mercredi 16 février 2011

GIUSEPPE ALLAMANO

Prêtre, fondateur, bienheureux
1851-1926

16 février

Joseph Allamano est né le 21 janvier 1851 dans une petite ville du nord de l’Italie ; sa mère était la sœur de saint Joseph Cafasso, alors recteur du sanctuaire de Notre-Dame de la Consolata à Turin.
Il fréquenta l’école de saint Jean Bosco et devint en 1873 prêtre du diocèse de Turin. Sept ans plus tard, son évêque le nomme recteur du sanctuaire de Notre-Dame de la Consolata et responsable de la formation permanente des prêtres du diocèse. C’est ainsi que l’abbé Allamano se rend compte qu’il y a beaucoup de prêtres en Italie.
Dans les années 1890, avec son fidèle collaborateur Jacques Camisassa, il tente de fonder une communauté de missionnaires pour aller évangéliser l’Afrique, mais tous ses projets échouent. Le 29 janvier 1900, il guérit miraculeusement d’une maladie grave et son évêque lui dit : " C’est pour que tu fondes un institut missionnaire! " Joseph Allamano s’attelle tout de suite à la tâche et, en mai 1902, le premier groupe de quatre missionnaires (dont un laïque) partent pour le Kenya. En 1910, il fondera un deuxième institut, les Sœurs Missionnaires de la Consolata.
Il passe le reste de sa vie :
– à diriger ses deux instituts missionnaires,
– à coordonner la pastorale au sanctuaire de Notre-Dame de la Consolata
– et à la formation des prêtres de son diocèse.
Il meurt à Turin le 16 février 1926.
Dans son homélie à la messe de la béatification de Joseph Allamano le 7 octobre 1990, Jean-Paul II a déclaré :
" En ce moment où il est accueilli parmi les bienheureux, Joseph Allamano nous rappelle que, pour rester fidèles à notre vocation chrétienne, nous devons savoir partager les dons reçus de Dieu avec nos frères et sœurs, sans discrimination de race ou de culture. "
Et, pour conclure, voici quelques pensées du bienheureux Allamano :

“Il faut bien faire le bien”

« Il n'est pas facile de résumer en quelques lignes tout ce qu'a fait le bienheureux Joseph Allamano, fondateur des Missionnaires de la Consolata, prêtre du diocèse de Turin (Italie).  Toute sa vie, il a vraiment été un homme et un saint "à temps plein",  une personne qu'on ne peut pas réduire tout simplement aux circonstances de son époque.
D'un côté, il a combattu les positions religieuses et intellectuelles trop sévères des jansénistes, qui fleurissaient encore en son temps, parce que Joseph Allamano croyait profondément en la miséricorde et au pardon inépuisable de Dieu.  De l'autre, il a aussi vaillamment lutté contre les attitudes dites modernistes qui sapaient les fondements de la foi et de la vie spirituelle, en insistant sur les dimensions religieuses de l'existence et la présence de Dieu au cœur de nos vies.
Inutile de chercher des comportements hautains ou arrogants dans cette vie totalement dépensée pour les autres et pour Dieu!   Inutile aussi d'y chercher des belles paroles qui n'auraient pas été d'abord mises en pratique dans la vie de tous les jours du bienheureux. 
Après tout, n'est-ce pas lui qui disait à ses fils et filles missionnaires: "Le bien, il faut bien le faire et en silence!"
Pour Joseph Allamano, l'Évangile nous invite à donner le bon exemple, à témoigner de ce que nous vivons, mais sans sonner la trompette devant nos bonnes actions.

JULIENNE DE NICOMEDIE

Vierge, Martyre, Sainte
+ 299

16 février

Il y avait en la ville de Nicomédie un gentilhomme nommé Evilase, sénateur et ami intime des empereurs. Il rechercha en mariage une fort belle et fort honnête demoiselle nommée Julienne, fille d'Africanus, homme idolâtre, et des plus opiniâtres païens. La mère de Julienne n'était ni païenne ni catholique, et elle vivait dans la débauche sans embrasser aucune religion : mais sa fille Julienne se rendit chrétienne dès son enfance. Evilase donc se déclara amant de Julienne, et ses parents estimant qu'il leur faisait beaucoup d'honneur, la lui accordèrent contre sa volonté ; mais elle, pour gagner le temps, et trouver un prétexte de rompre cet accord, se voyant pressée par Evilase de l'épouser, lui fit dire sous main qu'elle n'y entendrait que jusqu'à ce qu'il eût obtenu de l'empereur la dignité de préfet, qui était la première charge de la judicature. Cette condition sembla fort dure à Evilase, mais il était tellement épris de son amour, que pour lui complaire il employa tout son crédit, et acheta bien cher cet office. Il en avertit ensuite Julienne, et lui fit savoir qu'elle serait mariée à un préfet.
La sainte n'ayant plus rien à opposer, lui manda qu'elle était chrétienne, et qu'elle n'épouserait jamais un homme qui fut d'une autre religion que de la sienne, c'est pourquoi elle le priait d'embrasser la foi de Jésus-Christ, afin que leur mariage fût béni et heureux, et qu'ils pussent vivre ensemble en une sainte union et en conformité de croyance; parce que, disait-elle, s'ils étaient de deux différentes religions, quoique leurs corps fussent joints, leurs cœurs seraient séparés.
Evilase fut merveilleusement troublé de ce message, et il en avertit aussitôt le père de la sainte jeune fille. Comme ils étaient tous deux païens et ennemis jurés des chrétiens, il n'est pas croyable combien ils s'irritèrent contre Julienne. Son père lui parla premièrement avec tout l'artifice et toutes les belles paroles que l'amour paternel et le zèle des faux dieux lui put fournir. Il tâcha de l'attirer à sa volonté, qui était de lui faire épouser ce grand seigneur, et voyant qu'il n'y gagnait rien, il y ajouta les menaces; après il en vint aux fouets, à la prison et aux fers; enfin connaissant la résolution de Julienne, qui ne le voulait pas épouser qu'il ne fût premièrement baptisé et chrétien, il la délivra à son accordé pour la châtier, et faire d'elle à sa volonté.
Elivase, en qualité de préfet, la fit comparaître en son auditoire, et encore qu'il fût tout irrité, néanmoins cette parfaite beauté lui éblouit tellement les yeux, qu'il sentit un rude combat en soi-même de l'amour et de la haine; enfin, restant vaincu et transporté d'amour, il lui parla doucement, l'exhortant de le prendre pour son mari, l'assurant qu'il ne l'empêcherait pas d'être chrétienne, et même qu'il le voudrait être, n'eût été qu'il craignait que les empereurs ne le fissent mourir: qu'il lui conseillait en père et en ami tout ce qui était pour son bien, et que si elle ne le voulait pas croire, il lui en coûterait la vie, qu'on lui arracherait avec les plus cruels tourments que l'on pourrait inventer. La sainte fille, déjà prévenue de son céleste époux, ferma ses oreilles aux sifflements de ce serpent infernal, et lui répondit fort courageusement que quand il la devrait faire brûler toute vive, la faire dévorer par les bêtes, ou la faire mettre en pièces, elle ne changerait point de résolution.
Le préfet courroucé de sa réponse, la fit cruellement fouetter avec des nerfs de bœuf, lui disant que ces fouets n'étaient que l'entrée des tourments et des cruautés qu'il lui ferait souffrir; mais elle répondit qu'elle espérait que Dieu lui donnerait la force et le courage de supporter tous ces tourments, et qu'il s'en lasserait plutôt qu'elle. Le juge la fit pendre par les cheveux, et si longtemps, qu'il ne lui demeura pas un poil à la tête, ses yeux s'obscurcirent, et ses sourcils montèrent jusqu'au front; au même temps il lui fit brûler les flancs avec des pelles de fer ardentes, et lui percer les mains avec un fer chaud : puis il la renvoya en prison ; alors la sainte, voyant son corps tout déchiré, et couvert de si douloureuses plaies, se tourna vers son cher époux, le suppliant de la délivrer de ces peines, ainsi qu'il avait préservé Daniel dans la fosse aux lions, les trois enfants dans la fournaise de Babylone, et sainte Thècle des bêtes farouches et du feu.
Pendant qu'elle faisait oraison, le diable lui apparut en forme d'ange de lumière, qui lui dit que le préfet avait préparé de pins horribles tourments que Dieu ne voulait pas qu'elle endurât, mais qu'au sortir de la prison elle sacrifiât. Elle lui demanda qui il était : il répondit qu'il était un ange de Dieu, envoyé par lui vers elle pour la détourner de souffrir tant de cruautés. Elle s'aperçut que ce conseil était plutôt d'un ange de ténèbres que de lumière, et supplia Notre-Seigneur de lui découvrir sa volonté, et de lui faire savoir l'état de celui qui la voulait tromper sous le masque d'un ange. Aussitôt elle entendit une voix du ciel qui lui dit : Julienne, bon courage, car je suis avec toi : saisis-toi de celui qui te parle, je te donne puissance de lui faire dire son nom.
L'oraison de la sainte fut suivie d'une voix céleste, et la voix d'un miracle; parce que Julienne se trouva saine et libre, et s'étant relevée de terre, elle aperçut le diable enchaîné à ses pieds, qu'elle traita comme un esclave fugitif, lui demandant qui il était, pourquoi il était venu là, et qui l'avait envoyé. Le diable, forcé par la vertu invisible de Notre-Seigneur, confessa la vérité, et dit qu'il était un des principaux ministres de Satan qui l'avait envoyé ; que c'était lui-même qui avait séduit Ève ; qu'il avait excité Caïn à massacrer son frère, Nabuchodonosor à élever sa statue, Hérode au massacre des Innocents, Judas à vendre son maître, et puis après à s'aller pendre; les juifs à lapider saint Etienne, et Néron à faire mourir saint Pierre et saint Paul ; bref, celui qui avait poussé le sage Salomon à aimer désordonnément les femmes.
Le diable lui dit tout cela ; et il est aisé de voir, encore qu'il soit un lion furieux qui déchire ceux qui s'approchent de lui sans craindre ses griffes, que les humbles qui se défient d'eux-mêmes, et s'arment de l'esprit de Jésus-Christ ne le redoutent point, puisqu'une simple fille l'a pu surmonter ; car la sainte l'ayant ouï parler, le lia derechef, et le brisa de coups, que ce fier monstre témoignait ressentir, se plaignant étrangement de ce qu'après en avoir tant vaincu, il était si lâchement outragé par une fille. Il vomissait contre Satan qui l'avait envoyé, sachant bien qu'il ne pouvait résister à la pureté de cette vierge et à la force de son sang.
Le préfet commanda que si Julienne était encore en vie, on l'amenât devant lui. Elle y vint, traînant après soi le diable enchaîné, et se présentant aussi saine et entière que si elle n'eût rien souffert, et plus belle que jamais. Le cruel juge fut bien étonné, mais il fut si aveuglé que d'attribuer les miracles faits parla vertu de Dieu, à des enchantements : il fit chauffer un four, et y fit jeter sainte Julienne, qui, regardant son époux céleste avec amour, le supplia la larme à l'œil de la favoriser en ce combat. Alors le feu s'amortit, et par ce nouveau miracle le peuple qui était là s'émut, et commença à crier qu'il n'y avait point d'autre dieu que le dieu de Julienne : de sorte qu'il se convertit plus de cinq cents hommes, que le préfet fit massacrer sur le champ, et environ cent trente femmes qui embrassèrent la foi chrétienne, et ne cédèrent en rien aux hommes.
Tout cela ne servait qu'à animer de plus en plus le cœur du préfet, qui fit jeter cette vierge dans une grande chaudière d'huile bouillante j mais elle y trouva du rafraîchissement, et l'huile bouillante rejaillit par la permission divine sur les bourreaux et les ministres d'injustice, et sur les gentils qui s'en approchaient trop près, dont ils moururent aussitôt. Le préfet, ne sachant plus que faire, la condamna à avoir la tête tranchée. Comme elle allait au supplice, le diable excitait les bourreaux à la tuer vitement pour être délivré de ses mains; mais la sainte, le regardant d'un visage sévère et terrible, le fit trembler de peur qu'elle ne le tourmentât de nouveau, de sorte qu'il disparut; et Julienne, très contente en son âme, pria Notre-Seigneur, puis elle tendit le cou au bourreau, qui le lui coupa, son esprit s'envolant au ciel pour y recevoir les deux couronnes de vierge et de martyre.
Une vertueuse dame nommée Sophie, qui allait à Rome, passant par Nicomédie, emporta ses reliques, et fit bâtir une église où elles furent révérées. Le malheureux préfet Evilase fut châtié depuis par la main du Très-Haut, payant dès cette vie la peine de sa cruauté ; car s'étant embarqué, le vaisseau périt par une grosse tempête, et tous ceux qui y étaient furent submergés; lui seul pour sa plus grande misère fut poussé parles vagues au bord d'un désert, où il servit de nourriture aux bêtes.
Cette sainte martyre mourut à l'âge de dix-huit ans, l'an de Notre-Seigneur 299, sous l'empire de Dioclétien et de Maximien. Sa vie fut écrite par Métaphraste, et rapportée par Surius.
Pedro de Ribadeneyra : Les vies des saints et fêtes de toute l'année, Volume 2 ; traduction : Timoléon Vassel de Fautereau.

mardi 15 février 2011

TEOTÓNIO DE COIMBRA

Fondateur de Santa Cruz de Coimbra, Saint
1086-1162

15 février

Teotónio naquit — pour les uns au Portugal, à Ganfei – pour d’autres, en Espagne, à Gonfeo, près de Vigo. Quoi qu’il en soit, on sait qu’il est né en 1086, et qu’à cette époque seul le condé du Portugal existait, gouverné par Henri de Bourgogne.
Il est sûr aussi qu’il fit ses études chez les bénédictins de Ganfei.
Ses premières études terminées, il alla à Coimbra où il suivit les cours d’Humanités et de Théologie. A la fin de ceux-ci, il fut appelé à Viseu par son oncle Dom Théodoric, prieur de la Collégiale des Chanoines Réguliers : ce fut en cette ville qu’il fut ordonné prêtre.
Il fut ensuite nommé – malgré lui – prieur de Notre-Dame de Viseu, où il fit preuve d’une grande sagesse et démontra ses immenses qualités spirituelles, devenant ainsi l’exemple à suivre pour le clergé local qui avait dès lors pour lui une grande vénération doublée d’un très profond respect.
Mais Teotónio était homme d’une grande humilité et ne cherchait jamais à se mettre en avant et, la charge même de prieur lui semblait trop honorifique pour lui ; pour réussir à s’en défaire, il décida un pèlerinage à Jérusalem. Il fut remplacé – provisoirement, pensait-on – pendant son absence par un prêtre nommé Honorius. Mais, dès son retour de Terre Sainte, Teotónio demanda à celui-ci de continuer d’assumer la charge de prieur, ce que celui-ci accepta.
Plus tard, on lui proposa l’épiscopat, qu’il refusa énergiquement, préférant se consacrer au ministère de la Parole et, au milieu d’un peuple corrompu, prêcher l’Évangile de Jésus-Christ. Ce fut durant cette période qu’il prouva son indéfectible fidélité aux vertus chrétiennes, mais tout particulièrement à celle de la chasteté et pureté d’âme et de corps.
Puis, ce fut un deuxième pèlerinage à Jérusalem. A son retour, il fonda, avec onze outres compagnons, une nouvelle congrégation de Chanoines Réguliers et, pour l’abriter, il fit construire le Monastère de Sainte Croix de Coimbra – qui reste encore de nos jours, un chef d’œuvre architectural.
La construction – pose de la première pierre – fut commencée le 28 juin 1131, en présence du prince Alphonse, fils d’Henri de Bourgogne – et bientôt premier roi du Portugal – qui avait pour Teotónio une très grande admiration.
Le 24 février 1132 il fut nommé prieur du nouveau monastère, charge qu’il occupa pendant vingt ans. Grâce à son action, le monastère devint un foyer de sainteté et de culture de feu Condé du Portugal et du nouveau Royaume de Portugal (1139), gouverné d’une main ferme par Alphonse Ier, appelé maintenant Alphonse Henriques.
Ce roi – guerrier intrépide et mystique convaincu – lors de ses nombreuses campagnes pour reconquérir les terres occupées par les musulmans, demandait la prière des moines de Sainte Croix et attribuait volontiers ses victoires aux vertus de ces mêmes prières, ce qui augmentait la vénération et l’amitié qu’il éprouvait envers Teotónio, son ami de toujours. Et, pour lui montrer sa gratitude il fit libérer tous les moçarabes – les musulmans convertis au christianisme – faits prisonniers pendants les campagnes de conquête.
Âgé de 70 ans, il renonça à sa charge d’abbé et consacra le reste de sa vie à la prière.
Il avait quatre-vingts ans lorsqu’il remit son âme à Dieu le 18 février 1162. Son corps repose encore dans l’église de la Sainte Croix (Santa Cruz) à Coimbra.
Son culte fut approuvé par le Pape Benoît XIV. Il fut le premier saint portugais à être canonisé selon les nouvelles règles canoniques.
Il est le patron de la ville de Viseu. Sa fête est fixée au 15 février.
Alphonse Rocha

CLAUDE LA COLOMBIIRE

Jésuite, Saint
1641-1682
15 février
Claude La Colombière, troisième enfant du notaire Bertrand La Colombière et Marguerite Coindat, naquit le 2 février 1641 à Saint-Symphorien d'Ozon dans le Dauphiné.
La famille s'étant déplacée à Vienne (France), Claude y fit ses premières études, qu'il compléta ensuite à Lyon jusqu'aux classes de Rhétorique et de Philosophie.
C'est alors qu'il se sentit appelé à la vie religieuse dans la Compagnie de Jésus; mais nous ne connaissons pas les motifs de son choix et de sa décision. Par contre, dans ses écrits, il nous a livré cet aveu: "J'avais une horrible aversion pour la vie que je choisissais". Cette affirmation se comprend facilement pour qui connaît la vie de Claude, dont la nature, sensible au charme des relations familiales et aux amitiés, était portée vers l'art et la littérature et attirée par tout ce qu'il y avait de plus digne dans la vie de société. Mais il n'était pas homme à se laisser guider par le sentiment.
A 17 ans, il entre au Noviciat de la Compagnie de Jésus, installé à Avignon. C'est là qu'en 1660 il passe du Noviciat au Collège pour terminer ses études de philosophie. Il y émet aussi ses premiers voeux de religion. A la fin des cours, il est nommé professeur de Grammaire et de Littérature; tâche qu'il assumera pendant cinq ans dans ce Collège.
En 1666 il est envoyé à Paris pour étudier la Théologie au Collège de Clermont; il reçoit à la même époque une charge de haute responsabilité. Sa compétence notoire pour les études d'humanités, unie à des dons exquis de prudence et de finesse, amènent les Supérieurs à le choisir comme précepteur des fils de Colbert, Ministre des Finances de Louis XIV.
Ses études terminées et ordonné prêtre, il retourne de nouveau à Lyon: il y est professeur pendant quelque temps, et ensuite se consacre entièrement à la prédication et à la direction de la Congrégation Mariale.
La prédication de La Colombière se distingue surtout par sa solidité et sa profondeur; il ne se perdait pas en idées vagues, mais s'adressait avec à propos à un auditoire concret. Son inspiration évangélique avait le pouvoir de transmettre à tous sérénité et confiance en Dieu. La publication de ses sermons produisit dans les âmes, comme elle continue à le faire, de grands résultats spirituels; en effet, si l'on considère l'endroit où ils ont été prononcés et la brièveté de son ministère, ils semblent avoir moins vieilli que les textes d'orateurs plus célèbres.
L'année 1674 est décisive dans la vie de Claude. Il fait son Troisième an de probation à la "Maison Saint-Joseph" de Lyon et au cours du mois traditionnel d'Exercices Spirituels, le Seigneur le prépare à la mission qu'il lui avait destinée. Les notes spirituelles de cette époque nous permettent de suivre pas à pas les luttes et les triomphes de son caractère, singulièrement sensible aux attraits humains, mais aussi généreux envers Dieu.
Il fait le voeu d'observer toutes les Constitutions et les Règles de la Compagnie. Il ne s'agissait pas là comme but essentiel de se lier à une série d'observances minutieuses, mais de reproduire le vivant idéal apostolique décrit par saint Ignace. Puisque cet idéal lui paraissait magnifique, Claude l'adopta comme un programme de sainteté. Cela répondait à une invitation de Jésus Christ lui-même. La preuve en est qu'il fut ensuite pénétré d'un sentiment de libération et d'extension de son horizon apostolique, comme il en témoigne dans son journal spirituel.
Le 2 février 1675 il fait la Profession solennelle et est nommé Recteur du Collège de Paray-le-Monial. Certains s'étonnèrent qu'un homme si éminent fut envoyé dans un endroit aussi retiré que Paray. On en trouve l'explication dans le fait que les Supérieurs savaient qu'au Monastère de la Visitation, une humble religieuse, Marguerite Marie Alacoque, à laquelle le Seigneur révélait les trésors de son Coeur, vivait dans une angoissante incertitude; elle attendait que le Seigneur lui-même accomplisse sa promesse de lui envoyer son "fidèle serviteur et parfait ami", qui l'aurait aidée à réaliser la mission à laquelle il la destinait: manifester au monde les richesses insondables de son amour.
Dès que le P. La Colombière fut arrivé à destination, Marguerite Marie, après l'avoir rencontré plusieurs fois, lui manifesta toute son âme et les communications qu'elle croyait recevoir du Seigneur. Le Père, de son côté, l'approuva entièrement et lui suggéra de mettre par écrit tout ce qu'elle éprouvait dans son âme, l'orientant et l'encourageant dans l'accomplissement de la mission reçue. Lorsqu'il fut certain, à la lumière de la grâce divine manifestée dans la prière et le discernement, que le Christ désirait le culte de son Coeur, il s'y livra sans réserve, comme nous en avons le témoignage dans son engagement et ses notes spirituelles. On y voit clairement, que, déjà avant de recevoir les confidences de Marguerite Marie Alacoque, Claude, en suivant les directives de saint Ignace dans les Exercices Spirituels, était arrivé à contempler le Coeur du Christ comme symbole de son amour.
Après un an et demi de séjour à Paray, en 1676, le P. La Colombière part pour Londres, où il a été nommé prédicateur de la Duchesse d'York. Il s'agissait d'un ministère très délicat, étant donné les événements religieux qui à l'époque agitaient l'Angleterre. Avant la fin d'octobre de la même année, le Père occupait déjà l'appartement qui lui avait été réservé au palais de St. James. En plus des sermons qu'il prononce dans la chapelle et la direction spirituelle, orale et écrite, à laquelle il se livre, Claude peut consacrer du temps à instruire solidement dans la vraie foi plusieurs personnes qui avaient abandonné l'Eglise romaine. Même au coeur des plus grands dangers, il eut la consolation de voir plusieurs conversions, au point d'avouer, après un an: "Je pourrais écrire un livre sur la miséricorde dont Dieu m'a rendu témoin depuis que je suis ici".
Un travail si intense et un climat pernicieux eurent raison de sa santé; des symptômes d'une grave affection pulmonaire commencèrent à se manifester. Cependant Claude continua courageusement son genre de vie.
A la fin de 1678, il fut arrêté a l'improviste sous l'accusation calomnieuse de complot papiste. Après deux jours, on l'enferma dans la sinistre prison de King's Bench, où il resta trois semaines, en proie à de graves privations, jusqu'à ce qu'un décret royal lui signifiât son expulsion de l'Angleterre.
Toutes ses souffrances rendirent encore plus précaire son état de santé, qui, avec des hauts et des bas, ne fit qu'empirer à son retour en France.
Pendant l'été 1681, déjà très gravement atteint, il fut renvoyé à Paray. Et le 15 février 1682, premier dimanche du Carême, à la soirée, il fut pris d'un crachement de sang qui mit fin à ses jours.
Le Pape Pie XI a béatifié Claude La Colombière le 16 juin 1929. Son charisme, aux dires de S. Marguerite Marie Alacoque, fut d'élever les âmes à Dieu, en suivant le chemin de l'amour et de la miséricorde que le Christ nous révèle dans l'Evangile.
Il fut canonisé par le Pape Jean-Paul II, en 1992.

lundi 14 février 2011

FAUSTIN ET JOVITE

Martyrs, Saints
+ 202

15 février

Ces bienheureux chevaliers de Jésus-Christ étaient natifs de Brescia, ville de Lombardie, d'une grande famille ; et tous deux frères. Dès leur enfance ils étaient dociles, modestes, vertueux, et unis entre eux du lien d'une charité fraternelle. Apollone, évêque de Brescia, fit Faustin, qui était l'aîné, prêtre, et Jovite, diacre. Les saints frères commencèrent à exercer leurs charges au grand bien des bourgades, et à l'édification des fidèles: de sorte que plusieurs gentils par leurs prédications furent convertis à notre sainte foi, et les ténèbres de leur ignorance étant dissipées, ils reçurent la lumière du saint Évangile. Cela croissait tellement, que la religion chrétienne était en vogue, et celle des faux dieux s'en allait en fumée.
Mais le diable, qui voulait détourner cet heureux progrès, incita l’un de ses ministres, grand ennemi de Jésus-Christ et de son Église, nommé Italique, de persuader à l'empereur Adrien de poursuivre la persécution qui avait été commencée par Trajan, son prédécesseur, contre les chrétiens : entre autres qu'il fit mourir Faustin et Jovite, principaux prédicateurs de cette religion, s'il voulait avoir les dieux propices, et son empire bien assuré. L'empereur donna même à Italique une ample commission pour procéder contre ces deux frères, et tous les autres chrétiens.
Italique, étant de retour à Brescia, fit prendre Faustin et Jovite, leur proposa le commandement de l'empereur, les exhorta d'y obéir, leur faisant de belles promesses s'ils y acquiesçaient et de grandes menaces s'ils y résistaient : et les ayant trouvés fort constants dans la confession de leur foi, il ne voulut point passer outre, jusqu'à ce que l'empereur même qui allait en France, passa par Brescia, tant pour savoir sa volonté, qu'à cause que les saints étaient personnes illustres, et de grande naissance.
L'empereur y étant arrivé, fut averti de tout : et tâchant de les attirer à l'adoration de ses dieux, il les fit conduire au temple du Soleil, où il y avait une statue du soleil fort richement parée, laquelle avait à la tête plusieurs rayons de fin or, qui éclataient merveilleusement. Les saints prièrent Dieu; et aussitôt la statue devint toute couverte de suie, et les rayons de sa tète comme du charbon. L'empereur, qui était présent, s'épouvanta de cela, et commanda aux prêtres et aux ministres du temple de nettoyer promptement la statue du Soleil, et que l'on en ôtât cette suie : mais comme ils y pensèrent toucher, elle tomba et se réduisit eu poudre.
Cela mit l'empereur en telle furie, qu'il condamna les deux frères à être dévorés des bêles. On les exposa à quatre fiers lions, qui, rugissant si étrangement que les gentils en tremblotent, s'en vinrent vers les saints frères, et leur léchèrent doucement les pieds. On y mit après cela des léopards, des ours et d'autres bêtes sauvages; et pour les irriter contre eux, et les rendre plus furieuses, on leur brûlait les flancs avec des flambeaux ardents: mais elles étaient douces comme des moutons aux saints, et si acharnées contre les ministres de l'empereur, qu'elles les mirent tous en pièces.
Cependant comme les prêtres des temples voulaient attribuer ce miracle à Saturne, et s'approcher des saints avec sa statue, pour la leur faire adorer, les bêtes se ruèrent sur eux et les dévorèrent, et Italique avec eux, qui était le principal auteur de cette persécution, et qui excitait ces idolâtres. Les gentils épouvantés criaient: 0 dieu Saturne, aide à tes ministres; mais sa statue tomba à terre sous les pieds des bêtes, et toute trempée dans le sang de ses ministres.
Quand la femme d'Italique, nommée Afrane, sut la mort de son mari, elle accourut toute furieuse au théâtre où était l'empereur, et lui dit d'une voix courroucée et lamentable : « Quels dieux est-«e ici que vous adorez, ô empereur? des dieux qui ne sauraient garantir leurs sacrificateurs, ni eux-mêmes : et pour l'amour d'eux et de vous, je suis aujourd'hui veuve. » De sorte qu'elle se convertit à la foi avec plusieurs autres qui étaient là présents; et entre autres Calocère, l'un des premiers courtisans de l'empereur, avec la plupart de ses serviteurs et de ses officiers. Mais pour faire connaître que ces merveilles étaient des œuvres de Dieu, qui laissait user à ces bêtes de leur cruauté naturelle envers les païens, et les rendait douces et traitables à l'endroit des saints, ceux ci leur commandèrent de sortir de la ville, sans faire tort à personne : ce qu'elles firent, et se retirèrent au désert.
Après ces vains tourments, Adrien commanda que l'on retirât les saints de l'amphithéâtre où ils louaient avec grande joie Notre-Seigneur et chantaient des hymnes. On les ramena de là en prison, où l'on donna ordre que personne ne parlât à eux, et qu'on ne leur donnât à boire ni à manger, afin de les faire mourir de faim et de soif. Mais qui peut résister à Dieu? Les anges vinrent encourager les braves soldats de Notre-Seigneur, éclairèrent de la lumière céleste ces cachots ténébreux, et consolèrent ceux qui de soi étaient fort contents, parce qu'ils enduraient pour Notre-Seigneur.
L'empereur voyant la confiance des martyrs, le nombre de ceux qui s'étaient convertis à Jésus-Christ par leur exemple, et l'autorité qu'ils avoient dans la ville, craignant quelque sédition, fit assassiner ceux qui s'étaient convertis avec Calocère, et mena Faustin et Jovite avec Calocère, enchaînés à Milan, où il allait. On leur fit endurer là de nouveaux tourments : on les attacha tous trois à terre, la bouche tournée en haut : et on leur versait avec des entonnoirs du plomb fondu dans la bouche pour leur faire perdre l'haleine et la vie: mais le plomb, comme s'il eût eu du sentiment, brûlait les bourreaux, sans faire tort aux martyrs.
Ils les mirent à la torture, et leur appliquèrent des lames ardentes aux côtés. Calocère sentant une très grande douleur du feu, qui lui pénétrait les entrailles, dit alors à Faustin et à Jovite : Priez Dieu pour moi, ô saints martyrs, car ce feu me travaille fort. Ils lui répondirent : Bon courage, Calocère, cela ne durera guère, et la grâce de Jésus-Christ sera avec toi. Ce qui arriva, et Calocère se sentit incontinent tellement allégé, qu'il leur dit qu'alors il ne sentait aucune douleur. Quoiqu'ils jetassent des étoupes, de la poix et de l'huile, et qu'ils eussent fait un grand feu autour des saints, ce feu perdait toute sa force, et ne les empêcha point d'être fort contents, et de louer Notre Seigneur: ce qui fut cause que plusieurs des assistants qui étaient étonnés de ce qu'ils voyaient, et que cela ne pouvait être des œuvres de notre faible nature, reconnurent l'auteur de ces grands miracles, et se convertirent.
L'empereur ne sachant plus que faire, et tenant pour un grand affront d'être vaincu par ces saints martyrs, livra Calocère à un des gouverneurs, nommé Antioche, pour le martyriser; et s'en retournant à Rome, il fit amener après lui Faustin et Jovite, où ils furent de nouveau cruellement tourmentés. Le souverain pontife les fut visiter, et les consoler. De là on les mena à Naples, où l'on redoubla leurs tourments, puis on les jeta dans la mer. Mais l'ange de Notre-Seigneur les en délivra, par la vertu de Celui qui combattait en eux, et ils en sortirent victorieux, et plus reluisants des tourments que l'or du creuset.
Enfin on les ramena en leur ville de Brescia, afin que ceux qui avoient été convertis par leur vie et par leur confiance à la foi de Jésus-Christ, fussent intimidés et détournés parleur mort. C'était l'intention des tyrans; mais Dieu prétendait par ce moyen honorer et défendre cette ville, dont ils étaient natifs, par leur sang, leur intercession et leurs mérites. On leur trancha la tête hors la porte qui va à Crémone, étant à genoux et recommandant leur esprit à Notre-Seigneur qui leur avait donné des forces pour combattre vaillamment en tant de rudes batailles, et qui maintenant les rendait dignes de lui, leur donnant la couronne du martyre le quinzième de février l’an 202, selon Baronius. L'Église célèbre leur fête le même jour.
Le Martyrologe romain porte qu'ils furent martyrisés par l'empereur Adrien, et le Bréviaire romain dit que ce fut en la persécution de Trajan. Les tourments de ces saints furent si divers, et en si grand nombre, et durèrent un si long espace de temps, que Trajan les put commencer, et Adrien les achever: encore qu'il soit plus vraisemblable que le tout se passa du temps d'Adrien, qui n'émut point de particulière persécution contre l'Église, mais qui ne fit que continuer celle que Trajan, son prédécesseur, avait commencée, et ainsi on la peut appeler persécution de Trajan, lui donnant le nom de son auteur.
Pedro de Ribadeneyra : Les vies des saints et fêtes de toute l'année, Volume 2 ; traduction : Timoléon Vassel de Fautereau.

ONÉSIME DE COLOSSES

Disciple de saint Paul, Martyr, Saint
Siècle I

15 février

Onésime, phrygien de naissance, était esclave d'un citoyen de Colosses, nommé Philémon, qui avait été converti à la foi par S. Paul ; après avoir donné plusieurs sujets de plaintes à son maître, il finit par le voler et prendre la fuite. Dieu permit, pour le salut de son âme, qu'il dirigeât sa route vers la ville de Rome, où S. Paul était alors enchaîné pour la foi. Cet apôtre, l'ayant rencontré, lui fit sentir toute l'énormité de sa faute, le convertit et le baptisa. Il le renvoya ensuite à son maître, auquel il écrivit en même temps pour lui demander la grâce de son esclave. Philémon, non content de lui pardonner, le mit en liberté, et le renvoya à Rome pour être auprès de S. Paul, qu'il servit toujours depuis avec l'attachement le plus fidèle et le plus tendre. L'apôtre le fit porteur, avec S. Tychique, de la lettre qu'il écrivit aux Colossiens l'employa dans le ministère de l'Evangile, et l'ordonna évêque dans la suite. Il fut martyrisé sous Domitien en 85, selon les Grecs, qui l'honorent le 15 de février.
Il ne faut pas confondre notre saint avec S. Onésime, troisième évêque d'Ephèse qui donna les plus grandes marques de respect et de charité à S. Ignace, lorsque ce dernier allait à Rome. On trouve son éloge dans la lettre que le saint évêque d'Antioche écrivit aux Ephésiens.
Un pécheur converti, que la grâce a rappelé des portes de l'enfer, ne cesse de s'anéantir à la vue de ses crimes, et des trésors infinis de la miséricorde divine. Il mesure son amour pour Dieu sur la grandeur des dettes qui lui ont été remises, et en manifeste la vivacité, non par ces transports momentanés, et par ces désirs stériles qui coûtent si peu à l’amour-propre ; mais par ces actes généreux qui montrent un homme nouveau, et totalement mort au péché. De là cette attention à veiller sur son cœur et sur ses sens ; ce zèle à punir ses iniquités par les pratiques laborieuses de la pénitence ; cette ardeur pour l'acquisition des vertus contraires à ses premiers penchants ; cette ferveur dans tous les exercices propres à racheter un temps perdu pour l'éternité. Et que l'on ne s'imagine pas que l'état d'un pécheur pénitent soit sans consolation. Dieu se plaît à verser dans son âme les grâces les plus abondantes. Souvent il le visite par les communications les plus intimes, afin de lui faire aimer son joug, et de fortifier sa faiblesse contre les difficultés qui se rencontrent, surtout dans les commencements de sa conversion. D'autres fois il le conduit par la route des épreuves; mais c'est afin de perfectionner ses vertus, et de multiplier ses victoires en multipliant ses combats. Ah ! qu'il est peu de sincères conversions aujourd'hui ! Y a-t-il beaucoup de pécheurs qui se reconnussent au portrait du véritable pénitent que nous venons de tracer? La voie de l'Evangile est-elle donc élargie ? Et nous en coûtera-t-il moins qu'aux saints pour expier nos iniquités ? Serait-il possible que nous ne reconnussions notre erreur qu'en ce jour terrible où la miséricorde n'aura plus lieu ?

SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… – Traduction : Jean-François Godescard.

dimanche 13 février 2011

JEAN-BAPTISTE DE LA CONCEPTION

Trinitaire, Réformateur, Saint
1561-1613

14 février

Jean-Baptiste Garcias naît en 1561 à Almodovar del Campo (diocèse de Tolède) là où vit le jour également son oncle S. Jean d'Avila. Dans son foyer très chrétien, il bénéficie, encore enfant, d'une visite prophétique de sainte Thérèse d'Avila qui parcourait l'Espagne pour ses fondations.
A 19 ans, il devint trinitaire et fut ordonné en 1585. Il avait le charisme de la prédication.
En 1596 au monastère de Valdepenas, après dix années d'une vie religieuse à la fois studieuse et humble, il eut la révélation de rendre aux trinitaires l’esprit de leur règle primitive, dans la ligne du Concile de Trente. Il décide avec d'autres religieux de vivre le mouvement de réforme au sein de son ordre, ce qui le situe bien dans la ligne du Concile de Trente, mais cela lui crée aussi des difficultés.
Ayant donc rétabli la règle de stricte observance celle-ci rencontra l’hostilité des pères trinitaires, habitués à des compromis prétendument par souci d’efficacité.
Il se rendit à Rome et en 1599 Clément VIII (1592-1605) approuva la règle des Trinitaires déchaux.
Malgré cela, il fut mis au cachot par des frères récalcitrants, mais Jean-Baptiste de la Conception résista et une fois libéré instaura le retour à une vie plus contemplative, à la fidélité de la rédemption.
Élu supérieur d'un couvent il éprouve le besoin de se mettre sous la protection de la sainte Vierge, s'appelant désormais Jean-Baptiste de la Conception. Il part alors à Rome pour faire approuver les Trinitaires réformés. Après deux ans de séjour, il obtient l'approbation écrite de Clément VII. Néanmoins l'épreuve l'attend à son retour: ses religieux le mettent au cachot; mais ils finissent par s'enfuir après l'avoir libéré. Pendant une dizaine d'années, Jean-Baptiste fait de nouvelles fondations de "Trinitaires déchaussés". Épuisé par ses travaux, il tombe malade à Cordoue et meurt à 51 ans, le 14 février 1613.
Il fut béatifié en 1819 et canonisé en 1975 par Paul VI.

CYRILLE ET MÉTHODE

Apôtres des slaves
IX siècle

14 février

Chers frères et sœurs,
Je voudrais parler aujourd'hui des saints Cyrille et Méthode, frères de sang et dans la foi, appelés apôtres des slaves. Cyrille naquit à Thessalonique, du magistrat impérial Léon en 826/827 : il était le plus jeune de sept fils. Enfant, il apprit la langue slave. A l'âge de quatorze ans, il fut envoyé à Constantinople pour y être éduqué et fut le compagnon du jeune empereur Michel III. Au cours de ces années, il fut introduit aux diverses matières universitaires, parmi lesquelles la dialectique, ayant comme maître Photios. Après avoir refusé un brillant mariage, il décida de recevoir les ordres sacrés et devint « bibliothécaire » auprès du patriarcat. Peu après, désirant se retirer dans la solitude, il alla se cacher dans un monastère, mais il fut bientôt découvert et on lui confia l'enseignement des sciences sacrées et profanes, une fonction qu'il accomplit si bien qu'elle lui valut le surnom de « philosophe ». Entre-temps, son frère Michel (né aux alentours de 815), après une carrière administrative en Macédoine, abandonna le monde vers 850 pour se retirer dans la vie monastique sur le mont Olympe en Bithynie, où il reçut le nom de Méthode (le nom monastique devait commencer par la même lettre que le nom de baptême) et devint higoumène du monastère de Polychron.
Attiré par l'exemple de son frère, Cyrille aussi décida de quitter l'enseignement et de se rendre sur le Mont Olympe pour méditer et prier. Quelques années plus tard, cependant (vers 861), le gouvernement impérial le chargea d'une mission auprès des khazars de la Mer d'Azov, qui demandèrent que leur soit envoyé un homme de lettres qui sache dialoguer avec les juifs et les sarrasins. Cyrille, accompagné de son frère Méthode, s'arrêta longuement en Crimée, où il apprit l'hébreu. Là, il rechercha également le corps du pape Clément Ier, qui y avait été exilé. Il trouva sa tombe, et lorsque son frère reprit le chemin du retour, il porta avec lui les précieuses reliques. Arrivés à Constantinople, les deux frères furent envoyés en Moravie par l'empereur Michel III, auquel le prince moldave Ratislav avait adressé une requête précise : « Notre peuple - lui avait-il dit - depuis qu'il a rejeté le paganisme, observe la loi chrétienne ; mais nous n'avons pas de maître qui soit en mesure de nous expliquer la véritable foi dans notre langue ». La mission connut très vite un succès insolite. En traduisant la liturgie dans la langue slave, les deux frères gagnèrent une grande sympathie auprès du peuple.
Toutefois, cela suscita à leur égard l'hostilité du clergé franc, qui était arrivé précédemment en Moravie et qui considérait le territoire comme appartenant à sa juridiction ecclésiale. Pour se justifier, en 867, les deux frères se rendirent à Rome. Au cours du voyage, ils s'arrêtèrent à Venise, où eut lieu une discussion animée avec les défenseurs de ce que l'on appelait l'« hérésie trilingue » : ceux-ci considéraient qu'il n'y avait que trois langues dans lesquelles on pouvait licitement louer Dieu : l'hébreu, le grec et le latin. Bien sûr, les deux frères s'opposèrent à cela avec force. A Rome, Cyrille et Méthode furent reçus par le pape Adrien II, qui alla à leur rencontre en procession, pour accueillir dignement les reliques de saint Clément. Le pape avait également compris la grande importance de leur mission exceptionnelle. A partir de la moitié du premier millénaire, en effet, les slaves s'étaient installés en très grand nombre sur ces territoires placés entre les deux parties de l'Empire romain, l'oriental et l'occidental, entre lesquels il existait déjà des tensions. Le pape comprit que les peuples slaves auraient pu jouer le rôle de pont, contribuant ainsi à maintenir l'union entre les chrétiens de l'une et l'autre partie de l'Empire. Il n'hésita donc pas à approuver la mission des deux Frères dans la Grande Moravie, en acceptant l'usage de la langue slave dans la liturgie. Les livres slaves furent déposés sur l'autel de Sainte-Marie de Phatmé (Sainte Marie Majeure) et la liturgie en langue slave fut célébrée dans les Basiliques Saint-Pierre, Saint-André, Saint-Paul.
Malheureusement, à Rome, Cyrille tomba gravement malade. Sentant la mort s'approcher, il voulut se consacrer entièrement à Dieu comme moine dans l'un des monastère grecs de la Ville (probablement près de Sainte-Praxède) et prit le nom monastique de Cyrille (son nom de baptême était Constantin). Il pria ensuite avec insistance son frère Méthode, qui entre-temps avait été consacré évêque, de ne pas abandonner la mission en Moravie et de retourner parmi ces populations. Il s'adressa à Dieu à travers cette invocation : « Seigneur, mon Dieu..., exauce ma prière et conserve dans la fidélité le troupeau auquel tu m'avais envoyé... Libère-les de l'hérésie des trois langues, rassemble-les tous dans l'unité, et rends le peuple que tu as choisi concorde dans la véritable foi et dans la droite confession ». Il mourut le 14 février 869.
Fidèle à l'engagement pris avec son frère, Méthode revint en 870 en Moravie et en Pannonie (aujourd'hui la Hongrie), où il retrouva à nouveau la violente aversion des missionnaires francs qui l'emprisonnèrent. Il ne perdit pas courage et lorsqu'il fut libéré en 873, il se prodigua activement dans l'organisation de l'Église, en suivant la formation d'un groupe de disciples. Ce fut grâce à eux que la crise qui se déchaîna à la mort de Méthode, qui eut lieu le 6 avril 885, put être surmontée : persécutés et mis en prison, certains de ces disciples furent vendus comme esclaves et conduits à Venise, où ils furent rachetés par un fonctionnaire constantinopolitain, qui leur permit de repartir dans les pays des slaves balkaniques. Accueillis en Bulgarie, ils purent poursuivre la mission commencée par Méthode, en diffusant l'Évangile dans la « terre de la Rus' ». Dieu, dans sa mystérieuse providence, utilisait ainsi la persécution pour sauver l'œuvre des saints frères. De cette dernière, il reste également la documentation littéraire. Il suffit de penser à des œuvres telles que l'Évangéliaire (épisodes liturgiques du Nouveau Testament), le Psautier, différents textes liturgiques en langue slave, auxquels travaillèrent les deux frères. Après la mort de Cyrille, on doit à Méthode et à ses disciples, entre autres, la traduction de toute l'Écriture Sainte, le Nomocanon et le Livre des Pères.
Voulant à présent résumer brièvement le profil spirituel des deux frères, on doit tout d'abord remarquer la passion avec laquelle Cyrille aborda les écrits de saint Grégoire de Nazianze, apprenant à son école la valeur de la langue dans la transmission de la Révélation. Saint Grégoire avait exprimé le désir que le Christ parle à travers lui : « Je suis le serviteur du Verbe, c'est pourquoi je me mets au service de la Parole ». Voulant imiter Grégoire dans ce service, Cyrille demanda au Christ de vouloir parler en slave à travers lui. Il introduit son œuvre de traduction par l'invocation solennelle : « Écoutez, ô vous tous les peuples slaves, écoutez la Parole qui vint de Dieu, la Parole qui nourrit les âmes, la Parole qui conduit à la connaissance de Dieu ». En réalité, déjà quelques années avant que le prince de Moravie ne demande à l'empereur Michel III l'envoi de missionnaires dans sa terre, il semble que Cyrille et son frère Méthode, entourés d'un groupe de disciples, travaillaient au projet de recueillir les dogmes chrétiens dans des livres écrits en langue slave. Apparut alors clairement l'exigence de nouveaux signes graphiques, plus proches de la langue parlée : c'est ainsi que naquit l'alphabet glagolitique qui, modifié par la suite, fut ensuite désigné sous le nom de « cyrillique » en l'honneur de son inspirateur. Ce fut un événement décisif pour le développement de la civilisation slave en général. Cyrille et Méthode étaient convaincus que chaque peuple ne pouvait pas considérer avoir pleinement reçu la Révélation tant qu'il ne l'avait pas entendue dans sa propre langue et lue dans les caractères propres à son alphabet.
C'est à Méthode que revient le mérite d'avoir fait en sorte que l'œuvre entreprise par son frère ne soit pas brusquement interrompue. Alors que Cyrille, le « Philosophe », avait tendance à la contemplation, il était plutôt porté vers la vie active. C'est grâce à cela qu'il put établir les présupposés de l'affirmation successive de ce que nous pourrions appeler l'« idée cyrillo-méthodienne » : celle-ci accompagna les peuples slaves pendant les diverses périodes historiques, favorisant le développement culturel, national et religieux. C'est ce que reconnaissait déjà le pape Pie XI dans la Lettre apostolique Quod Sanctum Cyrillum, dans laquelle il qualifiait les deux frères : « fils de l'Orient, de patrie byzantine, grecs d'origine, romains par leur mission, slaves pour leurs fruits apostoliques » (AAS 19 [1927] 93-96). Le rôle historique qu'ils jouèrent a ensuite été officiellement proclamé par le pape Jean-Paul II qui, dans la Lettre apostolique Egregiae virtutis viri, les a déclarés co-patrons de l'Europe avec saint Benoît (AAS 73 [1981] 258-262). En effet, Cyrille et Méthode constituent un exemple classique de ce que l'on indique aujourd'hui par le terme d'« inculturation » : chaque peuple doit introduire dans sa propre culture le message révélé et en exprimer la vérité salvifique avec le langage qui lui est propre. Cela suppose un travail de « traduction » très exigeant, car il demande l'identification de termes adaptés pour reproposer, sans la trahir, la richesse de la Parole révélée. Les deux saints Frères ont laissé de cela un témoignage au plus haut point significatif, vers lequel l'Église se tourne aujourd'hui aussi, pour en tirer son inspiration et son orientation[1].


[1] Benoît XVI : Audience générale du 17 juin 2009.

ABRAHAM DE CARRES

Évêque de Carres en Mésopotamie, Saint
+ 422

14 février

C'était un saint solitaire qui, plein de zèle pour l'accroissement de l'empire de Jésus-Christ, alla prêcher l'Évangile dans un village du mont Liban, encore plongé dans les ténèbres de l'idolâtrie. Les habitants de ce village ne l'eurent pas plus tôt entendu parler contre leurs dieux, qu'ils résolurent sa mort. Mais ils furent si touchés de sa douceur et de la patience avec laquelle il souffrit les plus rudes traitements, qu'ils lui laissèrent la vie. Les officiers chargés de lever les deniers publics étant arrivés peu de temps après, trouvèrent que la plupart des habitants du village étaient hors d'état de payer. Déjà ils se préparaient à les traîner en prison. Le saint, attendri sur le sort de ces malheureux, fit un emprunt, et paya pour eux. Une conduite aussi généreuse gagna les cœurs de tous ces pauvres gens. Ils s'attachèrent à leur bienfaiteur, qui profita de leur confiance pour les instruire de la religion chrétienne. Abraham resta trois ans avec eux, puis retourna dans sa solitude, après avoir confié le soin de leurs âmes à un prêtre vertueux. Mais il ne jouit pas longtemps du repos qu'il était allé chercher dans la retraite ; car on l'éleva sur le siège épiscopal de la ville de Carres en Mésopotamie. Pour avoir changé d'état, il n'en vécut pas moins dans le recueillement et les austérités de la pénitence. Il travailla avec une ardeur infatigable à la ruine de l'idolâtrie, et à la destruction des vices qui en sont la suite. Il mourut en 422, à Constantinople, où l'empereur Théodose le Jeune l'avait fait venir. Ce prince garda un des vêtements du saint qu'il portait à certains jours par respect pour sa mémoire.
SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… – Traduction : Jean-François Godescard.

EUSTOCHIUM DE PADOUE

(Lucrèce Bellini)
Religieuse, Bienheureuse
+ 1468

13 février

Il y a des vies de saints qui semblent irréelles, voire appartenir à la “Légende dorée”. Celle-ci en est une. Non point qu’elle soit remplie d’invraisemblables descriptions et miracles, mais parce que la vie de cette bienheureuse est elle-même une succession de choses si extraordinaires que l’on aurait presque envie de ne pas y croire. Et pourtant, c’est une réalité : elle bel et bien existé et vécut dans notre monde, dans une période certes particulière, mais aussi remplie d’autres saints et saintes de Dieu qui ne doivent rien au hasard ni à la bienveillance des historiens.
Lisons plutôt :
Elle était fille d'une religieuse de Padoue qui avait eu un moment d'égarement dans sa vie monastique.
Devant la femme adultère que les juifs voulaient lapider, Jésus ne dit rien, mais écrivit par terre, sur le sable de l’endroit où Il se trouvait alors, quelques mots et, un à un “en commençant par les plus âges”, tous ceux qui voulaient lapider la femme, s’en sont allés. Faisons-en autant envers cette religieuse qui, malgré son péché, fut l’instrument qui donna à l’Église une nouvelle bienheureuse.
Le fruit de son péché reçut le nom de Lucrèce Bellini. Était-ce le nom du père ? Nul ne le sait, mais ce qui est vrai, c’est que cette fillette, dont nul ne voulait prendre soin, finit, avec le temps, par devenir à son tour religieuse : elle n’avait alors que 17 ans.
Consciente de son état de “fille du péché”, Eustochium de Padoue — c’est sous ce nom qu’elle est passée à la postérité — se sentait possédée du démon et souffrit les mauvais traitements infligés à cette époque aux possédés : emprisonnée, nourrie de pain et d'eau seulement, humiliations et brutalités, que malheureusement l’Église d’alors cautionnait. Elle vécut tout cela avec patience et humilité.
Peut-être, grâce à cette “patience et humilité”, la “malheureuse” enfant put faire sa profession religieuse et être par la même occasion considérée comme une sœur parmi d’autres sœurs, ce qui ne semble pas avoir été le cas, car elle continua enfermée dans le “secret”, comme une possédée qu’elle était, mais, comme toujours le Seigneur veille et, ô surprise inouïe : lorsqu'elle mourut à vingt-quatre ans, on découvrit sur sa poitrine le nom de Jésus qui s'y était gravé.
Elle fut béatifiée longtemps après sa mort, par le Pape Clément XIII, le 22 mars 1760.
Elle est toujours vénérée à Padoue.

JOURDAIN DE SAXE

Religieux dominicain, Bienheureux
1190-1237

13 février

Jourdain de Saxe (le bienheureux,) général de l'ordre des Dominicains, né vers la fin du XIIe siècle, de l'illustre famille des comtes d'Eberstein, en Saxe, fui élevé chrétiennement et montra, dès son enfance, une tendre compassion pour les pauvres. Il ne leur refusait jamais l'aumône, el, comme un autre saint Martin, il se dépouillait de ses propres vêtements pour les secourir, lorsqu'il n'avait plus rien autre chose à leur donner ; aussi Jésus-Christ daigna-t-il lui marquer d'une manière miraculeuse combien celte charité lui était agréable. Jourdain étant venu achever ses études à l'université de Paris, qui était alors la première école de l'Europe, il sut allier les exercices de la piété à son application aux sciences, et il assistait toutes les nuits à l'office divin dans l'église de Notre-Dame, sans que ni les ténèbres delà nuit ni les rigueurs de l'hiver pussent jamais l'en empêcher. Lorsque saint Dominique vint à Paris, en 1219, Jourdain, qui n'était encore que sous-diacre, le pria de l'admettre dans l'ordre qu'il venait de fonder, et il en devint bientôt un des membres les plus distingués. Le saint fondateur étant mort en 1221, le mérite de Jourdain le fil élire supérieur général, malgré sa jeunesse, et il gouverna pendant quinze ans sa nombreuse famille, avec une sagesse et une prudence consommées. Il acheva et perfectionna les règles de l'ordre auxquels saint Dominique n'avait pas eu le temps de mettre la dernière main : il ne contribua pas moins que le saint fondateur aux succès immenses que les Frères Prêcheurs obtinrent dans tous les pays chrétiens. Il avait un don particulier pour calmer les âmes les plus affligées.
Étant arrivé à Bologne où se trouvait un jeune religieux qui était entré témérairement dans l'ordre, et qui regrettait sans cesse le monde, les biens et les plaisirs qu'il avait qu’il n'eut pas plutôt connu la situation déplorable de cet infortuné, dont la vie se consumait dans les regrets et la tristesse, qu'il le fit venir, et lui dit avec bonté : Je vais vous remettre entre les mains de vos parents, si vous continuez à le demander ; mais auparavant nous allons faire une courte prière ensemble. Le novice consentit volontiers à passer un quart d'heure avec lui devant le Saint-Sacrement, et il n'en fallut pas davantage pour guérir ses peines, lui rendre ta paix et l'affermir dans sa vocation à laquelle il resta fidèle tonte sa vie. Un antre religieux dut également aux avis et aux prières du bienheureux Jourdain la dissipation du trouble que causait dans son esprit la crainte des jugements de Dieu. Il établit dans son ordre la pieuse coutume de chanter, tous les jours après les compiles, le Salve Regina, coutume qui s'est depuis répandue dans tonte l'Eglise. Il allait ordinairement passer le carême à Paris ou à Bologne, deux villes qui possédaient une université célèbre, et les étudiants venaient en foule entendre ses prédications, dont le succès était tel que beaucoup de ces jeunes gens quittaient généreusement le monde pour se consacrer à Dieu. Le bienheureux comptait tellement sur leurs dispositions que tous les ans il faisait préparer d'avance des habits de novices, qu'on distribuait ensuite aux postulants, à mesure qu'ils se présentaient.
Les principaux membres de l'ordre s'étant plaints qu'il recevait un trop grand nombre de sujets et avec trop de facilité ; que plusieurs d'entre eux n'annonçaient pas assez de capacité pour remplir convenablement les devoirs de l'état qu'ils prétendaient embrasser, il leur répondit : Ne méprisez aucun de ces petits ; je vous promets que tous ou presque tous prêcheront un jour avec fruit et travailleront au salut des âmes plus utilement que d'autres dont nous estimons les talents et le mérite ; et sa prédiction fut vérifiée par l'événement. S'étant embarqué pour aller visiter les saints lieux ainsi que les couvents de son ordre établis en Palestine, le vaisseau fut assailli sur mer par une tempête furieuse, et le bienheureux Jourdain périt dans le naufrage, le 13 février 1237. Son corps, recueilli par les Dominicains de Ptolémaïde, fut inhumé dans leur église, et le pape Léon XII approuva, en 1828, le culte qu'on lui rendait de temps immémorial dans son ordre. Il avait composé des Commentaires et des Sermons qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous, ainsi qu'une Chronique des commencements de l'Ordre des Frères Prêcheurs. Il est aussi l'auteur de l'office de saint Dominique dont il sollicita la canonisation, et il l'obtint en 1234.
SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… – Traduction : Jean-François Godescard.

samedi 12 février 2011

MARTINIEN DE CÉSARÉE

Ermite, Saint
+ 830

13 février

Saint Martinien était moine solitaire en une montagne, près de la ville de Césarée dans la Palestine. Il prit l'habit de religieux à l'âge de dix-huit ans, et s'adonna tellement à tous les exercices de religion et de perfection, qu'en peu de temps on connut qu'il était singulièrement élu de Dieu : de manière que Notre-Seigneur fit par lui plusieurs miracles, chassant les diables du corps, guérissant diverses maladies, et autres semblables œuvres, qui attiraient le peuple de toutes parts, pour être secouru de Dieu par ses prières.
Le diable, voyant la grande vertu de Martinien et la gravité de son âge, lui porta envie. Il l'attaqua de terreurs paniques, de visions et de figures épouvantables ; et prenant quelquefois la forme d'un dragon, il grattait les fondements de la petite cellule de Martinien pour la faire tomber sur lui ; mais le saint ermite ne quitta point pour cela son oraison, et dit à son ennemi qu'il voyait revêtu de cette figure terrible : Tu le travailles en vain, ô malheureux ! Penses-tu me pouvoir étonner tandis que j'aurai Jésus-Christ à côté de moi ? Alors le diable s'enfuit comme un tourbillon, criant : Attends un peu, Martinien, je te renverserai, je t'abattrai, et je te chasserai honteusement de ta cellule : j'en trouverai bien le moyen, quelque confiance que tu aies en celui que tu dis. Martinien demeura vingt-cinq ans en cette solitude, y vivant non pas en homme, mais comme un ange.
Une fois, comme quelques-uns parlaient en la ville de Césarée avec beaucoup d'admiration de la vie plus divine qu'humaine qu'il menait, une belle et effrontée courtisane, nommée Zoé, s'approcha d'eux, et par instigation du diable, auquel elle servait d'appât, commença à se moquer de ce que les autres disaient, leur voulant faire croire que Martinien était un sauvage qui s'était retiré en cette solitude, et qu'il ne fallait pas s'étonner s'il était chaste, puisqu'il ne voyait jamais de femme : mais que si elle lui avait parlé avec tous ses attraits, et qu'il y résistât, à cette heure-là ils le pourraient tenir pour un homme saint et constant. Pour le faire court cette méchante femme complota avec eux d'aller au désert attaquer Martinien, et que si elle ne le corrompait, ils la tinssent pour une moqueuse : mais au cas qu'elle en vînt à bout, qu'ils la payeraient bien de sa peine.
Dans quel abîme de maux ne se précipite pas l'âme d'une femme lascive et effrontée ! L'accord étant fait, elle alla à son logis dépouiller ses beaux habits, qu'elle plia en un paquet, et se vêtit de chétifs haillons, avec une ceinture de corde, un bourdon dans la main, et son paquet sous l'aisselle. En cet équipage elle sortit de la ville par un fâcheux temps de pluie et d'orage, pour se rendre à la pointe de la nuit auprès de la cellule de Martinien, où elle commença d'une voix lamentable à dire au saint : Ayez pitié de moi, serviteur de Dieu ; je suis une pauvre femme qui me suis égarée par ces chemins, sans savoir où aller ni où je me dois retirer, de peur d'être dévorée cette nuit des bêles. Père saint, ayez compassion de cette créature de Dieu, encore que je sois une misérable pécheresse.
A ce cri si pitoyable, Martinien entrouvrant le guichet de sa cellule, aperçut cette pèlerine si trempée de pluie, qu'il en eut pitié, et bien qu'il se doutât que ce ne fût quelque appât du diable pour le faire pécher, néanmoins il fut touché de compassion, et il eut crainte que si elle eût été mangée des bêtes, Dieu lui en eût fait rendre compte. A cette occasion, après qu'il se fut affectueusement recommandé à Jésus-Christ, le suppliant de le prendre en sa protection, il ouvrit sa porte à cette femme, lui fit bon feu, et lui donna des dattes pour son souper, l'avertissant qu'elle s'en allât de bon matin. Quant à lui il passa en une autre cellule qui était plus avant en son ermitage, et ferma sa porte, priant et chantant des psaumes tout le long de la nuit, encore que le diable tâchât de le distraire, lui représentant plusieurs sales pensées de cette femme.
Martinien sortit dès le point du jour, pour renvoyer cette femme, qu'il trouva parée de ses beaux habits, qu'elle avait apportés sous son bras, avec un visage riant et affecté. Alors pensant que ce fût un fantôme, il lui demanda qui elle était, ce qu'elle cherchait, et comment elle était entrée en sa cellule. Mais quand il reconnut que c'était cette pauvre misérable qu'il avait recueillie le soir précédent, il s'en étonna encore davantage.
Alors il s'enquit d'où venait ce changement d'habit. Elle lui déclara qui elle était ; et le diable parlant par sa bouche lui conta tant de douceurs avec des mignardises attrayantes, qu'elle lui prit et serra effrontément les mains, amollissant ce cœur qui semblait plus dur que le diamant, et le fit consentir au péché ; mais Dieu par sa miséricorde en empêcha l'exécution. Car Martinien étant sorti de sa cellule pour voir si quelqu'un le venait chercher, regardant de tous côtés de peur de scandaliser ceux qui le pourraient trouver avec cette femme ; Notre-Seigneur le regarda du ciel des yeux de sa clémence, et ouvrit ceux de son âme avec le rayon de sa divine lumière, pour lui découvrir ce qu'il voulait faire, et le précipice où il allait tomber, du plus haut degré de la grâce jusqu'en l'abîme de tous maux. Aussitôt reconnaissant le péril où il était, et que ce n'était pas une femme, mais le diable qui le tenait par elle, pour triompher de sa chasteté et le dépouiller de tous les mérites de sa vie passée ; il rentra dans sa cellule, alluma des fagots de sarment, et se vautra parmi les flammes jusqu'à ce qu'il eût brûlé une partie de son corps ; puis se relevant au bout de quelque temps, il disait à lui-même :
Mais que t'en semble, Martinien ? Ce feu ne t'a-t-il pas bien accommodé pour le peu de temps que tu y as demeuré ? Si tu penses pouvoir souffrir celui d'enfer, approche-toi de cette femme, car c'est le chemin pour y aller: souviens-toi que ce supplice est éternel, et que le ver des damnés ne meurt jamais : souviens-toi de ce grincement de dents, et que les diables sont insatiables à tourmenter ceux qui y sont condamnés. Il se rejeta pour la seconde fois dans le feu, pour se griller davantage, suppliant Notre-Seigneur de lui pardonner ce mauvais consentement et de ne permettre pas qu'il perdit par un péché tant de travaux qu'il avait soufferts à son service dès son enfance, vu qu'il était prêt de mourir dans ce feu pour l'amour de lui, plutôt que de l'offenser et d'aller au feu éternel.
Cette misérable femme était présente à ce spectacle, bien parée ; mais venant à considérer qu'elle était cause du tourment de Martinien, elle dépouilla ses habits de courtisane, et les jeta dans ce feu ; s'étant revêtue de ceux de pèlerine et de pénitente, elle dit à Martinien, pleurant à chaudes larmes, entrecoupées de soupirs, qu'elle ne voulait plus retourner à la ville, mais qu'elle voulait faire toute sa vie pénitence de ses péchés, en tel lieu qu'il lui voudrait désigner ; que le diable s'était servi d'elle comme d'un instrument pour le faire trébucher, et que Dieu se servirait de lui pour la relever et pour la sauver. Par le conseil du saint ermite, elle s'en alla à Bethléem, où elle fut reçue d'une vierge nommée Pauline, en un monastère, où elle vécut douze ans en grande austérité, sans boire de vin, ni manger de fruits ou d'huile ; se contentant tous les jours, ou de deux jours l'un, d'un peu de pain et d'eau. Elle couchait par terre et faisait d'autres rigoureuses pénitences, qui la rendirent si agréable à Notre-Seigneur, qu'il fit des miracles par elle, et l'appela à soi au bout de douze ans.
Martinien demeura si estropié du feu, qu'il ne fut de longtemps guéri, et il craignait toujours, ayant vu l'artifice dont le diable s'était servi pour le renverser par cette femme ; de sorte qu'il résolut en soi-même de chercher une solitude si écartée qu'il n'y eût femme au monde qui le pût aller visiter. Ayant donc fait son oraison, il invoqua Notre-Seigneur, et le prit pour conducteur de cette entreprise ; puis faisant le signe de la croix, il sortit de sa cellule et tira droit par la mer. Au temps de son départ le diable, bouffi de gloire, commença à le siffler et lui insulter, en disant : Mon nom est grand et ma force redoutable, puisque je suis venu à bout de toi ; j'ai fait consentir ta volonté au péché, je t'ai grillé les pieds et le corps, je t'ai délogé de la cellule, et je t'ai mis en déroute. Et redoublant ses cris, il dit : Fuis hardiment : car je t'assure que je te poursuivrai partout où tu iras, et que je te débusquerai de là aussi bien que d'ici ; je ne le laisserai jamais que je ne t'aie tout à fait supplanté et terrassé.
Le saint lui répondit : Toi, misérable, ni l'ennui ni l'affliction ne me chassent point de ma cellule, mais seulement l'envie de t'accabler davantage : tu ne te dois pas vanter de l'issue du combat, puisque je t'ai ravi les armes dont tu pensais m'offenser, et la femme que tu avais induite pour me détruire sera ta confusion. Le diable oyant cela s'enfuit, et Martinien chantant des psaumes et louant Notre-Seigneur, s'en alla vers la mer.
Il apprit là d'un marinier qu'il y avait un haut rocher bien avant dans la mer, où il se pouvait loger ; il s'y fit conduire, avec promesse qu'il lui apporterait de temps en temps des branches de palmier, et du pain et de l'eau pour vivre, et que le marinier vendrait tous les paniers qu'il ferait et prendrait l'argent pour sa récompense ; de plus, que l'ermite serait obligé à prier Dieu pour lui. Martinien grimpa sur ce rocher, et fut visité du marinier trois fois l'an, et secouru de tout ce qu'il avait besoin : il s'offrit de lui apporter du bois et des matériaux pour y bâtir une chaumine, où il se pût défendre du soleil et de la pluie ; mais il ne le voulut pas permettre. On ne saurait dire quelle joie eut Martinien quand il se vit sur le rocher, au milieu de la mer, où les femmes n'avoient garde de l'aller chercher ; car il les redoutait plus que le diable.
Mais pour montrer qu'il n'y a point de retraite assurée en ce monde, celui qui lui avait fait la guerre dans sa cellule et l'avait contraint de la quitter, l'alla attaquer dans son fort imprenable. Quelquefois il troublait si fort la mer que le rocher ne semblait qu'une profonde vallée, où Martinien allait être englouti, et le diable hurlait lui-même et disait : je te submergerai maintenant Martinien. Néanmoins le saint demeura coi et se moquait de lui, le contraignant de s'enfuir tout honteux et confus.
Après que le saint eut demeuré six ans sur ce rocher, où il menait une vie plus qu'humaine, ce lieu lui semblant inaccessible aux femmes, il trouva tout le contraire, et que l'on ne les saurait assez redouter en la terre et en la mer, au feu et en l'eau, d'autant qu'un vaisseau qui voguait sur cette mer vint se briser contre ce rocher par permission divine, et tous ceux qui y étaient furent submergés, excepté une très belle fille qui échappa du naufrage sur un ais, et se vint accrocher à la roche, criant : Aidez-moi, serviteur de Dieu, donnez-moi la main, et me retirez de ce profond abîme.
Martinien fut bien étonné quand il vit cette fille, et redoutant a ses paroles l'astuce du diable, il s'arma de l'oraison, puis jugeant qu'il était obligé de la secourir parce qu'elle se noyait, il la tira hors de l'eau, et admirant sa grande beauté et sa bonne grâce, il lui dit : « Ma fille, le feu et l'étoupe ne sont pas bien l'un auprès de l'autre : demeurez ici à manger mes provisions de pain et d'eau, jusqu'à ce que le marinier qui me vient visiter soit venu, qui doit être dans deux mois d'ici ; vous lui raconterez votre naufrage, et il vous mènera dans la ville. »
En disant cela, il fit le signe de la croix sur la mer, levant les yeux au ciel, et tournant la parole vers Notre-Seigneur, il dit : « Je me jette en la mer, mon Dieu, sur la confiance que j'ai en vous, afin d'être plutôt submergé qu'en danger de perdre la chasteté. »
Après qu'il eut exhorté cette fille à la vertu et à persévérer dans la crainte de Dieu, il se jeta dans la mer ; mais Notre-Seigneur, qui n'abandonne jamais les siens, et à qui toutes les créatures obéissent, envoya deux dauphins qui le portèrent sur leur dos jusqu'au bord où le saint en rendit grâces à Dieu, et le supplia de lui inspirer ce qu'il devait faire. Pensant alors en lui-même que le diable le persécutait en l'eau et en la terre, dans la cellule et sur le rocher, il résolut de ne s'arrêter plus tant en un lieu, mais de voyager par le monde, comme un pauvre pèlerin, mendiant, sans porter aucune provision avec soi ; ce qu'il fit deux ans durant, s'arrêtant en quelque lieu que ce fût où la nuit le surprenait, et recevant parmi les villages l'aumône que les gens de bien lui donnaient.
Étant arrivé en la ville d'Athènes, Notre-Seigneur voulut récompenser les grands travaux, les rudes combats et les glorieuses victoires de son serviteur, révélant à l'évêque d'Athènes que Martinien était là, et la grandeur de ses mérites, et qu'il était l'un de ses meilleurs amis. L'évêque le vint trouver dans l'église où il était couché sur un banc. Martinien lui ayant fait la révérence, lui demanda sa bénédiction, et qu'il priât Dieu pour lui ; ce que l'évêque fit, le priant aussi de ne le pas oublier, quand il serait devant Dieu. Après cela il dit : Seigneur, je recommande mon esprit entre vos mains, et ayant fait sur soi la bénédiction, il rendit l'esprit à Dieu d'un visage riant, en la présence de l'évêque, le treizième jour de février.
La fille qui demeura sur le rocher, accomplit ce que le saint lui avait commandé, vivant du pain et de l'eau qu'il lui avait laissé, et au bout de deux mois le marinier étant retourné, elle lui raconta ce qui s'était passé ; comment Martinien l'avait laissée là, et s'était jeté dans la mer, où deux dauphins l'avoient porté à bord. Elle le pria de lui apporter un habit d'homme avec du pain, de l'eau et de la laine, et d'amener sa femme pour l'habiller, et lui apprendre ce qu'elle devait faire : ce qu'il lui accorda, et la fille vécut six ans sur le rocher, habillée en homme. Elle avait vingt-cinq ans lorsqu'elle y fit naufrage : ainsi elle mourut saintement. On l'appelait Fontaine. Deux mois après son décès, le marinier retourna lui porter ses petites provisions, comme il avait coutume, et la trouvant morte, il la porta dans la ville de Césarée, avertissant l'évêque qui elle était, de l'état de sa vie et de son trépas. Ce que l'évêque ayant su, il la fit enterrer en grande solennité, comme une servante de Dieu.
Voilà la vie de saint Martinien, ermite, si persécuté et si combattu de l'ennemi commun, mais enfin victorieux, et qui a glorieusement triomphé de la chair, du monde et de l'enfer. Siméon Métaphraste l'a écrite, et dit qu'il l'avait connu. Nous y pouvons apprendre plusieurs choses dignes de remarque. La première, avec quelle haine le diable persécute les saints, s'opiniâtrant d'autant plus contre eux qu'il les voit croître en grâce, pour les faire déchoir de cette grâce excellente à laquelle ils sont élevés, afin qu'eux trébuchant, qui sont comme les piliers et les fondements de la sainteté, le reste de l'édifice, qui est appuyé sur eux, soit renversé.
La seconde, combien la chasteté est une perle précieuse, que le diable tâche de nous faire perdre avec tant de ruses et d'artifices.
La troisième, qu'il est impossible de garder ce précieux trésor, si Notre-Seigneur ne le conserve par sa grâce, et que de notre côté nous n'y coopérions, fuyant les occasions de le mettre en hasard sans nous fier à notre âge, à notre vertu, et a nos victoires précédentes ; d'autant qu'en cette guerre civile et domestique de notre chair, on ne surmonte pas si aisément en combattant qu'en fuyant les occasions de combattre que le diable présente souvent, sous couleur de piété et d'un spécieux prétexte de charité. Cette vie aussi nous enseigne combien nous devons être vigilants et retenus en cas semblables, et donne à connaître que nous ne sommes pas plus saints que David, ni plus forts que Samson, et que celui qui a peur de brûler se doit éloigner du feu.
Pedro de Ribadeneyra : Les vies des saints et fêtes de toute l'année, Volume 2 ; traduction : Timoléon Vassel de Fautereau.