mercredi 31 janvier 2018

MAUR DE ROME
Moine Bénédiction, Abbé, Saint
(ca. 512-584)
15 janvier
Maur, ou Amaury, ou Amalric, ou Maura, ou Morane, ou Mauro, naquit à Rome vers 512. Saint Maur appartenait à une très noble famille patricienne de Rome. Son père, Equitius était un sénateur romain. Cependant, Equitius et sa mère se distinguaient également par leurs vertus. La condition familiale de Maur l'appelait naturellement à jouir des plaisirs et des honneurs attachés aux grandes fortunes, comme celle de sa famille. Mais Dieu, en décida autrement. En effet, quand Maur eut 12 ans, son père, résolut de le confier à saint Benoît qui vivait alors dans le désert de Subiaco, avec quelques religieux, les premiers de l'Ordre des Bénédictins. Ainsi, pensaient ses parents, Maur, placé sous les ordres de saint Benoît, connaîtrait toutes les sciences connues à cette époque, et, en outre, il serait formé aux vertus chrétiennes. Notons ici que le désert de Subiaco est devenu aujourd'hui un quartier de Rome.
Saint Benoît reçut Maur avec beaucoup de joie, car il avait remarqué combien cet adolescent avait déjà acquis une maturité exceptionnelle. Et souvent saint Benoît le présentait comme un modèle à ses religieux qui, parfois, avaient tendance à relâcher leurs efforts. De plus, quatre miracles effectués par Maur, ne pouvaient laisser Benoît indifférent. Voici le premier: afin d'aller au secours de Placide, un enfant tombé dans un lac et qui était sur le point de se noyer, Maur, à la demande de Benoît, voulut le récupérer dans l'eau. Et voici que Maur, pour atteindre Placide, lui aussi confié à saint Benoît, Maur, sans s'en rendre compte, marcha sur les eaux et ramena l'enfant sur la terre ferme.
Ainsi se créa, entre le maître et le disciple une sainte relation d'humilité qui se termina par des louanges et des actions de grâces envers notre Seigneur lequel, selon Maur, avait seul, délivré le jeune Placide par ce coup si extraordinaire de sa puissance. Ce miracle fut rapidement connu, et tous les religieux de Subiaco conçurent une véritable vénération pour leur confrère Maur; ils ne le regardaient qu'à travers les vertus qui éclataient en lui, notamment son obéissance qui ne trouvait jamais rien d'impossible, ou son humilité ou ses pénitences. Ainsi, Maur ne mangeait que deux fois la semaine, et même très peu, imitant en cela saint Benoît… De plus, sa ferveur était si grande qu'elle embrasait même les plus tièdes, inspirant à la dévotion tous ceux qui pouvaient l'approcher. De même, le silence de Maur était une source de saintes pensées et d'une conversation continuelle avec Dieu.
Dieu ayant inspiré à saint Benoît d'aller de Subiaco au Mont-Cassin, Benoît emmena Maur avec lui pour l'assister éventuellement. Tous les moines considéraient déjà Maur comme le successeur futur de leur saint père Benoît. Un jour, saint Benoît étant absent, un enfant muet et boiteux fut amené au monastère par ses parents qui demandaient sa guérison. Comme l'abbé du monastère, Benoît, était parti, les parents de l'enfant s'adressèrent à Maur, qui malgré tous ses refus, fut enfin contraint de s'exécuter. Il se prosterna donc devant Dieu, le pria avec des larmes d'exercer sa miséricorde envers l'enfant et ses malheureux parents. Ensuite Maur se leva, et faisant le signe de la croix sur les membres du malade, il lui dit avec modestie et confiance:

– Au nom de la très sainte Trinité, et par les mérites de mon maître, notre saint abbé Benoît, je vous commande de vous relever en parfaite santé.

Aussitôt le malade obéit, et l'assemblée estima d'autant plus saint Maur, qu'il avait voulu rapporter toute la gloire de ce miracle aux mérites de son père Abbé saint Benoît.
Vers 451 ou 452, Innocent, l'évêque du Mans, connaissant la renommée de Benoît, le contacta pour le prier d'envoyer quelques-uns de ses religieux, afin d'établir un monastère de son Ordre dans son diocèse, en Gaule. Benoît choisit Maur et quatre autres moines qui arrivèrent du Mont-Cassin au tout début de l'année 453. Pour fonder le nouveau monastère qui deviendra l'abbaye de Glanfeuil, Benoît nomma Maur responsable de cette entreprise. Puis cette abbaye, la première abbaye bénédictine d'Anjou fut dirigée par saint Maur pendant 40 ans.
Petite remarque: environ trois siècles plus tard, l'Abbé Odo et les moines de Glanfeuil furent obligés de fuir vers Paris face aux attaques des Vikings le long de la Loire. Là Odo établit le culte de saint Maur à l'abbaye parisienne de Saint-Pierre-des-Fossés, renommée plus tard Saint-Maur-des-Fossés. À la fin du Moyen Âge, le culte de saint Maur, souvent lié à saint Placide, se propagea dans tous les monastères bénédictins. Le monastère de Glanfeuil fit connaître la Règle bénédictine à de nombreuses abbayes françaises, dont Saint-Denis, Marmoutiers, Luxeuil, Jumièges, Saint Wandrille et de nombreuses autres qui, toutes, se glorifièrent d'être les "filles du Mont Cassin" grâce à Saint Maur, le disciple chéri de Saint Benoît.
Maur gouverna son abbaye pendant trente-huit ans. Puis, sentant sa mort approcher, il voulut la préparer avec soin. Aussi, renonça-t-il à sa charge d'abbé. Il nomma Bertulfe pour le remplacer et demanda aux quatre Pères venus d'Italie avec lui, d'assister ce nouvel abbé et de veiller à ce qu'il n'altérât en rien la pureté de la règle. Puis Maur se retira avec deux religieux, Prime et Anien, dans une cellule proche de la chapelle de Saint-Martin, où il commença une vie particulièrement austère. Mais la grâce de Dieu soutenait miraculeusement son corps. Cela dura deux ans.
Bientôt, une grave épidémie secoua le monastère et au bout de cinq mois, 116 religieux étaient morts. Quoique fatigué, Saint Maur s'était dépensé sans relâche au milieu de tant de victimes, et aucun de ses moines ne mourut sans avoir reçu sa bénédiction et ses exhortations paternelles. Mais son heure à lui arrivait aussi, et Maur se fit transporter dans l'oratoire de Saint-Martin, après avoir reçu, avec beaucoup de ferveur, les Sacrements de l'Église. Il rendit son âme à Dieu, le 15 janvier de l'an 584, âgé de soixante-douze ans et quatorze jours.
Son corps fut inhumé dans l'église même où il était mort.

Paulette Leblanc
NICOLA DE LONGOBARDI
Religieux oblat minime, Saint
(1649-1709)
12 février
Giovanni Battista Clemente Saggio, en religion Nicolas de Longobardi,  naquit le 6 janvier 1649 ou 1650 à Longobardi, commune du Royaume de Naples, en Calabre. Il était le fils de Fulvio Saggion et d'Aurelia Pizzini. Son père fermier et sa mère fileuse, étaient de pauvres journaliers très chrétiens. Aîné de cinq enfants, Giovanni ne put recevoir qu'une éducation très limitée dans les sciences humaines, mais ses parents s'appliquaient à inspirer à leurs enfants, donc à leur aîné, les vifs sentiments de foi et de piété dont ils étaient eux-mêmes animés. Giovanni apprit à lire et à écrire chez les frères Minimes, des franciscains chez qui il découvrit sa future vocation religieuse. Le 3 mai 1668, il devint tertiaire chez les Frères Minimes.
Bien qu'appartenant à un milieu pauvre, Giovanni bénéficiait d'un extérieur très distingué auquel s'ajoutait son caractère heureux qui le rendait aimable à tout le monde. Pourtant, son attrait pour la prière se manifesta dès son jeune âge, et dès qu'il le put, il assista tous les jours à la messe. Dès qu'il fut en âge de travailler, ses parents l'employèrent comme laboureur et jardinier. Très actif, il se levait le matin avant toute sa famille, pour être le premier à l'ouvrage et le dernier à le quitter. Mais intérieurement, il était toujours uni à Dieu.
Devenu tertiaire chez les Minimes, Giovanni continua son travail de paysan pour aider ses parents.  Très gai et très serviable, il s'attirait la sympathie de ses amis paysans. Cependant, quand il eut 20 ans, il voulut se faire religieux et entrer chez les Minimes. Sa famille d'abord réticente car son départ allait créer des problèmes dans la famille, accepta finalement. Et Giovanni entra au noviciat. Quand il fit sa profession religieuse, il prit le nom de Nicolas, suivi du nom de son village de naissance, Longobardi. Nicolas de Longobardi fut d'abord assigné aux tâches matérielles de son couvent de Longobardi: cuisine, infirmerie, potager. Puis il fut envoyé au couvent de San Marco Argentano, à celui de Montaldo Uffugo, au couvent de Cosenza et enfin à celui de Spezzano della Sila. Partout où il passait, Giovanni, Frère Nicolas de Longobardi se faisait remarquer comme catéchiste.
En 1677, il fut appelé au couvent Saint François de Paule, à Rome, par le provincial qui le choisit comme secrétaire lors de la visite canonique. En mai 1679, il fut nommé portier de ce couvent où sa réputation de catéchiste s'accrut, notamment auprès des familles des environs et chez ses frères de l'Ordre. En 1683, au cours d'un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette, il demanda l'intercession de la Vierge Marie pour la libération de Vienne assiégée pour la 2e fois par les Turcs. Vienne fut libérée grâce à l'intervention des troupes polonaises de Jean III Sobieski. Dès lors, Fra Nicolas décida d'orienter encore plus sa vie vers les conseils évangéliques. Il fit aussi des expériences mystiques orientées vers la contemplation du mystère de la Très Sainte Trinité.
En 1694, Fra Nicolas dut retourner à Longobardi pour aider à restaurer le couvent, s'attirant ainsi l'estime de la famille des princes Colonna qui protégeait le couvent. De retour au couvent Saint François de Paule à Rome, il en devint le sacristain. Cependant, le Frère Nicolas s'occupait aussi des indigents; il visitait régulièrement les sept basiliques de Rome et catéchisait. Et ses expériences mystiques se poursuivaient, dont celle de la transverbération, et celle où il reçut un anneau mystique ou alliance,  comme sainte Thérèse d'Avila, ou Catherine de Sienne.
L'année 1709 fut, pour l'Europe, une année de grandes famines à cause d'un hiver exceptionnellement froid. Frère Nicolas s'offrit alors en victime car Rome était menacée de saccages. Il participa à des veillées de prières et d'adoration. Mais il dut bientôt s'aliter à cause d'une inflammation pulmonaire. Et sa chambre devint un véritable lieu de pèlerinage de la part de gens de toutes les conditions, des pauvres, des riches, des nobles et des humbles, des confrères et même des prélats. Il reçut le Sacrement des malades le 2 février 1709 et mourut le lendemain en s'exclamant: "Paradis, Paradis!" Il avait cinquante-neuf ans.
Frère Nicolas de Longobardi fut béatifié par le pape Pie VI le 17 septembre 1789, et canonisé par le pape François, le 23 novembre 2014. Sa fête est, selon les lieux, le 2 ou le 12 février.

Paulette Leblanc
MESROP D'ARMÉNIE
Docteur des Arméniens, Saint
(
362-441)

17 février

Mes amis, maintenant je vais ajouter un saint arménien très peu connu en France. Il s'agit de Saint Mesrop, ou Machtots, docteur des Arméniens. Il vécut à la même époque que saint Flavien, et on connaît peu de choses de son enfance. Mesrop serait né en l'an 362 dans le village de Hatsekats de la région de Taron en Arménie occidentale. Neveu du catholicos saint Houssik, il fit de brillantes études dans les lettres syriaques et helléniques. On connaît sa vie d'adulte et son œuvre, grâce à son disciple Korioun Skantchéli qui rédigea la "Vie de Maschtots" vers 443. Mesrop occupa d'abord des fonctions administratives et militaires à la chancellerie des Arsacides, rois d'Arménie originaires de Perse. Ayant été baptisé, Mesrop voulut se consacrer à l'évangélisation de sa région. Il se retira donc dans la solitude monastique avant de prêcher la foi à ses compatriotes.
Devenu prêtre, Mesrop comprit que la conversion de ses compatriotes, des païens, serait facilitée par la traduction des Évangiles en arménien. L'alphabet inventé par un évêque syrien, Daniel, ne lui semblant pas adapté, Mesrop composa un autre alphabet pour la langue arménienne. Il fallait en effet que le peuple soit formé par les saintes Écritures. Mesrop avait constaté que beaucoup des fidèles chrétiens avaient un christianisme superficiel, et qu'ils ne lisaient pas les Saintes Écritures, la langue arménienne n'étant pas alors une langue écrite. Quand son nouvel alphabet fut prêt, vers 405, Mesrop commença la traduction de l'Écriture Sainte et celle des Pères de l'Église de Cappadoce. Notons que l'un de ses disciples, Korioun, fit de même pour la langue géorgienne.
On sait aussi que Mesrop multiplia les voyages apostoliques, ouvrit des écoles et fonda des monastères. Il travailla à préserver l'identité culturelle de son peuple et il est considéré comme l'un des plus grands docteurs de  l'Église arménienne. Saint Mesrop mourut le 17 février 440. Sa fête est le 17 février. L'Église apostolique arménienne en fait mémoire le 5 juillet. Saint Mesrop est toujours une éminente figure de l'Arménie.

Paulette Leblanc
FLAVIEN DE CONSTANTINOPLE
Archevêque, Saint
(+449)

17 février

Nous ne connaissons que très peu de choses concernant saint Flavien, qui fut Archevêque de Constantinople, de 447 (ou 446) à 449. On ne connaît rien de sa famille, rien de sa naissance ni de sa formation. On sait seulement qu'il était prêtre en 446 (ou 447) lors de son élection au patriarcat de Constantinople, lorsqu'il succéda à saint Proclos. Malheureusement cette élection déplut à Chrysaphius, chambellan et ministre de l'empereur Théodose le Jeune ou Théodose II; or Chrysaphius était le filleul de l'archimandrite Eutychès favorable au monophysisme; aussi décida-t-il de perdre Flavien. Mais qui était Eutychès?
En 448, une plainte formulée par Eusèbe de Dorylée, évêque en Asie Mineure, réussit à faire condamner Eutychès pour monophysisme, car Eutychès, prêtre et abbé d'une abbaye de trois cents moines, près de Constantinople, prétendait que le Christ n'avait qu'une nature divine, et non pas deux natures, une nature humaine et une nature divine. Un concile convoqué par Flavien condamna Eutychès qui, soutenu par l'empereur Théodose II, fit appel de la décision. Flavien, déjà affaibli dans son autorité d'évêque dut assister au procès en révision de la condamnation d'Eutychès. Mais le pape, Léon le Grand soutint Flavien en précisant les points de doctrine sur lesquels Flavien et Eutychès s'opposaient: contre le monophysisme d'Eutychès, le pape approuva le dyophysisme de Flavien, en affirmant que le Christ était une seule personne; cependant deux natures existaient en Lui, deux natures unies et conservant leurs propriétés propres, l'une divine et l'autre humaine.
Puis, bientôt, l'archevêque Flavien dut assister au concile convoqué par l'empereur Théodose II, le 8 août 449, dans une église d'Éphèse. Ce concile d'Éphèse de 449, est connu, dans l'histoire ecclésiastique, sous le nom de "brigandage d'Éphèse". Euthychès fut déclaré orthodoxe et réhabilité. De plus, on réussit à accuser Flavien d’avoir enfreint un canon du concile de Nicée. Et après de longues discussions, Flavien et Eusèbe de Dorylée furent déposés. Les légats du pape saint Léon protestèrent contre cette sentence, mais en vain, car la lettre du pape destinée à soutenir Flavien ne fut pas lue, tandis que les débats étaient verrouillés par les partisans de Théodose et d'Eutychès.
Et voici que soudain, des soldats et des moines armés et exaltés firent irruption dans l'église où se tenait le concile. Ils rouèrent de coups les Pères conciliaires hostiles à Eutychès. Flavien fut arrêté, jeté en prison et atrocement battu parce qu'il restait attaché à la foi de l'Église. Saint Flavien serait mort des suites de ses blessures, quelques jours plus tard, le 11 août 449. Certains documents disent que Flavien mourut à Hypèpe, en Asie Mineure.
Petites précisions: parmi ceux qui s'acharnèrent contre Flavien il y avait un dénommé Dioscore, patriarche d'Alexandrie, et l'archimandrite Barsumas, qui, soutenus par deux évêques égyptiens, eurent l'audace d'excommunier le pape saint Léon. Mais Dieu ne permit pas que l'injustice durât longtemps. L'empereur ayant enfin ouvert les yeux, Chrysaphius fut disgracié, puis condamné à mort. Flavien, décédé, fut remplacé à la tête du patriarcat de Constantinople par un diacre égyptien, Anatole. Le Pape saint Léon ayant approuvé la conduite de Flavien le réhabilita lors du concile œcuménique de Chalcédoine en 451; Flavien fut proclamé saint et martyr. Les orthodoxes fêtent saint Flavien le 16 février. Saint Flavien est le patron de deux villes italiennes: Giulianova dans les Abruzzes et Conversano dans les Pouilles. Saint Flavien de Constantinople est commémoré le 17 février dans le Martyrologe Romain.

Paulette Leblanc

mercredi 24 janvier 2018

APHRAATE, LE SRIEN
Persan, Anachorète à Antioche de Syrie, Saint
(début du IV siècle-345)
29 janvier

Nous ne connaissons que très peu de choses d'Aphraate le Syrien, parfois dénommé "le Sage persan". C'est grâce aux œuvres écrites qu'il a laissées, dont les Démonstrations, que nous le connaissons. Le pape Benoît XVI, dans l'une de ses catéchèses, parla des églises syriaques du IVe siècle, églises du Moyen-Orient et de langue sémitique. Il précisa que ces églises, où l'ascétisme et la vie communautaire régnaient, avaient exercé un rôle important dans le développement de la pensée théologique et spirituelle. C'est ainsi qu'il fut conduit à parler de saint Aphraate.

Il est possible qu'il y ait eu, vers la même époque, deux sages persans nommés Aphraate. Les documents utilisés par les historiens ne concordant pas, nous vous parlerons du saint ascète dont la vie nous semble la plus authentique. Aphraate, dit le Syrien, ou le Sage, serait né de parents païens et il serait peut-être mort vers 345, lors de la persécution des chrétiens sous SHAPUR II, roi des Sassanides, ou de PERSE. Converti au Christianisme, Aphraate serait devenu ascète puis peut-être évêque. Il vécut probablement dans la région de NINIVE-MOSSOUL aujourd'hui l'Irak. Aphraate est, avec Éphrem de Nisibe, le plus ancien auteur de la littérature chrétienne syriaque. Il est l'auteur de vingt-trois lettres, intitulées Démonstrations ou Exposés, documents destinés à l'instruction des chrétiens. Leur rédaction s'échelonnerait de 336 ou 337, à 354.
Nous venons de voir qu'Aphraate est surtout connu grâce à 22 exposés que nous avons de lui et qui sont connus sous le nom de "Démonstrations", ou d'"exposés". Dans ces documents, Aphraate traite de divers thèmes de la vie chrétienne, comme la foi, l'amour, le jeûne, l'humilité, la prière, la vie ascétique elle-même, et également le rapport entre judaïsme et christianisme, entre Ancien et Nouveau Testament. Ce dernier thème était adressé aux "Fils de l'Alliance",  les chrétiens qui, le jour de leur baptême s'engageaient, par une promesse, à suivre le Christ dans l'ascèse et le célibat. Ces chrétiens vivaient en groupes informels au milieu de la communauté ecclésiale, et ils assuraient, entre autres, les fonctions de portiers, de catéchistes, d'enseignants, de lecteurs et de chantres. La langue des écrits d'Aphraate est la langue syriaque, une langue sémitique comme l'araméen parlé par Jésus lui-même. Un 23e exposé raconte l’histoire des générations jusqu’au Messie.
La communauté ecclésiale dans laquelle vivait Aphraate cherchait à rester fidèle à la tradition judéo-chrétienne. Elle conservait un lien étroit avec le monde juif et avec ses Livres sacrés. Ainsi, Aphraate peut être considéré comme "disciple de l'Écriture Sainte", de l'Ancien et du Nouveau Testament qu'il considère comme son unique source d'inspiration.  Aphraate développe plusieurs arguments dans ses Démonstrations. Fidèle à la tradition syriaque, il présente souvent le salut accompli par le Christ comme une guérison et, donc, le Christ lui-même comme un médecin. En revanche, il considère le péché comme une blessure que seule la pénitence peut guérir: ainsi, je cite: "celui qui a été blessé par Satan ne doit pas avoir honte de reconnaître sa faute et de s'éloigner d'elle, en demandant le remède de la pénitence." (Démonstrations 7, 3)
Un autre aspect de l'œuvre d'Aphraate est son enseignement sur la prière, et en particulier sur le Christ; il écrivit: "Notre Sauveur nous a enseigné à prier, en disant: 'Prie dans le secret Celui qui est caché, mais qui voit tout'.” Et encore: “Entre dans ta chambre et prie ton Père dans le secret, et le Père qui voit dans le secret te récompensera” (Mt 6, 6)... "Ce que notre Sauveur veut montrer est que Dieu connaît les désirs et les pensées du cœur." (Démonstrations 4, 10)
Pour être plus précis, disons que, selon la catéchèse de Benoît XVI, pour Aphraate, la vie chrétienne est centrée sur l'imitation du Christ, sur le fait de prendre son joug et de le suivre sur la voie de l'Évangile. Une des vertus qui s'adapte le mieux au disciple du Christ est l'humilité. Celle-ci n'est pas un aspect secondaire dans la vie spirituelle du chrétien, c'est Dieu qui l'exalte pour sa propre gloire. Aphraate estimait que l'humilité n'était pas une valeur négative; il écrivit: "Si la racine de l'homme est plantée dans la terre, ses fruits croissent devant le Seigneur de la grandeur." (Démonstrations 9, 14) De plus, restant humble, même dans la réalité terrestre dans laquelle il vit, le chrétien peut entrer en relation avec le Seigneur: Aphraate ajoute: "L'humble est humble, mais son cœur s'élève à des hauteurs éminentes. Les yeux de son visage observent la terre et les yeux de l'esprit, les hauteurs éminentes." (Démonstr 9, 2)
Benoît XVI peut alors préciser, dans sa catéchèse, que la vision qu'Aphraate a de l'homme et de sa réalité corporelle est très positive. Ainsi, le corps de l'homme, à l'exemple du Christ humble, est appelé à la beauté, à la joie, à la lumière. Et Benoît XVI de citer: "Dieu s'approche de l'homme qu'il aime, et il est juste d'aimer l'humilité et de rester dans la condition d'humilité. Les humbles sont simples, patients, aimés, intègres, droits, experts dans le bien, prudents, sereins, sages, calmes, pacifiques, miséricordieux, prêts à se convertir, bienveillants, profonds, pondérés, beaux et désirables." (Démonstrations 9, 14). De plus, toujours selon Aphraate, la foi rend possible une charité sincère, qui s'exprime dans l'amour envers Dieu et envers le prochain.
Un autre aspect important chez Aphraate est le jeûne, qu'il entend au sens large. Il parle du jeûne de la nourriture comme d'une pratique nécessaire pour être charitable, et du jeûne constitué par la continence en vue de la sainteté. Aphraate parle aussi du jeûne des paroles vaines, du jeûne de la colère, du jeûne de la propriété des biens en vue du ministère, du jeûne du sommeil pour s'appliquer à la prière. Selon lui, la prière se réalise lorsque le Christ demeure dans le cœur du chrétien, et l'invite à un engagement cohérent de charité envers son prochain. Il écrit en effet: "Apporte le réconfort aux accablés, visite les malades, sois plein de sollicitude envers les pauvres: telle est la prière. La prière est bonne, et ses œuvres sont belles. La prière est acceptée lorsqu'elle apporte le réconfort au prochain. La prière est écoutée lorsque dans celle-ci se trouve également le pardon des offenses. La prière est forte lorsqu'elle est remplie de la force de Dieu » (Démonstrations 4, 14-16).
Je dois ajouter que, pendant les violentes persécutions de 341, Aphraate  eut le souci, vers 344, de définir les rapports entre le christianisme et le judaïsme, très présents à cette époque, en Mésopotamie. Pourtant, l'œuvre d'Aphraate n'a été connue en Occident que grâce à une traduction arménienne du V siècle. Notons ici, que les textes d'Aphraate  sont très proches de ceux du Concile de Nicée de 325. Ainsi, le Credo d'Aphraate rappelle les professions de foi judéo-chrétiennes primitives. Je cite: "Il faut croire en Dieu le Seigneur de toutes choses, qui a créé le ciel et la terre et les mers et tout ce qu'ils contiennent. Il a fait Adam à son image; il a donné sa Loi à Moïse; il a envoyé son Esprit sur les prophètes; ensuite il a envoyé son Christ dans le monde. Il faut croire en la résurrection des morts. Il faut croire dans le sacrement du baptême. Telle est la foi de l'Église de Dieu."
Aphraate, dans ses Démonstrations parle également de l'organisation de l'Église d'Orient de son époque et des sacrements, notamment du baptême, qui remplace la circoncision et est conféré la nuit de Pâques; la confirmation est donnée à la suite du baptême. Aphraate parle aussi de l'Eucharistie, de la pénitence, de l'onction des malades et de l'Ordre. Mais le mariage n'est pas cité.
Aphraate est un des personnages les plus importants du christianisme syriaque du IV siècle. On pense qu'il devint évêque, et les évêques syriens d'alors, étaient traditionnellement choisis parmi ceux qu’on appelait "les proches" de Jacques, ou les frères du Seigneur. Saint Aphraate est fêté le 29 janvier ou le 21 novembre.

Paulette Leblanc
TILL DE BRAGEAC
Moine, Saint
(+ ca. 700)
7 janvier

On ne connaît pas la date de naissance de Saint Till ou Tillon, ou Théau en français. On sait seulement qu'il était le jeune fils d'un des chefs saxons païens, écrasés par le roi Clotaire II. À peine sorti de l'enfance, Théau fut enlevé de la maison paternelle par des brigands qui l'amenèrent aux Pays-Bas, où il fut vendu comme esclave. Mais il eut la chance d'être acheté par Saint Éloi, "le Bon Saint Éloi…" de la chanson, avec plusieurs de ses camarades d'infortune. Ayant remarqué son intelligence, saint Éloi le baptisa et le confia aux moines de son monastère de Solignac, dans le Limousin, pour qu'ils l'éduquent et l'instruisent. Bientôt Théau fit des progrès étonnants dans toutes les connaissances enseignées, tout en se distinguant par ses vertus, sa douceur angélique, son affabilité et son humilité, ce qui lui attira l'affection et l'estime de tous les religieux.
Mais plus tard, Saint Eloi, qui était attaché à la cour du Roi Dagobert en qualité d’orfèvre, fit venir Théau à Paris, afin de lui faire apprendre le métier qu'il exerçait. Tout en travaillant, Théau avait toujours quelque livre de dévotion devant lui, afin d'occuper aussi son âme qui aspirait ardemment à la piété. En effet, il s'imposait les pénitences les plus rudes et passait des nuits entières en prière. Comme son plus grand désir était de posséder un cœur pur pour le Seigneur, il fit une confession générale de ses péchés. C'est alors que saint Éloi l'appela à la cour du roi Dagobert où lui-même travaillait comme orfèvre, afin de lui apprendre le métier.
Nous venons de voir que Théau se montra un excellent apprenti orfèvre, mais qu'il montrait une vive préférence pour les "choses" spirituelles et le service de Dieu. Aussi, quand Éloi fut devenu évêque de Noyon, ordonna-t –il prêtre son protégé; il l'envoya alors à Solignac, l'abbaye de saint Éloi, puis il lui demanda d'évangéliser les Saxons établis aux Pays-Bas et dans la région de Courtrai, ville belge flamande, située actuellement en France au Nord-Est de Lille, tout en s'occupant des moines de Solignac dans le Limousin. Puis, quand Éloi mourut, Théau se retira dans la solitude. Mais  sa sainteté lui ayant attiré de nombreux disciples, il construisit un monastère, à Brageac et porta le nom de Paul. Tout en travaillant, il se livrait à la contemplation et répétait souvent: "Celui qui ne veut pas travailler, ne doit pas manger."
Théau, moine, recommandait avant tout à ses moines d'avoir une foi inébranlable en Dieu et en son Fils unique, et de se livrer constamment à la prière. Théau faisait beaucoup de miracles, et,  même après sa mort plusieurs guérisons miraculeuses furent obtenues, grâce à son intercession. La tradition nous dit que peu de temps avant sa mort, Théau envoya un jeune garçon chez l'évêque de Limoges pour lui demander de venir lui donner les derniers sacrements. L'évêque, qui était alors très malade, guérit instantanément et se rendit auprès de Théau. Après avoir reçu le corps et le sang de notre Seigneur Jésus-Christ, Théau mourut doucement dans le Seigneur au milieu des larmes de ses religieux rassemblés autour de son lit. Ceci se passa le 7 janvier de l'an 700 ou 702. Théau avait environ 94 ans.
Saint Théau avait été un grand ascète, mais quelle était sa spiritualité? Un jour, les frères réunis lui demandèrent des instructions. Théau leur dit que pour connaître tous les commandements de Dieu, les saintes Ecritures suffisaient. Puis il ajouta: "Le mieux c'est que les frères, chacun à tour de rôle, se confortent mutuellement par des paroles d'encouragement». Un autre jour, saint Théau enseigna: "Quand tu entames une action, ne te laisse pas aller au relâchement, persévère, continue ton travail, et agis comme si tu n'en étais toujours qu'au début. C'est qu'en effet, courte est la vie humaine, comparée à l'Eternité."
Les habitants d'Iseghem, près de Courtrai, honoraient Théau comme leur apôtre. En Flandre, en Auvergne, dans le Limousin, plusieurs églises lui furent dédiées sous l'invocation de saint Théau ou saint Tillo. Ses miracles arrivaient quand on l'invoquait près de son tombeau là où se trouvait un tonneau d'huile dont le niveau ne baissait jamais. Aussi, de nombreux pèlerins emportaient de cette huile pour oindre un malade afin qu'il guérisse. Aujourd'hui, saint Théau est encore invoqué contre les fièvres fulgurantes et les fortes toux des enfants.
Voici maintenant un enseignement de saint Théau particulièrement adapté à notre vie moderne: "Dans la vie courante, bien des gens s'investissent dans des choses éphémères, mais la plupart ne reçoivent rien en retour par rapport à ce qu'ils se sont dépensés. Et si nous comparons les éventuels gains avec les promesses de la vie éternelle, on voit à quel point les petits gains terrestres sont vraiment  ridicules. Donc, mes petits enfants, ne vous laissez pas aller à faire tout à contrecœur, et ne vous attachez pas à la vaine gloire… Nous devons donc toujours rechercher ce qui nous mène au ciel: la sagesse, le discernement, la droiture, la vertu, l'amour des veilles, le souci des pauvres, une foi indéfectible en Christ, l'impassibilité de l'âme et l'hospitalité. En poursuivant ces buts ici sur terre, nous nous préparons une demeure dans le ciel, comme nous le promet l'évangile. C'est pourquoi je vous exhorte avec force à ce que tous ensemble nous unissions nos efforts dans cette direction…" Et Théau conclut: "Car ce n'est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre… les régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes. Leur grand tapage est en effet emporté en l'air par le vent, où il est sans effet. Toute l'armée ennemie sera anéantie sous nos yeux..." Mes amis, avec saint Théau, demandons au Seigneur le don du discernement des esprits, afin que nous puissions déjouer leurs ruses les anéantir. Là je pense surtout aux médias modernes.

Paulette Leblanc

mardi 23 janvier 2018

MARIE-ANNE BLONDIN
Religieuse - Fondatrice - Bienheureuse
 (1809-1890)
2 janvier
Troisième enfant d’une famille qui en comptera douze, Esther Blondin, plus connue sous son nom religieux, Sœur Marie-Anne, naquit à Terrebonne, dans le Québec, au Canada, le 18 avril 1809. Ses parents, pauvres et illettrés étaient des agriculteurs profondément chrétiens. La piété de sa mère était très orientée vers la Providence et l'Eucharistie; son père avait également une foi solide et mariale. Lorsqu’elle eut atteint neuf ans, la vie de la petite Esther prit une tournure particulière: sa joie et son exubérance ordinaires laissèrent place à une gravité et à une piété au-dessus de son âge, ce qui étonna beaucoup ses parents. Plus tard, elle confiera à son directeur qu’elle voyait partout autour d’elle des images de deuil, de tristesse et de trouble. Ces images la remplissaient de tristesse et d’ennui. Elle aurait voulu quitter cette misérable terre où tout est vanité.
Un jour, au cours de sa seizième année, elle constata qu’après chaque communion, elle retrouvait une paix qui durait quelques jours, mais elle fut vite effrayée par sa vie trop légère et elle devint en même temps très préoccupée par le salut des âmes pécheresses. Elle fut également saisie d’un vif désir de s’instruire, car elle comprenait à quel point l’ignorance était un obstacle au salut éternel. Esther et sa famille étaient en effet, et comme tant d'autres personnes, victimes de l'analphabétisme qui régnait dans les milieux canadiens-français du 19ème siècle. Pourtant, quoique analphabète, Esther désirait pouvoir enseigner un jour… Plus tard elle confia: "Il était difficile de trouver parmi les cultivateurs quelqu’un qui pût seulement signer son nom. Les enfants de la campagne qui se préparaient à la première communion, devaient faire quelquefois des demi-lieues pour trouver une personne qui sût lire et pût enseigner le catéchisme. Dieu s’est chargé de me faire comprendre à quels travaux Il me réservait. Cette grande leçon, je l’ai étudiée pendant plus de vingt ans." Mais, à l'époque, Esther ne dit rien à ses chers parents trop pauvres pour satisfaire ses désirs.
Quand elle eut dix-huit ans, Esther s'engagea comme aide-domestique chez un commerçant du village, puis elle offrit ses services aux sœurs de la Congrégation de Notre-Dame récemment ouverte dans le village. Et elle put, enfin, apprendre à lire et à écrire pendant ses temps libres. C'est alors qu'Esther prit conscience du problème qui affectait presque tous les gens de son pays: le manque d'instruction. Bientôt Esther entra au noviciat des Sœurs de Notre-Dame et prit le nom de Sœur Christine. Malheureusement, après plusieurs maladies successives elle dut quitter sa Congrégation et regagner la maison familiale où elle retrouva la santé en quelques semaines. Mais pour quoi faire?
Nous sommes en 1833. Avec une amie, Suzanne Pineault, Esther Blondin devint institutrice à Vaudreuil, village situé à environ 30km à l'ouest de Montréal. Là, Esther découvrit une des causes de l'analphabétisme ambiant: depuis que le Québec était passé sous domination anglaise et protestante, il n'y avait presque plus d'écoles francophones dans les campagnes. Et les jeunes ne recevaient plus aucune formation, car ils étaient pour la plupart, incapables de suivre le catéchisme pour faire leur première communion.
Ensemble, Esther et Suzanne travaillèrent avec zèle à l'éducation des enfants tout en s'impliquant dans les œuvres de la paroisse Saint-Michel. Puis Esther devint la directrice de l'école où elle forma également de futures institutrices. En 1848, avec la permission de son évêque, Mgr Ignace Bourget, elle constitua, avec quelques jeunes filles, ce qui deviendra le 8 septembre 1850, la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne, religieuses enseignantes. Esther prit alors le nom de Sœur Marie-Anne et devint la première supérieure du petit groupe d'enseignantes dont le nombre s'accrut rapidement. Esther et Suzanne travaillaient à l'éducation des enfants tout en s'impliquant dans les œuvres de la paroisse Saint-Michel. Au bout d'un certain temps, Esther devint la directrice de ce qu'on appela l'académie Blondin, car, en plus de l'éducation des enfants, elle formait aussi des institutrices et des sous-maîtresses. De nombreuses vocations arrivèrent, et bientôt il fallut déménager pour aller dans des locaux plus grands.
Durant l'été de 1853, Mgr Bourget transféra la Maison mère des Sœurs de Sainte Anne à Saint-Jacques-de-l'Achigan ou Saint-Jacques de Montcalm. Mère Marie-Anne et 27 de ses Sœurs y arrivèrent le 23 août 1853. Et c'est alors que les grandes épreuves de notre Bienheureuse vont commencer. Le nouvel aumônier, l'abbé Louis-Adolphe Maréchal, jeune curé du village, voulant gérer la vie de la communauté, des conflits naquirent entre le jeune curé et la supérieure. Compte tenu de ces difficultés, Mgr Bourget, le 18 août 1854, demanda à Mère Marie-Anne de se démettre de la direction de ses sœurs. Mère Marie-Anne obéit en tout à son évêque qu'elle considérait comme l'instrument de la Volonté de Dieu sur elle. Et nous savons qu'elle "bénit mille fois la divine Providence de la conduite toute maternelle qu'elle tenait à son égard, en la faisant passer par la voie des tribulations et des croix." Mère Marie-Anne fut alors nommée directrice au Couvent de Sainte-Geneviève. Et elle devint la cible privilégiée des nouvelles autorités de la Maison mère. On alla jusqu'à destituer Mère Marie-Anne de ses fonction de directrice.  On la ramena à la Maison mère en 1858, avec pour consigne épiscopale de "prendre les moyens pour qu'elle ne nuise à personne".
Désormais Mère Marie-Anne sera tenue à l'écart de toute responsabilité administrative, et cela dura jusqu'à sa mort. On l'écartera même des délibérations du conseil général de 1872 et de 1878 alors qu'elle avait été réélue par ses sœurs. Dorénavant Mère Marie-Anne sera affectée aux plus obscurs travaux de la buanderie. Pourtant son influence restera grande car, dans la buanderie et dans la salle de repassage de la maison-mère passaient beaucoup de novices qui recevaient donc, de la Fondatrice, l'exemple d'une vie d'obéissance, d'humilité et de charité héroïque. Et cela dura trente-deux ans…
Incontestablement l'humilité fut la grande vertu de Mère Marie-Anne. Un jour, à une novice qui lui demandait pourquoi elle, la Fondatrice, était maintenue dans de si modestes emplois, elle répondit: "Plus un arbre enfonce ses racines profondément dans le sol, plus il a de chances de grandir et de porter du fruit." Or "l'arbre aux racines solides portait déjà beaucoup de fruits", car, dès les années 1860, la congrégation gagna le reste du Canada. Puis, ce furent d'autres pays, comme le Cameroun, le Chili, les États-Unis et Haïti. En 1884, la règle des Sœurs de Sainte-Anne fut approuvée par Rome. À l'automne 1889, l'état de santé de Mère Marie-Anne se détériora rapidement. Atteinte d'une bronchite sévère, elle décéda le 2 janvier 1890, à Lachine où se trouvait alors la maison-mère. Elle avait 80 ans. Mère Marie-Anne fut béatifiée par le pape Jean-Paul II le 29 avril 2001. Jean-Paul II présenta Mère Marie-Anne Blondin comme "le modèle d'une vie fascinée par l'amour et traversée du mystère pascal".
Parlons maintenant de la spiritualité de la Bienheureuse Marie-Anne Blondin. Face aux injustices incroyables dont elle fut victime, nous découvrons tout ce que fut sa vie. Elle ne cherchait que la "Gloire de Dieu", et son but unique, était  de faire "connaître le Bon Dieu aux jeunes qui n'avaient pas le bonheur de le connaître." Lorsqu'elle fut dépouillée de ses droits les plus légitimes, elle accepta tout, sans résistance, sachant que Dieu, "dans sa Sagesse, saurait discerner le vrai du faux et récompenser chacun selon ses œuvres." Mère Marie-Anne accepta d'être crucifiée comme Jésus, pour que vive sa communauté. Elle s'offrit à Dieu "pour expier tout le mal qui se commettait dans sa communauté, et elle demandait tous les jours à sainte Anne, pour ses filles spirituelles, les vertus nécessaires aux éducatrices chrétiennes."
Mère Marie-Anne fut pendant longtemps persécutée, mais elle pardonnait toujours. Pressentant qu'elle allait bientôt mourir, elle légua à ses filles, en guise de testament spirituel, ces quelques mots qui résument bien toute sa vie: "Que l’Eucharistie et l’abandon à la volonté de Dieu soient votre ciel sur la terre". Profondément humiliée, elle se réfugiait toujours dans le silence, preuve de son humilité. En effet, malgré les agissements de ses supérieurs, elle ne renonça jamais à sa mission de mère spirituelle de sa Congrégation, s'offrant à Dieu "pour expier tout le mal qui s'était commis dans la communauté." Mère Marie-Anne vécut la persécution, en pardonnant sans restriction, car elle était convaincue qu'il y a "plus de bonheur à pardonner qu'à se venger." La Bienheureuse  Marie-Anne Blondin ne serait-elle destinée à devenir la grande Patronne du XXIe siècle?

Paulette Leblanc