mercredi 26 janvier 2011

TITE DE CRETE

Disciple de saint Paul, Évêque de Crète
I siècle
Saint Tite naquit de parents idolâtres. Saint Paul l'appelle son fils, ce qui porte à croire qu'il l'avait converti à la foi ; et il lui était si étroitement attaché à cause de ses éminentes vertus, qu'il en fit son interprète ordinaire. Il l'appelle encore son frère et le coopérateur de ses travaux, et il le représente comme un homme brûlant de zèle pour le salut des âmes (Cor. VIII, 16; XII, 18). Lorsqu'il parle de la consolation (Cor. VII, 6 et 7) qu'il en recevait, il se sert des expressions les plus tendres, et il va jusqu'à dire qu'il n'avait point eu l'esprit en repos, pour ne l'avoir pas trouvé à Troade (Corinth. II, 13).
L'an 51 de Jésus-Christ, Tite suivit saint Paul à Jérusalem, et assista avec lui au concile que tinrent les apôtres pour décider la question qui s'était élevée au sujet des observances légales. Quelques faux frères d'entre les Juifs l'ayant voulu assujettir à la loi de la circoncision, l'apôtre réclama la liberté de l'évangile. Il est vrai qu'il avait circoncis Timothée ; mais les circonstances étaient changées ; et mollir dans celle-là, c'eût été reconnaître la nécessité des rites anciens.
Vers la fin de l'année 56, S. Paul envoya son disciple d'Éphèse à Corinthe, avec plein pouvoir de remédier à plusieurs sujets de scandale, et de terminer les divisions qui troublaient l'église de cette ville. Il y fut reçu avec les plus vives démonstrations de respect, et tous les fidèles s'empressèrent de lui procurer toutes sortes de secours. Mais en vrai disciple du grand Apôtre, il ne voulut rien recevoir, pas même ce qui était nécessaire aux plus indispensables besoins, Son arrivée produisit de très-heureux effets : les coupables se repentirent, et rentrèrent dans le devoir. Sa tendresse pour les Corinthiens était extraordinaire, et il se chargea de solliciter en leur nom la grâce de l'incestueux excommunié par saint Paul. Les affaires de l'église de Corinthe étant en bon état, il alla rejoindre son maître, auquel il rendit compte du succès de son voyage. Quelque temps après, il fut envoyé une seconde fois dans la même ville, afin de faire préparer les aumônes destinées aux pauvres de Jérusalem.
Lorsque saint Paul fut sorti de prison, et qu'il eut la liberté de quitter Rome, il ne pensa plus qu'à retourner en orient, Il s'arrêta en passant dans l'île de Crête pour y prêcher Jésus-Christ : mais comme les besoins des autres églises l'appelaient ailleurs, il ordonna Tite évêque de toute l’île, et lui commit le soin d'achever l'ouvrage qu'il avait si heureusement commencé. L'importance de cette charge, dit saint Chrysostôme, doit nous faire comprendre quelle était l'estime de l'apôtre pour son disciple.
Saint Paul ne put longtemps se passer d'un compagnon tel que notre Saint; ce fut ce qui l'engagea à lui adresser dans l'automne de l'année 64, l'épître qui fait partie de nos divines Écritures. Il lui mandait de le venir trouver à Nicopolis en Epire, où il comptait passer l'hiver, aussitôt après l'arrivée d'Artémas et de Tychique qu'il envoyait pour le remplacer ; il le chargeait ensuite d'établir des prêtres , c'est-à-dire , des évêques dans toutes les villes de l'île. Après le détail des qualités nécessaires à un évêque, viennent de sages avis sur la conduite qu'il doit tenir envers son troupeau, et sur l'accord de la fermeté et de la douceur dans la manutention de la discipline. Les pasteurs puiseront dans celle épître la connaissance des vraies règles, et s'exciteront à s'y conformer avec la même fidélité que S. Tite. L'an 65, l'apôtre envoya son disciple prêcher l'évangile en Dalmatie. Quelque temps après, il retourna en Crète, où il mourut dans un âge fort avancé, après avoir sagement gouverné son église, et répandu la lumière de la foi dans les îles voisines.
On gardait autrefois son corps dans la cathédrale de Cortyne, qui l'honorait comme son premier archevêque. Les Sarrasins ayant ruiné cette ville en 823, on ne retrouva de toutes les reliques de saint Tite que son chef, qui depuis a été porté a Venise, et déposé dans l'église de saint Marc.
Saint Paul n'éleva son disciple à la dignité de pasteur, que parce qu'il trouva en lui toutes les qualités nécessaires à un état si saint. Vouloir donc s'ingérer dans les fonctions sacrées du ministère, lorsqu'on est encore novice dans les voies de Dieu, et avant de s'être familiarisé avec la pratique des maximes évangéliques, c'est un zèle faux et illusoire, c'est une tentation du démon. On ressemble à ces oiseaux qui périssent pour vouloir prendre l'essor avant d'avoir des ailes. En vain voudrait-on faire valoir la pureté de ses intentions, jamais on ne remplira ses devoirs, à moins que l'on ne se soit parfaitement instruit de la loi divine, que l'on ne se soit pénétré des maximes et de l'esprit de Jésus-Christ, que l'on n'ait acquis de l'expérience, et que l'on ne connaisse à fond le cœur de l'homme, avec les différentes passions qui le remuent. Il faut encore s'être appliqué sérieusement à mourir à soi-même par la pratique habituelle de l'humilité et de la mortification ; s'être rendu comme naturel l'exercice de la contemplation, afin que, possédant son âme au milieu même des fonctions extérieures , on puisse dire avec vérité : Je dors, mais mort, cœur veille ; je dors par rapport aux choses de la terre, avec lesquelles je n'ai rien de commun ; mais mon cœur veille, parce qu'il s'élance continuellement vers Dieu par l'activité de ses mouvements et par la vivacité de ses désirs.
SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… – Traduction : Jean-François Godescard.

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