mercredi 26 janvier 2011

GEORGES MATULAITIS

Évêque, Fondateur, Bienheureux
1871-1927

Jurgis (Georges) Matulaitis naît en 1871 en Lituanie à Lugine, tout près de la frontière polonaise. À Marijanpole, sa paroisse, existe un couvent de Clercs marianites et c’est l’un des religieux qui le baptise. Jurgis est le dernier d’une famille de 8 enfants, dont les parents sont de petits cultivateurs. (Plus tard, dans ses études sociales, il prendra volontiers l’exemple de ces cultivateurs qui aspirent à un peu plus de terrain.) À l’époque où il vit, la Lituanie, annexée par la Russie, sent peser sur elle le pouvoir tsariste. Pas de liberté, ni politique, ni culturelle (le russe est obligatoire à l’école), ni religieuse (les catholiques lituaniens sont oppressés par les Russes orthodoxes). Il reçoit une bonne éducation en famille, mais à 10 ans, il perd ses deux parents. (Cela le rendra sensible plus tard à la condition des orphelins, dont il s’occupera personnellement.) À la même époque, il contracte une tuberculose osseuse à la jambe, qui sera diagnostiquée plus tard, et dont il souffrira toute sa vie, ce qui l’aidera à nourrir de la compassion pour les malades. L’enfant doit marcher avec des béquilles. Plus moyen d’aller à l’école ; alors il aide comme il peut à la ferme. Ce faisant, il garde au cœur le secret désir d’entrer au séminaire. Grâce à un de ses parents, professeur à Kielce en Pologne, il peut réaliser son projet et entre en 1891 au séminaire de Kielce. Il change son nom de Matulais en celui plus polonais de Matulevicz. Doué d’une intelligence supérieure, il apprend aussi, en plus du lituanien et du russe, le français, le polonais, l’allemand, le latin. Il va à Piétrobourg continuer ses études théologiques et il est ordonné prêtre le 20 novembre 1898. Puis il fait un doctorat à Fribourg, en Suisse (1902). Sa thèse, qui dénote ses préoccupations œcuméniques, porte sur la théologie orthodoxe russe.
D’abord vicaire en paroisse, il est ensuite professeur au Grand Séminaire de Kielce. Tombé malade, il se rétablit grâce à l’aide d’une bienfaitrice. Il y voit l’intervention de la Providence et désormais, il comprend, et explique aux autres, que la maladie peut être l’occasion d’exercer un apostolat encore plus actif : Jésus n’a-t-il pas manifesté son activité suprême dans l’œuvre de la rédemption lorsqu’il était immobilisé sur la croix ? Très attentif aux pauvres, il étudie la doctrine sociale de ‘Rerum novarum’, de Léon XIII (1891). Il a pu observer personnellement la condition épouvantable des ouvriers, notamment en Russie. Avec perspicacité, il ne se borne pas à décrire la situation telle qu’elle apparaît, mais il en cherche les causes, seule façon de leur apporter des remèdes adéquats. Par exemple, lorsque certains attribuent tous les maux au Socialisme (marxiste), il répond que ce sont plutôt les maux sociaux qui ont permis la naissance du socialisme. Ce professeur ne néglige pas le ministère des âmes (direction spirituelle et confessions) et c’est un bon prédicateur. Dans son ardeur, il songe à évangéliser au-delà des frontières, jusque dans les steppes de Sibérie. C’est aussi un zélé promoteur de la vie religieuse : Il voudrait redonner vie aux Marianites dont la Congrégation est presque éteinte, condamnée par le régime tsariste. Au couvent de Marijanpole, par exemple, la paroisse de son enfance, il ne reste plus qu’un seul Père. Alors, avec lui, il se rend à Rome en 1909 pour demander l’autorisation de relancer la Congrégation en la rénovant. Cela lui étant accordé, il s’applique à réformer les Constitutions pour les adapter aux nécessités des temps nouveaux. Lui-même devient religieux marianite. Ayant été dispensé du noviciat, il fait profession à 38 ans le 14 juillet 1911. Puis, il est nommé Supérieur général. Il revient à Saint-Pétersbourg où il reconstitue un noviciat marianite dans la clandestinité. Ensuite, pour être plus libre, il transfère ce noviciat à Fribourg. Il fait un voyage à Chicago où les émigrés lituaniens le reçoivent triomphalement et il y fait une fondation marianite avec noviciat (1913). Il en fait une autre avec noviciat en Pologne, dans la banlieue de Varsovie. Après la guerre de 14-18, la Russie affaiblie étant absorbée par ses problèmes internes, la pression russe se relâche et la Lituanie connaît provisoirement une relative indépendance. Le Père réalise alors son ancien désir et redonne vie au couvent de Marijanpole, avec noviciat (1918). Puis, il fonde les ‘‘Sœurs de l’Immaculée conception’’, connues par les gens sous le nom de ‘sœurs des pauvres’. En Biélorussie, il fonde les ‘‘Servantes de Jésus dans la Sainte Eucharistie’’.
Malgré ses réticences, le pape Benoît XV le nomme évêque de Vilnius le 23 octobre 1918. Consacré à Kaunas le 1er décembre 1918, il est installé à Vilnius le 8 du même mois. Sa devise est tirée de saint Paul, son saint préféré: ‘‘triompher du mal par le bien’’ (Rm 12, 21). Durant son temps d’épiscopat, la Lituanie connaît une période politique très agitée ; de 1918 à 1922, elle voit se succéder 8 régimes politiques différents et opposés. L’évêque s’efforce de ramener la paix. Personnellement, il ne veut prendre parti pour aucun ; son seul et ardent désir est le salut des âmes, son seul amour, l’Église, l’Immaculée, le Saint-Père. Il manifeste un grand courage pour défendre les droits de l’Église et la liberté des citoyens, ce qui lui attire de nombreuses inimitiés de la part des différentes factions, mais il force l’admiration générale par ses vertus extraordinaires. Toute son action si intense, en tant de domaines, ne peut s’expliquer que par une profonde et constante union à Dieu. Après huit années d’épiscopat, épuisé, il donne sa démission. Elle est acceptée, mais, immédiatement, son ancien ami, Pie XI, le nomme Visiteur apostolique de Lituanie, avec le titre d’archevêque d’Adulia et il lui confie notamment une mission importante : l’élaboration d’un concordat entre la Lituanie et le Saint-Siège. Mgr Matulevicz fait tout le travail de base, mais il meurt subitement à Kaunas, le 27 janvier 1927, âgé de 55 ans. Le Concordat est signé peu après, le 17 septembre de la même année.

HENRI DE OSSO

Prêtre, Fondateur, Saint
1840-1896

Henri de Osso, prêtre, fondateur de la Congrégation des Sœurs de la Compagnie de Sainte Thérèse de Jésus, fut l’un des hommes de Dieu, qui, au dix-neuvième siècle, ont contribué à maintenir vivante la foi chrétienne en Espagne, avec une fidélité indéfectible à la Sainte Église et au Siège Apostolique.
Il est né à Vinebre, diocèse de Tortosa, province de Tarragone, le 16 octobre 1840. Sa mère rêvait de le voir prêtre du Seigneur, mais son père l'a dirigé vers le commerce.
Gravement malade, il a reçu la première Communion en Viatique. Pendant le choléra de 1854 il a perdu sa mère, et au cours de cette même année — il travaillait comme apprenti de commerce à Reus — il a tout abandonné et il s’est retiré à Montserrat. Retourné à maison avec la promesse de pouvoir entreprendre le chemin choisi, il a entamé durant la même année 1854 ses études au Séminaire de Tortosa.
Ordonné prêtre en Tortosa, le 21 septembre 1867, il a célébré sa première messe, à Montserrat, le dimanche 6 octobre, fête de Notre dame de Rosario.
Ses classes comme professeur de Mathématiques et Physique au Séminaire ne l’ont pas empêché de se consacrer avec ardeur à la catéchèse, l’un des grands amours de sa vie. Il a organisé dès 1871 des écoles méthodiques de catéchisme, dans douze Églises de Tortosa et a écrit un « Guide pratique » pour aider les catéchistes. Avec ce livre Henri entame son activité comme auteur, apostolat qui l'a rendu l’un des prêtres les plus populaires de l'Espagne de son temps. Depuis l’enfance il a avait une dévotion fervente pour Sainte Thérèse d'Avila. La vie et la doctrine de la Sainte, assimilée avec la lecture constante de ses oeuvres, ont inspiré sa vie spirituelle et son apostolat, maintenus par la force de son amour ardent à Jésus et Marie et par une adhésion inébranlable à l'Église et au Pape.
Pour augmenter et fortifier le sens de la piété, il a spécialement réuni, dans des associations de fidèles, les jeunes, pour lesquels la révolution et les nouveaux courants hostiles à la foi catholique devenaient une menace.
Après avoir créé, pendant les premières années de son sacerdoce « une Congrégation mariale » rassemblant de jeunes paysans de la région de Tortosa, il fonda en 1873 l’Association « des Filles de Marie Immaculée et de Sainte Thérèse de Jésus ». En 1876 il inaugurait « le Petit troupeau de l'Enfant Jésus ». Les deux groupes avaient une fin commune : promouvoir une vie spirituelle intense, accompagnée d’un apostolat dans le lieu même de leur activité. Le Mouvement Thérésien d'Apostolat (MTA) reprend actuellement le charisme thérésien de notre Saint pour faire des enfants, des jeunes et des adultes chrétiens, y compromis par la parole et par l'apostolat.
Pour faciliter la pratique de la parole aux membres de ces association, Henri a publié en 1874 un livre normatif qu’il fit imprimer lui-même 15 fois et duquel ont été publiées jusqu'à ce jour plus de 50 éditions.
Convaincu de l'importance de la presse, il a commencé, dès 1871 la publication d’un hebdomadaire, « l'Ami du peuple » qui a “vécut” jusqu'en mai 1872, date à laquelle, pour un motif futile il fut supprimé. Toutefois, en octobre de cette même année il commença la publication de la Revue mensuelle Sainte Thérèse de Jésus, qui pendant 24 années a été la vitrine dans laquelle le Saint a exposé la véritable doctrine catholique, a diffusé les enseignements de Pie IX et Léon XIII, a enseigné l'art du discours, a propagé l'amour à Sainte Thérèse d'Avila et a informé au jour le jour sur la vie de l'Église en Espagne et dans le monde. Pour former les gens humbles il a publié en 1884 un Catéchisme sur la maçonnerie fondé sur la doctrine du Pape. Et en 1891 il a offert l'essentiel de Rerum Novarum dans un Catéchisme des travailleurs et de ceux qui sont riches, essai concret de son attention aux signes des temps, selon le cœur de l'Église.
Sa grande œuvre a été la Congrégation des Sœurs de la Compagnie de Sainte Térèse de Jésus qui s’est développée, du vivant encore du Fondateur en l'Espagne, au Portugal, au Mexique et en Uruguay. Actuellement la Congrégation est présente dans trois continents : L'Europe, l'Afrique et l'Amérique.
Saint Henri a voulu que ses filles, toutes remplies de l'esprit de Thérèse d'Avila, s’engagent à « étendre le royaume du Christ dans le monde entier », « en reliant la pensée des enfants et des jeunes au Christ au moyen de l'instruction et dans leur cœur au moyen de l'éducation ».
Il avait rêvé de l'institution « de Frères Joséphins », d'une Congrégation « de Missionnaires Thérésiens », qui, en vivant saintement le sacerdoce lui-même dans la plus grande intimité avec le Christ et au service exclusif de l'Église, en suivant les traces de Thérèse, seraient les apôtres des temps nouveaux. Pendant sa vie son projet ne s'est pas réalisé. Toutefois, quelques années après, un groupe de jeunes mexicains sont préparés au sacerdoce avec le même esprit teresiano d'Osso.
Prêtre selon le Cœur de Dieu, le Saint fut un vrai contemplatif qui se fondit en lui-même avec un équilibre extraordinaire un idéal apostolique ouvert à tous les biens qu’offraient les temps nouveaux. D’une fois vive, il ne reculait pas devant les sacrifices ni devant les oppositions ; à une époque spécialement hostile à l’Église, il annonça courageusement l’Évangile par la parole, par ses écrits, par sa vie.
Il est mort le 27 janvier 1896 à Gilet (Valence), dans le couvent des Pères Franciscains, où il s’était retiré pour quelques jours, pour prier dans la solitude. Les dernières pages qu’il a écrites avant sa mort traitaient de l’action gratuite de l’Esprit Saint dans les âmes dociles à son amour.

PAUL-JOSEPH NARDINI

Prêtre, Fondateur, Bienheureux
1821-1862
Paul Joseph naît d’une mère célibataire, Barbara Litchenberger, le 25 juillet 1821 dans la petite ville de Germersheim au Palatinat (actuellement État de Rhénanie-Palatinat) en Allemagne, et il est baptisé le lendemain. Comme nom de famille, il porte d’abord celui de sa mère, Litchenberger. Lorsque celle-ci tombe dans le chômage, elle doit confier son enfant à une tante paternelle, mariée à un italien nommé Anton Nardini, d'origine Italienne. Les deux l'aiment comme un fils, lui donnent leur nom de famille, Nardini, et lui assurent une bonne éducation.
Paul Joseph se révèle excellent dans son travail scolaire. Après ses études secondaires se dessine en lui un appel au sacerdoce. L’évêque de Speyer (Spire) Johannes von Geissel le reçoit dans son séminaire en 1841, et après le cursus habituel de philosophie et théologie, on l’envoie encore à l’université de Munich, où, en 1846, il décroche un brillant doctorat de théologie avec la mention “summa cum laude”. La même année, le 22 août 1846, il est ordonné prêtre dans la cathédrale de Spire.
Après un certain temps vécu en paroisse, il est nommé préfet de l’internat diocésain de Spire, mais il se sent attiré par le ministère paroissial et, après un poste dans une petite paroisse, il aboutit en 1851 dans la ville industrielle de Pirmasens, dans une paroisse qu’il occupera jusqu’à sa mort. Paroisse pauvre où il y a beaucoup à faire, car le degré d’évangélisation est faible et une grande partie de la population est protestante. L’abbé Nardini n’a pas oublié sa mère et elle vient habiter à la cure. Frappé par les enfants laissés à eux-mêmes et les vieillards qu’on néglige, il cherche à y remédier, et pour se faire aider dans cette tâche sociale, il fait appel aux sœurs alsaciennes de Niederbronn.
Quant à lui, il mène une vie mortifiée et pieuse, marquée par l’amour de l’eucharistie, le zèle pour la prédication et le catéchisme. Son ministère est fructueux ; les gens le considèrent comme un saint et l’appellent le ‘père des pauvres’. Mais les sœurs qu’il a fait venir ont de la peine à assumer les tâches qu’il leur a fixées ; de plus, on les regarde comme des étrangères et elles risquent l’expulsion. Alors, l’abbé Nardini les laisse repartir et se décide à faire lui-même une fondation, qui démarre le 2 mars 1855 avec quatre jeunes femmes, tertiaires de saint François. Il les appelle d’abord “Pauvres Franciscaines de la Sainte Famille” et par la suite “Sœurs franciscaines de la Sainte Famille”.
Le fondateur prend à cœur leur formation spirituelle et même matérielle, allant jusqu’à se priver de nourriture pour elles. Ayant le même dévouement pour ses paroissiens, il en est victime. C’est ainsi qu’il se rend par une nuit d’hiver glaciale au chevet d’un mourant pour lui apporter le Viatique. Atteint du typhus pulmonaire, il ne tarde pas à mourir le 27 janvier 1862, âgé de quarante ans seulement. Mais les sœurs sont déjà 220 et elles œuvrent dans tout le Palatinat.
Actuellement, on les appelle “Sœurs de Mallersdorf”, du nom de leur maison mère, établie dans un ancienne abbaye bénédictine de Bavière.

ANGELE MERICI

Religieuse, Fondatrice, Sainte
† 1540

C'est une des merveilles de la puissance divine, de choisir les instruments les plus faibles en apparence pour produire ses œuvres les plus admirables. Personne n'ignore les biens immenses que la religion et la société ont retiré depuis trois siècles de l'établissement des religieuses Ursulines , vouées, par leur institution, à l'instruction chrétienne de la jeunesse de leur sexe, et si généralement répandues [1] dans les royaumes catholiques.

Sa naissance modeste

C'est à une pauvre fille sans crédit et sans autorité, mais remplie d'amour pour Dieu et de zèle pour le salut du prochain, que sont dus ces grands biens. Angèle Merici est son nom. Elle naquit en Italie, à Desenzano près du lac de Garde, dans le Bressan, le 21 Mars vers l'an 1470. Ses parents qui étaient distingués par leur rang, l'étaient bien davantage par leur piété ; aussi prirent-ils soin de donner à leur fille une éducation chrétienne, et de lui inspirer de bonne heure la crainte de Dieu. Dès son enfance, Angèle fut grave et modeste. Les divertissements de cet âge n'avaient pour elle aucun attrait. Les choses de la religion pouvaient seules l'intéresser. A ces dispositions pour la vertu, elle joignit une vive horreur pour le mal. Ses parents voyaient avec une grande satisfaction une enfance aussi sainte ; seulement son père condamna les mortifications que la jeune Angèle pratiquait déjà, à une époque de la vie où ordinairement on en connaît a peine le nom. Souvent ces deux époux chrétiens présageaient la sainteté future de leur enfant, et s'en entretenaient ensemble. Ils n'eurent pas le temps de voir se développer entièrement les semences de vertu qu'ils jetaient dans son cœur ; ils moururent lorsque leur fille était encore très-jeune. Devenue orpheline, Angèle fut placée à Salo, chez son oncle maternel, avec une de ses sœurs. Cette sœur, qui était son aînée, partageait ses goûts et était sa compagne fidèle dans ses exercices de piété. Leur oncle, homme riche et religieux, les laissait libres de suivre le mouvement de leur dévotion ; aussi purent-elles sans contrainte suivre l'attrait qui les portait vers Dieu. Mais quoique dans une maison bien réglée, elles aspiraient à un genre de vie plus parfait ; elles résolurent donc de quitter la ville et d'aller s'enfoncer dans une solitude, pour y passer le reste de leurs jours. Sans en informer personne, elles exécutèrent leur dessein et se retirèrent dans une grotte écartée à quelques lieues de Salo. Leur oncle, ne les voyant point revenir à la maison à l'heure ordinaire, conçut de vives inquiétudes, se mit à leur recherche, et les trouva enfin dans la retraite qu'elles avaient choisie. Après quelques reproches sur une démarche qu'il trouvait imprudente dans un âge aussi tendre, il les ramena chez lui, et continua de leur donner toutes les facilités pour marcher dans les voies de la perfection chrétienne. Elles surent profiter de ce précieux avantage. Occupées uniquement de Dieu, elles le servaient avec une ferveur qui fît bientôt l'admiration de toute la ville.
Mais le Seigneur voulait rendre Angèle une digne épouse de Jésus crucifié. Il lui avait imposé, en lui enlevant ses parents, un sacrifice très-pénible et que, malgré sa grande jeunesse, elle avait vivement senti ; il en exigea d'elle un autre, qui fut aussi douloureux, en lui ôtant sa sœur aînée. Elle lui était encore plus attachée par la conformité des inclinations et des désirs, que par les liens de la nature. Cette mort lui coûta des larmes abondantes ; mais déjà pleine de soumission, quoiqu'elle n'eût encore que quinze ans, elle disait à ceux qui venaient pour la consoler dans celte triste circonstance : « Eh, qui suis-je après tout pour contrarier les volontés de mon Dieu ? Ma sœur lui appartenait, il a donc pu me l'ôter. Ah ! que son saint nom soit béni maintenant et dans tous les siècles. »
La douleur d'Angèle fut bientôt adoucie par l'assurance qu'elle eut du bonheur éternel de sa sœur. Cette assurance, qui remplit son âme de consolation, fut pour elle un nouveau motif de travailler à sa propre sanctification avec un grand courage. Le tiers-ordre séculier de Saint-François, établi à Salo, lui parut un moyen de salut qui pouvait lui être très-utile. Elle l'embrassa et se remplit en même temps de l'esprit de son humble instituteur, surtout de son détachement pour les choses de la terre. Les vêtements d'Angèle, sa chambre, ses meubles étaient pauvres ; elle vivait de pain, d'eau et de légumes ; les jours de Pâques et de Noël elle y ajoutait du vin ; mais elle s'abstenait entièrement de nourriture tous les lundis de carême ; un rude cilice, qu'elle portait constamment, lui servait à satisfaire son ardeur pour la mortification. Malgré les représentations de son oncle, elle voulut ne vivre que d'aumônes, pour imiter la pauvreté de Jésus-Christ.

Elle retourne à Desenzano. Pèlerinage en Terre-Sainte.

La générosité d'Angèle méritait d'être récompensée par un Dieu qui ne se laisse jamais vaincre en libéralité ; elle le fut en effet. Ses communions journalières étaient pour elle une source abondante de douceurs spirituelles. Sa dévotion pour l'auguste Sacrement de nos autels était si ardente qu'elle passait des heures entières à genoux devant les tabernacles où reposait son bien-aimé. La mort de son oncle la détermina à retourner à Desenzano, sa ville natale ; mais le changement de lieu n'en apporta point à sa conduite et elle fut dans son nouveau séjour aussi édifiante qu'elle l'avait été à Salo. Il y avait à Desenzano des sœurs du tiers-ordre de Saint-François dont elle fit sa société ; bientôt ses nouvelles compagnes purent admirer le mépris d'Angèle pour elle-même, sa mortification, et son zèle pour le salut du prochain. Souvent elle leur parlait du désir qu'elle avait de se consacrer à l'instruction chrétienne de la jeunesse de son sexe. Une vision mystérieuse dont Dieu la favorisa un jour pendant qu'elle était en oraison, servit beaucoup à augmenter en elle ce désir et la détermina enfin à entreprendre cette bonne œuvre.
Angèle ayant fait agréer son dessein à ses compagnes, elles réunirent dans leurs maisons les petites filles de Desenzano, et commencèrent à leur enseigner la doctrine chrétienne. Les fruits de ces premiers essais furent merveilleux : les jeunes personnes devinrent plus modestes et les mœurs publiques s'améliorèrent sensiblement. Bientôt la réputation d'Angèle s'étendit au loin ; on l'attira à Brescia, capitale de la province, où l'on avait conçu la plus haute idée de sa vertu ; elle confirma cette idée par sa sagesse, sa piété et ses connaissances surnaturelles. Après avoir passé quelque temps dans cette ville, sa dévotion lui inspira d'entreprendre un pèlerinage à la Terre-Sainte ; elle le fit avec un grand sentiment de ferveur, mais elle n'eut pas la consolation de voir les lieux saints, car avant d'y arriver elle devint aveugle et ne recouvra la vue qu'en revenant en Italie. Étant retournée à Brescia, elle en partit encore peu de temps après pour aller à Rome gagner le Jubilé de 1525. La capitale du monde chrétien offrait à la pieuse vierge mille objets propres à satisfaire sa dévotion : elle les visita avec un saint empressement. Le Pape Clément VII, qui régnait alors, l'admit à son audience et lui fit un accueil gracieux.

Fondation des Ursulines

Les guerres qui désolèrent l'Italie peu de temps après le voyage d'Angèle à Rome, forcèrent cette sainte fille de chercher un refuge et d'abandonner Brescia, où elle s'était fixée ; elles l'empêchèrent de donner à l'éducation de la jeunesse de son sexe tous les soins qu'elle aurait désiré ; mais la paix étant rétablie, elle jeta, après bien des hésitations, que son humilité lui causait, les fondements de l'ordre célèbre qui la reconnaît pour son institutrice. Ce fut le 25 novembre 1535 qu'Angèle s'étant associé douze compagnes, leur traça une règle de conduite, et leur imposa des devoirs qui, sans les obliger à vivre en commun, les rendaient propres à opérer le genre de bien auquel on les appliquait. Elle voulut que le nouvel institut fût sous sa protection et portât le nom de sainte Ursule, dans la crainte qu'on ne lui donnât son propre nom. Mais si sa modestie fût satisfaite d'avoir écarté ce qui pouvait rappeler sa personne, elle dut être blessée quand elle apprit que le peuple, édifié de sa société, ne l'appelait que la sainte Compagnie ou l'Ordre divin.
Cependant il fallait élire une supérieure pour gouverner la congrégation naissante ; Angèle dans ce dessein, assembla ses compagnes. Leur choix fut bientôt fixé, et toutes d'une commune voix la nommèrent pour être à leur tête. Elle n'accepta cette charge qu'avec répugnance ; mais bientôt elle montra combien elle en était digne. Sa douceur, sa bonté, sa constante égalité d'humeur lui gagnait \es cœurs de ses filles et leur faisaient trouver leur dépendance agréable. Aussi, lorsque, après avoir fait approuver par l'évêque de Brescia son institut, elle voulut, sous prétexte de son âge et de ses infirmités, se démettre de sa supériorité, elles employèrent les instances et les larmes pour l'obliger à continuer de remplir cette charge. Angèle céda moins à leurs prières qu'à l'ordre de l'évêque, qui lui commanda de conserver l'autorité dont elle faisait un si bon usage. Sa soumission ne fut pas longtemps éprouvée, elle tomba malade vers le commencement de janvier de l'an 1540, et dès-lors elle regarda sa mort comme prochaine. Un de ses premiers soins, lorsqu'elle se vit en danger, fut de donner à ses filles, sur leurs devoirs, des avis pleins de sagesse : elle fit ensuite son testament ; après quoi son unique occupation fut de témoigner à son divin Maître le désir ardent qu'elle avait d'être réunie à lui. Sentant ses forces diminuer elle reçut avec une ferveur admirable les sacrements de l'Église. Jusqu'à son dernier soupir, elle ne cessa de produire des actes de foi, d'espérance et de charité ; c'est dans l'exercice de ces divines vertus qu'elle rendit sa belle âme à son Créateur, à l'âge de soixante-sept ans, le 27 janvier 1540.

Sa mort

Sa mort fut un sujet universel de deuil pour la ville de Brescia, où depuis longtemps on la vénérait comme une Sainte. Le clergé des deux églises se disputa pour savoir qui aurait son corps ; mais Angèle avait prévenu cette difficulté en demandant à être enterrée dans l'église de Sainte-Afre, sa paroisse. Ses précieux restes y furent déposés, près du maître-autel, dans un tombeau couvert d'une table de marbre noir. Des inscriptions à sa louange furent dès-lors gravées sur cette table. Les fidèles eurent bientôt recours à la sainte fondatrice, et réclamèrent les effets de son pouvoir auprès de Dieu. Saint Charles Borromée s'occupa de la béatification d'Angèle ; mais la mort l'empêcha de poursuivre cette affaire. Après plusieurs procédures commencées et interrompues par diverses circonstances, elle fut inscrite au nombre des bienheureux, le 30 avril 1767, par le Pape Clément XIII. Enfin trois guérisons miraculeuses opérées par son intercession ayant été prouvées d'une manière indubitable, le Pape Pie VII la canonisa solennellement avec saint François Carracciolo, saint Benoît de Saint-Philadelphe, sainte Colette Boilet et sainte Hyacinthe Mariscotti, le 24 Mai 1807.
L'institut des Ursulines, suscité par la Providence pour préserver du poison de l'hérésie les contrées qui y étaient exposées et pour ramener à la foi catholique les pays que l'erreur avait infectés, prit après la mort de sainte Angèle de rapides accroissements. Les évêques sentirent combien pouvait leur être utile cet institut, uniquement destiné à procurer le bien spirituel de la jeunesse. Aussi en multiplièrent-ils à l'envi les établissements dans leurs diocèses. C'est à l'époque où l'église de France travailla efficacement à réparer les maux que lui avait faits le calvinisme, que la plupart de ces établissements furent formés, et l'on ne peut douter qu'ils n'aient contribué à donner à la religion cet état prospère où elle parvint dans notre patrie sous le glorieux règne de Louis XIV. Ainsi, depuis sa mort, sainte Angèle n'a point cessé de procurer la gloire de Dieu et le salut du prochain, qu'elle avait recherchés si passionnément pendant sa vie ; bonheur bien désirable, avantage précieux qui doit sans cesse augmenter l'éclat de sa couronne dans le ciel !
SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… – Traduction : Jean-François Godescard.


[1] L'institut des Ursulines est composé de quatorze congrégations, qui ont des constitutions différentes ; mais qui se proposent toutes le même but : l'éducation chrétienne de la jeunesse de leur sexe. Les maisons de cet ordre étaient très-multipliées en France avant la révolution ; elles dépassaient le nombre de trois cents. La seule province de Bretagne en avait trente-deux. L'une des plus célèbres était celle de la rue Saint-Jacques, à Paris, dans laquelle madame de Maintenon avait été pensionnaire. Ce monastère ne subsiste plus, et l'on en voit à peine quelques vestiges. Plusieurs autres se sont rétablis sur divers points de la France. L'ordre compte des maisons au Brésil, au Canada et même en Irlande ; il en fut fondé une à Cork, en 1771.

MICHEL KOZAL

Évêque, Martyr, Bienheureux
1893-1943

Michel Kozal naquît en 1893 en Pologne dans une famille de paysans. Il fut ordonné prêtre en 1918 et exerça notamment son ministère comme curé dans la ville de Bydgoszcz. Pie XII le nomma évêque auxiliaire de Wloclawek le 13 juin 1939 à la veille de la deuxième Guerre mondiale, avec le titre épiscopal de Lappa.
Lorsque les Allemands envahirent la Pologne, le diocèse de Wloclawek se trouva dans la région annexée au Reich. Régime d’occupation terrible où les nazis s’acharnèrent à détruire toutes les élites, telles que les professeurs d’université ou le clergé. Le diocèse, particulièrement frappé, verra disparaître au cours de la guerre la moitié de son clergé. De Mgr Kozal, comme de tel ou tel autre martyr polonais béatifié, on peut donc dire qu’il est ‘‘un parmi tant de milliers’’. Dès le 7 novembre 1939, il fut arrêté, interné et torturé, d’abord dans un couvent à Wloclawek, puis à Lad, Szczeglin et Berlin. Le 3 avril 1941, il fut déporté à Dachau. Il y restera 20 mois, maltraité par ses gardiens, mais offrant les services de son ministère aux autres déportés.
Le 26 janvier 1943, à l’infirmerie du camp, un médecin l’acheva en lui faisant une injection. Lors de la clôture du Congrès Eucharistique de Pologne à Varsovie, le 14 juin 1987, Jean-Paul II le béatifia, comme martyr ayant témoigné d’une fidélité inébranlable au Christ.
Béatifié le 14 juin 1987  à Varsovie  par le Pape Jean Paul II, lui-même polonais, de sainte mémoire.

PAULE DE ROME

Veuve, Sainte
347-404

Sainte Paule naquit à Rome le 5 Mai 347. Son père, Grec d'origine, faisait remonter sa généalogie jusqu'à Agamemnon. Blésile sa mère comptait parmi ses aïeux, les Scipions, les Gracques et Paul Émile. Aux avantages de la naissance la plus illustre, Paule réunissait des biens immenses, et les plus brillantes qualités de l'esprit. Elle épousa Toxotius de la famille Julia, qu'on prétendait descendre d'Iule et d'Énée ; elle en eut quatre filles et un fils. Jamais mariage ne fut mieux assorti : ces deux époux offraient à la ville de Rome le spectacle édifiant d'une vie très-chrétienne. Cependant la vertu de Paule n'avait pas encore tout le degré de perfection que l'évangile exige ; son cœur se laissa prendre secrètement aux attraits du monde, dont il est si difficile de se défendre au sein des honneurs. Son état était d'autant plus à craindre, qu'elle ne sentait pas le poids de ses chaînes, et que tout contribuait à lui dérober la connaissance de sa pauvreté spirituelle. Dieu, qui nous frappe souvent par miséricorde, choisit la voie des afflictions pour rompre le charme qui séduisait sa servante ; il lui enleva son mari, lorsqu'elle n'avait encore que vingt-deux ans.
Paule, dont le cœur était excessivement tendre, fut inconsolable de cette perte, et sa douleur dura jusqu'au moment où elle résolut de se consacrer à Dieu sans réserve. Cette généreuse résolution fut le fruit des exhortations d'une sainte veuve de ses amies, nommée Marcelle, dont la vie pénitente répandait dans Rome la bonne odeur de Jésus-Christ. Paule leva donc l'étendard de la croix, et se mit à marcher sur les traces du Sauveur. Depuis ce moment, on ne la vit jamais manger avec aucun homme, quelque réputation de vertu qu'il pût avoir, pas même avec les saints évêques qui la dirigeaient dans les voies de Dieu. Sa manière de vivre était des plus austères : elle s'interdit absolument l'usage de la viande, du poisson, des œufs, du miel et du vin; seulement, les jours de fêtes, elle assaisonnait avec un peu d'huile ce qui servait à sa nourriture. Elle se condamna, en punition de son ancienne délicatesse, à coucher sur la terre, qu'elle couvrait d'un cilice. Elle travaillait sans cesse à mortifier sa chair par des jeûnes rigoureux. Dieu seul était l'objet de ses pensées et de ses désirs ; elle s'unissait de plus en plus à lui par de pieuses lectures, et par l'exercice d'une prière continuelle. Persuadée que les communications avec le monde entraînent peu à peu la ruine du recueillement de l'âme, elle renonça à toutes les visites. Il est vrai qu'elle s'entretenait quelquefois avec les personnes qui faisaient profession de piété ; mais la conversation ne roulait jamais que sur des matières spirituelles. Les amusements et les parures mondaines ne furent plus à ses yeux que des choses souverainement méprisables, et indignes d'occuper une chrétienne. Elle employait en aumônes, non-seulement ce qu'elle retranchait de son ancienne dépense, mais encore toute la partie de son bien dont il lui était libre de disposer. Les pauvres n'avaient pas besoin de solliciter sa charité, et elle se fût reprochée qu'une autre main que la sienne eût soulagé leurs misères. « La plus riche succession que je puisse laisser à mes enfants, disait-elle, c'est de leur assurer, par mes aumônes, les bénédictions du ciel. »
L'assemblée de plusieurs évêques d'Orient et d’Occident, convoquée à Rome, en 382, au sujet de quelques dissensions survenues dans l’Église, lui donna occasion de faire une connaissance particulière avec les plus saints d'entre eux. Elle vit surtout saint Paulin d'Antioche et saint Épiphane de Salamine, et ce fut chez elle que ces deux grands évêques logèrent pendant leur séjour à Rome.
L'aînée des filles de notre Sainte, nommée Blésile, étant devenue veuve après quelques mois de mariage, avait formé le dessein de quitter entièrement le monde ; mais la mort l'empêcha d'exécuter sa résolution. Paule, vivement touchée de ce coup, s'abandonna à la douleur la plus amère. Saint Jérôme, qui avait été son directeur pendant les deux ans et demi qu'il avait passés à Rome, lui écrivit une lettre pour la consoler, et en même temps pour la reprendre de son excessive sensibilité. Il lui dit d'abord qu'il a ressenti lui-même toute la grandeur de la perte qu'elle vient de faire ; puis il ajoute que Dieu étant le souverain Maître, il faut se soumettre à sa volonté , toujours sainte et toujours juste, le louer et le remercier de toutes choses ; qu'il est indigne d'une chrétienne de pleurer une personne pour qui la mort n'a été qu'un passage du temps à l'éternité, et que la prolongation de notre exil est le seul objet vraiment digne de nos larmes. «  otre fille, continue-t-il, est morte dans la ferveur de la résolution qu'elle avait prise de se consacrer à Dieu : il y avait plus de quatre mois qu'elle purifiait son âme par la pénitence. N'appréhendez-vous point que le Sauveur ne vous dise : Paule, pourquoi vous fâchez-vous de ce que votre fille est devenue la mienne ? Vos larmes sont une révolte contre ma providence ; elles m'outragent. Je sais qu'une mère peut donner quelque chose à la nature ; mais une douleur excessive déshonore la religion, et fait décrier la vie monastique. Blésile elle-même s'afflige, autant que le peut permettre son heureux état, de vous voir offenser Jésus-Christ. Ne m'enviez pas ma gloire, vous crie-t-elle du haut du ciel. Je suis ici avec la Mère de Dieu, et dans la compagnie des Anges et des Saints. Vous pleurez de ce que j'ai quitté le monde, et moi j'ai compassion de votre exil, où vous êtes exposée à de grands dangers. » Paule apprit enfin à triompher de sa faiblesse, et à retracer en elle le portrait de la femme forte. Elle perdit encore, en 397, Pauline sa seconde fille, qui avait épousé saint Pammachius. Pour Eustochie, qui était la troisième, elle resta vierge, et ne quitta jamais sa mère. Cependant notre Sainte ne pouvait plus supporter la vie tumultueuse de Rome, depuis qu'elle avait goûté les douceurs ineffables de la contemplation ; tout son désir était d'aller vivre dans un désert, où son cœur ne fût plus occupé que de Dieu. Enfin, son attrait pour la solitude ne faisant que croître de jour en jour, elle résolut, pour le suivre, de quitter sa maison, ses biens, ses amis, ses enfants mêmes, quoiqu'elle fût la plus tendre de toutes les mères : mais la seule idée de cette séparation réveilla toute sa tendresse, il lui semblait qu'on lui arrachait les entrailles. Une âme ordinaire aurait sans doute succombé à une tentation aussi délicate : notre Sainte s’éleva, par l'héroïsme de sa foi, au-dessus des sentiments de la nature : et plus son sacrifice lui coûtait plus elle en désirait la consommation. Elle ne croyait pas que ses enfants, à l'éducation chrétienne desquels elle avait pourvu, dussent s'y opposer.
Elle partit donc pour s’embarquer, étant suivie de son frère, de ses amis et de ses enfants, qui tous tâchaient, par leurs pleurs, de vaincre sa constance. Quand elle fut dans le vaisseau, son fils Toxotius, encore enfant, fondait en larmes, et la conjurait, en lui tendant les bras de dessus le rivage, de ne le point abandonner. Les autres, à qui la douleur avait ôté l'usage de la parole, ne s'exprimaient que par leurs soupirs : mais Paule, toujours inébranlable, lève les yeux au ciel, et ne regarde plus le rivage, de peur d'y rencontrer des objets capables de lui déchirer le cœur. Cependant le vaisseau part, et fait voile vers l'île de Chypre. La Sainte fut retenue dix jours à Salamine par saint Épiphane. De Chypre, elle passa" en Syrie. Qu'il était édifiant de voir cette femme, accoutumée à être portée en litière par des eunuques, faire de longs et pénibles voyages sans aucun appareil extérieur !
Elle visita avec beaucoup de dévotion les cellules des plus célèbres solitaires d'Égypte, de Syrie, et tous les lieux consacrés par l'accomplissement des mystères de notre salut. Le gouverneur de la Palestine lui avait fait préparer à Jérusalem un palais magnifiquement meublé ; mais elle ne voulut point y loger, et alla se renfermer dans une pauvre cellule. La vue des monuments sacrés de notre rédemption la fit entrer dans les plus vifs sentiments de ferveur. Prosternée devant la vraie croix, elle adorait le Sauveur, comme s'il y eût encore été attaché. Étant entrée dans le saint sépulcre, elle baisait la pierre qui en avait fermé l'ouverture, et encore plus le lieu où le corps de Jésus-Christ avait reposé. A son arrivée à Bethléem, elle visita la caverne de Bethléem.
Enfin, le moment où la Sainte devait aller recevoir la récompense de ses vertus, arriva. Elle répétait souvent dans sa dernière maladie, et surtout dans son agonie, quelques versets des psaumes qui expriment un ardent désir d'être uni à Dieu dans la Jérusalem céleste. Elle mourut le 26 Janvier 404, après avoir fait le signe de la croix sur sa bouche. Elle était âgée de près de 57 ans, et elle en avait passé vingt à Bethléem. Des évêques la portèrent à l'église sur leurs épaules; d'autres suivaient avec des flambeaux et des cierges : d'autres conduisaient les troupes qui chantaient les psaumes. On l'enterra au milieu de l'église de la Grotte de Bethléem, le 28 Janvier.
On voit encore son tombeau auprès de celui de saint Jérôme; mais il est vide. L'épitaphe envers latins que ce Père y avait fait graver, et que l'on trouve à la fin de sa lettre, est totalement effacée.
SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… – Traduction : Jean-François Godescard.

TITE DE CRETE

Disciple de saint Paul, Évêque de Crète
I siècle
Saint Tite naquit de parents idolâtres. Saint Paul l'appelle son fils, ce qui porte à croire qu'il l'avait converti à la foi ; et il lui était si étroitement attaché à cause de ses éminentes vertus, qu'il en fit son interprète ordinaire. Il l'appelle encore son frère et le coopérateur de ses travaux, et il le représente comme un homme brûlant de zèle pour le salut des âmes (Cor. VIII, 16; XII, 18). Lorsqu'il parle de la consolation (Cor. VII, 6 et 7) qu'il en recevait, il se sert des expressions les plus tendres, et il va jusqu'à dire qu'il n'avait point eu l'esprit en repos, pour ne l'avoir pas trouvé à Troade (Corinth. II, 13).
L'an 51 de Jésus-Christ, Tite suivit saint Paul à Jérusalem, et assista avec lui au concile que tinrent les apôtres pour décider la question qui s'était élevée au sujet des observances légales. Quelques faux frères d'entre les Juifs l'ayant voulu assujettir à la loi de la circoncision, l'apôtre réclama la liberté de l'évangile. Il est vrai qu'il avait circoncis Timothée ; mais les circonstances étaient changées ; et mollir dans celle-là, c'eût été reconnaître la nécessité des rites anciens.
Vers la fin de l'année 56, S. Paul envoya son disciple d'Éphèse à Corinthe, avec plein pouvoir de remédier à plusieurs sujets de scandale, et de terminer les divisions qui troublaient l'église de cette ville. Il y fut reçu avec les plus vives démonstrations de respect, et tous les fidèles s'empressèrent de lui procurer toutes sortes de secours. Mais en vrai disciple du grand Apôtre, il ne voulut rien recevoir, pas même ce qui était nécessaire aux plus indispensables besoins, Son arrivée produisit de très-heureux effets : les coupables se repentirent, et rentrèrent dans le devoir. Sa tendresse pour les Corinthiens était extraordinaire, et il se chargea de solliciter en leur nom la grâce de l'incestueux excommunié par saint Paul. Les affaires de l'église de Corinthe étant en bon état, il alla rejoindre son maître, auquel il rendit compte du succès de son voyage. Quelque temps après, il fut envoyé une seconde fois dans la même ville, afin de faire préparer les aumônes destinées aux pauvres de Jérusalem.
Lorsque saint Paul fut sorti de prison, et qu'il eut la liberté de quitter Rome, il ne pensa plus qu'à retourner en orient, Il s'arrêta en passant dans l'île de Crête pour y prêcher Jésus-Christ : mais comme les besoins des autres églises l'appelaient ailleurs, il ordonna Tite évêque de toute l’île, et lui commit le soin d'achever l'ouvrage qu'il avait si heureusement commencé. L'importance de cette charge, dit saint Chrysostôme, doit nous faire comprendre quelle était l'estime de l'apôtre pour son disciple.
Saint Paul ne put longtemps se passer d'un compagnon tel que notre Saint; ce fut ce qui l'engagea à lui adresser dans l'automne de l'année 64, l'épître qui fait partie de nos divines Écritures. Il lui mandait de le venir trouver à Nicopolis en Epire, où il comptait passer l'hiver, aussitôt après l'arrivée d'Artémas et de Tychique qu'il envoyait pour le remplacer ; il le chargeait ensuite d'établir des prêtres , c'est-à-dire , des évêques dans toutes les villes de l'île. Après le détail des qualités nécessaires à un évêque, viennent de sages avis sur la conduite qu'il doit tenir envers son troupeau, et sur l'accord de la fermeté et de la douceur dans la manutention de la discipline. Les pasteurs puiseront dans celle épître la connaissance des vraies règles, et s'exciteront à s'y conformer avec la même fidélité que S. Tite. L'an 65, l'apôtre envoya son disciple prêcher l'évangile en Dalmatie. Quelque temps après, il retourna en Crète, où il mourut dans un âge fort avancé, après avoir sagement gouverné son église, et répandu la lumière de la foi dans les îles voisines.
On gardait autrefois son corps dans la cathédrale de Cortyne, qui l'honorait comme son premier archevêque. Les Sarrasins ayant ruiné cette ville en 823, on ne retrouva de toutes les reliques de saint Tite que son chef, qui depuis a été porté a Venise, et déposé dans l'église de saint Marc.
Saint Paul n'éleva son disciple à la dignité de pasteur, que parce qu'il trouva en lui toutes les qualités nécessaires à un état si saint. Vouloir donc s'ingérer dans les fonctions sacrées du ministère, lorsqu'on est encore novice dans les voies de Dieu, et avant de s'être familiarisé avec la pratique des maximes évangéliques, c'est un zèle faux et illusoire, c'est une tentation du démon. On ressemble à ces oiseaux qui périssent pour vouloir prendre l'essor avant d'avoir des ailes. En vain voudrait-on faire valoir la pureté de ses intentions, jamais on ne remplira ses devoirs, à moins que l'on ne se soit parfaitement instruit de la loi divine, que l'on ne se soit pénétré des maximes et de l'esprit de Jésus-Christ, que l'on n'ait acquis de l'expérience, et que l'on ne connaisse à fond le cœur de l'homme, avec les différentes passions qui le remuent. Il faut encore s'être appliqué sérieusement à mourir à soi-même par la pratique habituelle de l'humilité et de la mortification ; s'être rendu comme naturel l'exercice de la contemplation, afin que, possédant son âme au milieu même des fonctions extérieures , on puisse dire avec vérité : Je dors, mais mort, cœur veille ; je dors par rapport aux choses de la terre, avec lesquelles je n'ai rien de commun ; mais mon cœur veille, parce qu'il s'élance continuellement vers Dieu par l'activité de ses mouvements et par la vivacité de ses désirs.
SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… – Traduction : Jean-François Godescard.

TIMOTHEE DE LYCAONIE

Disciple de S. Paul, Évêque, Martyr, Saint
I siècle

Saint Timothée, né d'un père gentil, et d'une mère juive nommée Eunice, était de Lycaonie, et probablement de la ville de Lystres. Eunice avait embrassé la religion chrétienne, ainsi que Loïde, grand'mère de Timothée, et saint Paul fait l'éloge de la foi de toutes les deux. Timothée s’appliqua, dès son enfance, à l'étude de l'Écriture sainte. Le témoignage avantageux que les frères d'Icône et de Lystres rendirent de lui à saint Paul, qui vint prêcher en Lycaonie l'an 51 de Jésus-Christ, engagea cet apôtre à le choisir pour le compagnon de ses travaux, à la place de saint Barnabé. Il le circoncit toutefois à Lystres, avant de s'en faire suivre : car, quoique les cérémonies légales n'obligeassent plus depuis la mort de Jésus-Christ, il fut pourtant permis de les observer comme une chose indifférente , jusqu'à la ruine de Jérusalem et du temple. Saint Paul avait encore d'autres raisons pour en agir de la sorte, 11 conciliait à son disciple l'estime des juifs, et leur montrait d'ailleurs qu'il n'était pas lui-même ennemi de leur loi. Ici saint Chrysostôme admire la prudence et la charité de saint Paul. Ne doit-on pas aussi admirer l'humble docilité avec laquelle le disciple se soumit à une cérémonie douloureuse qui n'était point de précepte ? Saint Augustin loue encore le zèle et le désintéressement de Timothée T qui ne balança point d'abandonner son pays, sa maison, son père et sa mère, pour suivre un apôtre dont il lui faudrait partager la pauvreté et les souffrances.
Saint Paul, après avoir circoncis Timothée, lui confia, par l'imposition des mains, le ministère de la parole, sans avoir égard à sa grande jeunesse, une vertu extraordinaire suppléant en lui au nombre des années. Depuis ce temps-là, il le regarda toujours non-seulement comme son disciple et son cher fils, mais comme son frère et le compagnon de ses travaux. Il l'appelle homme de Dieu, et dit aux Philippiens, que personne ne lui est aussi uni de cœur et de sentiments que Timothée. L'estime du maître prouve assez quel était le mérite du disciple, dont la vocation au ministère évangélique avait d'ailleurs été accompagnée de prophéties faites à son sujet.
Saint Paul étant sorti de Lystres, parcourut avec son disciple le reste de l’Asie, puis s'embarqua pour la Macédoine, l'an 52 de Jésus-Christ, et prêcha l'évangile à Philippes, à Thessalonique et à Bercée. La fureur des juifs l'ayant obligé de quitter cette dernière ville, u y laissa Timothée pour affermir les nouveaux fidèles dans la foi. Lorsqu'il fut arrivé à Athènes, il lui manda de l'y venir trouver ; mais sur la nouvelle que les chrétiens de Thessalonique souffraient une cruelle persécution, il l'envoya vers eux pour les consoler et les fortifier. Timothée revint trouver saint Paul, qui était pour lors à Corinthe, afin de lui rendre compte du succès de sa commission. Ce fut dans ce temps-là que l'Apôtre écrivit sa première épître aux Thessaloniciens. De Corinthe, saint Paul alla à Jérusalem, d'où il revint passer deux ans à Éphèse. Comme il avait formé le dessein de retourner dans la Grèce, il chargea Timothée et Eraste de le devancer en Macédoine, afin qu'ils fissent préparer les aumônes destinées au soulagement des chrétiens de Jérusalem.
Il donna ordre à Timothée en particulier d'aller ensuite à Corinthe, pour y corriger quelques abus, et pour rappeler aux fidèles la doctrine qu'il leur avait prêchée. Dans la lettre qu'il écrivit aux Corinthiens peu de temps après il leur recommandait fortement son cher disciple. Il attendit son retour en Asie, et le mena avec lui en Macédoine et en Achaïe. Timothée laissa l'Apôtre à Philippes, et le rejoignit à Troade. S. Paul, de retour en Palestine, fut mis en prison à Césarée; il y resta deux ans, après quoi il fut envoyé à Rome. Il paraît que Timothée était avec lui dans ce temps-là, puisqu'il est nommé conjointement avec lui à la tête des épîtres à Philémon, aux Philippiens et aux Colossiens, qui furent écrites dans les années 61 et 62. Timothée eut aussi le bonheur d'être emprisonné pour Jésus-Christ, et la gloire de confesser sa foi en présence d'un grand nombre de témoins; mais on le mit en liberté. Il fut ordonné évêque en conséquence d'une prophétie, et d'un ordre particulier du Saint-Esprit. Il reçut par l'imposition des mains la grâce du sacrement, et le pouvoir non-seulement de gouverner l'Église, mais encore de faire des miracles, avec d'autres dons extérieurs du Saint-Esprit. S. Paul étant retourné de Rome en Orient dans Tannée 64 de Jésus-Christ, laissa son disciple à Éphèse pour gouverner l'Église de cette ville, pour s'opposer à ceux qui semaient une fausse doctrine, pour ordonner des prêtres, des diacres, et même des évêques ; car il lui confia aussi le soin de toutes les églises d'Asie.
Saint Paul était encore en Macédoine, quand il écrivit sa première épître à Timothée. La seconde fut écrite de Rome un an après, c'est-à-dire, en 65. On y voit l'effusion d'un cœur plein de tendresse pour un fils bien-aimé. L’Apôtre, qui était alors dans les fers, conjure son cher disciple de venir le trouver à Rome, afin qu'il ait la consolation de le voir encore une fois avant de mourir. Il l'exhorte à ranimer cet esprit de courage, ce feu du Saint-Esprit dont il fut rempli le jour de son ordination ; il lui donne des avis sur la conduite qu'il devait tenir à l'égard des hérétiques de ce temps-là, et lui trace le caractère de ceux qui devaient s'élever dans la suite.
Nous apprenons de la première épître à Timothée, qu'il ne buvait que de l'eau : mais comme ses grandes austérités avaient altéré sa santé, et qu'il avait l'estomac très-faible, saint Paul lui ordonna de boire un peu de vin. Il dit un peu, remarquent les Pères, parce qu'il nous est utile que la chair soit faible, afin que l'esprit soit plus fort et plus vigoureux. Timothée avait peut-être alors 40 ans. Il est probable qu'il alla à Rome pour conférer avec son maître. H était évêque d'Éphèse, avant l'arrivée de saint Jean dans cette ville. Ce dernier y résidait comme un apôtre qui avait une inspection générale sur toutes les églises d'Asie. Saint Timothée a toujours été regardé comme le premier évêque d'Éphèse. Les anciens martyrologes lui donnent le titre de martyr.
Voici ce que nous lisons dans les actes de saint Timothée. Sous l'empire de Nerva, le 22 Janvier, 97 de Jésus-Christ, les païens célébrant une de leurs fêtes appelée Catagogie, dans laquelle ils portaient leurs idoles, assommèrent à coups de pierres et de massues Timothée, qui voulait s'opposer à leurs abominables superstitions.
Nous apprenons de saint Paulin, de Théodore lecteur, et de Philostorse, que les reliques de saint Timothée furent transférées solennellement à Constantinople en 356, sous le règne de Constance. Saint Paulin assure qu'il s'opérait un grand nombre de miracles dans tous les lieux où était la plus petite portion de ces reliques. Les corps de saint Timothée, de saint André et de saint Luc furent mis sous l'autel de l'église des apôtres à Constantinople. Les démons, dit saint Jérôme, témoignaient par leurs rugissements combien ils ressentaient leur présence. La même chose est confirmée par saint Chrysostôme.
Saint Timothée dut sans doute beaucoup aux exemples domestiques qu'il avait sans cesse sous les yeux ; mais ce fut principalement la lecture des livres saints qui lui inspira dès son enfance, et qui nourrit durant le cours de sa vie, cet esprit de religion et cet assemblage parfait de toutes les vertus qui le rendirent si cher au grand Apôtre. Saint Paul, en louant l'amour de son disciple pour la lecture et la méditation, le donna comme une preuve de sa piété, et de l'ardent désir qu'il avait de faire des progrès dans la divine charité. Lorsqu'il l'eut élevé au saint ministère, il lui recommanda toujours d'allier une lecture assidue aux autres exercices de la religion. En effet, un ministre de l'évangile, qui n'a pas de moments réglés pour s'examiner lui-même dans la retraite, pour vaquer à la lecture, à la méditation et a la pratique des autres exercices de piété, oublie le premier et le plus essentiel de ses devoirs, le soin de son âme. S'il laisse éteindre dans son cœur le feu sacré de la charité, comment pourra-t-il l'allumer dans le cœur des autres? Les mêmes exercices sont, jusqu'à un certain point, nécessaires dans tous les états. Comment, sans cela, conserver cet esprit de piété qui doit être l'âme de toutes nos actions, et sans lequel les fonctions même spirituelles manquent du principe qui les vivifie ?
SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints…– Traduction : Jean-François Godescard.

HENRI SUSO

Dominicain et écrivain mystique, Bienheureux
1300-1365
Le bienheureux Henri Suso naquit en Souabe. Dès son jeune âge, il entendit la voix de Dieu et s'ensevelit à treize ans dans un couvent de Dominicains. Les premières années de sa vie religieuse furent caractérisées par des hésitations continuelles dans le service de Dieu ; le démon tourmenta son cœur par la pensée des plaisirs et des vanités du monde, mais la grâce l'aida à triompher de tous ces pièges.
Henri Suso avait dix-huit ans quand la lumière se fit dans son âme. Un jour, il entendit lire ces paroles de Salomon : La Sagesse est plus éclatante que le soleil, Elle est plus belle que l'harmonie des Cieux. Aussi je L'ai aimée dès mon enfance, je suis l'adorateur de Ses charmes.
A dater de ce jour, plus que jamais il aima la divine Sagesse, dont le nom seul faisait éclater ses transports : « Mon cœur est jeune et ardent, se disait-il, il est porté à l'amour ; il m'est impossible de vivre sans aimer ; les créatures ne sauraient me plaire et ne peuvent me donner la paix ; oui, je veux tenter fortune et gagner les bonnes grâces de cette divine et sainte Amie, dont on raconte des choses si admirables et si sublimes ! »
Peu de Saints ont eu pour Jésus un amour plus vif et plus tendre. Un jour, il prit un canif, et, l'amour guidant sa main, il se lacéra la poitrine avec le tranchant, jusqu'à ce qu'il eût formé les lettres du saint nom de Jésus sur son cœur. Alors il s'écria : « O amour unique de mon cœur et de mon âme! Ô mon Jésus ! Voyez donc l'ardeur de ma passion pour Vous ; je Vous ai imprimé dans ma chair, mais je voudrais aller jusqu'au centre de mon cœur ; gravez-y Vous-même Votre saint nom avec des lettres éternelles qui ne s'effacent jamais ! »
Rien de plus admirable que la manière dont il sanctifiait ses actions : à table il s'imaginait être à côté de Jésus et reposer parfois sur Sa poitrine ; il offrait sa nourriture, il présentait son verre à Jésus-Christ ; le peu qui lui était nécessaire pour étancher sa soif, il le prenait à cinq fois, pour honorer les cinq plaies du Sauveur ; à chaque bouchée, il s'occupait à quelque sainte pensée. Sa vie entière fut un continuel ravissement, une perpétuelle jubilation d'amour.
Abbé L. JaudVie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.

GRÉGOIRE DE NAZIANZE

Évêque, Docteur de l'Église, Saint
(312-389)
La mère de saint Grégoire dut la naissance de ce fils à ses prières et à ses larmes. Elle se chargea elle-même de sa première éducation et lui apprit à lire, à comprendre et à aimer les Saintes Écritures. L'enfant devint digne de sa sainte mère, et demeura pur au milieu des séductions.
"Un jour, raconte-t-il lui-même, j'aperçus près de moi deux vierges d'une majesté surhumaine. On aurait dit deux soeurs. La simplicité et la modestie de leurs vêtements, plus blancs que la neige, faisaient toute leur parure. A leur vue, je tressaillis d'un transport céleste. "Nous sommes la Tempérance et la Chasteté, me dirent-elles; nous siégeons auprès du Christ-Roi. Donne-toi tout à nous, cher fils, accepte notre joug, nous t'introduirons un jour dans les splendeurs de l'immortelle Trinité." La voie de Grégoire était tracée: il la suivit sans faiblir toute sa vie.
Il s'embarqua pour Athènes, afin de compléter ses études. Dieu mit sur le chemin de Grégoire, dans la ville des arts antiques, une âme grande comme la sienne, saint Basile. Qui dira la beauté et la force de cette amitié, dont le but unique était la vertu! "Nous ne connaissions que deux chemins, raconte Grégoire, celui de l'église et celui des écoles." La vertu s'accorde bien avec la science; partout où l'on voulait parler de deux jeunes gens accomplis, on nommait Basile et Grégoire.
Revenus dans leur patrie, ils se conservèrent toujours cette affection pure et dévouée qui avait sauvegardé leur jeunesse, et qui désormais fortifiera leur âge mûr et consolera leur vieillesse. Rien de plus suave, de plus édifiant que la correspondance de ces deux grands hommes, frères d'abord dans l'étude, puis dans la solitude de la vie monastique et enfin dans les luttes de l'épiscopat.
A la mort de son père, qui était devenu évêque de Nazianze, Grégoire lui succède; mais, au bout de deux ans, son amour de la solitude l'emporte, et il va se réfugier dans un monastère. Bientôt on le réclame pour le siège patriarcal de Constantinople. Il résiste ; « Jusqu'à quand, lui dit-on, préférerez-vous votre repos au bien de l'Église ? » Grégoire est ému; il craint de résister à la Volonté divine et se dirige vers la capitale de l'empire, dont il devient le patriarche légitime. Là, sa mansuétude triomphe des plus endurcis, il fait l'admiration de ses ennemis, et il mérite, avec le nom de Père de son peuple, le nom glorieux de Théologien, que l'Église a consacré. Avant de mourir, Grégoire se retira à Nazianze, où sa vie s'acheva dans la pratique de l'oraison, du jeûne et du travail.
Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.

CONVERSION DE SAINT PAUL

Le persécuteur apaisé...
(34 ou 35)
Le persécuteur renversé...
Saint Paul était Juif, de la tribu de Benjamin; il naquit à Tarse[1], en Cilicie, dont les habitants étaient considérés comme citoyens romains. Son attachement aux traditions de ses pères, sa haine contre les chrétiens, sa présence au supplice de saint Étienne, son acharnement à poursuivre les disciples de Jésus-Christ, à les traîner en prison, à les battre, ont poussé les interprètes de l'Écriture à voir en lui la réalisation de la prophétie de Jacob, concernant son fils Benjamin: “Benjamin est un loup ravisseur”. Mais une hymne chrétienne a heureusement complété l'application de la prophétie, en disant : “Le loup ravisseur s'est changé en agneau”.
Saul (c'était le premier nom du grand Apôtre) approchait de Damas, où il allait persécuter les chrétiens, accompagné de soldats et d'émissaires de la synagogue de Jérusalem, quand tout à coup il est renversé de son cheval et couché à terre par une force invisible. Une éblouissante clarté l'environne et une voix lui dit : “Saul, pourquoi Me persécutez-vous ? — Qui êtes-Vous, Seigneur ? — Je suis Jésus, que vous persécutez. — Seigneur, que voulez-Vous que je fasse ? — Levez-vous, entrez dans la ville, et là vous apprendrez ce que vous devez faire”.
Saul était devenu aveugle ; ses compagnons le conduisirent à Damas. Un serviteur de Dieu, nommé Ananias, averti en songe, alla le trouver, lui rendit la vue et lui conféra le baptême. Dès lors, Saul, devenu Paul, n'est pas seulement un converti, un chrétien, c'est un apôtre, c'est l'Apôtre par excellence, qui étonnera le monde et fera l'admiration des siècles par ses écrits sublimes et inspirés, par ses saintes audaces, ses travaux, les merveilles de son apostolat et la gloire de son martyre.
Que de leçons dans cette conversion étrange et foudroyante ! Nous y voyons la puissance toute divine de la grâce à laquelle rien ne résiste ; la sagesse de Dieu qui se plaît à confondre la fausse sagesse du monde ; la miséricorde inénarrable du Seigneur, qui ne rebute personne et peut faire du plus grand des pécheurs le plus insigne des saints. Ne désespérons jamais du salut de personne, tout est possible à la prière et à la grâce.
Nous ne comprendrons bien qu'au Ciel quelle a été l'influence de la prière dans le monde et combien de pécheurs devront leur salut à l'intercession des justes. Saint Augustin a dit fort justement : “Si Étienne n'avait pas prié, nous n'aurions pas saint Paul !”

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.

[1] Tarse (l’actuelle Tarsus en Turquie) est une ville de Cilicie plane. Située sur les rives du Cydnos, près d'un lac relié à la mer par un canal, Tarse fut, au deuxième millénaire, la capitale du royaume de Kizzuwatna ; dominée par les Hittites, puis annexée à l'empire assyrien au VIII° siècle, elle fut ruinée par Sennachérib en 696 à la suite d'une révolte. Après la conquête d'Alexandre, Tarse fit partie de l'empire séleucide. On sait qu’elle se révolta, en même temps que Mallos, parce qu'Antiochus IV Epiphane en avait donné les revenus à sa concubine Antiochis (II Maccabées, IV 30). A l'époque romaine, Tarse qui est la métropole de la province de Cilicie, abritait une importante communauté juive.


dimanche 23 janvier 2011

MARIE POUSSEPIN

Religieuse, Fondatrice, Bienheureuse
1653-1744
Elle naît à Dourdan, près de Paris (France). A cette époque la misère est très grande : mauvaises récoltes, maladies et guerres nombreuses laisse la population dans un état dramatique. Marie Poussepin appartient à une famille relativement aisée mais son père tombera en faillite. Marie qui est encore jeune devra reprendre l'entreprise de fabrication de bas de son père pour subvenir aux besoins de sa famille mais aussi de l'économie du village.
En tant que directrice de l'entreprise, elle introduit de nouvelles machines (elle est ouverte au progrès technique de l'époque) mais surtout embauche des jeunes en supprimant la nécessité pour ces derniers de payer un droit de formation à l'apprentissage au maître de stage. Cette pratique très innovante lui permet d'offrir la possibilité d'acquérir un métier (et donc des revenus) à des jeunes pauvres, à des orphelins... Elle créée des emplois pour que ces jeunes sortent de la misère par eux-mêmes.
En même temps que sa responsabilité de chef d'entreprise, Marie Poussepin est très engagée dans une Fraternité de Charité de son village, puis dans une Fraternité du Tiers Ordre Dominicain (en 1693). Dans ces groupes Marie devient rapidement responsable par le zèle qu'elle apporte à visiter les malades, les veuves, les mendiants... Elle est donc présente sur les deux volets de la charité : l'économie et la compassion.
Émue par la misère des campagnes et en particulier par le statut des orphelines, des veuves, des femmes malades et plus généralement par la condition de la femme pauvre de son époque, Marie Poussepin fonde en 1695 une fraternité dominicaine à laquelle elle donne tous ses biens personnels. Cette Fraternité installée dans un petit village (Sainville) est une innovation : il s'agit de vivre ensemble selon les coutumes dominicaines mais sans clôture pour pouvoir rayonner la charité ; elle entend ainsi relever un défi : lutter contre la misère et vivre pleinement la vie religieuse.
A Sainville elle organise une petite école pour les filles, visite les malades... La communauté s'agrandit et rapidement dans d'autres communautés sont créées toujours au service des plus pauvres, des malades, des orphelines... Il y en aura une vingtaine du vivant de Marie Poussepin, dans la région parisienne, Chartres... L'évêque de Chartres fait cependant problème pour reconnaître la congrégation fondée par Marie ; il exige que les soeurs renoncent à tout lien avec les dominicains. Marie doit se soumettre ; les liens ne seront rétablis qu'à la fin du XIX° siècle et institutionnellement au milieu du XX° siècle.
Marie Poussepin institue une congrégation originale (les soeurs de Charité Dominicaines de la Présentation de Tours) où les soeurs agissent gratuitement au services des pauvres et doivent par ailleurs gagner leur vie (travail de tissage 'e0 l'époque de la fondation). Elle place l'exercice de la charité (on dirait de la solidarité aujourd'hui) au centre de la vie religieuse ; le travail devenant un moyen de vivre la pauvreté religieuse. Marie donnera une grande place au travail comme véritable ascèse et engagement fraternel pour atteindre les objectifs de la congrégation.
Les sœurs de Marie Poussepin sont aujourd'hui plus de 4000 à travers le monde (Colombie, Inde, France, Espagne, Burkina Faso, Iraq...) et Marie a été béatifiée en 1994.
Pour en savoir plus :
Soeurs dominicaines de la Présentation de Tours,
Maison Mère 15 quai Portillon,
37100 TOURS (France)

FRANÇOIS DE SALES

Évêque, Docteur de l’Église, Saint1567-1622


S. François de Sales et Sainte Jeanne de Chantal

Né en 1567 au château de Sales, près de Thorens (Haute Savoie) d'une famille de noblesse rurale, il est donc citoyen du duché de Savoie. François est envoyé à Paris pour faire ses études de droit. Il en profite pour suivre des cours de théologie. Licencié en droit, il va poursuivre sa formation à Padoue, où il passe brillamment son doctorat. Il s'inscrit au barreau de Chambéry comme avocat.
C'est l'époque où l'Église romaine, face au protestantisme et à la doctrine de la prédestination, reprend courage et se lance dans le grand mouvement de la Contre-Réforme. Après une crise religieuse personnelle, François décide de devenir prêtre. Il renonce à tous ses titres de noblesse, et à sa nomination comme sénateur du duché de Savoie.
Mgr Granier, l'évêque de Genève, réfugié à Annecy, lui confie l'évangélisation du Chablais, presque entièrement passé au calvinisme. François se rend à la forteresse des Allinges qui domine Thonon, et se lance avec ardeur dans la prédication. Il parcourt tout le territoire, à cheval, à pied  dans la neige, parfois cerné par les loups ...
Il entreprend d'écrire des lettres personnelles aux gens qu'il ne peut atteindre. Puis il fait appel à l'imprimerie pour éditer des textes qu'il placarde dans les endroits publics et distribue sous les portes. . Ces publications périodiques imprimées sont considérées comme le premier " journal " catholique du monde, et c’est pourquoi François de Sales est le patron des journalistes. Furent ainsi publiés les "Méditations", les "Épîtres à Messieurs de Thonon", et les "Controverses". Et pour toucher les illettrés, il se met à prêcher sur les places, au milieu des marchés. 
Après des mois d'insuccès, il peut célébrer Noël 1596 à Thonon. Soutenu enfin par le duc de Savoie, sa mission devient alors un succès  et en deux ans le Chablais redevient catholique.
En 1602, à 35 ans, il est nommé coadjuteur de l'évêque de Genève, Mgr Granier, et lui succède rapidement en exil à Annecy. Mettant en pratique toutes les décisions du Concile de Trente, il se consacre totalement à la réforme de son diocèse. Il le visite en entier, allant jusqu'au plus petit village de montagne. Il rétablit la règle et la discipline dans les abbayes et monastères. Il met en place la formation du clergé, et la catéchèse . François remplit également plusieurs missions  diplomatiques à Paris et à Rome. Prédicateur recherché, il est demandé dans de nombreuses villes de France.
ll compose divers ouvrages de spiritualité pour les laïcs, dont la célèbre "Introduction à la vie dévote", dédiée à Mme de Charmoisy. Il s'engage pour aider les laïcs à vivre à fond leur vie baptismale.
Il entretient une importante correspondance de direction spirituelle et passe de nombreuses heures à confesser. De son expérience sortira le "Traité de l'Amour de Dieu". La profondeur de ses ouvrages spirituels, l’impact énorme qu’ils eurent sur les chrétiens de son temps et jusqu’à nos jours, ont fait déclarer François " docteur de l’Eglise. " 
Parmi ses dirigées, la Baronne de Chantal est appelée à une mission spéciale. Veuve avec quatre enfants, elle se sent appelée par Dieu. François de Sales lui confiera en 1610, la fondation d'une nouvelle congrégation: l'ordre de la Visitation.
François mène de front la direction spirituelle de sa congrégation et celle de nombreuses personnes. Les notes prises par les Visitandines seront publiées après sa mort sous le titre "Entretiens spirituels". Il veille sur son diocèse où il accomplit toutes les fonctions de sa charge.
Fatigué après tous les offices de Noël 1622, qu'il a célébrés à Lyon, il est frappé d'apoplexie le 27 décembre, et meurt le lendemain. Il fut proclamé saint en 1665, et docteur de l'Église en 1877. Son corps repose à Annecy, dans le nouveau monastère de la Visitation construit en 1911.