jeudi 20 janvier 2011

FRUCTUEUX DE TARRAGONE

et ses compagnons martyrs
Évêque, Saint
† 259
Le feu de la persécution s'étant allumé sous le règne de Valérien et de Gallien, Fructueux, évêque de Tarragone, fut arrêté dans sa maison avec les diacres Augure et Euloge, par les soldats qu'on nommait bénéficiers ; c'était un dimanche 16 Janvier 259. Le saint évêque s'était jeté sur son lit pour y prendre un peu de repos : le bruit que les soldats faisaient à la porte de son logis étant venu frapper ses oreilles, il se leva promptement, et s'avança vers eux. Informé du sujet qui les amenait, il leur demanda seulement le temps de mettre sa chaussure, et les suivit avec joie. On le conduisit, avec ses deux diacres, dans une obscure prison, où il baptisa un catéchumène nommé Rogalien. Il consolait les fidèles qui venaient se recommander à ses prières, et les renvoyait après leur avoir donné sa bénédiction. Le vendredi, sixième jour de l'emprisonnement des confesseurs de Jésus-Christ, le gouverneur Émilien les envoya chercher. Il commença par demander à Fructueux s'il connaissait le dernier édit des Empereurs. « Je n'en ai aucune connaissance, répondit le Saint ; mais en tout cas, je vous déclare que je suis chrétien. Émilien : Les Empereurs ordonnent que tous leurs sujets sacrifient aux dieux. Fructueux : J'adore un Dieu qui a fait le ciel, la terre, et tout ce qu'ils renferment. Émilien : Ne savez-vous pas qu'il y a des dieux ? Fructueux : Je n'en sais rien. Émilien : Eh bien ! on vous l'apprendra. » Le Saint dans ce moment leva les yeux au ciel, et se mit à prier en lui-même. Le gouverneur reprit : « Qui craindra-t-on, qui adorera-t-on sur la terre, si l'on méprise le culte des dieux immortels et celui des Empereurs ? » Ensuite, se tournant vers Augure, il lui conseille de ne pas s arrêter à ce que Fructueux venait de dire. Mais le diacre lui répond en peu de mots, qu'il adore aussi le Dieu tout-puissant. Émilien ayant enfin demandé à Euloge s'il n'adorait pas aussi Fructueux, il en reçut cette réponse : « Je n'adore point mon évêque, mais le Dieu que mon évêque adore. Vous êtes donc évêque, dit Émilien à Fructueux ? Oui, je le suis, répondit le Saint. Émilien : Dites que vous l'avez été. » Ces dernières paroles donnaient à entendre que Fructueux allait perdre sa dignité avec sa vie. Les trois confesseurs furent aussitôt condamnés à être brûlés vifs.
Les païens eux-mêmes ne purent retenir leurs larmes, lorsqu'ils les virent conduire à l'amphithéâtre : ils aimaient Fructueux à cause de ses rares vertus. Pour les chrétiens, ils les suivirent avec une douleur mêlée de joie. Les martyrs triomphaient à la vue de la glorieuse éternité dans laquelle ils allaient entrer. Quelques-uns des frères présentèrent à leur évêque un verre d'eau et de vin pour le fortifier; mais il le refusa, en disant qu'il n'était pas encore l'heure de rompre le jeûne. Il était alors dix heures du matin. « Je remets, ajouta le Saint, à rompre le jeûne dans le ciel avec les patriarches et les prophètes. » Lorsqu'il fut arrivé à l'amphithéâtre, Augustal, son lecteur, s'approcha de lui, fondant en larmes, et le pria de trouver bon qu'il le déchaussât. « Mon fils, répondit le Saint, ne prenez pas cette peine, je me déchausserai bien moi-même. » En même temps Félix, soldat chrétien, le conjura de se souvenir de lui dans ses prières. « Je dois, dit Fructueux en élevant la voix, prier pour toute l'Église répandue par toute la terre, depuis l'Orient jusqu'à l'Occident. C'est comme s'il eût dit : Restez toujours dans le sein de l'Église, et vous aurez part à mes prières, » Martial l'ayant conjuré d'adresser au moins quelques paroles de consolation à son Église affligée : « Mes frères, dit-il, en se tournant vers les chrétiens, mes frères, le Seigneur ne vous laissera point sans pasteur ; il est fidèle à ses promesses. Ne vous attristez n point sur mon sort, une heure de souffrance est bientôt passée. » Cependant on attache les trois Saints au poteau, et on allume le feu : mais les flammes parurent d'abord les respecter. Lorsque les liens qui serraient leurs mains eurent été consumés, ils les étendirent en forme de croix pour prier, et remirent leurs âmes à Dieu avant que le feu eût endommagé leurs corps.
Après leur mort, Babylas et Mygdonius, domestiques du gouverneur, et du nombre des chrétiens, les virent monter glorieusement au ciel. Ils les montrèrent à la fille d'Emilien, qui les vit aussi ; ils allèrent promptement avertir Émilien lui-même, afin qu'il fût témoin du triomphe de ces hommes qu'il avait condamnés au feu. Il vint ; mais il ne vit rien, son infidélité l'en rendant indigne.
La nuit suivante, les chrétiens s'étant rendus à l'amphithéâtre, enlevèrent les corps des martyrs à demi-brûlés, et en partagèrent entre eux les précieux restes : mais sur un avertissement du ciel, chacun rapporta ce qu'il avait pris, et on enferma dans un même tombeau les reliques des soldats de Jésus-Christ.
Source : Alban Butler : Vies des pères des martyrs et des autres principaux saints. Tome  1. Traduction: Godescard.

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