna, qui menaçaient Catane d'une ruine prochaine, ont été plusieurs fois arrêtées par le voile de sainte Agathe, que l'on portait en procession. Les Maltois qui honorent la même Sainte comme leur patronne, furent redevables de leur salut à son intercession, lorsque les Turcs les attaquèrent en 1551.
Sainte Agathe sanctifia ses souffrances, et rendit son sacrifice complet, par une parfaite pureté d'intention qui avait détruit en elle l'amour des créatures, pour y substituer celui du Créateur. C'est par le moyen de cette vertu que nous ferons de toutes nos croix, et même de toutes nos actions, autant de sacrifices agréables au Seigneur. Je dis nos croix, parce qu'il n'y a point d'état qui n'ait les siennes. Est-il un homme en effet qui n'ait souvent à souffrir dans son âme ou dans son corps, qui ne soit exposé à des contretemps fâcheux, à des reproches, à des humiliations ? Si nous n'aimons a souffrir que quand nous avons des témoins de notre patience, ou si, après avoir soutenu courageusement de rudes épreuves, nous nous laissons déconcerter par la plus légère contradiction, c'est une preuve évidente que nous ne sommes point encore morts à nous-mêmes, et que nous ne possédons point encore la véritable pureté d'intention, dont le propre est d'anéantir en nous tout ce qui n'est pas de Dieu. Au lieu de chercher à disparaître entièrement aux yeux des hommes, nous mettons notre complaisance dans ce qu'ils estiment grand. Rien de plus beau en apparence que les protestations de fidélité que nous faisons à Jésus-Christ. A nous entendre, nous serions prêts, s'il le fallait, à mourir pour lui : mais que penser de toutes ces protestations, quand nous les comparons avec cette excessive sensibilité qui se révolte à la vue de la plus petite épreuve ? Trouve-t-on beaucoup d'âmes qui, dans leurs peines, ne veuillent avoir que Dieu pour témoin et pour consolateur, qui fuient avec soin les dignités et les distinctions, pour vivre totalement inconnues au monde, qui supportent patiemment les humiliations , dans la seule vue de plaire à Dieu ? Ce n'est qu'à de telles âmes qu'il appartient de s'écrier avec sainte Agathe : « Soyez, ô mon Dieu, le seul possesseur de tout ce que je suis. »
SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… – Traduction : Jean-François Godescard.

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