mercredi 13 avril 2011

PEDRO GONZALEZ

Dominicain, Saint
(1190-1246)

14 avril

Pierre Gonzalez naquit, l'an 1190, dans la ville d'Astorga, en Espagne, d'une famille distinguée. Son oncle, évêque de Palencia, charmé de ses talents, le pourvut d'un canonicat et le fit ensuite nommer doyen du Chapitre de sa cathédrale.
Le jour de sa prise de possession, Gonzalez, naturellement vaniteux, voulut traverser la ville sur un cheval superbement paré. C'est là que la Providence l'attendait: sa vanité se repaissait des applaudissements de la foule, quand le cheval se cabra, renversant dans la boue l'orgueilleux cavalier, au milieu des huées de la populace. Cette humiliation fut un coup de la grâce. Pierre se releva tout confus, et dit à haute voix: "Puisque le monde se moque de moi, je me moquerai de lui à mon tour." Il tint parole.
Dans la solitude, le jeûne et la prière, il dompta son orgueil et devint un modèle de pénitence et d'humilité. Décidé à rompre entièrement avec le siècle, il se démit de sa dignité pour se faire humble enfant de Saint-Dominique et employer ses talents à gagner des âmes au Ciel.
Il passait la plus grande partie des nuits à méditer, à prier, à étudier, et consacrait le jour à instruire les fidèles. Les libertins fondaient en larmes à ses sermons, et venaient à ses pieds avouer leurs désordres: il fut l'instrument d'une multitude de conversions.
Le roi d'Espagne Ferdinand III voulut attacher Gonzalez à sa personne et l'emmener partout avec lui, même à la guerre. Le saint religieux profita de la confiance du prince pour procurer la gloire de Dieu et il vint à bout de réformer bien des désordres, vivant toujours à la cour ou dans les camps, avec la même austérité et la même régularité que dans le cloître.
Quelques seigneurs licencieux résolurent de le perdre et gagnèrent à prix d'argent une courtisane pour le séduire. Gonzalez, comprenant les intentions de la malheureuse, allume un grand feu et se place au milieu, enveloppé de son manteau. A la vue de ce prodige, la misérable tombe à genoux et se convertit sincèrement; les seigneurs qui l'avaient gagnée en firent autant.
Cependant, malgré toutes les sollicitations du roi, Gonzalez quitta la cour: ayant assez fait pour les grands, il aspirait à instruire et à consoler les pauvres habitants des campagnes. Il passa le reste de sa vie à les évangéliser, avec un incroyable succès: les montagnes les plus escarpées, les lieux les plus inaccessibles, la grossièreté ou l'ignorance des populations enflammaient sa charité; des miracles accompagnaient ses paroles et leur faisaient porter de merveilleux fruits, surtout parmi les marins espagnols.
Un jour qu'il prêchait, le démon souleva un orage épouvantable, et la foule s'enfuyait déjà cherchant un abri, quand Gonzalez, par un grand signe de Croix, divisa les nuages, de sorte qu'il ne tomba pas une goutte d'eau. Il délivra très souvent par miracle des matelots qui avaient imploré son secours dans le danger.
Pierre Gonzalez connaissant, par révélation, sa fin prochaine, voulut se retirer à Compostelle, pour y mourir entre les bras de ses frères en religion; mais il tomba gravement malade à Tuy où il prêchait le carême, et y mourut le jour de Pâques, l'an 1246, à l'âge de cinquante-six ans. Ses reliques reposent dans la cathédrale de cette localité.
Saint Pierre Gonzalez, connu en Espagne sous le nom de saint Elme, est représenté marchant sur les eaux et tenant une flamme. Cette flamme désigne le feu de saint Elme. Il est quelquefois représenté avec cette flamme sur le front. Il est le patron des marins.
SOURCE : Frères des Écoles Chrétiennes, Vie des Saints, 1932, p. 164-165; Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.

LIDWINE DE SCHIEDAM

Vierge, Mystique, Sainte
1380-1433

14 avril

Lidwine, vulgairement appelée Lidwid, naquit en 138o à Schiedam ou Squidam en Hollande. Elle montra dès son enfance une tendre dévotion à la Mère. de. Dieu, et fit à l'âge douze ans le vœu de virginité. Elle fut affligée d'une horrible complication de maux, qui mit sa patience aux plus rudes épreuves. Dans cet état, elle fut très longtemps sans pouvoir prendre de repos ni de nourriture. Elle passa les trente dernières années de sa, vie sans jamais quitter le lit ; et il y en eut sept durant lesquelles elle ne put remuer d’autres membres que la tête et le bras gauche. Pendant les trois ou quatre premières années de sa maladie, elle eut de la peine à tenir contre la sensibilité de la nature. Jean Pot, son confesseur, touché de ses souffrances, lui conseilla de méditer souvent sur la passion de Jésus-Christ, l'assurant qu'il lui en reviendrait de grands avantages. Lidwine obéit avec simplicité. Elle se mit à méditer la passion du Sauveur, qu'elle divisa en sept points, pour correspondre aux sept heures canoniales de l'Église. Elle prit tant de goût à ce saint exercice, qu'elle y passait les jours et les nuits. II se fit bientôt en elle un heureux changement. Elle ne trouva plus dans ses peines que de la douceur et de la consolation ; et loin de vouloir en être délivrée, elle priait Dieu de les augmenter de plus en plus, pourvu qu'il lui fît la grâce de les souffrir avec patience. Il lui arrivait même quelquefois d'y ajouter encore des mortifications volontaires. Quand elle parlait de Dieu et de ses miséricordes, c'était avec une onction qui attendrissait les cœurs les plus insensibles. Elle aimait singulièrement les pauvres; elle les assistait autant qu'elle le pouvait; et après la mort de ses parents, elle leur distribua tous les biens dont elle avait hérité. Tant de vertus furent récompensées du don des miracles et de plusieurs révélations.

Lidwine fit aussi un saint usage des épreuves intérieures que Dieu lui envoya. Dans le temps du combat, elle se fortifiait par la prière, et surtout par la participation au corps de Jésus-Christ. Elle trouvait dans la divine eucharistie un aliment continuel au feu sacré qui la consumait, et à cette source de larmes qui coulait de ses yeux presque sans interruption. Son humilité n'était pas moins admirable que ses autres vertus : elle ne désirait rien tant que d'être inconnue aux hommes et méprisée de toutes les créatures. Enfin, après un martyre de trente-huit ans, elle alla recevoir la récompense promise à ceux qui ont souffert en vrais disciples delà croix. Elle mourut le 14 avril 1433, dans la cinquante-troisième année de son âge. Sa sainteté fut depuis attestée publiquement par des miracles, et Thomas à Kjempis en rapporte plusieurs dont il avait été témoin oculaire.

On lui éleva un mausolée de marbre dans l'église paroissiale de Schiedam, qui prit son nom en 1434. On fit de la maison de son père un monastère de sœurs grises du tiers-ordre de Saint-François. Les Calvinistes ont démoli la chapelle, et changé le monastère en un hôpital pour les orphelins. Les reliques de la bienheureuse Lidwine furent portées à Bruxelles, et enchâssées dans la collégiale de Sainte-Gudule. L'infante Isabelle en fit mettre la moitié dans l'église des Carmélitesses, dont elle était fondatrice.
SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… – Traduction : Jean-François Godescard.

BENEZET D'AVIGNON

Confesseur, Saint
+ 1184

14 avril

Ses parents étaient pauvres, très pauvres, et leur seule richesse était en Dieu. Le petit Benoît, d'où le surnom de Bénezet, perdit son père très jeune et dut garder les troupeaux pour permettre à sa famille de survivre.


Un jour, alors qu’il est âgé de 15 ans seulement, se produit une éclipse du soleil qui l’effraie autant que ses moutons ; puis soudain une voix douce jaillit des ténèbres et lui demande de bâtir un pont sur le fleuve, au niveau de la ville d’Avignon. Bénézet déclare qu’il ne peut pas laisser son troupeau sans surveillance ; la voix lui répond alors qu’elle enverra un ange pour en prendre soin pendant qu’il s’acquittera de sa mission. Il part alors demander l’aide de l’évêque ; ce dernier, sceptique, lui impose une épreuve : transporter (en présence de nombreux témoins) une énorme pierre (qui pèse plusieurs tonnes) à l’endroit où doit être bâti le pont. Bénézet soulève alors miraculeusement le rocher et le dépose dans le lit du fleuve en déclarant qu’il constituera la pierre de fondation du pont.


Plusieurs miracles se produisent à la suite de ces événements et Bénézet reçoit l’aide nécessaire pour bâtir son pont. Il n’a cependant pas la chance de voir l’accomplissement de son œuvre puisqu’il décède deux ans avant que le pont soit achevé (1163-1184).


Mais tout le temps qu'il vécut, il secourut les pauvres tout en y travaillant et, ses miracles, selon la tradition, multiplièrent les pierres.

LINDALVA JUSTO DE OLIVEIRA

Religieuse, Martir, Bienheureuse

1953-1993

9 avril

Lindalva naquit le 20 octobre 1953 à Sitio Malhada da Areia, une région très pauvre du Rio Grande du Nord, dans le Brésil. Elle était la sixième des treize enfants du premier mariage de son père, João Justo da Fé, un paysan qui se remaria avec Maria Lucia de Oliveira. Lindalva fut baptisée le 7 janvier 1954.
Si cette famille n'était pas très aisée, elle était riche de la Foi chrétienne. João transporta toute sa famille à Açu, pour que les enfants fréquentassent l'école ; après bien des sacrifices, il réussit à acheter une maison où réside la famille encore aujourd'hui.
Outre qu'imiter le bon exemple de sa pieuse mère, Lindalva montra une inclinaison naturelle envers les enfants pauvres, avec lesquels elle passait beaucoup de temps.
Elle fit sa première communion à douze ans. Durant les années de l'école, elle était toujours heureuse d'aller aider les moins favorisés. Plus tard, lorsqu'elle vécut chez son frère Djalma et sa famille à Natal, elle obtint en 1979 le diplôme d'assistant administratif.
De 1978 à 1988 Lindalva occupa plusieurs postes dans des magasins de vente et comme caissière dans une station d'essence, envoyant une partie de son salaire à la maison pour aider sa mère. Chaque jour elle trouvait du temps pour aller après son travail visiter les vieillards dans une maison de retraite de l'endroit.
En 1982, tandis qu'elle assistait avec beaucoup d'amour son père durant les derniers mois de sa maladie, elle réfléchit sérieusement à sa vie et décida de se mettre au service des pauvres. Elle s'inscrivit alors à un cours de nursery, tout en profitant des moments typiques de la jeunesse, liant des amitiés, prenant des cours de guitare et continuant de se cultiver par les études.
En 1986, elle participa à des initiatives vocationnelles organisées par les Filles de la Charité. Après avoir reçu le sacrement de la Confirmation en 1987, elle demanda son admission dans la Congrégation. Le 11 février 1988, en la fête de Notre Dame de Lourdes, elle commença son postulat, édifiant ses compagnes par sa bonne humeur et son attention particulière pour les pauvres.
Elle avait le caractère naturellement marqué par la douceur, mais aussi par la vérité. Dans une lettre qu'elle écrivit à son frère Antonio, qui était alcoolique, elle s'exprime ainsi : "Pense bien à ceci et examine-toi. Je prie beaucoup pour toi et je continuerai à le faire et même, si c'est nécessaire, je ferai pénitence pour que tu sois en mesure de parvenir à ton accomplissement personnel. Marche à la suite de Jésus, qui lutta jusqu'à la mort pour la vie des pécheurs et donna sa propre vie, non comme Dieu, mais comme homme, pour le pardon des péchés. Nous devons chercher refuge en lui ; il n'y a qu'en lui que la vie vaut la peine d'être vécue". Un an plus tard son frère cessa de boire.
Le 29 janvier 1991, la Sœur Lindalva reçut la charge de s'occuper de quarante vieillards malades dans la maison de retraite de Salvador de Bahia. Elle se livra aux plus humbles tâches et se préoccupa de ceux qui souffraient davantage en cherchant à leur procurer du réconfort spirituel et matériel, particulièrement en les encourageant à recevoir les sacrements. Elle chantait et priait avec eux et passa aussi le permis de conduire pour les emmener faire des promenades.
En janvier 1993, un certain Augusto da Silva Peixoto, homme de quarante-six ans au caractère irascible, réussit à se faire admettre facilement dans l'établissement, grâce à la recommandation de quelqu'un, bien qu'il n'eût pas le droit d'y être. Sœur Lindalva le traita comme les autres malades, avec le même respect et la même délicatesse, au point qu'il en devint amoureux.
De son côté, elle restait prudente, maintenait ses distances avec lui, ce qui toutefois ne l'empêcha pas de déclarer ses mauvaises intentions envers elle. Elle aurait pu simplement laisser sa place, mais sa passion pour les vieillards lui fit dire : “Je préfère verser mon sang que d'abandonner ma place."
A partir du 30 mars, les avances d'Augusto devinrent si insistantes et dangereuses, qu'elle recourut à l'aide d'un fonctionnaire de santé pour retenir ce malade indiscipliné. Bien qu'il ait promis d'améliorer son attitude et son comportement, il maintint dans son cœur l'esprit de haine et de vengeance jusqu'à excogiter un plan meurtrier.
Le 9 avril 1993, le Vendredi Saint, Sœur Lindalva prit part au Chemin de la Croix dans sa paroisse, à 4 heures 30 du matin. Dès 7 heures, elle était à son poste pour préparer et servir le petit-déjeuner, comme chaque matin. Au moment où elle servait le café à une table, Augusto se rapprocha et lui enfonça un couteau de poissonnier au-dessus de la clavicule.
S'écroulant à terre, Lindalva cria plusieurs fois "Mon Dieu, protège-moi". Des malades accoururent pour la protéger. Ravi dans une sorte de folie tout en soutenant son corps, Augusto la frappa quarante-quatre fois en criant : "J'aurais dû le faire plus tôt". Puis, subitement, il se calma, s'assit dans un fauteuil, essuya son couteau sur son pantalon, le jeta sur la table et hurla : "Elle ne voulait pas de moi !" puis, se tournant vers le docteur, il lui dit : "Vous pouvez appeler la police, je ne vais pas m'enfuir ; j'ai fait ce qu'il fallait faire".
Le lendemain, Samedi Saint, le Cardinal Lucas Moreira Neves, un dominicain et primat du Brésil, célébra les funérailles de cette Sœur de 39 ans avec ce commentaire : "Quelques années suffirent à Sœur Lindalva pour couronner sa vie religieuse avec le martyre”.
Sœur Lindalva a été béatifiée en 2007 ; elle est commémorée au Martyrologe romain le 9 avril.

CARADOC DE BARRY

Moine, puis ermite, Saint
† 1124

13 avril

Caradoc ou Caradeu, issu d'une famille illustre du pays de Galles, naquit dans le comté de Brecknock. Il reçut une éducation conforme à sa naissance. Rées ou Résus, prince des Gallois méridionaux, l'ayant connu, l'honora de sa confiance, et lui donna une place distinguée à sa cour. Mais il eut ensuite le malheur de déplaire à ce prince pour un sujet assez léger. Cette disgrâce lui fit sentir combien peu on doit compter sur la faveur et la protection des grands du monde. Il résolut donc de s'attacher au service du Roi des rois, dont les promesses sont infaillibles et les récompenses éternelles. Il s'engagea par vœu à vivre dans une continence perpétuelle, et à embrasser l'état religieux.

S'étant ensuite retiré à Landaff, il reçut de l'évêque du lieu la tonsure cléricale, et servit Dieu quelque temps dans l'église de Saint-Théliau. Mais comme il voulait vivre dans une entière séparation du commerce des hommes, il se bâtit à l'écart une petite cellule, où il passa plusieurs années. Il allait faire sa prière dans une église qui avait été dédiée sous l'invocation de S. Kined, et qui était alors abandonnée. La réputation de sa sainteté se répandit bientôt par tout le pays. L'archevêque de Ménévie ou de Saint-David, informé de ses vertus, le fit venir et l'ordonna prêtre.

Le saint, accompagné de quelques personnes pieuses, passa dans l'île d'Ary, pour n'y vaquer qu'à la contemplation des choses célestes. Sa solitude fut troublée par des pirates de Norwége, qui l'enlevèrent lui et ses compagnons. Mais ces barbares, frappés de la crainte des jugemens de Dieu, les remirent le lendemain sur le rivage sans lear avoir fait aucun mal.

Caradeu, par l'ordre de l'archevêque de Ménévie, se retira dans le monastère de Saint-Ismaël, vulgairement appelé Ysam, et situé clans le pays de Ross. Henri Ier, roi d'Angleterre, ayant chassé de ce pays les anciens Bretons qui l'habitaient, le saint et ses religieux eurent beaucoup à souffrir des nouveaux colons envoyés par le vainqueur, et surtout de Richard Tankard, le plus puissant d'entre eux. Celui-ci, étant tombé dangereusement malade, eut recours au saint, qui, par ses prières, lui obtint une parfaite guérison. Il fut toujours d«puis le protecteur du monastère, et lui fit ressentir les effets de sa libéralité.

S. Caradeu mourut le 13 avril 1124 et fut enterré avec honneur dans l'église de Saint-David. Il s'opéra plusieurs miracles à son tombeau. Son corps ayant été trouvé plusieurs années après sans aucune marque de corruption, on en fit la translation avec beaucoup de solennité.
SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… – Traduction : Jean-François Godescard.

SABAS REYES SALAZAR

Prêtre, Martyr, Saint
1883-1927

13 avril

Ce saint prêtre mexicain naquit à Cocula, dans l’archidiocèse de Guadalajara, le 5 décembre 1883, jour où l’on fête saint Sabas de Jérusalem[1] et dont il reçut le nom au baptême, le jour-même de sa naissance, ce qui montre la foi profonde de ses parents, Norberto Reyes et Francisca Salazar.
Mais ces bons parents étaient extrêmement pauvres, ce qui poussa très tôt le petit Sabás à aller vendre les journaux à la criée, pour s’acheter un peu de quoi manger et se vêtir, ce qui fit qu’il eut du mal à finir l’école primaire. En conséquence, il resta avec une santé fragile et une capacité intellectuelle un peu limitée.
A l’adolescence, se sentant appelé par Dieu, il entra au séminaire de Guadalajara, où l’on jugea à l’époque qu’il n’était pas fait pour le clergé de Guadalajara. Toutefois il acheva en 1911 sa quatrième année de théologie, quand il venait d’accomplir ses vingt-huit ans. Mais le recteur du séminaire, considérant ses nobles dispositions, l’encouragea vivement à se faire admettre dans quelque diocèse où l’on manquait de prêtres.
Signalons que, parmi ses condisciples, il y avait cette année-là José Maria Robles Hurtado, futur martyr et maintenant canonisé ; José Garibi Rivera, futur archevêque de Guadalajara et bientôt premier cardinal mexicain de l’histoire, enfin Ramón González, lui aussi futur martyr en 1928.
Dans le diocèse de Tamaulipas, on remarqua tout de suite la constance et l’humilité de Sabás, de sorte qu’il reçut bientôt les ordres sacrés, et enfin le sacerdoce à Noël 1911, des mains de l’évêque de Tamaulipas. Le 6 janvier suivant, Sabás célébrait sa première messe à Guadalajara, dans l’église de Notre Dame de Belén. Puis il fut envoyé à son premier poste, à Tantoyuca, province de Veracruz.
Prêtre, le père Sabás se montra doux et plein de ferveur, spécialement envers la Très Sainte Trinité ; il invoquait fréquemment les Âmes du Purgatoire. Il se soucia beaucoup de la formation des jeunes, autant par la catéchèse que par l’enseignement des sciences, des métiers et des arts, tout spécialement de la musique. 
Dans l’accomplissement de son ministère, son zèle immense le poussait à rechercher la perfection. Dans tout ce qui concernait la liturgie, il exigeait un profond respect. Quand il fallait faire quelque chose, il aimait la promptitude.

1914 vit le déchaînement de la persécution religieuse dans l’état de Tamaulipas, aussi Sabás demanda et obtint la permission de rejoindre le diocèse de Guadalajara, où il exerça le ministère sacerdotal dans les paroisses de San Cristóbal de la Barranca, Plan de Barrancas, Hostotipaquillo et Atemajac de Brizuela, dans l’état de Jalisco.
En 1919, le père Sabás fut nommé à la paroisse de Tototlán, pour collaborer avec le curé, le père Francisco Vizcarra Ruiz, d’abord comme chapelain à la fabrique de San Antonio de Gómez puis, à partir de 1921, à la cure paroissiale.
Quand fut décidée la loi qui suspendait tout culte dans les églises de la république, le curé de Tototlán se retira du village, laissant le père Sabás sur la brèche avec charge d’administrer les sacrements. Les habitants qui connurent le père Sabás à Tototlán, se rappellent qu’il hébergea chez lui les enfants orphelins. Il y était tellement attaché que, lorsqu’on lui proposa de le protéger en le faisant quitter le village, sa réponse fut aussi décidée que négative : “On m’a mis ici, c’est ici qu’on attendra ce que Dieu veut faire”.
Le 11 janvier 1927, le village fut envahi par les troupes fédérales, qui ignoraient qu’il y avait là plus de deux mille cristeros armés contre le gouvernement. Les soldats tuèrent onze personnes, hommes, femmes et enfants, profanèrent l’église en y mettant leurs chevaux et détruisant statues et images saintes, puis y mirent le feu. Les soldats partis, le père Sabás avec d’autres fidèles allèrent éteindre l’incendie. Naturellement, les villageois voulurent “se venger” en incendiant la mairie, mais le père leur fit remarquer que c’était là une façon de procéder barbare, et il réussit à les faire renoncer à leurs sombres intentions.
Mais les soldats revinrent à la charge, le 11 avril. Le père Sabás alla se réfugier chez Madame María Ontiveros, avec le jeune José Beltrán et deux enfants, Octavio Cárdenas et Salvador Botello.
A partir de ce moment-là, sentant le danger, le père se mit à prier intensément, toute la soirée et toute la nuit. Il invitait ceux qui étaient là à prier à genoux avec lui, tandis qu’il se flagellait avec des cordes.
Le 12 au matin, les soldats se présentèrent à la maison du père Sabás, mirent le feu à ses affaires, dans la pièce où il célébrait la messe. Ils menacèrent alors de pendaison la maîtresse de maison, María Mendoza, laquelle, effrayée, leur indiqua où le père se trouvait. Parvenus là, les soldats donnèrent de grands coups à la porte, et demandèrent où était le père Sabás. D’abord, Madame Mendoza refusa de le leur dire, mais le père Sabás se présenta spontanément en disant : “Je suis là, que voulez-vous ?” Alors ils lui ligotèrent fortement les bras dans le dos. Le père Sabás leur demanda encore : “Qu’est-ce que je vous dois ? pourquoi me liez-vous ? quel mal ai-je fait ?”, à quoi les soldats répondirent que ce n’était pas avec eux, mais avec le général qu’il fallait régler tout cela. Ils partirent donc avec le père Sabás et le jeune José Beltrán[2].
En se rendant à l’église paroissiale, transformée en écurie et en quartier général, les soldats lui dirent : “On va aussi arrêter le curé Vizcarra, qui est le chef de toute cette révolution, et là on verra comment ça finira”.
Un voisin leur fit remarquer que le père Sabás était innocent et même avait empêché qu’on mît le feu à la mairie, ils répondirent : “On s’en fiche… Il faut tuer tous les curés, et tous ceux qui vont avec eux”.
Le chef militaire ordonna qu’on l’attachât à une colonne de l’église. La corde serrait fortement la peau, les bras étaient attachés derrière le dos, le soleil était chaud : le père demanda plusieurs fois de l’eau car il avait très soif, mais ils ne s’en soucièrent pas. Très tard, le père leur dit : “Je ne peux donc rien obtenir d’autre de vous, pas même cette faveur que vous me donniez un peu d’eau ?”, alors un soldat lui porta un peu d’eau, qu’il eut du mal de boire à cause de ses liens.
Il priait continûment ; le jeune José aussi était attaché à une autre colonne, et avait très peur. Le père dit plusieurs fois aux soldats : “Dieu sait que je ne vous dois rien ; mais si toutefois vous avez quelque doute sur moi, ne faites rien à ce garçon, car il n’a aucune faute à se reprocher”. Puis, à José : “N’aie pas peur, José, courage ! Dieu sait bien que nous n’avons rien fait de mal ; mais si quelque chose nous arrive, tu sais que là-haut nous aurons notre récompense ; prie notre Seigneur et Sauveur, bien que je sois certain qu’il ne t’arrivera rien.” Peu après, on le libéra et il resta en vie[3].
Les habitants du pays demandèrent avec beaucoup d’insistance aux soldats de libérer le prêtre, en leur offrant même de l’argent comme rançon, mais sans résultat.
Le général Izaguirre avait l’ordre de capturer le curé, Francisco Vizcarra, ainsi que le vieux prêtre José Dolores Guzmán. Sur le tard, on porta le père Sabás comme un paquet devant le général, qui lui demanda : “Où est le curé Vizcarra ?”. Le père ne répondit rien. Plusieurs fois le soldat de garde donna un coup très brusque sur la corde qui attachait le père et le fit tomber à la renverse sur le pavement ; après l’avoir remis sur pied, il passait la corde aux autres soldats, pour recommencer le même outrage. Interrogatoire et torture recommencèrent aussi longtemps que les forces du martyr le consentirent.
Les soldats lui brûlèrent les pieds avec de l’essence et pour prolonger le tourment, ils lui allumèrent deux brasiers, un près de son visage, l’autre près des pieds ; entre moqueries et blasphèmes, ils lui mettaient les mains et les pieds dans les braises et dans le feu. Le père Sabás murmurait “Mon Seigneur et mon Sauveur, Reine de Guadalupe, ma mère, soulagez-moi.”
Depuis dehors on entendait les cris de douleur du père Sabás, car la pièce était sans toit : jamais il ne renia sa foi, jamais il ne s’impatientait. Cette torture brutale se prolongea jusqu’aux premières heures du matin. De temps en temps, un des soldats lui appliquait sur la peau un tison ardent en se moquant de lui : “Tu nous as dit que tu fais venir Dieu dans tes mains, qu’il descende maintenant pour te libérer des miennes”.
Sous les intempéries de la nuit comme sous le soleil du jour, le père Sabás resta ainsi attaché à la colonne, douloureusement suspendu, sans manger ni boire, et les bonnes personnes qui auraient voulu lui porter de l’eau furent chassées avec insolence, menaces et mêmes frappées.
Ce n’est que lorsqu’on mit fin à cette barbare torture, qu’on détacha le martyr, et encore, il s’écroula lourdement par terre, incapable de se redresser, tant les cordes lui avaient rompu tous les membres. Mais on l’obligea bestialement à se lever quand même et à parcourir, sur ses pieds en sang et brûlés, la distance qui séparait l’église du cimetière. C’était le Mercredi Saint 13 avril.
Arrivé au cimetière, on l’acheva par balles ; il était neuf heures du soir, on entendit bien les coups de pistolet et les voisins se mirent à prier pour le père. Peu après un soldat se présenta à la “Maison de l’Assistance”, pour reconnaître : “Monsieur, j’ai honte d’avoir tué ce curé ; il est mort injustement. Nous lui avons mis trois ou quatre balles et malgré tout il se relevait pour crier Vive le Christ Roi.”[4] Certainement, le père Sabás “cria” plus avec son âme qu’avec sa voix.
Le 14 au matin, à sept heures, deux messieurs virent le cadavre du Père Reyes, contre le mur en-dehors de l’église, déjà froid et rigide, avec quatre balles : deux dans la poitrine, une dans le bras droit et une autre dans le front. La peau, les côtes, les chevilles, portaient de profondes marques des cordes ; les mains brûlées, le crâne très enfoncé et pratiquement tous les os brisés par les coups.
Béatifié en 1992, le Père Reyes Salazar fut canonisé en 2000, avec vingt-quatre autres martyrs mexicains. Leur fête commune est le 21 mai, tandis que le Martyrologe les commémore chacun à la date de son martyre : saint Sabás Reyes Salazar, le 13 avril.


[1] S Sabas (439-532), abbé près de Jérusalem, fondateur de la si fameuse laure, supérieur de tous les ermites de Palestine.
[2] Les questions du père Sabás et les réactions des soldats rappellent étonnamment les moments de la passion de Jésus-Christ.
[3] José, l’aîné des orphelins, héritera de la maison du père Sabás, dont une plaque y rappelle le martyre ; José avait aussi une image de Notre Dame de Guadalupe, que lui avait donnée le père Sabás et qui maintenant est en possession du fils de José, Norberto. Ce dernier n’eut guère la possibilité de connaître l’histoire de son papa, car il n’avait que cinq ans à la mort de celui-ci.
[4] On remarquera le rapprochement significatif entre le mot Roi = Rey et le propre nom du prêtre, ReyeSabás.

FRÈRE SCUBILION

Jean-Bernard Rousseau
Frère Scubilion, Frères des Écoles Chrétiennes, Bienheureux
1797-1867

13 avril

Né dans une famille extrêmement pieuse, Jean-Bernard Rousseau ne semblait avoir d’autre destinée que celle d’entrer en religion. Il vient au monde le 22 mars 1797, en pleine tourmente révolutionnaire, dans l’Yonne, pays d’origine de sa mère. Mais qui donc est ce Jean-Bernard Rousseau que les Réunionnais avec une familière vénération appellent Frère Scubilion.
Depuis son enfance, Jean-Bernard aspire à la vie religieuse, il prie pour connaître les souhaits de Dieu le concernant. L’heure de la Providence va bientôt sonner et ce sont ses compatriotes qui lui indiqueront la route à suivre. Le jeune homme part au début du mois de novembre 1822, pour se consacrer à Dieu dans la vie religieuse. La Maison-Mère et le Noviciat des Frères des Ecoles Chrétiennes sont installés depuis janvier 1821, à Paris. C’est là qu’un an plus tard, le 9 novembre 1822, alors qu’il est âgé de 25 ans, que Jean-Bernard Rousseau se présente avec un cœur simple et confiant pour y faire l’apprentissage de sa vie future et trouver la joie dans le sacrifice de lui-même. Six semaines plus tard, à Noël, l’aspirant est jugé digne de recevoir l’habit religieux : la soutane noire et le rabat blanc. Il s’appellera désormais Frère Scubilion, pour servir son Dieu fidèlement durant 45 ans. Le jeune Frère Scubilion est un novice peu ordinaire. Alors que les autres commencent péniblement l’apprentissage du bien, il est déjà d’une vertu éprouvée. Sa longue retraite est le prélude d’une belle et sainte carrière apostolique.

PREMIERS PAS DANS L’APOSTOLAT

De 1823 à 1833, le Frère Scubilion va s’occuper de différents travaux et réalise enfin ses rêves d’apostolat auprès des enfants. Ces années d’enseignement étaient pour lui lumineuses et douces. De jour en jour, il conforte sa vocation, elle qui répond si bien à ses aspirations. Le 27 septembre 1827, le Frère Scubilion se consacre à Dieu pour toujours, en prononçant ses vœux perpétuels. Chaque jour de sa vie, à l’enseigne de Jésus, il répétera : « Ma nourriture est d’accomplir la volonté de mon Dieu ». Sa vertu était telle qu’on l’appelait déjà « le saint Frère ». Dans son désir grandissant d’apostolat, il lui fallait un horizon plus vaste et d’autres climats. Nuit et jour il est tourmenté par la pensée de procurer la gloire de Dieu dans les missions lointaines. Enfin, le 9 mars 1833, les désirs missionnaires du Frère Scubillion sont exaucés. Il est désigné pour se rendre à l’île Bourbon. Le 20 avril 1833, le navire « le Commerce » emporte vers Bourbon, le Frère Scubilion, avec ses deux compagnons : le Frère Jean de Martha, futur Provincial de l’océan Indien et le Frère Vétérins. C’est le 14 juillet, après quatre-vingt-cinq jours de voyage, que le Frère Scubilion arrive en rade de Saint-Denis. Le cœur débordant de joie et de reconnaissance, et le front rayonnant des ardeurs de sa foi, il salue Bourbon et s’offre totalement à Dieu : « Rien ne m’attache en ce monde et je suis prêt à tous les sacrifices pour le bien des âmes et la plus grande gloire de Dieu. »Le Frère Scubilion a 35 ans. Le 18 novembre 1833, il voit accourir près de lui, un peu intimidés et inquiets, 25 petits Réunionnais de Saint-Benoît. Les écoliers, heureux de se sentir entourés par une paternelle tendresse, font des récits enthousiastes de ce qui se passe dans leur classe. Ils parlent de leur Frère Scubilion avec une affection qui gagne les hésitants, et bientôt 125 nouveaux élèves accourent à l’école des Frères et la remplissent de leurs cris joyeux. Cependant la tâche des maîtres n’est pas facile. Partout l’éducation a été un art délicat. Elever un enfant, cultiver son esprit, exciter son effort, est un travail qui impose un dévouement de chaque instant. A Bourbon, cette œuvre paraît plus ingrate encore et les tourments du Frère semblent être plus grands. Les enfants ont la mémoire courte. Ils apprennent facilement, et oublient de même. Les moindres difficultés les rebutent. Certains enfants éprouvent le dégoût pour l’étude, et une paresse plus résistante à l’action du maître. Les punitions ne font point d’effet sur eux, au contraire, elle les révoltent et les découragent. Jeune, vigoureux et d’une activité incessante, le Frère, devant les difficultés de son apostolat auprès de ses élèves de Saint-Benoît et de Saint-Paul, et sous l’ardent soleil des tropiques aurait pu se fâcher. Mais depuis longtemps, à l’exemple du saint évêque de Genève et par le travail incessant de la grâce divine de son âme, le Frère Scubilion est devenu le plus doux et le plus patient des hommes pour gagner ses élèves à Jésus-Christ, convertir les pêcheurs et édifier son prochain par ses grandes vertus. Avec tous, le Frère Scubilion est d’une douceur incomparable. Il évite les sautes d’humeurs et n’est jamais en colère inutilement. Tout entier à Jésus-Christ, le Frère Scubilion est tout entier à ses élèves et ne vit que pour eux. L’action du Frère est patiente, discrète, et elle atteint le but poursuivi. Aussi, il a donné à son Institut plusieurs jeunes gens de Saint-Paul et de Saint-Benoît. En 1836, à son départ de cette dernière ville, il peut laisser sa classe à un Réunionnais qu’il avait formé, lui confiant, comme le testament de son cœur, les petits enfants qu’il aime.

“UN RÔLE IMPORTANT DANS L’EMANCIPATION DES ESCLAVES : APOTRE DES NOIRS”

A l’époque du Frère Scubilion, il y avait à Bourbon, environ 60 000 esclaves. Ces pauvres gens appartenaient à leurs maîtres et ceux-ci les employaient dans les champs à la culture de la canne à sucre, de la girofle, de la vanille, du café ou dans les sucreries. A cette époque, l’esclavage était sacré au yeux des habitants de l’île. Ils le regardaient comme nécessaire au bien-être et au développement du pays. Mais en réalité, cette servitude contenait une menace pour l’avenir. Déjà, en 1811, une révolte d’esclaves avait éclaté à Saint-Leu, et partout où elle passait, les maisons et les magasins étaient enfoncés et pillés, des crimes affreux commis, avec une horrible barbarie. Les esclaves voulaient à tout prix leur émancipation et les plus audacieux préparaient dans l’ombre un soulèvement général par l’assassinat. Il était urgent d’assurer la sécurité et la prospérité de l’avenir par la moralisation des Noirs. Seule la religion est capable d’opérer avec bonheur une telle transformation. Mais au début, quelques colons seulement comprennent cette nécessité d’appeler à la vie chrétienne et à la civilisation les humbles et les petits qui les entourent. Alors les Frères trouvent dans leur foi assez de courage pour créer, après les classes du jour, les catéchismes du soir. La commune de Saint-Leu vend tous ses esclaves pour avoir l’argent nécessaire à la construction de ses écoles, et le 6 octobre 1841, on voit les disciples accompagner leurs premiers élèves, auxquels ils venaient de donner leurs premières leçons. Le Frère Scubilion est arrivé à Saint-Leu le 17 novembre 1843. La venue de cet humble religieux est une récompense pour cette ville si généreuse, et une bénédiction pour les pauvres Noirs dont la vente permet de les confier à des mains sûres et exercées. Les Noirs sont nombreux à Saint-Leu, car sur cette commune se trouvent les plus riches plantations de café du pays. Ce milieu est de plus assez favorable à l’évangélisation. Quand le Frère Scubilion commence son catéchisme du soir, il recueille les fruits de la première prédication du père Monnet. Mais le Frère veut élargir son action. Il y a des Noirs qui veulent s’instruire, mais ils rencontrent dans la volonté de leurs maîtres une chaîne qui les rive à un labeur excessif. Le Frère Scubilion se fait leur avocat. C’est le soir que sa classe devient le refuge, le port où abordent les deux ou trois cents esclaves que sa foi a réunis. Habitués à parler aux enfants, guidé par son zèle, le Frère Scubilion trouve du coup, sans hésitation, le genre qu’il faut prendre pour être utile à ces élèves improvisés. Toutes les séances de catéchismes sont entrecoupées d’histoires captivantes et surtout de chants religieux. C’est ainsi que le Frère Scubilion avait préparé à Saint-Leu plus d’un millier d’esclaves au baptême et à la première Communion. L’esclave devenait par le Christ et dans l’eau baptismale le frère de son maître. C’était le grand jour, l’aurore de leur résurrection sociale. Quand, le 20 décembre 1848, Sarda Garriga, le gouverneur de l’île, proclame, au nom de la France, l’affranchissement général et immédiat des esclaves, cette transition de la servitude à la liberté s’accomplit sans secousse, sans violence, sous les auspices de la religion. Le bonheur de tout un peuple qui passe de l’esclavage à la liberté ne se décrit pas. « Grand Merci, le bon Dié ! Grand Merci, le bon Dié ! « Tel était le cri qu’on entendait sortir de toutes les bouches de ces nouveaux hommes de Bourbon.

“DE LA POSSESSION A SAINTE-MARIE EN PASSANT PAR SALAZIE : LE FRERE SCUBILION POURSUIT SON APOSTOLAT”.

L’émancipation de 1848 ne termine pas le travail civilisateur. Beaucoup d’esclaves ont échappé à l’action du catholicisme, parce qu’ils étaient trop éloignés des centres d’instruction religieuse et surtout parce que la volonté des maîtres était contraire. La commune de la Possession désire avoir des Frères pour son école et l’apostolat des Noirs. Le Frère Scubilion était tout désigné par la réputation de sainteté qui s’était attachée à son nom, et le 10 septembre 1850, il arrive à la Possession pour se dévouer sans compter à cette œuvre de rédemption. Le Frère crée une école du soir, et comme autrefois le Bon Pasteur, il va chercher les brebis perdues dans les ravines profondes. Le sourire qui illumine à la fois ses yeux et ses lèvres, est si compatissant, que les Noirs étonnés, s’attachent au bon Frère et se montrent désireux de le revoir. Il leur enseigne la doctrine catholique, mettant leur pensée en harmonie avec la sienne. Le champ cultivé par le Frère Scubilion porte une récolte généreuse. Les noirs se convertissent en foule, ils vivent chrétiennement ; quelques-uns même pratiquent les plus difficiles vertus. Les Blancs réticents deviennent meilleurs. L’église se repeuple et la paroisse de la Possession se renouvelle. En quittant la Possession, le Frère Scubilion se rend à Saint-Denis. Toujours content, le Frère se voit confier le temporel de la maison. Chaque soir, à l’heure du catéchisme, il retrouve sa vigueur apostolique et son ardente charité pour instruire les noirs, ses plus chers amis de l’île. c’est ainsi que, pendant un an, il embaume de ses vertus et réjouit de son sourire, cette maison principale de Bourbon. Le 25 avril 1856, le Frère arrive à Salazie dans l’intérieur de l’île. Ce village possédait depuis 1852, un établissement où les Frères faisaient l’essai d’une école d’arts et métiers. Mais dans cette école, le serviteur de Dieu était chargé de la surveillance des élèves. C’est à Sainte-Marie que Dieu conduit son élu et que celui-ci, projette ses feux les plus purs. Le Frère Scubilion a 60 ans. Depuis 24 ans, il enseigne à la jeunesse à Bourbon ou catéchise les Noirs, et ce labeur le vieillit. Cependant le Frère Scubilion souffre de n’avoir pu enseigner le catéchisme aux enfants. Mais bientôt il répand sur les déshérités de la vie ses trésors de tendresse qu’il avait réservés. Cependant sa charité se tourne également vers les engagés de bonne volonté. Il emploie avec ces derniers les mêmes méthodes qu’à Saint-Leu et à la Possession, et elles produisent le même succès. Le Frère accomplit à Sainte-Marie de nombreux faits dont la chapelle de Notre Dame de la Salette et l’église de Sainte-Marie. Ce religieux si oublieux de lui même et si près de Dieu par la grâce, entoure de son affection et d’une exquise amitié ceux au milieu desquels il vit : Frères, élèves, esclaves… Mais le cercle qui enveloppe le serviteur de Dieu ne rétrécit pas son cœur et ses rêves d’apostolat. Il franchit les limites de Sainte-Marie et de Bourbon, et s’étend au-delà des mers jusqu’à Madagascar. Son ambition tenace est d’aller un jour avec ses Frères ouvrir une école pour les petits Malgaches. L’heure du salut a sonné. Le 16 août 1860, Ranavalona 1ere , la vieille reine sanguinaire de Madagascar, meurt à l’âge de 84 ans. Son fils Rakou-Nd-Radama qui lui succède, fait appel à des missionnaires, et donc le 7 novembre 1866, les frères Gonzalvien, Yvon et Ladolien partent pour Tananarive. Quelque temps plus tard, le Frères Scubilion les rejoint. Pendant ces longues années d’un labeur si continu, le Frère Scubilion n’a jamais été sérieusement malade, occupé du matin au soir, auprès des enfants, et les premières heures de la nuit avec le catéchisme des esclaves. C’est à Saint-Denis où il se rend pour sa retraite annuelle que le Frère ressent les premières atteintes du mal. A la suite d’une neuvaine, il se trouve radicalement guéri. Le Frère Scubilion reprend, plein de joie, le chemin de Sainte-Marie où son arrivée est triomphale. Il se remet à ses occupations ordinaires mais la maladie n’a pas disparu. Le Frère Scubilion commence à aller à Dieu de toute son âme. Les habitants de Sainte-Marie sont désolés à la pensée de perdre « leur saint, leur vieux Frère « , et chaque jour, ils accourent en grand nombre s’informer de son état, obtenir même la faveur de le revoir. Malgré toutes les prières et les espoirs des siens le frère Scubilion s’éteint le samedi 13 avril 1867, à six heures du matin à l’âge de 70 ans. Dans ses 45 années de vie religieuse il en aura passé 35 à Bourbon. Quelques instants après le décès du Frère, Sainte-Marie se plonge dans le deuil et la consternation. Le corps du Frère revêtu de ses habits religieux, est exposé dans la chapelle de la communauté. Chacun veut voir une fois encore ce visage et s’agenouiller auprès de cette couche funèbre. Un défilé ininterrompu de fidèles de tout rang et de tout âge vient prier auprès du cher défunt et surtout se recommander à lui. Le corps du digne religieux devient aux yeux de chacun, une relique qu’il faut honorer et une richesse qu’il faut conserver avec grand soin. Les funérailles ont eu lieu le 14 avril, dimanche des Rameaux. Une foule immense et recueillie accourt de toute l’île afin d’escorter le cercueil de l’humble religieux. Cette confiance ne s’est jamais affaiblie. On voit toujours des pèlerins venir au cimetière de Sainte-Marie ou au mausolée de Saint-Denis, pour prier et demander des faveurs. Le frère Scubilion, grâce à l’expansion de l’institut des Frères des Ecoles Chrétiennes dans le monde entier, est connu en France, au Canada, aux îles de Madagascar et Maurice…

MARGUERITE DE CASTELLO

Dominicaine, Bienheureuse
+ 1320

13 avril

Marguerite était native de Metela, citadelle sur le fleuve Metaur, non loin d'Urbino et de Citta-di-Castello. Elle naquit aveugle, mais elle supporta ce malheur, dès son enfance même, avec une patience et une résignation héroïque, persuadée que Dieu le lui avait envoyé, pour qu'il procurât le salut de son âme.
Vers ce temps, se répandit partout le bruit de la sainteté et des miracles du B. Jacques du tiers-ordre de saint François, une foule d'infirmes venaient en pèlerinage à son tombeau, afin de recouvrer leur santé par son intercession. La jeune Marguerite aussi y fut conduite par ses parents, mais Dieu ne voulut pas qu'elle fut guérie. Ses parents, qui ne regardaient pas cet événement avec les yeux de la religion, ni dans l'esprit d'un vrai chrétien, en furent très-affligés, et laissèrent leur fille à Citta-di-Castello, dans le couvent de sainte Marguerite, qui maintenant n'existe plus. Mais comme on ne voulut pas la garder , à cause de sa cécité, deux époux pleins de piété, Venturino et Grigia, la reçurent chez eux, et lui donnèrent les soins les plus affectueux. Quoique jeune encore d'années, elle était très-versée dans la doctrine chrétienne, et à même de donner aux autres sur ce point l'instruction la plus solide. Elle savait par cœur l'office de la Sainte-Vierge et le psautier, qui lui fournissaient souvent matière aux plus sublimes réflexions. Cette rare vertu et cette notion de la plus sainte de toutes les sciences inspirèrent la plus grande admiration à toutes les personnes qui la connaissaient ; on ne pouvait s'empêcher de la regarder comme particulièrement favorisée du ciel.
Sa vertu ayant été éprouvée de la manière la plus éclatante, elle reçut le voile dans le tiers-ordre de saint Dominique, dans l'église duquel elle avait fait tous les jours ses exercices de dévotion. Les actes de la bienheureuse Vierge rapportent beaucoup de miracles opérés par son intercession, avant et après sa mort. Elle quitta ce monde le 13 Avril 1320, et c'est à ce jour qu'appartient proprement cette notice. Les uns la nomment Sainte, les autres Bienheureuse.

IDE DE LOUVAIN

Comtesse, Épouse, Mère et Bienheureuse 
(1065-1139)

13 avril

Voici une bienheureuse mystique qui semble se perdre dans la nuit des temps…
Il faut savoir qu’elle est aussi connue sous le nom de Yde de Louvain et Ide de Brabant-Louvain et qu’elle était la fille de Henri II, comte de Louvain et d’Adèle de Betuwe, comtesse des Basques.
Nous savons peu de choses sur elle, même si, par les efforts des généalogistes qui s’intéressent aux familles royales, nous savons tout de même qu’elle naquit en 1065 et qu’elle épousa Baudouin II, comte de Hainaut, Flandres, Valenciennes, Ostrvent et Douai, qui était, lui, fils de Baudouin VI de Mons, comte de Flandres et de Richilde, et que grâce, ou à la suite de ce mariage, elle devint ensuite comtesse de Hainaut en 1084.
De cette union naquirent plusieurs enfants que les mêmes généalogistes énumèrent, sans toutefois être certains de leur nombre.
Il y eût, tout d’abord, Arnulf Ier de Hainaut, né en 1083 — Ide n’avait alors que 18 ans — ; puis une fille qui porta le même prénom que sa mère : Ide de Hainaut, née en 1085 et décédée en 1102.
Vient ensuite Baudouin III, comte de Hainaut dit Hapkin, né en 1088 et décédé en 1119 ; puis une fille qui porta le prénom de sa grand-mère paternelle, Richilde de Hainaut, née deux ans plus tard, en 1090, laquelle épousa en premières noces Guy seigneur de Chièvres, et en secondes noces, vers 1100, Thomas de Marle (1073-1130). Elle décéda en 1143.
Un cinquième enfant est encore né en 1094 : Alix de Hainaut, dont le décès est signalé en 1159.
Un autre enfant encore, dont la date de naissance n’est pas précisée : Simon qui fut chanoine à Liège.
Les généalogistes, généralement de grands chercheurs, n’ont point trouvé d’autre descendance à ce couple, mais leur incertitude laissant planer des doutes, il est probable que la bienheureuse Ide de Louvain ait eu d’autres enfants, ce qui ne l’a nullement empêchée d’être une bonne épouse, une mère attentionnée et une chrétienne dont l’exemple peut être proposé à toutes les mères de la terre.
D’après les hagiographes, elle aurait été favorisée de charismes, dont celui de la stigmatisation.
Manquant d’autres éléments, nous sommes obligés de procéder un peu comme les généalogistes, dont nous parlions plus haut… par bribes de renseignements qui ont davantage rapport aux renseignements de l’état civil qu’à un extrait biographique…
Elle décéda en 1139 et sa fête fut fixée au 13 avril.

IDE DE BOULOGNE

Duchesse, Mère et Sainte
c. 1040-1113

13 avril

Comme pour son homonyme de Louvain, nous ne savons que peu de choses sur Ide de Boulogne, « contemporaine de Guillaume le Conquérant et de la première croisade ».
Elle serait née vers 1040 en Ardenne, et était la fille de Godefoi II le Barbu, duc de Basse-Lotharingie et de Doda.
« Ide de Lorraine — explique Jean-Pierre Dickès qui vient de publier une biographie de cette sainte — est une figure injustement méconnue du XIe siècle français. Descendante de Charlemagne et nièce du Pape Etienne XI, elle épouse le Comte Eustache de Boulogne qui sauve la vie de Guillaume le Conquérant lors de la bataille d’Hastings. Car, continue d’expliquer le même auteur, « belle-sœur de Geoffroy, évêque de Paris et chancelier du roi de France Philippe Ier, son influence politique est considérable ».
En 1056 elle épousa Eustache II, comte de Boulogne et de ce mariage naquirent au mois trois enfants :
Eustache III, né vers 1058, futur comte de Boulogne, mort en 1125 ; Godefoy de Bouillon, né vers 1061, duc de Basse-Lotharingie, devenu par la suite avoué du Saint-Sépulchre et un troisième enfant, Baudoin I, né vers 1065, devenu ensuite comte d’Édesse, mais surtout, roi de Jérusalem.
En effet, vers le 15 août et début septembre 1095, les Lorrains entraînés par le duc de Lorraine, Godefroy, et ses deux frères, tous trois fils d’Ide de Boulogne, se dirigent vers Pontarlier pour la vallée du Danube et la Terre Sainte, parce que les “Français” se mettent enfin en route pour la Croisade.
« Ide de Boulogne — raconte encore Jean-Pierre Dickès — a fondé de nombreuses abbayes et sa charité auprès des pauvres lui a valu de devenir sainte ».
Elle correspondait avec les grands de l’époque, parmi lesquels il nous faut citer saint Anselme, le grand archevêque de Canterbury, que l’Église a également placé sur les autels.
« Entre la Croix et l’Epée — poursuit le même auteur, dans un raccourci saisissant —, elle bâtit des cathédrales vénère le précieux sang du Christ et sera canonisée. Son épopée nous entraîne dans un étonnant voyage au cœur de l’Histoire médiévale ».
Ide de Boulogne fonda, en effet, plusieurs abbayes, surtout en Picardie, avant de remettre sa belle âme à Dieu, en 1113. Ses reliques reposent à Bayeux où elles peuvent être vénérées.
Elle est fêtée le 13 avril qui semble avoir été la date de son décès.

MARTIN I

Pape de 649 à 655, Martyr, Saint
† 655

13 avril

Martin Premier, né à Todi (Ombrie), fut élu pape en 649.
Sa première action, aussitôt après son élection, fut de réunir un concile en la Basilique du Latran, auquel participèrent une centaine d’évêques qui unanimement condamnèrent le monothélisme que l’empereur byzantin, Constant II et ses théologiens entendaient imposer à tout l'Empire en guise de compromis avec le monophysisme : le Christ Seigneur aurait bien deux natures, selon la doctrine orthodoxe de Chalcédoine, mais il n'aurait qu'une seule volonté (monothélisme).
Á cette hérésie, un grand théologien de l’époque, saint Maxime le Confesseur, rétorqua avec fermeté et lucidité : « s'il n'a qu'une volonté (divine), il n'a pas de volonté humaine, donc il n'est pas un homme à part entière, la volonté humaine n'est pas sauvée. Toute la vie spirituelle chrétienne qui consiste à conformer la volonté humaine à celle de Dieu perd sa signification ».
Comme le fait remarquer, L'enjeu de cette querelle est donc considérable et Martin l'a bien compris, tout comme Maxime le Confesseur et le patriarche Sophrone de Jérusalem.
Apprenant la nouvelle de la condamnation, Constant fit arrêter le pape par l'exarque Calliopas de Ravenne. Les troupes le traitèrent sans respect ni ménagement et causèrent des désordres dans le palais papal, qui était à l'époque celui du Latran, et jusque dans la basilique du Latran qui est aussi la cathédrale de Rome. Le mercredi 19 juin 653, le pape fut embarqué à destination de Constantinople. Maltraité par ses gardiens durant la traversée, Martin arriva malade et dut être transporté sur un brancard en prison. “J'y suis depuis quarante-sept jours, écrit-il, et l'on ne m'a pas encore donné un peu d'eau pour me laver. Je grelotte de froid ; je suis épuisé par la dysenterie ; je vomis la nourriture que je dois manger. Mais Dieu voit tout, et j'ai confiance en lui.”
Après une parodie de jugement à l'Hippodrome, il fut condamné à mort le 20 décembre 653, ses vêtements sacerdotaux furent publiquement déchirés et on lui attacha une lourde chaîne au cou. L'empereur commua la peine en exil, à Cherson, en Crimée. Le confesseur de la foi, toujours maltraité, ne tarda pas à mourir dans cette terre lointaine. Sa mort est survenue probablement le 15 septembre 655, mais, selon les sources orientales elle aurait eut lieu le 13 avril 656 et sa fête fut donc fixée à cette date.

HERMENEGILDE DE SEVILLE

Prince, Martyr, Saint
550-585

13 avril

Né vers 564, Herménégilde était un prince wisigoth, fils du roi Leovigilde et de l’hispano-romaine Théodosia.
Ses parents étant ariens, ils éduquèrent leurs fils — Herménégilde et Récarède — selon leur foi.
Toutefois, on sait qu’il fut un certain temps sous l’influence bénéfique de saint Léandre de Séville, parent proche de Théodosia, sa mère, ce qui explique, en partie, certes, que plus tard, Herménégilde ait épousé — alors qu’il n’état âge que de 15 ans — une catholique, la princesse franque-mérovingienne Ingonthe, fille du roi Sigebert I et de la reine Brunehilde.
Envoyé par son père gouverner la province Bétique, aussitôt après son mariage, Herménégilde y subit l’influence non seulement de son épouse Ingonthe, mais aussi celle de son oncle Léandre et il finit par abjurer l’arianisme et se convertir, ce qui ne fut pas du goût de son père, d’autant plus qu’il envisagea se tailler un royaume dans le sud de la péninsule ibérique (dans la Bétique) avec pour ville principale, Séville, haut-lieu de la foi catholique en Espagne.
Soutenu par sa femme, par l'Église catholique, par les Hispano-romains et par des Suèves catholiques en lutte contre les Wisigoths, il s'opposa à son père. Et le roi, décidé d'en finir avec son fils, le combattit violemment et réussit à vaincre ses troupes et à le capturer en 584.
Captif, Herménégilde fut envoyé à Tarragone. Pour les fêtes de Pâques 585, alors qu'Herménégilde se trouvait en prison, Léogivilde lui envoya un évêque arien, afin qu'il reçoive la communion de ses mains. Le roi offrit même de libérer Herménégilde et de le rétablir dans son ancienne position s'il acceptait cette communion arienne. Mais le saint prince rejeta l'évêque arien et lui reprocha son hérésie.
L'évêque arien rapporta les paroles d'Herménégilde au roi qui se mit aussitôt en colère et ordonna d'exécuter son fils. Dans un sous-sol d'un ancien palais romain d'Auguste, Herménégilde, le prince rebelle, subit le martyre et fut décapité le 13 avril 585.
Herménégild fut aussitôt considéré comme un saint martyr par l'Église catholique d'Espagne ainsi qu'en France et en Italie. Il fut canonisé par le pape Sixte Quint au XVIe siècle. À la suite de cette canonisation, le poète Luis de Gongora y Argote lui consacra une ode, alors que Francisco de Herrera, le Jeune, peignait l’un de ses plus beaux tableaux : “Le Triomphe d' Hermenegilde” (1654), qui trouve au Musée du Prado, à Madrid.

DAVID URIBE VELASCO

Prêtre, Martyr, Saint
1888-1927

12 avril

David Uribe Velasco, prêtre du diocèse de Chilpancingo, est né à Buenavista de Cuéllar, Guerrero (Mexique), le 29 décembre 1888 et décédé près de San José Vidal, Vista Hermosa, Morelia, le 12 avril 1927.

Fils de Juan Uribe Ayal et de Victoriana Velasco Gutierrez, le septième d’une famille de onze enfants d’une famille pauvre. Baptisé le 6 janvier 1889, il entre au séminaire à Chilapa en 1903 à l’âge de 14 ans. Excellent étudiant, sous-diacre en 1910, diacre en 1911, et a été ordonné le 2 mars 1913. Prêtre de paroisse à Buenavista de Cuéllar, secrétaire de l’évêque Antonio Hernandez Rodriguez de Tobasco, en 1914, David et son évêque durent partir à Chilapa, Guerrero, en raison de la violence antireligieuse qui balayait le pays. Prêtre de paroisse à Zirandaro, l’insurrection de Zapatista l’obligea à retourner à Chilapa. Prêtre de paroisse à Buenavista de Cuéllar, Telotlsapan et Iguala en Guerrero. Le 30 juillet 1926, pour une question de sécurité publique, les évêques du Mexique ordonnèrent la fermeture des églises. David, réticent mais obéissant, accepta, mais retourna plus tard secrètement à son devoir pastoral.

Durant la période qui va de 1914 à 1934, la période la plus sanglante de la persécution religieuse au Mexique, des prêtres, des laïcs, hommes et femmes animés d’un amour profond pour l’Église et pour la Sainte Vierge, offrirent leur vie à Jésus-Christ au cri de : « Vive le Christ Roi ». La persécution a eu son pont culminant durant les années 1926 à 1929, quand le Président de la République, Plutarco Relias Calles, promulgua une loi sur les cultes qui faisait entrer dans la pratique les dispositions prévues dans la Constitution de 1917. Ces dispositions, connues sous les nom de « Ley Calles » (Loi Calles), réglaient le nombre des prêtres par localité, interdisaient la présence de prêtres étrangers dans le pays, limitaient l’exercice des actes de culte, et interdisaient les séminaires et les couvents. Face à ces restrictions, et après des négociations sans issue des Évêques du Mexique avec les autorités gouvernementales, l’Église du Mexique, en signe de protestation, décida de suspendre tout acte de culte.

La liste est longue des chrétiens qui ont offert leur vie au Christ, et beaucoup d’entre eux sont restés anonymes. Parmi eux tous, se détachent 22 prêtres diocésains, dont le père David Uribe Velasco.

Arrêté par les militaires le 7 avril 1927 à Cuernavaca, il écrivit son testament le 11 avril 1927, et le lendemain fut conduit dans un lieu isolé près de San Jose Vidal, Morales, où il fut mis à mort.

Béatifié le 22 novembre 1992, il fut canonisé le 21 mai 2000 par le pape Jean Paul II.