mercredi 26 janvier 2011

ANGELE MERICI

Religieuse, Fondatrice, Sainte
† 1540

C'est une des merveilles de la puissance divine, de choisir les instruments les plus faibles en apparence pour produire ses œuvres les plus admirables. Personne n'ignore les biens immenses que la religion et la société ont retiré depuis trois siècles de l'établissement des religieuses Ursulines , vouées, par leur institution, à l'instruction chrétienne de la jeunesse de leur sexe, et si généralement répandues [1] dans les royaumes catholiques.

Sa naissance modeste

C'est à une pauvre fille sans crédit et sans autorité, mais remplie d'amour pour Dieu et de zèle pour le salut du prochain, que sont dus ces grands biens. Angèle Merici est son nom. Elle naquit en Italie, à Desenzano près du lac de Garde, dans le Bressan, le 21 Mars vers l'an 1470. Ses parents qui étaient distingués par leur rang, l'étaient bien davantage par leur piété ; aussi prirent-ils soin de donner à leur fille une éducation chrétienne, et de lui inspirer de bonne heure la crainte de Dieu. Dès son enfance, Angèle fut grave et modeste. Les divertissements de cet âge n'avaient pour elle aucun attrait. Les choses de la religion pouvaient seules l'intéresser. A ces dispositions pour la vertu, elle joignit une vive horreur pour le mal. Ses parents voyaient avec une grande satisfaction une enfance aussi sainte ; seulement son père condamna les mortifications que la jeune Angèle pratiquait déjà, à une époque de la vie où ordinairement on en connaît a peine le nom. Souvent ces deux époux chrétiens présageaient la sainteté future de leur enfant, et s'en entretenaient ensemble. Ils n'eurent pas le temps de voir se développer entièrement les semences de vertu qu'ils jetaient dans son cœur ; ils moururent lorsque leur fille était encore très-jeune. Devenue orpheline, Angèle fut placée à Salo, chez son oncle maternel, avec une de ses sœurs. Cette sœur, qui était son aînée, partageait ses goûts et était sa compagne fidèle dans ses exercices de piété. Leur oncle, homme riche et religieux, les laissait libres de suivre le mouvement de leur dévotion ; aussi purent-elles sans contrainte suivre l'attrait qui les portait vers Dieu. Mais quoique dans une maison bien réglée, elles aspiraient à un genre de vie plus parfait ; elles résolurent donc de quitter la ville et d'aller s'enfoncer dans une solitude, pour y passer le reste de leurs jours. Sans en informer personne, elles exécutèrent leur dessein et se retirèrent dans une grotte écartée à quelques lieues de Salo. Leur oncle, ne les voyant point revenir à la maison à l'heure ordinaire, conçut de vives inquiétudes, se mit à leur recherche, et les trouva enfin dans la retraite qu'elles avaient choisie. Après quelques reproches sur une démarche qu'il trouvait imprudente dans un âge aussi tendre, il les ramena chez lui, et continua de leur donner toutes les facilités pour marcher dans les voies de la perfection chrétienne. Elles surent profiter de ce précieux avantage. Occupées uniquement de Dieu, elles le servaient avec une ferveur qui fît bientôt l'admiration de toute la ville.
Mais le Seigneur voulait rendre Angèle une digne épouse de Jésus crucifié. Il lui avait imposé, en lui enlevant ses parents, un sacrifice très-pénible et que, malgré sa grande jeunesse, elle avait vivement senti ; il en exigea d'elle un autre, qui fut aussi douloureux, en lui ôtant sa sœur aînée. Elle lui était encore plus attachée par la conformité des inclinations et des désirs, que par les liens de la nature. Cette mort lui coûta des larmes abondantes ; mais déjà pleine de soumission, quoiqu'elle n'eût encore que quinze ans, elle disait à ceux qui venaient pour la consoler dans celte triste circonstance : « Eh, qui suis-je après tout pour contrarier les volontés de mon Dieu ? Ma sœur lui appartenait, il a donc pu me l'ôter. Ah ! que son saint nom soit béni maintenant et dans tous les siècles. »
La douleur d'Angèle fut bientôt adoucie par l'assurance qu'elle eut du bonheur éternel de sa sœur. Cette assurance, qui remplit son âme de consolation, fut pour elle un nouveau motif de travailler à sa propre sanctification avec un grand courage. Le tiers-ordre séculier de Saint-François, établi à Salo, lui parut un moyen de salut qui pouvait lui être très-utile. Elle l'embrassa et se remplit en même temps de l'esprit de son humble instituteur, surtout de son détachement pour les choses de la terre. Les vêtements d'Angèle, sa chambre, ses meubles étaient pauvres ; elle vivait de pain, d'eau et de légumes ; les jours de Pâques et de Noël elle y ajoutait du vin ; mais elle s'abstenait entièrement de nourriture tous les lundis de carême ; un rude cilice, qu'elle portait constamment, lui servait à satisfaire son ardeur pour la mortification. Malgré les représentations de son oncle, elle voulut ne vivre que d'aumônes, pour imiter la pauvreté de Jésus-Christ.

Elle retourne à Desenzano. Pèlerinage en Terre-Sainte.

La générosité d'Angèle méritait d'être récompensée par un Dieu qui ne se laisse jamais vaincre en libéralité ; elle le fut en effet. Ses communions journalières étaient pour elle une source abondante de douceurs spirituelles. Sa dévotion pour l'auguste Sacrement de nos autels était si ardente qu'elle passait des heures entières à genoux devant les tabernacles où reposait son bien-aimé. La mort de son oncle la détermina à retourner à Desenzano, sa ville natale ; mais le changement de lieu n'en apporta point à sa conduite et elle fut dans son nouveau séjour aussi édifiante qu'elle l'avait été à Salo. Il y avait à Desenzano des sœurs du tiers-ordre de Saint-François dont elle fit sa société ; bientôt ses nouvelles compagnes purent admirer le mépris d'Angèle pour elle-même, sa mortification, et son zèle pour le salut du prochain. Souvent elle leur parlait du désir qu'elle avait de se consacrer à l'instruction chrétienne de la jeunesse de son sexe. Une vision mystérieuse dont Dieu la favorisa un jour pendant qu'elle était en oraison, servit beaucoup à augmenter en elle ce désir et la détermina enfin à entreprendre cette bonne œuvre.
Angèle ayant fait agréer son dessein à ses compagnes, elles réunirent dans leurs maisons les petites filles de Desenzano, et commencèrent à leur enseigner la doctrine chrétienne. Les fruits de ces premiers essais furent merveilleux : les jeunes personnes devinrent plus modestes et les mœurs publiques s'améliorèrent sensiblement. Bientôt la réputation d'Angèle s'étendit au loin ; on l'attira à Brescia, capitale de la province, où l'on avait conçu la plus haute idée de sa vertu ; elle confirma cette idée par sa sagesse, sa piété et ses connaissances surnaturelles. Après avoir passé quelque temps dans cette ville, sa dévotion lui inspira d'entreprendre un pèlerinage à la Terre-Sainte ; elle le fit avec un grand sentiment de ferveur, mais elle n'eut pas la consolation de voir les lieux saints, car avant d'y arriver elle devint aveugle et ne recouvra la vue qu'en revenant en Italie. Étant retournée à Brescia, elle en partit encore peu de temps après pour aller à Rome gagner le Jubilé de 1525. La capitale du monde chrétien offrait à la pieuse vierge mille objets propres à satisfaire sa dévotion : elle les visita avec un saint empressement. Le Pape Clément VII, qui régnait alors, l'admit à son audience et lui fit un accueil gracieux.

Fondation des Ursulines

Les guerres qui désolèrent l'Italie peu de temps après le voyage d'Angèle à Rome, forcèrent cette sainte fille de chercher un refuge et d'abandonner Brescia, où elle s'était fixée ; elles l'empêchèrent de donner à l'éducation de la jeunesse de son sexe tous les soins qu'elle aurait désiré ; mais la paix étant rétablie, elle jeta, après bien des hésitations, que son humilité lui causait, les fondements de l'ordre célèbre qui la reconnaît pour son institutrice. Ce fut le 25 novembre 1535 qu'Angèle s'étant associé douze compagnes, leur traça une règle de conduite, et leur imposa des devoirs qui, sans les obliger à vivre en commun, les rendaient propres à opérer le genre de bien auquel on les appliquait. Elle voulut que le nouvel institut fût sous sa protection et portât le nom de sainte Ursule, dans la crainte qu'on ne lui donnât son propre nom. Mais si sa modestie fût satisfaite d'avoir écarté ce qui pouvait rappeler sa personne, elle dut être blessée quand elle apprit que le peuple, édifié de sa société, ne l'appelait que la sainte Compagnie ou l'Ordre divin.
Cependant il fallait élire une supérieure pour gouverner la congrégation naissante ; Angèle dans ce dessein, assembla ses compagnes. Leur choix fut bientôt fixé, et toutes d'une commune voix la nommèrent pour être à leur tête. Elle n'accepta cette charge qu'avec répugnance ; mais bientôt elle montra combien elle en était digne. Sa douceur, sa bonté, sa constante égalité d'humeur lui gagnait \es cœurs de ses filles et leur faisaient trouver leur dépendance agréable. Aussi, lorsque, après avoir fait approuver par l'évêque de Brescia son institut, elle voulut, sous prétexte de son âge et de ses infirmités, se démettre de sa supériorité, elles employèrent les instances et les larmes pour l'obliger à continuer de remplir cette charge. Angèle céda moins à leurs prières qu'à l'ordre de l'évêque, qui lui commanda de conserver l'autorité dont elle faisait un si bon usage. Sa soumission ne fut pas longtemps éprouvée, elle tomba malade vers le commencement de janvier de l'an 1540, et dès-lors elle regarda sa mort comme prochaine. Un de ses premiers soins, lorsqu'elle se vit en danger, fut de donner à ses filles, sur leurs devoirs, des avis pleins de sagesse : elle fit ensuite son testament ; après quoi son unique occupation fut de témoigner à son divin Maître le désir ardent qu'elle avait d'être réunie à lui. Sentant ses forces diminuer elle reçut avec une ferveur admirable les sacrements de l'Église. Jusqu'à son dernier soupir, elle ne cessa de produire des actes de foi, d'espérance et de charité ; c'est dans l'exercice de ces divines vertus qu'elle rendit sa belle âme à son Créateur, à l'âge de soixante-sept ans, le 27 janvier 1540.

Sa mort

Sa mort fut un sujet universel de deuil pour la ville de Brescia, où depuis longtemps on la vénérait comme une Sainte. Le clergé des deux églises se disputa pour savoir qui aurait son corps ; mais Angèle avait prévenu cette difficulté en demandant à être enterrée dans l'église de Sainte-Afre, sa paroisse. Ses précieux restes y furent déposés, près du maître-autel, dans un tombeau couvert d'une table de marbre noir. Des inscriptions à sa louange furent dès-lors gravées sur cette table. Les fidèles eurent bientôt recours à la sainte fondatrice, et réclamèrent les effets de son pouvoir auprès de Dieu. Saint Charles Borromée s'occupa de la béatification d'Angèle ; mais la mort l'empêcha de poursuivre cette affaire. Après plusieurs procédures commencées et interrompues par diverses circonstances, elle fut inscrite au nombre des bienheureux, le 30 avril 1767, par le Pape Clément XIII. Enfin trois guérisons miraculeuses opérées par son intercession ayant été prouvées d'une manière indubitable, le Pape Pie VII la canonisa solennellement avec saint François Carracciolo, saint Benoît de Saint-Philadelphe, sainte Colette Boilet et sainte Hyacinthe Mariscotti, le 24 Mai 1807.
L'institut des Ursulines, suscité par la Providence pour préserver du poison de l'hérésie les contrées qui y étaient exposées et pour ramener à la foi catholique les pays que l'erreur avait infectés, prit après la mort de sainte Angèle de rapides accroissements. Les évêques sentirent combien pouvait leur être utile cet institut, uniquement destiné à procurer le bien spirituel de la jeunesse. Aussi en multiplièrent-ils à l'envi les établissements dans leurs diocèses. C'est à l'époque où l'église de France travailla efficacement à réparer les maux que lui avait faits le calvinisme, que la plupart de ces établissements furent formés, et l'on ne peut douter qu'ils n'aient contribué à donner à la religion cet état prospère où elle parvint dans notre patrie sous le glorieux règne de Louis XIV. Ainsi, depuis sa mort, sainte Angèle n'a point cessé de procurer la gloire de Dieu et le salut du prochain, qu'elle avait recherchés si passionnément pendant sa vie ; bonheur bien désirable, avantage précieux qui doit sans cesse augmenter l'éclat de sa couronne dans le ciel !
SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… – Traduction : Jean-François Godescard.


[1] L'institut des Ursulines est composé de quatorze congrégations, qui ont des constitutions différentes ; mais qui se proposent toutes le même but : l'éducation chrétienne de la jeunesse de leur sexe. Les maisons de cet ordre étaient très-multipliées en France avant la révolution ; elles dépassaient le nombre de trois cents. La seule province de Bretagne en avait trente-deux. L'une des plus célèbres était celle de la rue Saint-Jacques, à Paris, dans laquelle madame de Maintenon avait été pensionnaire. Ce monastère ne subsiste plus, et l'on en voit à peine quelques vestiges. Plusieurs autres se sont rétablis sur divers points de la France. L'ordre compte des maisons au Brésil, au Canada et même en Irlande ; il en fut fondé une à Cork, en 1771.

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