mardi 18 janvier 2011

WULSTAN DE WORCESTER

Évêque, Saint
† 1095

Saint Wulstan naquit à Icentum, dans le comté de Warwick. La vue d'une femme qui dansait lui ayant suscité quelques tentations dans sa jeunesse, il alla se coucher sur un buisson, où il gémit amèrement de ses misères et du danger qu'il avait couru. Depuis ce temps-là, Dieu lui fit la grâce de veiller si exactement sur ses sens, qu'il n'éprouva plus de semblables tentations, il commença ses études dans le monastère d’Evesgam, et les finit à Péterborough. Après la retraite de son père et de sa mère, qui, d'un consentement mutuel, embrassèrent l'état monastique, il se mit sous la conduite de Brithège, évêque de Worcester, qui l'éleva au sacerdoce. Cette dignité lui parut un nouvel engagement à la perfection ; il tâcha de prier avec encore plus de ferveur qu'auparavant. Les austérités des moines n'approchaient point de celles qu'il pratiquait dans le monde. Il s'était d'abord permis l'usage de la viande, mais il ne tarda pas à se l'interdire. Quelque temps après, il entra dans la grande abbaye de Worcester, qu'il édifia par l'innocence et la sainteté de sa vie. On lui confia le soin d'instruire les enfants ; on le fit ensuite précepteur, puis trésorier de l'église. Dans ces deux dernières places, il se sanctifiait surtout par la prière et par de longues veilles : souvent il lui arrivait de passer les nuits entières dans l'église. Malgré son humilité, qui lui faisait toujours rechercher les plus bas emplois, il fut élu prieur du monastère, puis évêque de Worcester, en 1062, après la translation d'Aldred à l'archevêché d'York.
Notre Saint remplit avec édification tous les devoirs de l'épiscopat, et quoiqu'il parût le céder à plusieurs du côté du savoir, il ne laissait pas d'annoncer la parole de Dieu avec une dignité et une onction qui attendrissaient ses auditeurs jusqu'aux larmes. Le psautier était son livre favori; aussi avait-il coutume de le réciter, même dans ses voyages. S'il passait devant une église ou une chapelle, il y entrait pour répandre son âme en la présence de Dieu ; et sa prière était si fervente, qu'elle était toujours accompagnée d'une grande abondance de larmes.
Guillaume-le-Conquérant, qui ne comptait que sur la fidélité des Normands, leur donna les premières places de l'Église et de l'Etat, après en avoir dépouillé le clergé et la noblesse d'Angleterre; mais notre Saint conserva son siège par un miracle ; voici comment la chose est racontée. Dans un synode tenu à Westminster, et où présidait Lanfranc, archevêque de Cantorbéry, on obligea Wulstan de comparaître pour rendre sa crosse et son anneau; on alléguait pour prétexte sa simplicité et son incapacité dans les affaires. « Il est vrai, dit le Saint, que l'épiscopat est au-dessus de mes forces ; mais ce fardeau m'ayant été imposé par le Roi Edouard, de concert avec le Saint-Siège, c'est à lui que je dois remettre ma crosse. » Il part aussitôt, et va l'enfoncer dans la pierre du tombeau d'Edouard, enterré dans l'église même de Westminster, après quoi il se retire parmi les moines. On veut arracher cette crosse, mais on ne peut en venir à bout ; on rappelle Wulstan, et on lui dit de la reprendre. A peine y eut-il porté la main, qu'elle sortit comme d'elle-même. Guillaume, frappé de ce prodige, honora toujours le Saint depuis ce temps-là. Lanfranc, de son côté, non-seulement lui laissa son évêché, mais le chargea encore de faire pour lui la visite de son diocèse.
Lorsque les Anglais se plaignaient au Saint de l'oppression sous laquelle ils gémissaient, il avait coutume de leur dire : « C'est un fléau que Dieu vous envoie pour vous » punir de vos péchés ; vous devez donc le souffrir avec » patience. » Il avait une tendresse singulière pour son troupeau, et surtout pour les pécheurs pénitents. Quand ils venaient lui faire l'aveu de leurs désordres, il les recevait avec des entrailles de père, et mêlait ses larmes avec les leurs. Il mourut en 1095. Il avait été évêque 32 ans, et en avait vécu 87. Il fut canonisé en 1203.
Alban Butler : Vies des pères, des martyrs, et des autres principaux saints… traduction de Jean François Godescard.

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